J'aime beaucoup les demi-diables et comme je n'arrivais pas à caser toutes ces explications/headcanons dans ce que j'écris sur Balthazar, je me suis dis que j'allais en faire un truc à part.

Non, il n'y a aucun personnage, ni romance, ni scénario. C'est juste mes divagations sur les demi-diables, le tout inspiré par une phrase dans l'explication de Mahyar sur la nature de nos hybrides préférés. Non, ça ne sert à rien, mais c'était très drôle à écrire. Et comme je bosse sur le background des personnages, ça pourra se révéler utile d'avoir ça ici !

Je ferais bien la même chose avec les demi-élémentaires, tient. Ou avec toutes les races, maintenant que j'y suis.

Note : à tous les guests qui postent des reviews, je vous lance tout plein d'amour même si je peux pas vous répondre directement en MP. D'ailleurs, plein d'amour à tous ceux qui review. Vous êtes géniaux, vous savez ça ?


« Soit, le descendant lutte dans la souffrance et durant toute son existence, face à l'appel de son aïeul infernal. »

Le monde des demi-diable était douleur et voix sifflantes, griffes et crocs et flammes ardentes, goût de cendre et de sang sur la langue.

Le monde est Douleur. C'est une leçon que chaque demi-diable apprend avec une lenteur troublante, comme la longue agonie d'un rat étouffant entre le bois et l'acier d'un piège, comme le raclement des chaînes qu'on traîne le long des couloirs de l'abattoir, comme la distance infinie entre les geôles et la potence. On pourrait croire que, génération après génération, ces hybrides comprendrait plus vite la cruelle réalité, mais il semblerait qu'au contraire chaque année qui passait rallongeait l'inexorable déclin, détruisant un peu plus les engeances innocentes à chaque remarque désobligeante, chaque coup porté par des ignorants au jugement hâtif, chaque murmure tentateur aux accents de feu et de ténèbres. Et quand, enfin, la descendance maudite était réduite à une pile d'éclats brisés et coupants, leur esprit en équilibre sur la fine ligne les séparant de la folie, la littérale descente en enfer ne s'arrêtait que l'espace d'un instant. L'espace d'un choix.

Les faibles et les désespérés prenaient le plus simple en se laissant sombrer dans les ombres, accueillant l'oubli et la perte de tout sens avec soulagement, et la torture s'arrêtait. Les autres, ceux qui avaient la force de garder l'équilibre précaire si particulier à leur espèce, ceux qui s'interdisaient chacun des deux côtés dans l'espoir de ne pas sombrer dans le mauvais, eux ne trouvaient jamais le repos. En prenant le second choix qu'on leur présentait, ils acceptaient d'échanger la paix pour leur libre arbitre et la douleur revenait pour ne jamais repartir, s'installait dans les espaces vides entre leurs os comme un deuxième squelette de fer incandescent sur lequel ils se reconstruisaient péniblement, la brûlure familière devenant un rappel de ce qu'ils avaient sacrifiés pour avoir le droit de choisir. Ils traçaient eux-même les fils de cette toile ardente dans leur corps en priant pour que, quand l'heure viendrait où ils céderaient, elle pourrait les tenir debout assez longtemps pour se rebâtir une nouvelle fois et tout recommencer, encore et encore jusqu'à leur dernier souffle.

La vie d'un demi-diable est un sursis perpétuel, une guerre incessante entre deux partis s'affrontant sur le champs de bataille qu'est l'esprit ravagé d'un enfant en pleurs dans les bras d'un parent impuissant face à sa douleur. Au fil du temps, l'enfant apprend à armer la partie de lui qu'il veut voir gagner et à concentrer tout son pouvoir sur la destruction systématique de l'autre jusqu'à ce que l'influence fantôme de leur géniteur démoniaque soit réduite à des murmures funestes résonnant dans le silence des nuits les plus sombres et le chant de leur sang qui brûle, et brûle, jusqu'à les consumer tout entier. La douleur est toujours là, une brûlure au fer rouge qui les marquent comme la possession d'un démon caché au-delà des ténèbres, mais elle est plus raclements de griffes et de crocs, déchirement impitoyable de leur conscience, que tiraillement sans fin de fils de marionnettes dansants au bout des doigts de leur maître.

Le nombre d'hybrides à sombrer dans la folie est si bas qu'il en est absurde, compte tenu du tourment qui les poursuit. Mais les demi-diables qui ne cèdent pas ne céderont jamais -pourquoi maintenant et pas avant, quand le choix leur était donné-, et ils n'ont jamais connus rien d'autre : c'est une vie entière d'entraînement et de travail qu'ils mettent à profit pour faire face à l'effroyable peine qu'on leur afflige, résultant en une force mentale avec laquelle nulle autre race mortelle ne peux rivaliser. Et puis, la folie serait une alternative trop simple, pas vrai ? Rare sont ceux parmi les engeances démoniaques qui peuvent laisser dériver les débris de leur esprit brisé au-delà de tout espoir de réparation. Quand ce n'est pas la peur qui les force à s'accrocher malgré tout, c'est le supplice qu'ils affrontent qui les paralyse, doigts ensanglantés serrés autour des éclats acérés de leur santé mentale.

Pour désinfecter les plaies de leur être et nettoyer le sang de leurs mains, trop de demi-diables se tournent vers la boisson, la brûlure de l'alcool préférable à celle des flammes infernales qui brûlent dans leurs veines. Ils se noient et s'oublient, l'espace d'une nuit, dans les spiritueux. Leur migraine émousse un peu les serres du monstre tapis dans leur poitrine et le soir suivant vient trop vite pour qu'ils oublient vraiment le goût des liqueurs sur leur langues et l'engourdissement de l'ivresse. Ceux qui n'ont pas le goût de l'alcool lui préfère les drogues dures, celles qui endorment le mortel comme le démon et celles qui empêchent le premier de se perdre au sommeil et le dernier de profiter de sa faiblesse nocturnes.

Mais malgré les stupéfiants et les anesthésiants, et aussi forts puissent-ils être, tous ces demi-diables continuaient d'entendre des chuchotements dans une langue qu'ils craignaient être capables de comprendre. Un chœur désincarnés, oublié, si fort qu'il menaçait de les rendre sourd au reste du monde mais tellement bas qu'il ne pouvait être entendu que distraitement, un bruit de fond à la limite de la conscience. Toujours présent, jusqu'à ce que le moindre silence soit rempli de cette litanie de promesses et d'offres tentatrices.

A cause de l'agonie et du chant, un demi-diable ne connaît d'autre paix que celle venant avec la mort. Une paix brève pour peu qu'il soit de ceux n'ayant pas cédé, un silence de quelques heures, le vide et l'absence de sensations, jusqu'à ce que l'appel de leur sang soit tellement fort qu'ils les tirent des bras de la Mort elle-même, ramenant leur âme déchirée dans un corps sans vie…

Pour tout recommencer.


Les demi-démons deviennent des vrai démons à leur mort et personne ne me convaincra du contraire. C'est juste trop pratique pour les scénarios.