Je suis terrible à écrire des romances. Quand j'aurais finis de reposter mes textes déjà écris je reviendrais à ma préquelle en cours, elle est beaucoup plus angsty. Tellement plus simple à écrire.
Shin/Bob, horrible cliché du "c'est un rêve ! c'est une prémonition ! non, c'est un... mauvais ressort scénaristique !"
Shinddha avait rarement le moindre problème avec l'idée de laisser les autres faire son travail. Si le proverbe 'On n'est jamais si bien servi que par soi-même' s'était par le passé révélé vrai, et pas qu'une seule fois, il y avait généralement quelqu'un de plus qualifié que lui pour faire ce qui devait être fait. Il y avait bien une raison pour laquelle il avait toujours laissé la cuisine à Grunlek, malgré le fait qu'il soit parfaitement capable de se nourrir seul.
Mais Shin, étant solitaire par nature, avait de nombreux talents destinés à le garder en vie le plus longtemps possible, et l'un d'eux étaient de reconnaître un problème dont il devait s'occuper lui-même.
« Tu es sûr de toi ? »
La voix de Théo le sortit brusquement de sa réflexion. Shin posa les vivres qu'il était en train d'emballer pour se focaliser sur son ami.
« Je sais que ton instinct d'inquisiteur veut que tu ailles t'occuper de ça toi-même… Mais c'est à moi de le faire, cette fois. »
Théo secoua la tête.
« Ce que je veux dire, c'est que… je sais que tu étais proche de lui. Ce serait plus simple pour toi si je m'en occupais.
- Pour une fois, je ne recherche pas la simplicité. »
Sur ces mots, l'archer reprit son empaquetage. Son camarade soupira mais sembla accepter ses arguments, puisqu'il retourna aux côtés de Grunlek. Le nain caressait distraitement la tête d'Eden depuis près de quarante-trois minutes et même sans se retourner, Shin pouvait sentir le poids de son regard inquiet sur sa nuque.
Il souleva son sac avec un grognement soulagé et le chargea sur le dos de son cheval. Habituellement, il restait loin de ces créatures infernales ( une lointaine rencontre avec les sabots de la monture de Théo lui avait laissé une certaine rancune envers les équidés ), mais à situation désespérée solution drastique. Les dieux savaient à quel point il aurait tué pour ne pas avoir à subir le voyage sur le dos de cette bête, pourtant la plus calme et docile qu'ils aient pu trouver.
Attachant sa longue cape autour de son cou, il se retourna vers ses deux camarades.
« Si je pars maintenant, je pourrais être arrivé d'ici deux jours. Donc… ah, probablement adieu, hein ? »
Ignorant les réponses alarmée qu'il reçut, il bondit sur son cheval et le lança au galop sur une route qu'il ne connaissait que trop bien, même après toutes ces années.
Il ne ralentit pas avant que la lune soit haute dans le ciel et que sa monture ne commence à trembler sous l'effort. Prenant pitié d'elle, il ralentit progressivement jusqu'à s'arrêter au bord d'un ruisseau. L'archer, une fois de retour sur le plancher des vaches, posa son arc et son carquois et plongea les mains dans l'eau glacée pour s'en asperger le visage, chassant la fatigue qui s'amoncelait aux bords de son esprit. Il ne pouvait pas se permettre le luxe de dormir, pas tout de suite. Il avait encore trop de kilomètres à parcourir et trop peu de temps à perdre.
Son reflet lui rendit un regard cerné, perdu dans les ombres du capuchon de la cape. Porter une capuche sur une autre n'était pas des plus confortable, mais c'était le meilleur moyen qu'il avait pour qu'aucun des villageois ne le reconnaisse comme étant l'un des aventuriers étant venu dans les environs il y a quelques années.
Grognant sous la douleur de ses muscles épuisés, Shin se remit péniblement en selle.
Il garda ce rythme jusqu'à l'aube du deuxième jour, s'arrêtant à peine pour grappiller une heure ou deux de sommeil, mangeant sans poser pied à terre. Il avait atteint un tel point d'épuisement qu'il ne ressentait même plus la fatigue et avançait en pilote automatique.
Il fut tiré de sa torpeur par une odeur particulière. Fumée, sang et chaire brûlée. Il préféra ne pas s'attarder sur le côté familiarité de la chose. Relevant les yeux de l'arrière du crâne de sa monture, il les posa sur le spectacle qui s'étendait devant lui.
Les arbres et le sol portaient des traces noires, comme si quelqu'un ou quelque chose y avait brûlé jusqu'à ne plus être qu'un tas de cendre dispersé par le vent. La terre étaient humide, probablement gorgée de sang, et les arbres qui n'avaient pas été calcinés portaient de profondes marques semblables à des griffures. Il n'y avait aucun cadavres, soit par destructions absolue de ceux-ci, soit parce qu'ils avaient été récupérés après le combat par les bêtes sauvages. Shin fronça le nez et planta ses talons dans les flancs de son cheval. L'animal avançait lentement, rendu agité par la destruction de l'endroit.
Son chemin, durant les trois heures suivantes, fut jonché de charognards. Il croisa, entre autres, des corbeaux, penchés sur un corps clairement lupin. Les oiseaux l'avaient regardés passer en silence, le suivant de leurs yeux perçants alors qui avançait au pas sur la route. La rencontre le mis plus mal à l'aise qu'il ne l'avouerait jamais.
Malgré son allure, il arriva aux portes du village avant que le soleil n'atteigne son zénith. Les grandes portes, autrefois obstacle insurmontables pour leur compagnie, pendait à présent sur leurs gonds, béantes. Un corps était entendu sur les rempart, à peine retenu de la chute par la masse de plumes et de becs ensanglantés sur son dos. Les corbeaux se tournèrent tous vers lui, un parfait ensembles d'yeux sombres traquant ses mouvements.
Le demi-élémentaire frissonna et intima à son cheval d'avancer.
Ses sabots résonnaient étrangement dans le silence des rues. Les vitres explosés, les murs brûlés, le sang qui coulait encore sur le bord des pavés donnaient à la scène un air apocalyptique, ce même aspect qu'ils avaient tous tentés d'empêcher, cinq années auparavant. Avec la cape noire dans laquelle il s'était drapé qui se fondait dans la robe sombre de sa monture, Shin aurait fait tache n'importe où. Dans ce paysage, il n'était pas plus troublant que les traces de suie sur la pierre. Cette constatation le rendit mélancolique sans qu'il ne sache pourquoi.
Un couinement étouffé lui fit tourner la tête. Il cligna des yeux, peu sûr de ce qu'il voyait, et un sourire amer vint étirer ses lèvres, heureusement caché par l'ombre de sa cape.
Le chef de la garde, ou du moins ce qu'il en restait, poussa un gémissement pitoyable en se ramassant encore plus sur lui-même. Ses tatouages bleutés semblaient avoir été suivis par une lame terriblement acérée, et leur étendu lui garantissait une souffrance atroce. Il semblait plus proche de la mort qu'il n'aurait dû, compte tenu du fait qu'il respirait encore, et portait sur le cavalier un regard terrifié.
« Où ? »
Nouveau couinement, alors que l'autre homme tentait de s'enfoncer dans l'ombre du mur plus qu'il ne le faisait déjà. Dans son état présent, il devait prendre le cavalier pour quelque spectre de la mort venu dévorer son âme.
« Le démon. Où est-il ? Répond ! »
Tressaillant au son de sa voix, son interlocuteur pointa la direction approximative de l'hôtel de ville. Ses ongles étaient cassés et rouges, comme si il avaient griffé la pierre à se les arracher. Shin éperonna sa monture avant de céder à la tentation de planter sa dague dans la poitrine de l'autre homme. Ceci-dit, ça abrégerait ses souffrances.
Plus il s'approchait de l'endroit, plus la bête qu'il chevauchait ralentissait, jusqu'au point où elle s'arrêta totalement. Avec un soupir, Shin se laissa tomber au sol. Il attacha les rênes à ce qu'il restait d'une porte, assez lâchement pour que l'animal puisse fuir si besoins mais reste attaché assez longtemps tant qu'il n'y avait aucun danger. Il ne manquerait plus qu'il doive rentrer à pieds !
Pour peu qu'il rentre.
L'archer encocha une flèche et parcouru silencieusement les ruelles le séparant de l'hôtel de ville. Genoux pliés, oreille tendue, il s'attendait à se faire sauter dessus à tout moment, le sentiment d'insécurité grandissant dans son ventre au fil de ses pas l'étouffant peu à peu. Quand il atteignit le coin de la ruelle, il avait l'impression d'avoir avalé des charbons ardents et priait presque pour se faire attaquer, juste pour que cette sensation disparaisse.
Discrètement, il lança un regard de l'autre côté du mur.
Les flammes dans son ventre se répandirent dans ses membres, jusqu'à ce que le moindre de ses muscles soit tendu au point d'en trembler.
Il était là, assit ( avachit ) sur les marches devant le bâtiment comme un prince sur son trône, les coudes appuyés derrière lui et la tête balancée en arrière. Ses cheveux étaient plus longs, mais ils tombaient toujours de la même façon sur ses épaules. Il ne portait pas la robe dans laquelle il l'avait vu pour la dernière fois, mais il reconnaissait ses goûts si particuliers dans l'étoffe écarlate et les runes dorées de celle-ci. Et malgré les cornes qui étaient apparues sur son front et les ailes parcheminées pliées dans son dos, tout chez lui semblait… familier.
Il releva la tête, ses yeux rouges brillants d'un éclat malicieux, et adressa un sourire pointus à la silhouette à demi-cachée de Shinddha.
« Tu sais très bien que je peux te sentir, Élémentaire. A quoi bon te cacher ? »
Lentement, gardant son arc prêt mais baissé vers le sol, Shin s'extirpa des ombres.
Le sourire de Bob ( non, pas Bob, tout juste Balthazar ) se fit plus tendre, presque sincère si il n'y avait pas eu du sang sur ses crocs et son visage.
« C'est une belle journée pour une réunion, pas vrai ? »
Instinctivement, Shin regarda le ciel. Le temps était gris, froid et humide. Ce n'était pas la définition d'une 'belle journée' pour lui.
Et puis, ce n'était pas une réunion.
Le rire du démon, lent et grave, le poussa à se focaliser de nouveau sur son adversaire. Il se leva avec la grâce d'un prédateur face à sa proie, un serpent qui déroulerait lentement ses anneaux pour ne pas effrayer la souris en face de lui.
Shin n'aimait pas être une souris.
Ses doigts se serrèrent sur le bois de son arme alors que l'Autre approchait, ses mouvements presque félin tranchant douloureusement avec la façon qu'avait Bob de se déplacer ( de manière ouverte, chaleureuse, un peu fanfaronne, de la même façon qu'il parlait, tout ce qui n'était pas tout à fait Lui ).
« J'espère que tu n'as pas eu à subir une attaque de loup sur la route. J'ai tenté d'en tuer le plus possible, connaissant le peu d'amour que tu leur porte, mais il n'est pas dit que l'un d'eux m'ai échappé... »
A y repenser, il était vrai que Shin avait croisé plus de cadavres de loups qu'il ne pouvait compter. L'idée que l'autre ai pu penser à lui pendant son massacre répandit un étrange mélange de dégoût et d'affection dans sa poitrine.
« Cette cape ne te met pas en valeur, marmonna distraitement la créature. »
Cette voix avait l'accent sifflant, avec un écho inhumain, comme si deux personnes prononçaient simultanément les mots. Il avait perdu tout sens de familiarité par rapport à la créature au moment où elle avait ouvert la bouche.
Malgré son envie dévorante de tirer une flèche entre les deux yeux du démon, Shin resta immobile alors qu'une queue fourchue venait s'accrocher au cordon noué autour de son cou, le déchirant d'un mouvement vif. Le tissus dégringola dans ce qui, avec le silence pesant, sembla être une cacophonie de froissement. L'appendice, effleurant l'épaule puis le bras de l'archer en un toucher fantôme, vint délicatement s'enrouler autour de l'arc pour le dégager de ses mains et le poser sur le tas d'étoffes.
Malgré son désarmement, Shin ne quitta pas un seul instant les yeux du démon des siens. Il soutint sans broncher le regard ardent, le visage neutre en dépit de ses nerfs mis à rude épreuve. Il tiqua quand la pointe affûtée fut remplacé par une main griffue sur sa joue, mais ne rompit pas le contact.
« Toujours aussi magnifique, après toutes ces années. Tu m'as manqué, Shin, tu sais ? »
L'archer sentit un long frisson remonter son dos quand la voix étrangère susurra son nom.
« Tu as perdu le droit de m'appeler ainsi il y a bien longtemps, Balthazar.
- Oh, ce n'est plus Bob ? Tu me blesses, Shin ! »
Mais il n'était pas ( plus ) Bob, et le demi-élémentaire fronça les sourcils quand sa deuxième main vint se poser sur sa joue, encadrant tendrement son visage.
« Je ne suis pas venu ici pour discuter du nom avec lequel je devrais t'appeler.
- Pourquoi es-tu venu, alors ?
- Pour mettre un point final à cette histoire. »
Le démon ouvrit la bouche, probablement pour lui lancer une remarque sarcastique, mais ses paroles se muèrent en un hoquet de douleur. Lentement, il baissa les yeux sur sa poitrine, d'où dépassait le manche d'une dague. La main droite de Shin était serrée autour de la lame, tandis que sa gauche s'était posée sur l'épaule du démon pour donner à son coup plus de force. Il remonta son regard, s'arrêtant un instant sur le sourire mélancolique qu'affichait son ex-amant.
Il déglutit difficilement, puis se mit à tousser, crachant du sang carmin sur le haut en cuir de son vis-à-vis. Il émit un bref rire incrédule à l'idée qu'il ai pu se faire berner aussi facilement, coupé net quand ses genoux cédèrent.
Shin l'accompagna dans son mouvement, s'agenouillant pour adoucir sa chute. Le démon se retrouva bien vite allongé contre lui, sa tête reposant sur son épaule. Son rictus éberlué ne perdit aucune de sa superbe quand plus de son sang se mêla à celui tachant déjà ses crocs, et il fixa péniblement ses yeux sur la silhouette qui lui apparaissait en contre-jour.
« J'aurais dû m'y attendre, murmura-t-il en s'étouffant à moitié. »
Une dague au travers du poumon ne pardonnait pas, se dit-il alors que son esprit se perdait petit à petit dans les ténèbres de l'inconscience. Les dernières choses dont il fut conscient furent les lèvres de Shin sur les siennes et son 'Je suis désolé' soufflé dans un sanglot.
Il mourut avec un sourire à l'arrière goût de vengeance.
xXxXxXx
Shinddha se réveilla en sursaut, un prénom sur les lèvres et sa respiration bloquée dans sa gorge. Les battements de son cœur l'assourdissait alors que les bribes du sommeil étaient dispersées par la panique restant de son cauchemar. Haletant, il regarda autour de lui, une main passant distraitement sur sa poitrine à la recherche de sang frais.
Sans attendre que son rythme cardiaque s'apaise, il s'extirpa de son sac de couchage et fit quelques pas chancelants jusqu'à celui un peu à sa droite, où il s'écroula.
Bob, tout juste assez réveillé pour reconnaître l'envahisseur, leva un sourcil qui passa inaperçu dans le noir et passa ses bras autour de l'archer.
« 'a va ? »
Shin se mordit la lèvre, passant ses doigts le long des cicatrices courant de la paume des mains de Bob jusqu'à la moitié de son avant bras. Il grimaça en en sentant une encore fraîche, datant de leur combat contre l'araignée géante.
« Ouais, ça va. Retourne te coucher, Balt- Bob. »
Si le pyromage fut surpris par le lapsus de son amant, il n'en dit rien et replongea dans le sommeil après avoir posé un rapide baiser dans les cheveux de son nouveau camarade de couchette.
Ce dernier ferma les yeux, respirant profondément l'odeur de fumée et de sang qui collait aux vêtements de Bob.
Elle était familière mais pour la première fois depuis des années, elle ne le rassura pas.
