15.
Cela avait été cette fois de façon parfaitement officielle qu'Anthénor était revenu au QG de l'Etat-Major de la Flotte de Prian.
- A vos ordres, Général !
- Bien, repos, Capitaine, et prenez place.
- Je vous en sais gré.
Anthénor s'assit, pas rassuré.
- Vous craignez que je ne vous réaffecte pas à votre poste à cause de « l'absence » d'hier ?
- Cela pourrait se comprendre. Je l'accepterais.
- Mais c'est bien pour ce don que vous avez depuis la tendre enfance que je vous maintiens au commandement du Magnificent. D'autant plus qu'il y a des troubles galactophysiques dans la Zone des Termogrils. Vous ferez jonction avec le cuirassé Shod – un allié qui ne relève pas de notre drapeau – mais qui patrouille là-bas, seul depuis trop longtemps, voici son image. Ensuite, vous…
- Inutile, Général, je ne ferai pas la liaison avec le Shod.
- Comment cela ?
- C'est le vaisseau qui a été détruit par le bâtiment organique des Ryordans dans ma vision, au cours de mon « absence » !
- Oh non…
Anthénor serra les poings.
- Mais j'irai à ces coordonnées, Général, je remplirai ma Mission ! Il faut que la nature de nos ennemis éclate au grand jour. Aucun Etat Galactique ne s'en sortira, seul. Mais il faut un adversaire pour nous fédérer !
- Un peu trop d'idéalisme dans vos propos, vu votre jeune âge, ce n'est que normal. Mais je pense effectivement que ces presciences sont aussi précieuses qu'inexplicables. Votre père a défait un empire Illumidas avec ses moyens et de l'aide d'une Déesse. Elle a dû être une fée sur votre berceau. Votre père a forgé sa légende, mais si vous avez quelques dons particuliers, ça pourrait aider à faire la vôtre, Capitaine Xendris !
- Je ne comprends pas tout, Général…
- Qu'importe. Moi je sais que je peux avoir confiance en votre serment à la Flotte et à votre, bien que jeune, expérience de Capitaine ! Si ces Ryordans sont impossibles à contrôler par des moyens naturels, nous aurons besoins de vous et de toutes vos prémonitions ! Capitaine, je pensais vous envoyer vers une Mission relativement calme, mais je crains que le pire ne se prépare. Vous êtes un lien, bien malgré vous, entre nous et ces Ryordans. Vous êtes précieux, ne risquez pas inutilement votre vie, personne ne pourrait vous remplacer ! Et cela briserait le cœur de votre mère si ça tournait mal.
- Je lui ai toujours fait le serment de revenir. Et je tiens toujours mes promesses.
- Vous êtes le digne fils de votre père.
Mylon tendit une tablette au jeune homme.
- Vos Ordres de Mission, Capitaine Xendris. Suivez-les… Mais n'hésitez pas à user de votre esprit d'initiative ! Je devrais vous en prévenir, mais je pense que c'est notre chance de nous en sortir !
- Bien, Général.
Le Général passa ensuite au tutoiement, le temps officiel de l'entrevue passé.
- Je redoute cet avenir que nous promettent tes visions. Je doute ensuite qu'un seul jeune homme puisse arrêter l'innommable. Mais à l'heure de cet instant, tu es le seul à avoir mis le doigt sur ces Ryordans.
- Mon père…
- Oui, mais il flotte désormais sous un drapeau Pirate, personne ne le croira. Et même Warius ou moi ne pouvons ouvertement reconnaître nos liens avec lui… Il est seul, tout comme toi. Mais vous représentez nos espoirs. A toi de faire ta légende, mon magnifique neveu !
- Normal, je suis le seul !
- Sale gosse !
Mylon tapota la joue d'Anthénor, en un geste qu'il avait dû retenir durant tant d'années afin de ne pas trahir le lien entre eux.
Il eut un éblouissant sourire ensuite
- Au fait, j'ai un cadeau pour toi. Emmène ce présent avec toi !
Le secrétaire de Mylon entra, tenant au bout d'une laisse un chien noir aux yeux bleu glace, d'une trentaine de kilos, débordant de poils.
- Un chien, j'en ai toujours rêve !
- Je sais, ta mère me l'a souvent répété…
- … mais elle avait déjà du mal à nourrir un enfant. Alors un chien en plus. Même un poisson rouge…
- Voilà pourquoi je ne te l'offre qu'aujourd'hui ! sourit Mylon. Prends soin de ce bébé !
Anthénor sursauta, eut un nouveau regard vers le chien aux poils d'ébène.
- Mais il a sa taille adulte ! protesta-t-il.
- Non, il a juste trois mois. Attends un peu qu'il atteigne les cent kilos de son âge mature !
- Misère.
Mais les prunelles grises du jeune homme brillèrent de plaisir.
- Et il s'appelle comment ?
- Elle s'appelle Zénia ! Elle est de race Terresinova !
Anthénor s'agenouilla pour flatter les épaules du chiot qui le gratifia d'une léchouille sur sa joue balafrée en retour.
