Inspiré d'un prompt tumblr (est-ce qu'il y a seulement des prompts ailleurs, on se le demande).

Gens, je vous présente Fluffyfluff McFluff. Si vous attrapez le diabète c'est pas ma faute !


The rain fell quickly, but she fell faster.

Dans la longue liste de choses qui pouvait lui arriver de mal dans la journée, Bob n'aurais jamais cru qu'il tomberait sur 'chute mortelle du sommet d'une falaise parce que le sol était glissant'. Mais dieux qu'il était tombé.

C'était un accident bête, vraiment. Ils se battaient contre une vouivre ayant fait son nid au-dessus du précipice et elle s'était désintéressée de Théo, juste un instant, pour se jeter sur le mage du groupe. Il avait été forcé de reculer, encore, et encore, parant coup de griffes et coup de queue du mieux qu'il pouvait, jusqu'à ce que son pied ne rencontre que le vide derrière lui.

Le temps s'était suspendu, l'espace d'une seconde, de façon à ce qu'il ait l'impression de flotter au dessus du vide, avant que la gravité ne reprenne ses droits pour faire basculer Bob en arrière. Il entendit vaguement le cri de pure panique de l'un de ses coéquipiers (Théo, peut-être?) mais il fallait excuser sa distraction : il était trop occupé à chuter droit vers sa mort pour porter grande attention à ce qui l'entourait. Après, le monde devint étrangement silencieux, seulement emplit des vagues s'écrasant sur les rochers en contre-bas et du battement de son cœur. Il n'avait pas peur, pas encore. Son cerveau n'avait pas encore procédé la situation. Avec un peu de chance, il n'en aurait pas le temps.

La pluie tombait vite, mais Bob tombait plus vite encore.

Sans grande surprise, il découvrit que la mer était glacée. Le choc de sa chute contre les vagues vida l'air de ses poumons et il entendit le craquement sinistre d'au moins une de ses côtes alors qu'il s'enfonçait sous les flots sans même assez de souffle pour crier. Mais le froid, le froid était le pire. Un étau de glace liquide qui l'étouffait et figeait son sang jusqu'à qu'il ne soit plus qu'une statue destinée à couler jusqu'au fin-fond des abysses maritimes. L'adrénaline qui se répandait dans ses veines ne faisait qu'accentuer le sentiment de panique naissant alors qu'il se rendait compte qu'il ne pouvait pas se débattre contre cette adversaire-ci.

Il allait mourir noyé dans la mer du nord parce qu'il était trop stupide pour esquiver une attaque directe. Il serait enterré dans un cercueil vide, son corps perdu sous les eaux, avec pour seul épitaphe 'mort comme il a vécu : stupidement'.

Lentement, la panique s'étendit dans son réseau nerveux jusqu'à être partout à la fois, un poison insidieux qui assombrissait sa vision plus vite que la surface ne s'éloignait.

Il ne voulait pas mourir comme ça. Pas avec autant de regrets et trop peu de souvenirs, pas seul au fond d'un cercueil de pierre et de glace, dévoré par les poissons alors que ses trois -seuls- amis marchaient encore la surface et portait le deuil de sa stupidité.

Quelque chose se saisit de son poignet et Bob n'eut même pas le courage de rouvrir les yeux. C'était la fin : il allait bientôt perdre conscience et se noyer, ou la bête qui venait de se saisir de lui allait le dévorer vivant avant ça, et dans tous les cas il serait de l'histoire ancienne d'ici la fin de la journée, et c'était brillant.

La chose le tira brusquement vers elle et la prise sur son poignet se desserra. Un bras -un bras?- passa autour de sa taille, le gardant près de son impromptue sauveur, alors qu'une deuxième main venait se poser sur sa nuque. L'eau l'empêchait de voir qui, exactement, se trouvait dans l'eau avec lui, mais avec un peu de chance ce n'était pas une sirène… ou bien une qui ne cherchait pas à le dévorer. Ces créatures étaient vicieuses, mais il connaissait autant d'histoires de marin sauvé par l'une d'elle que d'autre où ils avaient été réduis à des morceaux de viande sanglante sous les dents de requin de ces humanoïdes des profondeurs.

Soudainement, il y avait des lèvres sur les siennes et de l'air dans ses poumons, et l'eau perdait peu à peu ses ombres à mesure que la chose ramenait le mage vers la surface. En quelques secondes, sa tête était de nouveau au dessus des flots et il prenait la meilleure inspiration d'air de son existence. Celui qui avait dit qu'on ne se rendait jamais compte de ce à quoi on tenait vraiment avant de les perdre avait probablement dû se noyer, une fois, parce qu'à ce moment Bob sût à quel point l'oxygène était la meilleure chose qui lui ait jamais été donné de connaître et il jura de ne plus jamais le prendre pour acquis.

Haletant, les pupilles encore écarquillées par l'adrénaline brûlant dans ses veines, le pyromancien tétanisé posa le regard sur Shin (trempé, le visage à découvert et paniqué, le visage d'un miracle) et referma les yeux. Il laissa son front tomber sur l'épaule de son meilleur ami et un sourire épuisé vint étirer ses lèvres.

« Je ne sais pas qui a décrété que tu étais un demi-élémentaire mais il était stupide, parce que tu es clairement un ange, » murmura-t-il, assez proche de l'oreille de l'autre homme pour être entendu au dessus des vagues et du vent. Il put presque l'entendre lever les yeux au ciel en réponse à sa déclaration. « Est-ce que tu peux nager ? »

Après une brève réflexion, Bob hocha la tête et se dirigea péniblement vers la petite plage au pied de la falaise, encouragé par la voix sans souffle du demi-élémentaire. Finalement, il s'y écroula et jamais une surface solide et plane ne lui avait semblé aussi confortable pour s'endormir depuis des années. Il tourna la tête pour regarder Shin se tirant hors des vagues et se relevant maladroitement, ses cheveux dégoulinants et son air soulagé, et sourit.

La peur se retirait de son système comme une vague, ne laissant derrière que la marque de son passage dans son rythme cardiaque accéléré et l'engourdissement de son esprit secoué. Bob était frigorifié et il n'y avait pas la moindre partie de son corps qui n'était pas douloureuse d'une manière ou d'une autre. Il avait encore le goût du sel et de Shin -surtout Shin- sur ses lèvres et sa langue, une saveur que ses inspirations paniquées ne pouvaient effacer.

La pluie, elle, continuait à tomber.

(Personne ne pouvait la rattraper.)