16.
S'étirant, Anthénor préféra garder les yeux clos pour conserver les souvenirs agréables de son lit.
Mais, obligé de se lever, il mit un pied à terre.
- Zénia !
Durant la nuit, le chiot avait laissé un souvenir odorant et mou sous la plante de ses pieds.
- Tu es encore un chiot ! Je l'oublie… Je vais te sortir aux jardins intérieurs du Magnificent.
Mettant encore sa laisse au chiot, Anthénor partit pour une promenade matinale selon l'heure chronologique du bord, Beebop passant derrière lui pour faire disparaître la crotte de la chienne.
« Merci pour ce cadeau, Mylon ! »
Ayant au moins pu s'asseoir pour vider sa vessie, Zénia leva un regard doux sur son maître.
- Bien, ma belle !
Libérant la laisse, Anthénor laissa son chien s'ébattre dans les jardins, spectacle apaisant au possible.
- Manquait plus que ça : un bébé à bord ! Et je dois être fier de toi…
Zénia eut un petit aboiement.
Dans son fauteuil noir de commandement, Anthénor sommeillait vu que tout était calme et que Lothan le Mécanoïde veillait au bon déroulement du vol sans histoires depuis presque deux mois.
L'esprit du jeune homme vagabondait, loin, très loin de son cuirassé.
Il avait à nouveau « vécu » la destruction du Shod par le bâtiment organique des Ryordans.
Dans sa vision, Anthénor fronça les sourcils.
« On dirait qu'il y a un autre vaisseau en arrière de ce premier bâtiment. Comme s'il guettait quelque chose car positionné comme il est, il ne peut en rien protéger son partenaire ! ».
Comme attirées par ce second vaisseau, les particules du Shod y furent absorbées, disparaissant totalement de l'espace !
- Réveille-toi, Capitaine, pria Lothan en le secouant doucement par l'épaule.
- Je ne dormais pas ! se défendit Anthénor.
- Une de ces projections éveillées, je suppose ? fit le Mécanoïde.
- Je dirais même la suite de celle que j'ai eue dans le bureau du Général… Si le Shod avait été simplement détruit, cela m'aurait déjà suffi. Mais on dirait que les Ryordans avaient des projets pour ces débris car ils les ont récupérés !
- Etrange… Je vais fouiller mes mémoires, mais il n'y a pas dû avoir tant de phénomènes de ce genre dans nos Archives.
- J'ai eu de drôles de sensations, poursuivit le Capitaine du Magnificent. Des fourmillements dans le ventre, des tremblements, souffla-t-il encore en passant la main sur ses tempes emperlées de sueur.
- Et des gémissements, compléta Lothan. C'est ce qui a attiré mon attention. Tu semblais même souffrir ! Ça va, tu te sens bien ?
- J'ai très peur… Les Ryordans se manifestent alors qu'ils se préparent depuis des siècles ! Leur temps est venu, et ils ne doutent pas de leur suprématie ! S'ils étaient moins arrogants, je ne serais pas aussi inquiet ! Je sais que les conquérants ont toujours un orgueil aussi démesuré que leurs objectifs, mais au départ ils se donnent souvent les moyens de leurs ambitions. Après, c'est à nous de nous débarrasser d'eux ! Mon père n'a fait que ça toute sa vie, à moi de prendre le relai, sous le drapeau de ma patrie natale !
- Je suis presque éternel, mais je ne suis pas pressé, remarqua le Second du Magnificent.
Anthénor rit doucement, totalement réveillé à présent !
Durant des jours et des jours, le cuirassé de Prian avait poursuivi son vol.
Depuis sa dernière vision, son Capitaine ne relâchait désormais plus son attention,
- Vaisseau sur scan, prévint l'Officier Radariste.
- Identification ! jeta Anthénor.
- C'est incroyable… Il ne peut pas être là ! s'étrangla la préposée aux Radars. La Flotte de Lodon a confirmé sa disparition !
- Mais de qui parlez-vous ? s'agaça Anthénor.
- C'est le Shod !
- Impossible, je l'ai vu être détruit !
- Tu as dû être trompé par tes sens, remarqua Lothan, le Second du Magnificent.
- Je suppose…
- Il nous tire dessus ! alerta Tizen l'Ordinatrice Centrale.
- Activation des boucliers !
Et les coques extérieures arrêtèrent les rafales à bout portant.
- Mais à cette puissance, nous ne tiendrons pas longtemps, glissa Lothan.
- Ton pessimisme me gonfle, boîte de conserve. Etat d'Alerte maximal, on va se battre puisque c'est ce qu'il veut. Et au besoin, on l'abordera !
- A vos ordres, Capitaine !
