Coucou tous ! =)

Me revoilà pour le chapitre un, j'espère que ça vous plaira ! =) On entre dans le vif du sujet avec une rencontre plutôt mouvementée, comme on pouvait s'y attendre de nos deux héros~

Rating: T, toujours pour les mêmes raison

Pairing: M&M's, ça n'a pas changé ;)

Disclamer: Les personnages, et l'idée générale de Death Note appartiennent encore à Tsugumi Oba et Takeshi Obata. Mais qui sait, si je rachète les droits ? ... Non?

Warning: Du sang, et du cuir :B

Toujours pour les mêmes, et un grand merci à Miss Mandragore pour sa relecture qui m'a évité pas mal de fautes, et son enthousiasme si contagieux !


Réponse aux anonymes (même s'il n'y en a pas tellement pour le coup xD)

Lauren: Merci d'avoir mis une review après mon appel au secours xD Bisous !

Frosche: A vrai dire, je n'aime pas non plus les successeurs de L. Ou plutôt, je n'aime pas Near. Et comme Mello non plus, alors j'aime Mello ! xD Les ennemis de mes ennemis sont mes amis ! :B Sinon je suis contente que tu te sois quand même arrêtée sur cette histoire ! :D Voici la suite que tu attendais ! Merci tout plein d'avoir reviewé !

Sur ce, bonne lecture tous !


« I'm not ashamed, I'm not afraid, I'm not okay, welcome to the masquerade. »

~Thousand Foot Krutch~


« Chez soi ». En général, ces mots sonnent comme une douce brise à l'oreille des gens. « Chez soi ». Pourtant ces deux mots sont pleins de terribles échos. « -Ch » comme le bruit des vagues qui se fracassent sur les rochers. « -S » comme ce vicieux reptile qui attend la nuit pour vous mordre le cou. « -Oi » comme effroi. Et « -é », comme « Hé, je vais te sortir de là », « Hé, nous sommes là pour toi ». « Hé, tu n'es pas seul ».

Oui malgré, ses fatales consonances, « chez soi » est aussi un espoir. Une promesse. Chez soi, on se sent entouré, en sécurité. D'ailleurs comment peut-on se sentir chez soi dans un endroit où nous ne plaçons aucune confiance ? Et qui peut prétendre n'aspirer qu'au repos dans l'inconnu ?

Vous savez, il y a pire qu'être seul. Il y a être seul dans un environnement hostile. Seul au milieu d'une meute enragée. Alors il faut s'adapter. Comme dirait l'autre « marche ou crève ». Dans mon cas c'est aussi « tuer ou être tué. »

Mon « chez moi ». Je m'en souviens si bien encore, de ce lieu trop sombre, trop morbide que j'osais qualifier de milieu de vie. Je ne m'y sentais pas bien. Pas en sécurité. Mais c'était chez moi. Indubitablement.

Je me rappelle de tout. Ces ruelles étroites et pleines de poussière, ces HLM délabrés et, à quelques pas de là, encombré sur toute une moitié de sacs plastiques, bouteilles en verre brisées et autres déchets tout aussi bons pour la décharge, un pont. Un pont si grand, si majestueux qu'on se demande encore comment l'Homme a pu le dévaster ainsi. Sur une seule moitié. La peinture s'écaille, le bitume s'effrite, le tout est couvert d'une rouille maladive. Sur une seule moitié. C'est moche. Ca donne envie de vomir. Mais seulement sur une moitié.

De l'autre côté, c'est là qu'on voit toute la beauté architecturale de la chose. Un superbe pont suspendu, surplombé d'arcs argentés entremêlés, dessinant de drôles de motifs au-dessus des têtes qui s'y aventurent encore. Sur cette partie, le pont est encore bien entretenu. Tout est reluisant, tout transpire le propre, le sain. Il y a même deux ou trois touristes pour prendre des photos, penchés sur les rambardes, observant la rivière en contrebas.

Et vous savez pourquoi ça brille de l'autre côté ? Vous savez ce qu'i l'autre bout du pont ? La civilisation. La richesse. Le pouvoir. Alors pourquoi s'occuper d'un ghetto aussi pauvre et crasseux que le nôtre ? Pourquoi des gens ayant un « chez eux » si confortable viendraient aider des pouilleux comme nous à en avoir un ?

L'hypocrisie et le refus de la vérité ont toujours fait parti des attributs de l'humanité. Une minorité élitiste dirige une majorité désespérée.

Et c'est au milieu de ces hommes et ces femmes désenchantées que j'ai grandi. Dans un monde plus noir que mes nuits. Ce n'est pas un coin super chouette. Il n'y a pas beaucoup d'enfants. Ça coûte trop cher. Ça s'avance trop loin sur le pont. Ça a trop d'espoir. Et ici, on sait que l'espoir est vain. Alors on frappe sur la plus petite personne qui croit pouvoir s'en sortir. Alors on tue pour une seule petite heure de paix. Bien sûr, on a à manger et à boire. Et l'eau courante. Bien sûr on survit. Mais ça s'arrête là.

C'est pour cette raison, outre le fait que mes parents sont morts dans une affaire de règlements de comptes à mes six ans, c'est pour cette raison que mon enfance a été si solitaire. En fait, j'étais le seul de mon âge. Les autres étaient tous beaucoup plus grand. 17, 18 ans pour les plus jeunes. Comme je n'avais pas d'amis, je voulais traîner avec ces ados, mais ça ne leur plaisait pas vraiment. Alors je leur servais de souffre-douleur, de cendrier vivant. J'ai arrêté de compter le nombre de clopes qu'on a écrasées sur mes bras, mon cou, mes tempes. J'ai arrêté de compter le nombre de fois où on m'a fait avaler des cendres. Et le pire, c'est que ça m'allait à l'époque. Je préférais ça, à pas d'attention du tout. C'est un miracle qu'il ne me soit arrivé aucune merde médicale au jour d'aujourd'hui.

Je crois que c'est quelques années plus tard, lorsque je me suis rendu compte que ce traitement qu'on m'infligeait n'était pas humain, que j'ai commis mon premier meurtre. J'avais douze ans, des cheveux roux flamboyant, un œil bien trop vert et des mains couvertes de sang… C'est étrange, je ne m'en rappelle pas vraiment. Par contre, je n'ai jamais oublié qu'au milieu de leur souffrance, ils ne se souvenaient même plus de mon nom. Le plus grand, et le plus cruel aussi, a hurlé avant de mourir. Il a crié un nom. Un nom étrange que j'avais pourtant l'impression de connaître. Il ne se souvenait pas de mon nom, alors il l'a déformé. Et il a hurlé « Arrête, pitié, arrête ! Matt ! »

Peut-être que s'il n'avait pas écorché mon prénom, alors peut-être que je l'aurais entendu. Peut-être qu'il serait encore vivant. Peut-être que ma vie n'aurait pas pris cette tournure là. Au final, c'est sûrement mieux ainsi. Pour eux. Pour moi. N'empêche que ce jour là, en plus de perdre les seules personnes qu'il me restait, j'ai aussi perdu mon identité. Je suis devenu dur, froid, mauvais. J'ai récupéré de grosses lunettes oranges sur le cadavre encore chaud, et je les abattues sur mes yeux si particuliers. Je suis devenu Matt. J'ai enfermé Mail dans une boîte. Une minuscule boîte. Que j'ai appelée cœur. Et j'ai jeté les clés dans la rivière en me disant qu'avec un peu de chance, un jour, quelqu'un les trouverait sur la rive et viendrait tuer le dragon et délivrer la princesse. Alors j'ai attendu. J'ai attendu six longues années. Mais vous savez ce qu'on dit. Tout vient à point qui sait attendre.

Et il est venu. Alors que j'avais cessé d'y croire, alors que les corps s'entassaient sur mon chemin, alors que mes yeux devenaient de plus en plus sombres derrière mes goggles, alors que même le jour semblait avoir décidé de mourir. Il est venu. Mon miracle. Mon chevalier. A vrai dire, il ressemblait plus à la princesse qu'au prince. Avec ses yeux tout bleus. Si bleus, que même les eaux semblaient pâlir sous son regard glacé. Ses cheveux blonds et lisses cascadaient jusqu'à la naissance de ses épaules, chatouillant sa nuque blanche.

Il était habillé de cuir noir. Un pantalon serré qui gainait ses si jolies jambes, et un haut qui laissait voir le bas de son ventre, son bassin et ses épaules. Un chapelet fait de perles rouges et noires pendait ostensiblement en travers de son torse. Il était fin, presque maigre, et pourtant musclé. Il dégageait quelque chose d'intimidant, voire d'effrayant, mais cette aura animale lui allait si bien. Un gothique au regard dur, calculateur et pourtant si élégant, se mouvant comme un chat, captivant les foules. Me captivant. Me captivant à tel point que j'en oubliais l'homme à mes pieds. Que j'en oubliais mes mains ensanglantées. Mon miracle.

Et dire que lorsqu'il a posé les yeux sur moi, misérable ver de terre, pour la première fois, un frisson de dégoût à traversé mon corps. Parce qu'il semblait tout simplement trop arrogant, trop imbu de lui-même. Ce qui, en fait, s'avère être le cas. Mais sur le coup j'étais vraiment cloué sur place. Et puis…

« Toi, là. Avec moi. » Qu'il m'a dit.

Alors bon, certes, il était sexy. Plus que sexy même. Et oui, je bavais depuis qu'il était entré dans mon champ de vision. Mais bordel, on ne parlait pas comme ça à Matt, L'Ombre de la Mort ! Je vous l'accorde, ce surnom n'est pas des plus attirants, mais il a du sens. Après tout, je suis le meilleur tueur à gages de tout Misdeed City ! Mais surtout, avouez qu'il en jette ! Nan ? Dommage… Bref, je m'égare.

Donc, ce blond si torride dont je ne connaissais pas encore le nom venait de me parler comme à un chien. A moi. Le grand Matt. Ce qui lui a valu mon poing dans sa gueule d'ange ainsi qu'un cordial « Va te faire foutre, tantouze de merde. » Autant vous dire que je l'ai regretté. Amèrement.

Le regard de Blondie, qui était déjà froid à la base, est devenu acier. Avant même que je ne m'en rende compte, un flingue venait décorer ma tempe gauche et un puissant coup de genou dans mon estomac me fit me plier en deux. Je crachai une bile acide et tombai sous le choc. Le canon du Beretta toujours pointé sur mon crâne, le type a fait un mouvement sec du menton. Je me suis relevé difficilement, essuyant ma bouche du revers de la main pendant que lui massait sa joue endolorie.

« Refais ça, et je te bute. Vraiment sans remord. »

J'ai frissonné. Pour la deuxième fois en une minute. J'étais déjà dingue de ce mec, avant même de le savoir. Il a baissé son arme et m'a choppé au col, me plaquant contre le mur. Puis il a approché son visage. A tel point que ses cheveux caressaient mon cou, son souffle chocolaté venait s'échouer sur mes lèvres devenues sèches. Ses yeux océans vrillaient les miens d'une ire pure. Jamais je n'avais vu un tel condensé de sentiments. Comme si, alors que son corps était pourtant aussi jeune que le mien, son âme avait vécu plus d'une vie. Comme si toute sa personne ne se résumait qu'à ces émotions. C'était effrayant. Effrayant et excitant. D'ailleurs il a du le sentir, collé à moi comme il l'était.

Il s'est reculé légèrement, se régalant de ma faible plainte avec un sourire lubrique.

Ce mec était clairement conscient de son avantage sur moi. Il a donc approché sa bouche de mon oreille et a susurré « Tu m'fais visiter ? » Troisième frisson.

Comment aurais-je pu refuser ? Mais je restais tout de même Matt, et cette ville restait tout de même mon terrain de jeux.

« Prêt à courir le risque ? »

Il a souri. Un sourire réellement amusé cette fois. Mon cœur est parti en ratés, mais je n'ai pas perdu la face, et je l'ai emmené découvrir mon univers.

Bizarrement, c'est lui qui a pris les devants. Il marchait quelques pas devant moi, me laissant voir le bas de son dos onduler outrageusement. Ce mec était-il vraiment humain ? Mais surtout, que foutait-il ici ? A voir ses joues encore un peu rondes de l'enfance, ses ongles propres et limés, et ses cheveux brillants qu'on savait doux à des kilomètres, il ne venait pas de chez moi en tous cas, mais certainement d'un milieu aisé. Sa soi-disant violence était-elle factice ? Je le menais peut-être vers une mort affreuse. Je me souviens que j'ai étiré un rictus sadique à cette pensée. « Si le gamin crève, je récupère son putain de chapelet.» Que j'me suis dit. J'ai un peu honte maintenant, mais sur le coup, j'ai su que ce qui n'était qu'un bibelot pour moi, devait coûter une fortune. C'est à ce moment là que j'ai décidé de faire un choix. Ce type, ou ma survie. Après tout, je ne le connaissais pas. Pas même son nom. Ce n'était peut-être pas mon miracle finalement. Merde. J'en aurais pleuré si mes yeux n'avaient pas oublié la sensation.

Je me suis arrêté, mes baskets ont crissé sur le goudron abîmé.

« Comment tu t'appelles ? »

Une question des plus simples, somme toute. Naïve. Innocente. Je le croyais. Il s'est arrêté à son tour. J'ai vu ses épaules se soulever lourdement pour mieux s'affaisser, puis il s'est tourné vers moi, lentement. Dans son œil, avant qu'il ne soit complètement face à moi, j'ai lu la douleur. Une douleur si profonde que même en plongeant mes mains au cœur de sa poitrine, je n'aurais pu la saisir. Une seconde plus tard, elle avait disparu, cédant la place à cette lueur menaçante qui couvait depuis le début dans ses pupilles.

« Mello. » Ça a sonné comme le glas à mes oreilles. Un son si doux et qui pourtant me boufferai.

« - Mello comment ?

- Juste Mello. »

Sur le coup, je n'y ai pas vraiment cru. Était-il comme moi ? Seul, perdu en lui-même. Mais j'avais besoin de savoir.

« Et l'autre toi ? Celui que tu planques ? »

Mello a sursauté. Il ne s'attendait visiblement pas à ça.

« - J'vois pas de quoi tu parles.

- A d'autres.

- Et ton nom ? »

Sourire.

« - Matt.

- Matt comment ?

- Juste Matt. »

Regards qui se cherchent.

« Et l'autre toi ? »

Qui s'évitent.

« Si tu m'dis tien, j'te dirai p't'être le mien. »

Qui se trouvent. Enfin. Qui s'accrochent.

Il n'a pas répondu, s'est contenté de secouer la tête et de marcher à nouveau, jetant de temps en temps un regard méprisant sur les rares passants. Je l'ai rattrapé en trottinant, c'est qu'il ne m'aurait pas attendu !

On a marché longtemps. Côte à côte. En silence. Les mots semblaient inutiles. Il n'y avait rien à expliquer à notre misère. Parce qu'on se comprenait mieux que personne.

Parfois, nos mains se frôlaient, envoyant des décharges électriques dans tout notre corps. Dans le mien, du moins.

Et ça m'arrachai les tripes de montrer cette ville dégueulasse, ces rues étroites et poussiéreuses, ces étendues de béton où j'avais grandi, vieilli parmi les cicatrices et les fumées. Pour la première fois depuis que j'étais devenu Matt, j'avais honte. Et Mail crevait d'envie de se tirer de là, mais j'ignorai cette voix qui hurlait en moi, je l'ignorai, je la reniai.

J'ai sorti une clope du paquet planqué dans ma veste, je l'ai grillée, et j'ai tiré une longue, une très longue taffe. Pour sentir la nicotine s'engouffrer dans mes poumons. Pour étouffer Mail, oublier jusqu'à son nom.

« Pourquoi tout le monde nous fixe comme ça ? »

Je sentais percer l'inquiétude dans sa voix.

« - Les cigarettes, ça court pas les rues. C'est rare ici. Et les beaux gosses, c'est pareil. Imagine leur étonnement là !

- Ouais – Il a souri. Au fait, en parlant de ça, j'ai presque pas vu de gonzesses ici. Vous êtes tous gays ou quoi ? »

J'ai tenté de prendre ça sur le ton de la rigolade, mais très honnêtement, ce genre de commentaire me dégoûte. Surtout venant de la part d'un androgyne pareil.

« - Les filles se tirent de Misdeed en général. Si elles se sont pas faites violer avant par tous les bâtards du coin. Alors désolé Mello, mais va falloir te contenter d'eux.

- S'tu l'dis… »

Il a du sentir le reproche voilé, parce qu'il a fermé sa grande gueule. Oui, autant vous dire qu'il m'avait profondément agacé, mais il ne pouvait pas savoir après tout…

Une question cependant trottait dans ma tête, me faisant oublier ma colère.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? »

Ah, la fameuse question. Celle qui commence réellement cette histoire. Celle qui a, en quelques sortes, scellé mon destin. Qui va peut-être me faire crever comme un chien sur le bas-côté de la route, qui sait ?

A ce moment là, je m'en rappelle comme si c'était hier, il a posé sa main sur mon épaule et m'a dit de m'asseoir. On a marché jusqu'à un banc au milieu de ce qui avait un jour été un parc verdoyant. Avant les seringues, les bouteilles vides, les détritus et les cendres. Mello semblait avoir vieilli d'une centaine d'années. Ses cheveux tombaient tristement sur son visage baissé. Les coudes sur les genoux, la tête entre ses mains, il fixait le vide, mais je devinais, derrière ses pupilles, un autre continent, une autre histoire, et pourtant la même douleur.

« Tu as entendu parler de l'affaire Kira ? »

Je ne sais pas trop pourquoi, mais sur le coup, j'ai senti qu'il fallait que je sache. Que si je ne savais pas, je mourrais. Heureusement, quelques fois, des étrangers rentrent dans Misdeed, et ça nous informe sur le monde extérieur.

« Heu… L'histoire des meurtres non-élucidés mais revendiqués par un fou furieux qui dit posséder des pouvoirs ou j'sais plus quoi. Au Japon, c'est ça ? »

Il a hoché la tête.

« Mais qu'est-ce que ça a à voir avec toi ? »

Il n'a pas répondu, me laissant le soin de faire le lien par moi-même.

« Attends… Ton léger accent… Tu viens du Japon ?! Me dis pas que t'es flic ! »

Grand éclat de rire. Visiblement, je n'avais pas visé juste.

« - Oui, je viens du Japon, et oui, j'ai un rôle à jouer dans cette enquête, mais je ne suis pas des forces de l'ordre. Loin de là. Non, je ne suis pas non plus Kira ! –ajouta-t-il précipitamment en voyant mon air affolé.

- Qui es-tu alors ?

- Un type. Non, le type, qui va démasquer Kira et lui faire payer ses actes. A ma manière. »

De sa main droite, il s'était mis à tripoter nerveusement son Beretta alors qu'un sourire sadique étirait son visage.

« - Je croyais que le meilleur détective de l'archipel, voire du monde, « L » ou quelque chose comme ça, s'en était déjà chargé. Laisse-le se démerder, non ? »

Mello s'est soudain arrêté. J'avais encore dit une connerie à coup sûr ! Je m'attendais à me retrouver plaqué par terre, une joue contre le sol, l'autre contre le canon de son arme.

Bordel, je le connaissais depuis une heure à tout casser et pourtant je le savais déjà explosif ! Je fermai les yeux attendant le coup. Coup, qui décidément, tardait à arriver. J'entrouvrais un œil, inquiet. Et je le vis, immobile, les yeux sombres et vides, droit, le menton relevé comme pour défier le monde. J'avais vraiment du dire une connerie. Une belle connerie, pour qu'il ne perdre même pas son sang-froid. C'était presque plus effrayant que ce que j'avais imaginé.

« M… Mello ? »

Il a brusquement plongé ses yeux dans les miens. Ses pupilles me brûlaient.

« La seule raison pour laquelle ta cervelle ne recouvre pas encore mes vêtements, c'est que tu ne sais pas encore. Mais coupe-moi la parole encore une fois, surtout pour parler de ce que tu ne sais pas, et je te jure que tu connaîtras un sort pire que la mort. »

Il avait dit ça tellement calmement, que j'ai douté un instant de son sérieux. Pourtant j'ai su. Fermer ma grande gueule. Instinct de survie. J'ai acquiescé vivement. Il a hoché la tête et a repris le cours de son récit.

« - Tu apprendras que L est mort. Et Kira vivant. D'ailleurs, c'est lui qui l'a buté. Et il va tous nous buter si on l'arrête pas. Alors oui, c'est dangereux. Suicidaire même. Mais nécessaire. Et je suis ici pour recruter des fous.

- C'est pour ça que tu es venu à Misdeed City ? Tu t'prends pour un justicier et tu t'es dit que tu ferais un beau geste en sortant quelques pauvres âmes de ce trou perdu en les menant à une mort certaine. Tout ça pour ton idéal et ta soif de vengeance. Ça me parait très suggestif. »

J'avais beau connaître les risques, je sentais la colère circuler de plus en plus vite dans mes veines, me faisant voire rouge. Comment pouvait-on débarquer, même ici, de cette façon, et prétendre avoir la main mise sur la population ?

« Exact. ».

J'hallucinais. Ce mec… Il n'avait même pas la décence de nier, ni de baisser les yeux. Il soutenait mon regard comme si c'était tout naturel. Sauf que…

« - Sauf qu'ici tu n'est pas dans ton Tokyo, chéri. Différentes villes, différentes lois. Et chez nous, c'est la loi du plus fort.

- Tant mieux, je suis le plus fort, « chéri ». »

J'ai ricané

« - Les gars de mon monde, c'est pas le courage qui les rend dangereux. C'est le vice. »

Comme pour faire écho à mes mots, un groupe a débarqué d'une ruelle sur la droite, brandissant des battes de baseball et autres armes blanches. Ils étaient nombreux. Trop pour que nous puissions les battre. J'ai tourné la tête pour dire à Mello de courir, mais il s'était déjà lancé dans la bataille, virevoltant avec grâce, ses coudes et ses genoux heurtant durement les mecs sur qui il se jetait. Il était beau. Plus beau encore avec ce sang qui tâchait ses vêtements.

Mon instinct animal s'est réveillé à cette vue presque paradisiaque et mes lèvres se sont retroussées, découvrant mes canines aiguisées. J'ai suivi le blond dans la mêlée. Dos à dos, on abîmait tout ce qu'on pouvait abîmer, mais malgré notre rage et notre bonne volonté, ceux qui nous attaquaient restaient plus nombreux que ceux qui jonchaient le sol à nos pieds, et on commençait à faiblir.

« - Laisse tomber, faut qu'on se casse d'ici ! » J'ai crié pour couvrir le brouhaha du combat. Mello m'a regardé en souriant, nullement impressionné et il a sorti son flingue, tirant un coup en l'air. Tout s'est arrêté. Avant même que je n'ai le temps de dire à Mello de prendre la fuite, tous les types se sont tournés vers lui, indifférents devant l'arme, et en moins de deux, le blondinet était à terre son propre Beretta pointé sur la tempe.

Le type qui le tenait en joue a ricané.

« Joli jouet. Maintenant, princesse, si t'as quelque chose à dire avant que ta p'tite matière grise ne recouvre mes baskets… »

J'ai regardé Mello cracher à la gueule de ce gros baraqué, les yeux écarquillés. Mais alors que le doigt sur la gâchette allait se replier, des sirènes ont retenti dans le silence à peine installé.

« Putain ! Tirez-vous les gars, y a les keufs ! »

Ce fut la débâcle, tout le monde courait en tous sens et Mello gisait toujours au sol, le visage ensanglanté par toutes ces jambes qui le piétinaient sans considération. Je me suis précipité sur lui. Il a levé les yeux sur moi, tendant sa main. Je me suis penché sur son visage, ses mains effleurant son visage, son cou. Puis mon poing s'est refermé sur le chapelet rouge et noir. J'ai détourné le regard, honteux. Il ne me restait plus beaucoup de temps, on entendait déjà le crissement des roues sur le goudron. J'allai me redresser, mais sa main s'est refermée sur mon bras. Faiblement. J'aurais très bien pu me débarrasser de lui, mais quelque chose m'en a empêché. Au fond de ses pupilles. Un truc presque frôle venant de lui. La détresse. Le calme. La Foi… La Foi. En un éclair, j'ai vu ma vie défiler sous mon crâne. Une vie de débauche, de meurtre, de solitude. Puis j'ai vu ce type, que je connaissais depuis un après-midi à peine. Et j'ai su. Su que je le suivrai jusqu'au plus profond des océans. J'ai su que je lui dédierai ma vie.

J'ai lâché ce qui n'était pour moi qu'un collier, le voyant couler sur la poitrine de Mello, formant une sorte de bouclier à l'exact emplacement de son cœur. J'ai souri, finalement peu étonné, et j'ai saisi ses doigts. Fermement. Je l'ai relevé, le plaquant contre mon torse. Je voulais qu'il sente ce que je sentais, cette parfaite osmose, nos cœurs qui battaient à l'unisson.

Ensuite je me suis écarté, et lui ai donné une poignée de main.

« Je m'appelle Mail Jeevas. »

Il a sursauté. Hésité. Et enfin, il a hoché la tête.

« Moi c'est Mihael. Mihael Keehl. »

J'ai senti mon corps entier se réchauffer. Je me sentais complet, comme si j'avais trouvé la pièce manquante. J'ai ouvert les bras, l'invitant à embrasser la ville du regard.

« Et bien, Mihael. Bienvenue dans cette mascarade ! »


Merci d'avoir lu ce chapitre un !

Pour le nom de la ville: Misdeed City (littéralement, la ville des méfaits), je voulais quelque chose qui faisait un peu penser à l'univers de Gotham City, enfin vous voyez le genre. Mais comme Gotham, et Sin City, c'était déjà pris, j'ai bien du trouver autre chose ! J'avais pensé à Guilty Town (la ville coupable) aussi, mais j'ai finalement opté pour l'autre. :B

Dites-moi ce que vous en avez pensé s'il vous plait ! :D

Désolée pour les diverses fautes, et rendez-vous au chapitre deux, j'espère !

Clo'