Le titre vient de Battlefield, par Blind Guardian.

Aaaah je suis désolé ça fait tellement longtemps. C'est la faute des cours. Et des jeux vidéos.

"Oh, je me demandais ce qu'ils rendraient en uniforme."

[12 pages plus tard]

"I have made a terrible mistake"

La scène avec Shin, au début, est 100% du self-service. C'est cadeau.

Shin a les cheveux blancs, parce qu'il est basiquement Jack Frost

J'aime beaucoup l'idée qu'Enoch est un père bizarrement impliqué dans la (sur)vie de son fils. Genre, il a jamais raté un anniversaire, mes ses cadeaux sont pas le genre que tu offrirais à un enfant en bas-âge. He's trying his best.

Ils ont passés tellement de temps à combattre ensembles, je pars du principe qu'ils ont prit des habitudes communes, entre autres au combat. Comme planter des trucs pointus dans la jugulaire des gens qui le méritent.

Attention : description relativement graphique de violence et meurtres répétés. Faites gaffes à vous.


Top 10 des pires endroits où se battre, par Balthazar:

1. Un cimetière

2. Une cathédrale pleine de vitraux et de reliques (Note : penser à demander à papa de payer la facture)

3. Une réception aristocratique. Bonus si en tenue de gala

"Je tiens à ce qu'on se souvienne du fait que je ne suis pas payé pour ça," Annonce Théo en tripotant le col trop serré de sa chemise dans l'espoir de le placer de sorte à ce qu'il puisse quand même respirer. Il a troqué son armure de plaque habituelle pour un uniforme immaculée qui, quoique flatteur, est tellement loin de ce qu'il a l'habitude de porter qu'aucun de ses amis n'arrivent à le regarder sans avoir envie de rire. Même son bandeau habituel n'est plus noué dans ses cheveux, qu'il a coiffé élégamment en arrière, mais autour du pommeau de son épée de parade - une espèce de rapière à peine bonne à servir d'ouvre-lettre loin de son espadon usuel.

Il fait quelques pas dans ses bottes cirées, qui grinces, et roule des épaules. La grimace qu'il fait au résultat ne surprend personne. Il n'a pas l'habitude d'être à la fois aussi restreint dans ses mouvements et aussi peu protégé en même temps : son armure a beau ne pas être la tenue la plus souple du Cratère, elle compense ce défaut en étant presque impénétrable. Et magique. Ce que son uniforme n'est absolument pas.

Grunlek tire sèchement sur sa manche pour la remettre en place. Son costume est d'un vert sombre qui contraste agréablement avec sa barbe blanche, tressée pour l'occasion, et les manches avec lesquelles il se bat depuis quelques minutes déjà sont décorées de boutons de manchette qui ont, peut être, été volés au corps d'un de leurs ennemis, mais il n'y a aucune preuve de la véracité de cette supposition sur l'argent délicat. Une fois satisfait, il jette un coup d'oeil sceptique au paladin.

"Aucun de nous n'est payé, tout court. Et le trésor d'un dragon ne suffirait pas à me rendre heureux d'être ici."

"Te plains pas, t'as l'habitude toi."

"Ça ne signifie pas que j'aime ça. C'est comme dire que tu ne peux pas te plaindre de combattre des araignées géantes parce qu'on fait ça tous les quatre matins, c'est idiot,"

Le nain hausse les sourcils et croise les bras sur son torse, sans montrer le moindre signe d'inconfort à l'étroitesse de sa veste qui limite ses mouvements. "Et puis, je serai le seul nain. Royauté ou pas, je vais pas m'amuser plus que vous."

"Ça sera toujours un moindre mal que d'encore une fois dormir dans une tente, dehors, par cette saison."

Cette fois, c'est Balthazar qui a parlé. Il ne les regarde pas directement, trop occupé qu'il est à tresser de fines chaînes dorées dans ses boucles brunes -une chose difficile, considérant leur désordre permanent. La robe écarlate qu'il porte n'est pas bien loin de sa tenue de voyage, le genre de choses qu'il porterait s'il était resté un mage citadin comme il l'était avant leur rencontre. Il est, sans surprise, le plus à l'aise d'entre eux. "Parce que c'est ce qui nous attendait si le seigneur Felmire ne nous avait pas gracieusement offert l'asile. Et je sais pas vous, mais moi j'en ai ma claque de patauger dans la neige et de dormir sur des cailloux. Il gèle, dehors."

"Ah ! Gracieusement ? Cette blague. Je vous parie dix pièces d'or qu'il veut qu'on se débarrasse d'une menace quelconque pour lui, gratuitement."

"Pari tenu : moi, je dis qu'il veut se faire mousser avec son 'altruisme' et ses 'alliés'," Répond Théo en mimant des guillemets avec ses doigts à chacun des mots.

"L'idée de Théo m'a l'air plus probable," Lance Shin depuis la pièce d'à côté, prouvant encore une fois les qualités surhumaines de son ouïe. Il apparaît dans l'encadrement de la porte, et ajoute, "Il nous foutrait dehors sans réfléchir s'il savait le genre d'alliés qu'on est. On est aussi bon aventuriers qu'il est seigneur, et j'ai entendu dire qu'il a restauré le droit de cuissage."

Ayant tendance à glacer l'eau par son seul contact, il est d'office mis à la dernière place de la file d'attente pour le bain, et c'est une bonne chose: du givre se forme déjà sur le bord de sa serviette après seulement quelques minutes entre ses mains. Il abandonne vite l'idée de sécher ses cheveux avec : elle est trempée, et ils sont encore loin d'être sec, laissant des gouttes d'eau couler le long de son dos. De leur blanc naturel il ne reste que de vagues reflets, remplacé par une teinture noir corbeau qu'il garde toujours sur lui, pour les moments tels que celui-ci où il ne peut pas porter sa capuche pour les cacher.

Il laisse la serviette inutile tomber sur ses épaules nues et entreprend de geler méthodiquement chaque mèche, puis d'ôter la glace ainsi formée en agitant sa tête comme un chien mouillé ; une fois ses cheveux débarrassés d'humidité - et lui entouré de débris de glace - il les ramène en une queue de cheval lâche avec un cordon de cuir qui traînait sur une table.

(D'eux tous, il est celui avec les cheveux les plus longs, sans compter le désastre capillaire de Balthazar, et a tendance à les attacher avec tout ce qui lui passe sous la main. Depuis l'Accident, ses amis ont prit l'habitude de toujours garder sur eux de quoi lui libérer le visage, puisqu'il ne le fait pas lui-même.)

Balthazar siffle à son entrée, le balayant de la tête aux pieds avec un regard appréciateur, et répond au regard ennuyé qui suit en agitant ses sourcils d'une façon assez irritante pour lui valoir la serviette froide et humide que l'archer lui jette au visage pour qu'il arrête. Il s'en débarrasse sur la commode la plus proche avec une grimace et renvoi, moqueur, "Quelle précision ! Je suis impressionné : ça n'arrive pas souvent que tu arrives à toucher ta cible."

"De ta part, c'est l'auberge qui se fout de l'hospitalité, considérant que tes sorts marchent à peine une fois sur d-"

"Les enfants !" Grunlek prend la sage décision de les couper avant que la discussion ne dégénère. Il leur adresse son regard le plus désapprobateur, le genre à vous faire questionner l'entièreté de vos décisions en quelques secondes. Balthazar grommelle un peu, et Shin lui tire la langue, mais ils se taisent. "Shin, habille-toi. Bob, est-ce que tu as préparé l'enchantement que je t'ai demandé ?"

Le mage acquiesce, immédiatement distrait par le changement de sujet, et part fouiller dans son sac. Il en sort d'abord une tunique noire qu'il observe un moment avant de la lancer à Shin, sans commenter le fait que ses affaires se retrouvent encore mélangées aux siennes si ce n'est pour un bref sourire amusé. Suivent ensuite quatre anneaux gris sombre gravés de runes qu'il réunit dans la paume de sa main.

"Idéalement, ils seraient en or ou en platine - un métal noble, quoi - mais j'en avais pas sous la main, donc va falloir se contenter d'acier. Même pas pur, en plus, j'ai dû fondre l'épée d'un bandit et laissez-moi vous dire que c'est pas le summum de la qualité en matière d'armes blanches." Explique-t-il en distribuant les anneaux à ses amis, puis enfile le dernier. "Mais ils devraient suffire. Ils se réchaufferont s'ils détectent du poison dans les environs. Disons qu'ils ne pourront pas vous en protéger, ou… quoi que ce soit ces bagues sont censées faire, honnêtement."

"C'est fou comme ça me rassure de savoir à quel point tu connais ton sujet," Dit Théo, sans prendre la peine de masquer son sarcasme. Ses doutes ne l'empêchent pas d'enfiler son anneau à son majeur droit. "Ça a pas intérêt à me brûler."

"Avec lui, tu devrais avoir l'habitude," Note distraitement Shin.

"S'il chauffe au point de te brûler, tu auras des problèmes plus important que la chaleur. Et je te ferai dire que je sais exactement de quoi je parle !" Rétorque Balthazar en l'ignorant royalement - il aurait bien voulu répondre, mais en a été dissuadé par le regard menaçant de Grunlek. Sa phrase est involontairement ironique : il la prononce en attachant autour de son cou une longue cape écarlate qui, en plus de valoir autant que l'entièreté de la pièce dans laquelle ils se trouvent, est faite de tissue autant que de sorts, et il ne saurait identifier aucun des deux. C'est un cadeau de son père, mais il préfère ne pas trop s'attarder sur ce que le diable a pu y mettre. Elle n'a pas tenté de l'étrangler le peu de fois où il l'a porté : c'est tout ce qu'il a besoin de savoir.

Balthazar n'est pas le mage le plus précautionneux du Cratère, non, et ce malgré leur habitude malheureuse à se jeter dans des situations mortelles 'pour la science' - c'est un miracle qu'ils soient encore aussi nombreux qu'ils le sont. On pourrait presque dire qu'il ne doit sa survie qu'au bon sens de ses compagnons, s'ils en avaient un ; en vérité, c'est plutôt un savant mélange de chance, et de protection démoniaque.

Ils enfilent tous leur cape les uns après les autres en silence. Elles sont colorées de sortes à ce qu'ils puissent se retrouver à travers la foule en un coup d'oeil, même sans l'aide de la connexion mentale qu'ils garderont en place tout le long de la soirée. Si la situation venait à dégénérer, la seconde nécessaire pour localiser le reste du groupe pourrait se révéler mortelle.

Une fois habillés, les aventuriers s'arment comme ils le peuvent avec le strict code vestimentaire de la soirée. Shin entreprend de cacher le plus de couteaux possibles dans le peu d'espace que ses vêtements lui permettent. Il atteint une douzaine, tous surprenamment discrets, avant que Grunlek ne se voit obligé de l'arrêter dans l'espoir d'arriver à l'heure.

"On a plus qu'à espérer de ne pas avoir à se battre ce soir," Dit Théo juste avant qu'ils ne sortent, tout en lançant un dernier regard attristé à son épée, abandonnée avec son armure.

Balthazar ne peut pas retenir un reniflement amusé à l'idée. "Avec notre chance…"

Il ne leur faut pas longtemps pour se répartir autour de la grande salle de réception, plus ou moins volontairement. Grunlek s'est fait emporter dans une discussion mi-intéressante, mi-frustrante avec un noble qui semble hésiter autant sur le sujet que sur la façon dont il souhaite traiter le nain.

Je suis impressionné, cette insulte était presque subtile. Huit sur dix, manque d'originalité.

Quoique son sarcasme mental soit inimitable, il est tout sauf le seul à utiliser leur connexion pour ce genre de commentaires légers - en leur défense, c'est ça ou les dires à haute-voix et risquer de vexer leur interlocuteur, et rien n'est pire qu'une noble vexé. Balthazar, par exemple, semble, à première vue, parfaitement sympathique et confortable là où il est, mais aucun de ses amis n'est dupe : il n'écoute pas un mot de ce que les autres invités lui racontent, et y porte encore moins d'intérêts. Ça ne l'empêche pas d'acquiescer aux moments où cela est attendu de lui et de répondre laconiquement aux questions qu'on lui pose - ceux qui les posent attendent rarement une véritable réponse, un talent précieux qu'il n'hésite jamais à utiliser.

'Ce vin est terrible, c'est pire que de la poussière coupée à l'eau. Presque aussi fade que Mme de Klersfield.'

'Fade ou pas, elle a l'air… passionnée. Qu'est ce qu'elle raconte ?'

'Aucune idée. J'ai arrêté de suivre quand elle a commencé à parler de son frère.' Sa présence se fait plus lointaine, comme s'il se concentrait sur quelque chose d'autre, avant de revenir à la normal. 'Toujours son frère, mais à ce point je crois que c'est un code pour quelque chose d'illégal. Ou alors son obsession est encore plus sordide que je ne le pensais.'

Shin a peut-être réussi à s'éloigner de toute conversation en se collant au buffet, mais ça ne l'empêche pas de commenter à tout va l'esthétique des invités,la qualité de la nourriture, ou tout ce qui pourrait le distraire de son ennui. Il observe, l'air de rien, la réception comme une mère faucon, et n'attend qu'un mot pour aller arracher l'un de ses amis des griffes de quelque noble affamé de chaire fraîche d'aventurier. En attendant le signal, il s'amuse à imaginer la vie et les scandales d'inconnus pris aléatoirement dans la foule - son imagination dans le domaine est impressionnante, et à faire des grimaces à Balthazar depuis l'autre bout de la salle quand un espace entre les danseurs leur permet de se voir.

Théo, en bon paladin et mauvais socialite, patrouille les bords de la salle et leur rapporte méticuleusement l'état de chaque fenêtre de la façon la plus morne qu'il le puisse - il peut seulement dire 'rien à signaler' autant de fois avant d'avoir envie de se jeter par l'un des fenêtres en question.

Finalement, après un énième 'rapport', il finit par annoncer, 'J'en ai marre.'

'Est-ce que tu es parti te cacher derrière un pilier ?'

'Oui, il y a des femmes qui me fixent et ça me rend inconfortable.' Il ignore vaillamment les moqueries qui suivent immédiatement de la part de Balthazar, et continue, 'J'ai mal au pied, j'ai faim, je m'ennui, et si j'avais encore mon épée quelqu'un serait déjà mort. Quand est-ce qu'on rentre ?'

'Ça dépend, combien de personnes ont touchées tes fesses ? Je veux gagner mon pari.'

'Rejoins-moi au buffet, ça réglera au moins un de tes problèmes. Ils ont des super-'

On ne saura jamais qu'est-ce qui, exactement, est super au buffet, puisque leur lien mental se coupe brutalement, entraînant la fin de sa phrase avec. Immédiatement, il se tourne vers Balthazar, ou du moins la direction dans laquelle il l'a vu pour la dernière fois. Il n'aperçoit qu'une brève seconde son expression étonnée avant de le perdre de vue à nouveau. Il se détache du buffet, s'apprêtant à le rejoindre pour savoir ce qu'il se passe-

Et puis les fenêtres - ces mêmes hautes fenêtres que Théo a pris le temps de vérifier, une à une - explosent, faisant pleuvoir des éclats de verre sur les nobles paniqués, et une troupe de silhouettes sombre atterrissent sur le carrelage délicat, arme au poing. Shin se laisse tomber au sol et roule sous la table du buffet et sa longue nappe, sortant deux poignards dans le même mouvement.

Cela répond au moins à sa première question. Et à son problème d'ennui.

Théo, heureusement déjà à l'abri derrière un pilier, dégaine son épée - trop fragile, pas assez aiguisée mais toujours mieux que rien - et décroche sa cape pour libérer un minimum ses mouvements. Il aperçoit Grunlek, proche du centre de la salle, qui retrousse ses manches et découvrent les rouages en mouvement de sa prothèse.

Balthazar, quant à lui, a le réflexe de saisir le bord de sa cape et la lever au-dessus de sa tête au moment de l'attaque, prévenu - d'une certaine façon - par la coupure de son sort. Les débris de verre rebondissent sur le tissu comme sur une armure, preuve que ce cadeau est loin d'être un simple vêtement de luxe. Il n'a pas le temps de s'inquiéter de la barrière qui s'est formée entre lui et sa magie, alors il pousse résolument la panique au fond de son esprit, là où elle se fera oublier, et fait face au premier de ses adversaires.

C'est un homme, s'il en croit la stature, couvert de noir de la tête au pieds comme une espèce de chauve-souris infernal. Seul l'éclat calculateur de ses yeux est visible sous sa capuche, bien vite oublié face à celui bien plus mortel du cimeterre qu'il manie. Le premier coup qu'il porte, dans la fraction de secondes qu'il faut à Balthazar pour se remettre de son apparition, rebondit à son tour sur sa cape, mais il sent quelque chose dans l'étoffe - le sort, probablement - qui se casse à l'impact, comme une corde trop tendue qui craque, et il sait que rien n'arrêtera le coup suivant.

Il n'attend pas de tester son hypothèse et profite de la surprise du bandit pour passer à l'action. Il défait l'attache de sa cape à une main, l'autre en tenant toujours un bord, et lui jette au visage aussitôt qu'elle n'est plus accrochée à son cou. Aveuglé, l'autre ne le voit pas saisir le tissu de chaque côté de sa tête, et ne peut rien faire si ce n'est suivre le mouvement quand le mage tire-

Le malfrat trébuche et tombe en avant avec la brusquerie du mouvement. Son crâne rencontre le genou levé de Balthazar avec un craquement satisfaisant, et il s'écroule au sol, la cape toujours enroulé autour de lui. Balthazar les abandonne tous deux, peu soucieux de la survie de l'un et inquiet d'attirer l'attention sur lui avec l'autre - il est loin d'être le seul à porter des couleurs criardes, mais ils n'étaient que quatre à arborer des capes.

Il slalome entre les invités paniqués avec aise, scannant la foule en mouvement à la recherche d'un de ses compagnons. Il a, dans sa main droite, la dague que ses amis le forcent à avoir sur lui en toutes circonstances - à raisons, puisqu'il n'est pas rare qu'il tombe à court de mana - et l'utilise pour éloigner les quelques nobles qui se jettent sur sa route. Longue comme son avant bras et gravée de runes, elle est une menace suffisante pour dégager son chemin, malgré l'inutilité présente des runes en question.

Finalement, il tombe sur Théo, aux prises avec deux bandits similaires en tout point si ce n'est en carrure à celui qui l'a attaqué précédemment. Malgré leur taille, ils peinent face au paladin, qui ne manie pourtant qu'une épée destinée à tout sauf au combat et qui fait pâle figure face à leur cimeterre acéré. L'un des deux porte une large coupure au bras qui saigne abondamment.

Balthazar hésite à rejoindre le combat, puisque Théo semble bien se débrouiller, jusqu'à ce qu'une parure de trop ne brise la lame de celui-ci sur l'arme bien plus solide de son opposant blessé. Voyant ça, le paladin hausse les épaules et saisit le bord non-coupant du cimeterre en question. Au lieu de l'écarter de sa trajectoire meurtrière, il le tire en avant, de sorte à déséquilibrer le bandit, qui vient s'empaler sur le bord brisé de son épée. C'est somme toute efficace, puisqu'il s'écroule sur Théo comme un poids mort - ou, dans ce cas, mourant. Le mage note distraitement que leur méthode de combat est remarquablement similaire.

Le paladin le pousse sur le côté, laissant les restes inutiles de son épée plantés dans son ventre, avant de se tourner vers son deuxième opposant qui peinait jusque là à retrouver son souffle. Son mouvement lui donne l'élan nécessaire pour lancer son poing en avant, droit dans son oeil. L'anneau qu'il porte laisse une estafilade sanguinolente le long de sa tempe et le malfrat recule sous la force du coup, portant une main à son oeil douloureux, quelques pas qui le font tomber dans les bras de Balthazar. Il n'hésite pas une seconde à lui planter sa dague dans la jugulaire, jusqu'à la garde. Il est mort avant de toucher le sol.

"Excellent timing."

"Merci, je fais de mon mieux," Répond Balthazar. Il retire sa lame de la gorge de leur ennemi et en l'essuie sur la cape de celui-ci, puis se tourne vers le paladin, qui est en train d'agiter l'arme du premier bandit de droite à gauche et de faire des moulinets avec, apparemment pour juger sa qualité - en tant que mage, il n'a aucune idée de l'utilité de ses gesticulations. "Théo, j'ai besoin de ton aide."

L'arme semble être à la hauteur de ses espérances, puisqu'il arrête ses mouvements, hoche la tête avec satisfaction, et regarde Balthazar. "J'écoute ?"

"Je ne peux plus faire de magie."

"C'est gênant."

"Très. Ils ont dû créer un champs anti-magie autour de la salle."

"Et je peux y faire quelque chose ?"

"Non, mais moi oui. Il faudrait juste que tu gardes mes arrières pendant que j'en trouves les sources."

Le paladin pose sa nouvelle arme sur son épaule et englobe, de son bras, l'entièreté de la salle. "Je te suis."

Pendant que le duo fait le tour de la pièce, Shin est toujours sous sa table. Ce n'est pas qu'il a peur, ou qu'il ne pourrait pas se battre avec juste ses poignards - il est très confiant en ses capacités - mais il aime garder le peu d'avantage qu'il a, particulièrement dans ce genre de situation. Donc, il attend. Qu'est-ce qu'il attend, exactement, il ne sait pas, mais il le reconnaîtra quand il le verra.

Après un certain temps, une paire de bottes - noires, assez utilisées pour porter des signes d'usure - apparaît dans son champs de vision, qui consiste de l'espace étroit entre le sol et la nappe qui le cache de la salle. Il n'attend pas une seconde de plus pour savoir ce que le bandit fait là-haut : il saisit ses chevilles et les tires vers lui, sous la table. Le bandit - une femme, apparemment - chute lourdement, surprise par son attaque, et son crâne rebondit douloureusement sur le sol alors qu'il la traîne avec lui sous son abri improvisé. Elle est encore consciente malgré le choc, mais trop étourdie pour faire quoi que ce soit. Il plaque une main sur sa bouche et, de l'autre, l'épingle au sol avec son poignard, au travers de son coeur avec la précision d'un collectionneur d'insectes.

Ceci fait, il saisit son cimeterre - trop lourd à son goût, mais ce n'est pas comme s'il comptait se battre avec - et sa cape noire, avec laquelle il remplace la sienne, bleu ciel, qu'il pose sur le cadavre. Ainsi vêtu, il passe aisément pour l'un d'entre eux.

L'archer se glisse discrètement de sous la table, se positionne tranquillement à côté du buffet, et saisit une pomme, comme s'il avait toutes les raisons du monde d'être ici.

"Hey, toi !"

Il se tourne vers la voix et salue le bandit qui s'approche en levant sa pomme.

"Qu'est-ce que tu fais ?"

"Une pause. Ils ont tellement de nourriture, ça leur manquera pas."

Le criminel éclate de rire, trouvant apparemment sa phrase absolument hilarante. Il croque dans sa pomme pour cacher son expression dédaigneuse. Idiot.

"File m'en une aussi, tu veux ? Je serais pas contre une pause non-plus."

"Bien sûr," Il pose son cimeterre en travers de la table pour libérer sa main et fait mine de tendre la main vers le bol de fruit. Au dernier moment, il se retourne et lance sa propre pomme vers l'autre homme avec assez de force pour que sa mâchoire craque à l'impact. Son cri est coupé par le poignard qui suit immédiatement et vient s'empaler au travers de son cou.

Il pousse le bandit mort sous la table avec son camarade du bout du pied, prend une autre pomme, et croque dedans. Maintenant, si seulement il pouvait retrouver les autres...

A quelques mètres de là, Grunlek est très occupé à faire ce qu'il fait le mieux - sauver les meubles. Ou, dans le cas présent, les nobles.

C'est comme essayer de maîtriser un troupeau de moutons paniqués en étant poursuivi par des loups (une situation qu'il a déjà vécu, il y a très longtemps, lors d'un contrat… différent) : frustrant et presque impossible. Les gardes font de leur mieux pour éloigner les attaquants, mais certains parviennent tout de même à se glisser entre eux pour se jeter sur les seigneurs et dames qu'ils protègent. Malheureusement (ou pas, selon le point de vue), ils tombent ainsi sur Grunlek et son bras mécanique, qui fait bien vite du ménage dans leurs rangs, méthodique comme une machine de guerre et deux fois plus énervé - il se débarrasse de sa frustration comme il peut. Le premier qui essaye de profiter de sa petite taille se fait briser quelques côtes d'un simple coup de poing. Après ça, ils font beaucoup plus attention à la menace qu'il représente.

Mais, aussi efficace soit-il, il ne peut pas être au four et au moulin, et les nobles derrières lui ne l'aident en rien en jetant leurs voisins dans la gueule du dragon dans l'espoir de sauver leur peau. S'il les lâches du regard, l'un d'eux arrivent à se mettre ridiculement en danger malgré la protection des gardes et, s'il les surveilles, il fait de lui-même une cible facile.

Puis il y a un changement dans l'atmosphère étouffante, presque imperceptible, semblable à la façon dont l'air s'alourdit juste avant un orage, que les sens aiguisés de Grunlek, habitués à la magie de son compagnon demi-démon, reconnaissent immédiatement. Son bras grince discrètement et semble s'alléger : il en profite pour saisir un malfrat par le col avant qu'il ne se jette sur les invités avec une vitesse que l'autre n'aurait pas pu prévoir. Puis la tension dans l'air se déchire et, plutôt d'un éclair, c'est une boule de feu qui vient s'écraser dans le dos d'un deuxième bandit - à plus ou moins quelques centimètres.

Balthazar et Théo trottinent vers lui, lames au poing. Ils ont tous les deux perdus leur cape et la tenue autrefois immaculée du paladin est presque aussi rouge que celle du mage à côté de lui. Ils sourient tous deux et saluent Grunlek avec enthousiasme, Théo empale un bandit par derrière sans même s'arrêter de courir, et Grunlek se demande - pas pour la première fois, ni même la centième - quand est-ce que sa vie est devenue un cirque pareil.

"Joli tir !"

Balthazar tourne son sourire vers Shin, qui s'est frayé un chemin jusqu'au reste de son groupe à grand coups de poignards de glace. Il a étouffé quelqu'un avec sa cape d'emprunt avant d'arriver, et il lui semblait malvenu de la récupérer après ça. Il a aussi laissé quelques-uns de ses poignards derrière, plantés dans les bandits passant par là.

Maintenant qu'ils sont réunis, la bande de criminels n'a plus aucune chance, particulièrement parce que les deux aventuriers aux pouvoirs nouvellement retrouvés veulent rattraper leur retard à grands coups de destruction magique. Ils ne font aucun effort pour porter des coups non-létales, et la pièce ressemble bien vite à un champs de bataille où les aventuriers et les nobles qu'ils protègent sont les seuls encore debout.

Immobile au milieu du carnage, Théo passe une main dans ses cheveux avec une grimace irritée, somme toute peu perturbé par la situation de manière générale. Par contre, il meurt de chaud dans sa tenue peu adaptée au combat, et quelques mèches collent à son front avec la sueur qui couvre son visage, ce qui est inadmissible. Il regrette plus que jamais l'absence de son bandeau, qu'il a oublié sur la garde de sa rapière.

Au moment où il pense ça, Balthazar lui tend cette même bande de tissu à laquelle il pensait. Il est déjà persuadé que le mage est un télépathe, de toute façon, et à ce point il ne peut que renforcer ses doutes. Il le remercie et la noue sous ses cheveux avec un certain soulagement.

Et, honnêtement, il n'est pas le seul à être dans cet état : les tresses distinguées qui décoraient la barbe de Grunlek sont pour la plupart défaites, certaines coupées court par un coup passé trop près, et son bras mécanique a déchiré sa manche à tel point que ce qu'il en reste peut à peine être vu comme un vêtement. Shin, quoique ayant toujours l'air parfaitement coiffé, est couvert de sang de la tête au pieds à cause de son style de combat rapproché particulièrement violent, et sa joue droite bleuit à vue d'oeil. Même Balthazar, qui était plutôt à l'abri aux côtés du paladin, n'a pas échappé au désastre : ses cheveux sont un véritable nid d'oiseau, il est lui aussi couvert de sang là où un ennemi mort lui est tombé dessus, et il a les doigts égratignés après avoir gravi un mur de la salle pour atteindre l'une des runes anti-magie, suspendue au plafond.

Bref, ils font un piètre spectacle pour une bande d'aventuriers héroïques. Et c'est sans compter les bandits, qui ne font qu'ajouter au pathétique tableau : plus d'un porte des brûlures mortelles, il y en a au moins deux qu'il peut voir à qui il manque un membre, et même ceux morts plus proprement mettent mal à l'aise, que ce soit la forme douloureusement déformée de leurs os brisés ou le trou gelé dans leur poitrine. Les rares survivants font le moins de bruit possible, et même ceux en état de bouger font mine d'être inconscients pour ne pas attirer l'attention sur eux-mêmes. Un vrai massacre.

Un claquement lent s'élève de la foule, brisant le silence pesant qui s'était installé. Les aventuriers se regardent et haussent leurs épaules en un même signe d'incompréhension.

La source du bruit se révèle lorsqu'un homme se sépare des autres nobles, applaudissant toujours les aventuriers avec un sarcasme quasi-palpable. Les pierres précieuses de son costume scintillent froidement sous la lumière des lustres, et son visage aristocratique est étiré en un sourire qui sonne terriblement faux - et maladroit, comme s'il n'a pas l'habitude de porter une telle expression.

Ce n'est pas la première fois que Grunlek, en l'observant, se dit que pareille expression serait moins étrange sur le visage d'un grand prédateur.

"Mes amis !" Dit-il, écartant les bras comme pour les embrasser mais d'une manière si saccadée qu'ils manquent de reculer. Son sourire s'élargit sans jamais dévoiler ses dents. "Quelle braverie ! Quelle efficacité !"

Contre toute attentes, ce n'est pas Théo qui lui répond - il a pourtant l'air à deux doigts de partir dans un des monologues d'inquisiteur qu'il aime tant - mais l'un des bandits survivants, qui lui crache aux pieds depuis le sol où il est étendu.

"Ah, tu peux garder tes flatteries, enfoiré !"

Leur hôte s'arrête et tourne une grimace clairement dégoûté vers le malfrat. Il n'a pas la chance de le faire taire avant que Grunlek, l'air dangereusement calme, ne le devance.

"Qu'est-ce qu'il vous a fait ?"

"'Nous a pas payé, voilà c'qu'il a fait !" Il essuie le sang qui lui coule dans et yeux et continue, "'A préféré nous balancer aux inquisiteurs ! Ce fils de chien a fait tué trop de nos gars."

Son regard passe du bandit au noble, qui semble perdre un peu plus de son masque à chaque mot prononcé par l'homme à ses pieds. Le reste des invités ne fait même pas mine d'ignorer la scène : ils observent les événements avec trépidation.

Le nain se gratte pensivement la barbe, et se tourne vers Balthazar qui fait face au bandit à son tour. "Combien il vous doit ?"

"Pas mal d'or, un bon demi-millier, pour un assassinat. Un difficile, en plus !" Il prend une respiration difficile. "Et il nous fait mêm' pas face, préfère vous payer pour s'débarasser de nous !"

Derrière le mage, Grunlek tend la main vers Théo qui soupire et lui donne une poignée de pièces. L'échange passe inaperçu.

"Il nous paye même pas," Dit Shin en fixant, sans cligner des yeux, le seigneur Felmire.

Le bandit hausse les épaules maladroitement depuis sa position à-demi étalée au sol. "M'étonne pas."

Balthazar se tourne vers le seigneur avec un sourire tout aussi menaçant que le sien, et bien plus pointue et dit, de sa voix la plus polie, lourde de danger, "Je pense que vous nous devez des explications, monsieur Felmire."

"Et qu'on ne vous revoit plus !"

Balthazar atterrit de l'autre côté des grandes portes du domaine Felmire tête la première et s'enfonce dans la neige qui recouvre le paysage. Son sac le rejoint vite, jeté à son tour par les gardes qui les ont 'raccompagnés' dehors, et il s'en saisit vite avant que la neige ne mouille son contenu.

Théo ne tarde pas à suivre dans un grand bruit de batterie de casseroles, son armure en pièce détachée accrochée à la va-vite dans son dos. Shin, ils n'ont pas osés jeter, mais il croque dans sa pomme bruyamment et avec claire désapprobation en rejoignant ses compagnons, son regard noir fixé sur les gardes qui l'ignorent vaillamment. Grunlek non-plus ne subit pas le dur traitement, et discute même amiablement avec le garde à ses côtés : il n'a pas, contrairement à ses amis, tenté d'étrangler le seigneur des lieux quand il leur a annoncé qu'il ne les paierait pas.

"Bon." Il endosse son sac et les regarde tour à tour, subitement profondément fatigué. "C'était un désastre."

Théo attache son plastron avec des gestes brusques qui manquent, par miracle, de déchirer les bandes de cuir qu'il maltraite ainsi, et répond sèchement, "Sans blague."

Puis, plus calmement, avec un rien d'inquiétude, "Où est Lumière ?"

Le mage, dans les bras duquel il a lâché le reste de son armure, penche la tête vers les portes à présents fermés de la demeure. Le cheval en question s'avance vers eux, seul et déjà harnaché. Aussitôt qu'il l'aperçoit, Théo abandonne son équipement pour courir à ses côtés, au grand désespoir de Balthazar qui grogne sous le poid de son armure de plaque. Shin prend finalement pitié quand il devient clair qu'il ne finirait pas de s'équiper tout de suite, occupé qu'il est à vérifier que sa monture a été bien traitée, et vient alléger un peu de son fardeau.

Il n'a pas l'air troublé par le poids, comme s'il portait un édredon plutôt que quinze kilos d'acier, et se tourne vers le nain du groupe.

"C'était drôle, au moins." Il ignore Balthazar qui marmonne 'ah, drôle' sardoniquement, et sourit tranquillement. "Il faut voir le bon côté des choses : on a plus besoin d'avoir l'air présentable."

"Quoi, toi, optimiste ? Le coup que tu as reçu sur le crâne devait être plus fort qu'on ne pensait. Ou bien c'était la nourriture. Tu es sûr que ton enchantement marche, Bob ?"

"Ah, ah. Hilarant. Vient donc remettre ton bazar au lieu de te foutre de moi."

Grunlek les observe longuement - Théo, qui s'entête à faire comme si ses compagnons n'existaient pas au profit de caresser le flanc de Lumière, Shin qui l'imite d'une voix trois octaves trop aigüe, Balthazar qui grommelle qu'on doute toujours de ses enchantements - et regrette, une seconde, de les avoir jamais rencontré. Mais juste une seconde.

Puis, il réalise qu'ils devront tout de même dormir dehors ce soir, dans le froid, et manque de fuir loin, très loin, et de les abandonner derrière.