Disclamer: Les personnages ne m'appartiennent toujours pas...

Warning: Il n'y a pas que des trucs roses dans ce chapitre, mais pas de quoi en trembler de peur, ne vous inquiétez pas ! =)

Dédicace: Les mêmes ! Et celle là est aussi pour Jack... :B

Coucou tout le monde !

Je suis vraiment désolée de ne pas avoir posté plus tôt, mais à vrai dire j'ai fini d'écrire le chapitre ce matin, et le temps de tout taper, nous voilà à 8h du soir ! x) Il faut dire que ce chapitre fait 11 pages traitement de texte ! C'est beaucoup pour moi. ^^

Enfin dans un sens, ça permet d'expliquer le pourquoi de cette absence...

Brefouille, voici le chapitre 2 !

Au programme: du sang, des larmes, et aussi de la tendresse. :3

Je crois que notre petit Mattie tombe amoureux~

Ah ! et quelques surprises !

Bonne lecture~


Réponse à l'anonyme :B

Cha: Merci pour ta review, et voilà la suite ! =) En espérant que tu l'apprécies !


« So am I still waiting for this world to stop hating. Can't find a good reason. Can't find hope to believe in.»

~Sum 41~


Ce matin, je me suis levé avec une étrange impression. Celle que l'œuvre de ma vie attendait patiemment sur mon bureau. Je crois que je commence à comprendre l'acharnement de Mello pour ce qui est de son bouquin. Il l'a presque fini, et pourtant, il est toujours aussi impliqué dans sa traque. Ce mec est incroyable !

Bref, nous nous étions quittés alors que je venais de tacitement jurer allégeance à Mello.

« Et bien, Mihael. Bienvenue dans cette mascarade ! »

Après ça, je l'ai pris par la main, ignorant le rougissement de mes joues et j'ai couru le plus vite possible pour échapper à la police et aux fous furieux qui nous avaient attaqués.

En réalité, à Misdeed City, la police est crainte, contrairement à ce qu'on pourrait penser. Elle a un armement plutôt lourd pour une simple police de quartiers. Mais surtout – et c'est ce sui dissuade la plupart des gens, elle a la main mise sur le trafic de drogue. Certains sergents se font pas mal d'argent là-dessus, alors tant qu'on ne se fait pas prendre, et qu'on les fuit, les flics laissent courir. Et je ne voulais surtout pas qu'on se fasse arrêter, et qu'en plus toute la ville soit sur notre dos !

On a bien du faire deux kilomètres à un rythme soutenu avant de les semer. Quand on s'est arrêtés, Mello est tombé à genoux, se tenant les côtes avec un rictus de souffrance. Il avait sacrément dû être amoché. Quel con ! Comme si je ne l'avais pas prévenu ! Pourtant j'ai retenu le commentaire cinglant qui brûlait mes lèvres : l'inquiétude était plus forte. Il était tout simplement hors de question que je le laisse me glisser entre les doigts alors que je venais de trouver mon échappatoire !

« Tu peux te lever ? » Ai-je demandé dans un murmure.

Il a acquiescé et a pris appui sur ses cuisses pour s'aider. Il est retombé en moins de deux en hurlant de douleur. Merde, s'il criait trop fort, on nous repérerait.

« Shhht. Mello, s'il te plait, je sais que ça fait mal, mais il faut que tu te taise. Tais-toi où ils vont revenir ! »

Ca a eu le mérite de le faire taire. Il a mordu très fort dans son poing. Jusqu'au sang. Mais il n'a plus émis le moindre son.

« Ok. Ok… Je connais quelqu'un qui peut t'aider. C'est pas très loin mais il va falloir que tu t'lèves. »

Je le suis accroupi pour le prendre par la taille mais il s'est reculé en feulant. Oui, en feulant. Ce mec est clairement un lion. Trop fier bien que combattif et courageux.

« Ecoute, ça me plait pas beaucoup non plus, mais tu ne peux pas marcher tout seul. Laisse-moi t'aider, Mihael. »

A l'entente de son prénom, il s'est calmé. Est-ce que je venais de trouver son point faible, ou est-ce que la douleur était finalement venue à bout de ses dernières réticences, une fois l'adrénaline retombée ? Peu m'importait, tant qu'il gardait les yeux ouverts.

Il s'est appuyé sur mon épaule. Je l'ai presque porté pour qu'il se tienne sur ses deux jambes, et on a repris la route en claudiquant sous les grognements étouffés de douleur.

En réalité, j'avais menti. Enfin, je connaissais bien quelqu'un qui aurait pu l'aider, mais de un, je ne savais pas où il se cachait actuellement, et de deux, je ne savais pas moi-même où j'étais. Misdeed City est grande, et même si j'avais déjà arpenté plusieurs fois la ville de fond en combles, il restait des coins qui ne me disaient pas grand-chose. Je devais être loin de mon repère. Et quant à celui que je cherchais éperdument, il devait être encore plus loin.

Je ne me souviens plus exactement combien de temps s'est écoulé comme ça, alors que je tournais à droite, à gauche, en faisant semblant de maîtriser la situation, mais le soir s'était mis à tomber.

« Ne t'inquiète pas Mello, nous y sommes presque… Tu vas voir, ça va aller…

Je n'arrêtais pas de lui parler, de le maintenir éveillé, comme je le pouvais. Mais je sentais qu'il faiblissait. Il s'appuyait de plus en plus sur mon épaule, si bien que je fus obligé de passer mon autre bras autour de sa taille, le soulevant presque, ses pieds touchant à peine le sol par moments. Sa main s'était refermée autour de la petite croix, et ses lèvres bougeaient sans qu'on n'entende le plus petit murmure. Oui, Mello avait bien raison de prier à ce moment-là. Je crois que c'était notre dernier espoir.

Je n'arrivais plus à faire un pas. Tout mon corps était engourdi. Mine de rien, j'avais aussi souffert, bien moins que Mello, certes, pendant notre « petit combat ».

Merde, je commençais sérieusement à désespérer. Je nous ai tirés avec peine dans une ruelle déserte et je me suis laissé glisser le long du mur en caressant distraitement les cheveux de Mello pour le rassurer.

« On fait une pause, okay ? T'es pas des plus légers tu sais ? »

Il a esquissé un sourire en fermant les yeux. Je n'avais même pas la forme de l'en empêcher. Après tout, plus vite il mourrait, plus vite le calvaire serait fini pour lui. Moi, j'aurais encore de longues heures à patienter avant qu'on ne me retrouve et que la mort ne me rappelle enfin. Je me suis mis à chantonner. « Je suis l'enfant d'un peuple sourd, qu'on vienne à mon secours. J'ai construit ma vie et des barrières autour. Sans jamais voir le jour, j'ai prié mes dieux enfermé, seul dans ma tour… »

J'ai ricané. Les dieux. Que pouvaient les dieux ici ? Pour que la lumière brille, il faut bien de l'ombre. Et qui s'occupe de l'ombre ? Pas les dieux, puisqu'ils sont lumière.

« C'est joli » A soufflé Mello.

Oui. C'était beau. Un groupe français. Comment l'avais-je connu, déjà ? Ah oui, c'est vrai. Ma mère.

« Tu devrais dormir Mello. »

Dors, Mello. Et ne te réveille jamais. Tu seras enfin en paix. Tu n'auras plus de soucis à te faire pour L, pour Kira. Tu rejoindras ton Dieu, ou qui que ce soit.

C'est ce que j'ai pensé en le voyant si faible entre mes bras. Il ressemblait à une poupée de porcelaine, trop pure pour que même le crime ne l'entache. Mais j'avais tort sur un point. Mihael n'est pas faible.

« Non. Si je dors, je meure. »

Mihael n'est pas faible. Il est la lumière. Il est la détermination. Il est le miracle. Et moi je suis l'ombre. N'existant que pour qu'il puisse briller de toutes ses forces, et illuminer le monde.

« - On ne va pas s'en sortir, désolé. Je t'ai mené à ta perte. Je m'en veux, mais tu pourrais mourir rapidement. Tu pourrais éviter la souffrance. Je serai là. Tu peux partir en paix…

- Je ne peux pas partir ! –Il a élevé la voix, les yeux exorbités. Et encore moins en paix ! Tu ne m'as pas écouté tout à l'heure ? J'ai un but ! Et je ne mourrai pas avant de l'avoir atteint. Tout homme a un but. C'est ce qui nous maintient en vie. Et plus le but est difficile à atteindre, plus on s'accroche. Alors dis-moi. Quel est ton but ?

- Je… »

Un but ? « Tout homme a un but » ? Quel était mon but déjà ?

« - Je…

- Quel est ton but ? »

Comment pouvais-je le savoir ? Comment aurais-je pu avoir un but ici ?

« - Aucune idée…

- Quel est ton but ? Réponds ! »

Je n'ai même pas senti les larmes couler sur mes joues. Pourquoi me torturait-il avec ça ? Pourquoi ? Je l'avais attendu pendant si longtemps ! Pourquoi alors ?

Oh… Alors c'était ça… Je l'avais attendu pendant si longtemps. Mon but.

« - Quel est ton but ?

- Te suivre. Te suivre jusqu'au bout du monde. Jusqu'à ce que tu aies atteint ton but et que tu décides de fermer les yeux. Mon but. Te suivre… »

Après ça, j'ai essayé de reprendre mon souffle, mais l'euphorie noyait mes poumons. J'avais trouvé l'évidence ! La raison pour laquelle je me battais depuis tout ce temps

L'espoir qu'un jour, on me sorte de là.

Mihael a alors levé les yeux sur moi. De grands yeux bleus, tout étonnés. C'est vrai que ça ressemblait un peu à une déclaration d'amour, alors qu'on se connaissait à peine.

Ca ne m'a pas vraiment empêché de saisir son menton et de l'embrasser. Brièvement. Gentiment. Je voulais le remercier. Je voulais qu'il comprenne à quel point il m'avait sauvé. A quel point je lui devais tout.

Je me suis légèrement reculé, replongeant dans l'océan de ses iris.

« Tu comprends ce que ça veut dire ? »

Je voulais être certain qu'il mesure l'entièreté de mes mots. Parce qu'il n'y avait pas de retour en arrière possible.

« Ca veut dire qu'on ne va pas mourir ici. »

Exact. Car il avait décidé de vivre. Alors pour lui, je devais vivre aussi.

Il a souri et a recommencé à prier. Moi, je ne crois pas à ces choses là. Ceci dit, quelqu'un sur Terre ou Là-haut a du l'entendre, puisqu'une tête a brusquement surgi dans mon champ de vision en chuchotant avec empressement.

« Matt ? Matt, c'est toi ? »

D'où il sortait ? Comment m'avait-il trouvé ? Je n'en avais cure. Tout ce qui comptait, c'est qu'il était là, prêt à m'aider. Prêt à aider Mello.

J'ai soupiré de soulagement. Les personnes de confiance sont rares à Misdeed City.

« - Ouais. Sors-nous d'là Jim !

- C'est qui lui ? »

Il a pointé Mello du doigt, d'un air mauvais. En fin de compte, je ne savais pas quoi lui répondre. Les mots ne semblaient pas assez forts pour décrire tout ce que cet ex-inconnu représentait. Alors je me suis contenté d'un « Tu dois le sauver. Ne pose pas de questions. S'il te plait, simplement… Aide-nous. »

Jim a grogné avec scepticisme, mais il s'est tout de même penché sur Mello pour le soulever, ce que le blond n'a pas apprécié.

« Mello, s'il-te plait, lui ai-je dit. Souviens-toi de mon but… Du tien… »

Malgré son froncement de sourcils conséquent, Jim n'a rien dit. De plus, Mello s'était finalement laissé faire.

« - Et toi ? Tu peux marcher ?

- Ouais, t'inquiète. Occupe-toi de lui, je vais bien. »

Piètre mensonge. Mon corps me faisait mal. Mais mon esprit, lui, était si paisible. Si paisible… J'avais l'intime conviction que personne ne mourrait aujourd'hui.

Je me suis levé, réprimant un cri de douleur. Je ne voulais pas affoler Jim plus qu'il ne l'était déjà. Et puis, Mello était bien plus mal en point que moi.

On a marché, ou plutôt titubé, pendant ce qui m'a semblé une éternité avant de s'arrêter sur le porche d'une maison mitoyenne dans un état relativement mauvais. C'était mieux que rien.

Il a ouvert la porte, je me suis étalé dans le hall. Mon souffle avait décidé de me lâcher, et mes jambes de s'écrouler. Je les ai maudites, avant de me rendre compte que du sang s'écoulait de ces dernières. Avant de m'évanouir.


Je me suis réveillé quelques minutes plus tard, toujours sur le sol. Une chose seulement avait changé. Un garrot empêchait le sang de glisser le long de ma cuisse. Je me suis redressé, me mettant en position assise. Où étaient les deux autres ? Je le suis pris à avoir peur qu'ils ne soient partis, me laissant seul, et une pointe de jalousie s'empara de mon être. Ma raison avait beau démentir cette version, je ne pouvais m'empêcher d'imaginer la si jolie tête blonde entre les cuisses ridées de Jim. Je me suis levé, furieux, mais en m'appuyant sur la jambe droite, mon genou a tremblé, je me suis écroulé à nouveau, toujours aussi furieux.

Et pourtant, je n'avais aucune raison de l'être ! Je le savais très bien, mais je ne me contrôlais plus. J'ai pris sur moi, ignorant la douleur, et je me suis dressé encore, avançant d'abord avec hésitation, puis courant presque, boitillant à travers toute la maison. Sans trouver personne.

Mais au bout de quelques longues secondes, alors que mon cœur semblait être enfin retourné battre en silence dans ma poitrine, j'ai entendu la voix de Mello. Des hurlements. La voix de Jim. Des hurlements. Mello…

J'ai levé brusquement la tête. Le deuxième étage ! Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ? J'ai grimpé quatre à quatre les marches, tentant de faire taire l'angoisse qui formait peu à peu une boule dans ma gorge. Qu'allais-je trouver une fois là-haut ?

Plus le temps de tergiverser, j'étais déjà devant l'unique porte. Toquer ? Ne pas toquer ?

Un nouveau cri.

Toquer ?! Et puis quoi encore ? J'ai actionné la poignée. Verrouillée. Que faire alors ? Défoncer la porte. Un, deux, trois pas en arrière, de l'élan. Un coup d'épaule. La porte a sauté sur ses gonds, s'est ouverte dans un grincement aigu, a percuté le mur. J'ai porté la main à ma ceinture, par réflexe, mais je n'avais pas d'arme. En fait, je n'en avais pas besoin. Si je m'attendais à trouver Mello, nu, les fesses en l'air, et Jim, brandissant son ridicule organe d'abuseur (je ne sais pas s'il est ridicule, mais la colère pousse à l'insulte), je ne m'attendais pourtant pas à ce qu'il brandisse réellement quelque chose, mais quelque chose qui ressemblait à un bistouri ! Il voulait le découper ou quoi ?! D'ailleurs, où était Mello ? Je n'avais même pas pris le temps d'observer la pièce. Une minuscule pièce aux murs vert clair avec un chariot dans un coin, sur lequel s'empilait un nombre incalculable de seringues, de bistouris, de ciseaux, de fil, et de tout le nécessaire à soins, sous vide ou jeté en vrac, presque rouillés. A côté, une petite table jonchée de papiers griffonnés, de magazines douteux, et de canettes de bière. A gauche, une étagère contenant des serviettes grisâtres, rêches d'aspect, une multitude de pansements, de straps, de sparadraps, un peu plus loin, deux brancards. Au fond, un canapé sans doute convertible, au vu des oreillers et des draps qui le recouvraient. Et au milieu de ce joyeux chantier, toujours Jim, toujours le bistouri.

On dit qu'il ne faut jamais sauter aux conclusions. Ceux qui disent ça n'ont jamais été confrontés à ce genre de situations.

Je crois que Jim a dû comprendre, parce qu'il a levé les bras, en signe d'apaisement. En tant qu'ancien médecin, il devait savoir gérer le cas d'un type aveuglé par la colère et la douleur. Mais j'ai continué à avancer malgré tout. Comme un animal, à l'affut du moindre mouvement.

« Matt, tu fais fausse route… »

Je ne l'écoutais même pas. Ses lèvres bougeaient. J'entendais les mots. Je ne l'écoutais pas.

« Réfléchis ! Si j'avais voulu le tuer, je l'aurais déjà fait. Et tu ne serais certainement pas réveillé dans ce cas… »

Il n'avait pas tort pour le coup.

« Lâche ça », ai-je grogné.

Il n'a pas discuté. Le bistouri a émis un « cling » métallique en heurtant le carrelage.

« J'veux le voir. »

Là, ça devenait délicat. Jim avait clairement l'air nerveux. Il a déglutit plusieurs fois. J'ai observé sa pomme d'Adam monter et descendre dans sa gorge avec une fascination étrange.

« C'est-à-dire que… A-t-il balbutié en tirant sur le col de sa chemise usée. Ecoute, Matt, il a un éclat de balle dans la hanche, et il est assez profond. Je dois pratiquer une légère incision pour aller le récupérer. Mais tu sais aussi bien que moi qu'on n'a pas le matériel adéquat. En fait, je n'ai pas d'anesthésiant. Il se met à hurler dès que je le touche. Je sais qu'il a mal, mais à ce stade, je ne peux rien faire. »

Il transpirait et ne cessait de passer le revers de sa manche sur son front dégoulinant en détournant les yeux. Quelque chose chez lui me paraissait étrange, mais j'ai mis ça sur le compte de la panique.

Merde… Que faire ? D'un côté, on devait soigner Mello. De l'autre, si on le faisait, il allait le sentir passer. Vraiment. Il n'y avait plus qu'à espérer qu'il s'évanouisse sur le coup.

Jim a ouvert la bouche, la refermée. Puis il s'est finalement lancé.

« On pourrait lui donner… De la poudre. »

De la poudre ? Sur le coup, j'ai cru qu'il parlait du machin que les filles se mettent sur la tronche pour cacher la misère. Puis j'ai compris.

« Le droguer ? Déjà, c'est hors de question ! On sait pas comment il va réagir à ca. J'veux pas d'un dépendant sur les bras, et ensuite, c'est impossible. J'ai pas de came. »

En fait, l'idée en elle-même n'était pas si stupide. Mais, véridique, je n'avais pas un sachet en poche. Et puis, est-ce que Mello était clean ?

« Rien ? Tu as vraiment rien ? Comment ça se fait ? »

Oh… C'est vrai que je ne l'avais pas vu depuis un bon bout de temps… Je dois bien avouer que pendant une certaine période de ma vie. Une certaine sombre période de ma vie, je me suis vu embarqué dans une sordide affaire de trafic de stupéfiants. Je n'ai personnellement jamais touché à la marchandise. De un, parce que j'avais mon compte avec les clopes. De deux, parce que ce n'était pas professionnel. Et de trois, parce que je refusais qu'on lise dans mon regard ce qu'on lisait dans celui de mes clients. De l'addiction. De la maladie. De la détresse. Je me contentais de vendre. Et à vrai dire, je n'ai jamais eu de soucis de paiement. Ma doctrine était simple. Pas de tune, pas de poudre. Je m'en fichais de savoir que des pauvres gens se faisaient détrousser du peu qu'ils avaient pour que mon business prospère. J'me faisais un confortable tapis, c'est tout ce qui comptait.

Mais mes prix ne devaient pas plaire à tout le monde. Si bien qu'un jour, une de mes clientes s'est fait attaquer par des junkies en manque, et sans un rond. Elle a refusé de donner ses sachets. Dans d'autres circonstances, ce geste aurait pu paraître héroïque. Pas dans ce cas là. Elle était tout aussi dingue qu'eux. Elle est allée jusqu'à offrir son corps pour qu'on lui laisse sa dose. Les mecs s'en foutaient. Les nanas d'ici finissaient toujours par faire le trottoir de toute façon. Ils ont insisté. Elle a refusé. Ils l'ont canardée. J'suis arrivé quelques minutes après, les types étaient partis avec la drogue, et la fille, Jeanne qu'elle s'appelait, est morte dans mes bras.

Vous savez ce qu'elle a dit, juste avant de passer l'arme à gauche ?

« Ils m'ont tout pris… »

Oui ma'mzelle. Ces salauds t'ont pris ta jeunesse, ton avenir, ta vie.

« Ils m'ont pris toute ma came… »

Elle mourrait et c'est tout ce qui lui importait. Croyez-moi, ce genre de trucs, ça refroidit.

Alors j'ai laissé tomber les stups. Je n'ai prévenu personne, et je me suis fait disparaître pendant un petit bout de temps pour éviter qu'on attente à ma vie par dépit.

Une sordide histoire. Vraiment. Retenez bien ça, les enfants (y-a-t-il seulement des enfants qui lisent ces lignes ? Si c'est le cas, arrêtez tout de suite !) : La drogue, c'est mal !

Donc, hors de question de faire planer Mihael !

« - Heu… j'ai laissé tomber tout ça, mais bref. J'vais aller parler à Mello. Pour le prévenir qu'il va avoir très mal.

- Tu pourrais p't'être faire jouer tes anciennes relations...

- Jim, j'ai dit non ! Arrête de t'acharner ! »

Je ne comprenais pas ce soudain engouement pour la drogue, mais honnêtement, je m'en fichais. Tant qu'il soignait Mello comme il fallait.

« - Où il est ?

- Porte du fond à gauche. »

J'ai regardé dans la direction qu'il pointait et j'ai remarqué la dite porte. Je ne l'avais pas vu car elle était du même vert sale que les murs. Et elle était minuscule ! Je pouvais à peine me tenir droit en la franchissant. Elle n'était pas bien large non plus. Un brancard n'aurait certainement jamais pu y passer. C'était d'ailleurs sûrement pour ça qu'ils étaient entassés dans la pièce principale.

Sans plus attendre, j'ai atteint le battant de bois, l'ai poussé, et me suis tenu sur le seuil de la pièce adjacente. Il y avait une fenêtre sur la cloison droite, mais les volets étaient fermés et la lumière éteinte, si bien qu'il faisait très sombre. Mes yeux ont mis quelques secondes à s'habituer à l'obscurité, et j'ai alors pu distinguer en face de moi un grand poster représentant l'autopsie d'une cigarette, et toutes les maladies que cette dernière pouvait engendrer. J'ai ricané.

Mais je n'étais pas là pour admirer la déco. Aussi ai-je continué mon inspection des lieux pour finir sur un matelas à même le sol, sur lequel était allongé…

« Mello ! » Me suis-je écrié avec soulagement en me jetant à ses côtés.

Il a ouvert les yeux, m'a vu, a esquissé l'ombre d'un sourire.

« T'es pas mort, finalement ? » A-t-il croassé.

J'ai ri, mais en réalité, j'étais inquiet. Il était faible et j'avais peur qu'il ne supporte pas de se faire charcuter à vif.

J'ai dégluti. J'étais venu pour lui parler. Pas pour me dégonfler au dernier moment !

« - Ecoute Mello… Tu as une balle dans la hanche. Il faut l'enlever. Sinon ça te fera encore plus mal et… -je cherchais l'appui du médecin. Jim a haussé les épaules- et ça pourrait s'infecter. Je sais que c'est horrible. Et crois-moi, j'aimerais qu'il y ait une autre solution, mais il n'y en a pas. On doit aller la chercher

- Il est hors de question qu'on me découpe comme un steak sans m'endormir. »

Il n'a pas cillé en disant ces mots. Ses yeux bleus, que la douleur avait obscurcis, étaient plantés droit dans les miens à travers mes grosses lunettes. J'ai presque cru qu'il pouvait voir clairement au travers.

J'ai inspiré profondément. Si Mello refusait, alors je devais convaincre Mihael.

« Sors, ai-je ordonné à Jim sans même le regarder. »

J'ai attendu que la porte se referme et que les pas s'éloignent avant de m'asseoir sur le rebord du matelas. Puis j'ai pris la main gauche de Mihael entre les miennes. Elle était si froide !

« Mihael –il a cillé. Mihael, j'ai besoin de toi. Tu le sais. Et tu sais aussi que tu as besoin de moi. Tu es venu jusqu'ici pour trouver des gens prêts à donner leur vie pour battre Kira. Personnellement, je me fous de ce type. Mais pas de toi. Et si je dois mourir pour quelqu'un, ce sera pour toi. Et toi seul. C'est pourquoi nous quitterons cette ville ensemble et debout, ou les pieds devant, dans une boîte. »

Il a fermé un instant les yeux Il savait ce qui l'attendait. Il savait la souffrance qu'il devait endurer. Tout ça, il le savait mieux que moi. Mais il savait aussi que j'avais raison. Il ne pourrait pas tuer Kira en se bousillant lui-même.

Il a soulevé ses paupières et, d'un battement de cils, m'a signifié son accord.

J'ai souri avec difficulté tout en pressant ses doigts entre les miens.

Quoi qu'il se passe, je le soutiendrai.


Avez-vous déjà été confrontés à ce genre de situations où vous décidez de faire quelque chose, et une fois que vous êtes dedans, et que vous ne pouvez plus reculer, vous changez soudain d'avis ? Un peu comme si vous montiez dans un manège avec plein de vrilles et de loopings alors que vous détestez les sensations fortes ?

Et bien ce qui m'arrivait était exactement pareil.

Lorsque Jim est revenu et a désinfecté la hanche de Mello, j'ai grimacé. Lorsqu'il a arraché le papier qui enveloppait un nouveau bistouri (Dieu merci, sous vide), j'ai frissonné.

Lorsqu'il a posé la pointe sur la peau laiteuse, j'étais à deux doigts de vomir.

Mello, lui, était exemplaire. Il mordait bien fort dans un morceau de cuir que j'avais découpé dans la ceinture de Jim (ce qui ne lui a pas trop plu d'ailleurs).

Le blond était tout mon contraire. Lui, lorsqu'il décidait de quelque chose, il ne renonçait jamais. Et c'est ce qui l'avait amené jusqu'ici.

Oh, bien sûr, il a hurlé. Il a serré ma main à m'en briser les phalanges, il s'est convulsé de douleur. Il était trempé de sueur.

Bizarrement, j'ai pensé à Stallone, quand il cautérise ses plaies avec un briquet et de la poudre de balle dans Rambo… Allez savoir pourquoi…

En réalité, le plus gros point commun entre Rambo et Mello, ce n'est évidemment pas la carrure, mais plutôt leur vision très terre-à-terre des choses. Ils doivent faire quelque chose ? Ok, ils le font. Et ils le font bien en plus de ça.

Cinq minutes sont passées, comme ça, au milieu des cris, avant que la pince se ressorte des chairs, enserrant fièrement un morceau de balle assez conséquent. Ce fut certainement le moment le plus pénible. Si bien que Mello tomba dans les pommes.

Le calvaire était fini. Jim a pu nettoyer la plaie du mieux qu'il pouvait, recoudre la plaie et y appliquer une sorte de pommade verdâtre. « Ca facilite la cicatrisation, et qui ça fera moins mal. » Je ne pouvais que le croire.


Plusieurs jours ont passé ainsi. Mello était cloué au lit, le front parfois brûlant, et frissonnant encore de douleur. Mais la plaie se refermait petit à petit. On pourrait bientôt reprendre la route et quitter cette ville maudite.

Je tournais en rond, comme un lion en cage. Je sortais rarement. De peur qu'on nous attaque à nouveau. Cependant, je commençais à m'impatienter.

Un jour, alors que j'étais dans la chambre de Mello, à le regarder, sans parler, il a tourné la tête vers moi, plantant ses yeux dans les miens. Puis il a levé sa main, et a appuyé sur sa plaie. Fort. En retenant une grimace.

« Mais qu'est-ce que tu fous ?! » Me suis-je écrié.

Il a souri et a pris son temps avant de me répondre.

« Tu as vu ? Ca fait encore mal, mais je n'hurle plus de douleur, même en appuyant dessus. On va pouvoir partir dès ce soir. »

Je suis resté abasourdi quelques instants. Avant de sauter littéralement de joie et de serrer Mello dans mes bras. Je me fichais de l'étouffer. Je me fichais de le gêner. Je me fichais de tout. Parce qu'on allait partir. Enfin. Après 18 ans d'errance, de misère. Enfin, j'allais prendre mon envol. J'allais découvrir le monde ! Et malgré la triste description qu'en avait faite Mello, j'étais persuadé qu'il existait sur cette Terre un bonheur et une joie sans égal. J'étais persuadé que, malgré ses atrocités, le monde était beau. Je l'avais lu dans les yeux de Mihael. Je crois même que j'ai versé une petite larme.

Jim est entré dans la chambre à ce moment et, étonné, nous a demandé la raison de ces soudaines effusions d'ondes positives. Je lui ai presque hurlé dessus qu'on s'en allait. Que le cauchemar prenait fin. Mello lui a même solennellement proposé de venir avec nous.

J'étais sûr qu'il sauterait sur l'occasion, mais il a soudain baissé les yeux en secouant la tête. Bon Dieu, mais que lui arrivait-il ? Le Jim d'avant ne rêvait que de gloire à l'étranger, et malgré la fermeture de l'hôpital de Misdeed City, le Jim que je connaissais était toujours allé de l'avant en clamant à qui mieux mieux que sauver des vies étai tout ce qu'il avait, mais qu'il ferait tout pour se tirer !

Où était donc passée sa motivation ?

« - Ca va, Jim ? Ai-je demandé. Si t'as un souci, tu peux m'le dire. On est potes quand même !

- Oui, je… T'inquiète, je vais bien. Vous partez quand ?

- Ce soir, a répondu Mello. Avant la tombée de la nuit, mais pas trop tôt non plus. On aimerait être relativement discrets. »

Jim a acquiescé nerveusement. Décidemment, quelque chose clochait. Mais il est sorti de la pièce avant que j'ai pu répliquer quoi que ce soit.

J'ai échangé un regard sceptique avec Mello, puis la joie a finalement repris possession de moi et je me suis jeté sur le blond pour le chatouiller tout en le remerciant.

Mihael riait aux éclats sous mes coups en se tortillant comme un ver de terre, mais j'ai fini par l'immobiliser en m'asseyant sur ses cuisses et en maintenant ses poignets au-dessus de sa tête.

La position était plus qu'équivoque et j'ai rougi.

On a arrêté de bouger. Je voyais la poitrine de Mello s'élever et s'abaisser rapidement. Il était essoufflé et encore un peu faible. J'aurais dû m'enlever. J'aurais dû le laisser récupérer, je le savais. Mais je ne pouvais pas bouger. J'étais là, à me noyer dans les diamants de ses yeux, et je ne pouvais pas bouger.

Mello a chuchoté dans le soudain silence, si bien que les mots ont raisonné jusqu'aux tréfonds de mon âme.

« Tu sais, j'attends encore que ce monde cesse de haïr. Je n'trouve pas de bonne raison, j'trouve pas la force d'y croire. Mais j'attends. Patiemment. »

Je ne sais pas trop pourquoi ces quelques mots m'ont tant remué. Pourtant ils l'ont fait, et je me suis penché sur le visage de Mello jusqu'à presque frôler ses lèvres.

« Alors j'attends avec toi. »

C'était une promesse. Presqu'un serment.

Puis j'ai comblé le peu de distance qui nous séparait encore et je l'ai embrassé.

S'il a été étonné, il n'en a rien laissé paraître, ouvrant plutôt la bouche pour approfondir le baiser.

J'aurai toujours en mémoire le goût de ses lèvres à ce moment là. La sensation de sa langue sur la mienne. Les battements de mon cœur qui accélèrent. Et ses yeux, presque fermés, laissant passer un éclair bleu avant que je ne ferme les miens.

Je ne sais pas combien de temps on est restés comme ça, à se bouffer les amygdales, mais quand Mello s'est reculé, à bout de souffle, je me suis rendu compte que ça avait du être assez long.

Il a cherché mes yeux des siens, mais à travers les goggles c'était assez difficile, bien qu'il s'en sorte comme un chef. Il a levé la main et l'a posée sur la lanière qui les maintenait sur mon visage. Il a attendu mon accord. J'ai mis ma main sur la sienne pour l'encourager. Il a tiré gentiment, et les lunettes sont remontées dans mes mèches rousses, dégageant mon front.

Je n'aime pas du tout montrer mes yeux. En fait, je ne suis pas sûr de les avoir montrés à qui que ce soit depuis mes 12 ans. Mais avant ça, les regards qu'on posait sur moi le dérangeaient. J'avais l'impression d'être une bête de foire. Et pourtant ils n'ont rien de si spécial !

J'ai baissé la tête. Je ne voulais pas voir le regard de Mello. J'avais peur de découvrir qu'il était finalement comme tous les autres.

Mais il a relevé mon visage et a planté ses yeux dans les miens. Et ce que j'y ai lu m'a conforté dans mon idée… Que Mello est un être exceptionnel. Parce qu'il observait mes yeux avec une fascination qui n'était pas du tout malsaine, et même avec… Avec amour…

« Wow » A-t-il simplement soufflé.

Vous imaginez ça ? Un Mello à court de mots ? C'était la première fois de toute ma vie que j'étais fier de mes yeux. Des yeux vairons, tout simplement. Mais aux couleurs des plus étranges.

En effet, il se trouve que mon œil droit est marron, avec des éclairs rougeâtres qui partent de la pupille pour s'égarer vers les bords extérieurs de mon iris. On pourrait comparer cet œil là à une nuit d'orage vue au travers d'une lentille sombre. Enfin, c'est ce qu'on m'a dit…

Et l'œil gauche, lui, il est tout vert. Genre, vraiment vert. Comme les feuilles d'un arbre au milieu du printemps. Et sans aucune impureté. Sans reflet. Vert clair. Profond. Troublant.

Ce qui fait que mon regard est assez spécial. D'où ma lubie de le cacher derrière d'épais verres teintés.

Sans mes goggles, je me sens nu, vulnérable. De nouveau sujet aux railleries, ou à la merci des fous.

Mais là, alors que Mello les voyait pour la première fois, je n'avais pas peur. Je n'étais pas gêné. Il avait l'air de bien les aimer.

« Ils te plaisent ? » Ai-je soufflé.

Il n'a pas répondu. Il a souri et m'a encore embrassé, sans quitter mes yeux des siens. Et moi, je devais lutter pour les garder ouverts.

Ma main a trouvé d'elle-même son chemin vers sa joue et lui a placé la sienne sur ma nuque, emmêlant ses doigts dans mes courtes mèches. J'étais bien là. Caressant la peau si douce et si blanche, goûtant pour la première fois au plaisir d'être déconnecté de ma réalité. Il n'y avait plus que lui encore. Comme à chaque fois qu'il posait ses yeux sur moi.

Qui était-il ? Comment était-ce possible d'enchaîner quelqu'un, comme ça, si facilement, en si peu de temps ?

Soudain, la porte s'est ouverte, et une dizaine de types sont entrés. L'un d'eux tenait Jim par le col de sa chemise délavée, un couteau plaqué contre sa gorge.

« C'est quoi ce bordel ?! » Ai-je beuglé en rabattant mes lunettes sur mon nez et m'éloignant de Mello.

Je ne comprenais plus rien. Que foutaient ces types ici ?

« Oh, bordel… » Mello a passé une main lasse sur son visage.

« - Tu les connais ? Lui ai-je demandé.

- Un peu, oui ! Je ne suis pas venu directement à toi quand je suis arrivé à Misdeed. Et je ne me suis pas fait que des amis… »

Je l'ai regardé, effaré. J'aurais dû m'en douter. Bon Dieu ! Et moi qui croyais presque qu'il était tombé du ciel juste devant moi ! Un grand type que j'ai deviné comme le chef au vu de la tête et des courbettes que lui servaient les autres types a ricané et a sorti, comme ça :

« Ouais ! Et devine quoi ! Ton p'tit copain, sa tête est mise à prix un peu partout. Et cette fois j'vais réussir à le crever ! »

Quoi ?! Ca y est ! Je le reconnaissais. C'était l'enflure qui avait tabassé Mello ! Je lancé un regard sceptique au blond, mais sa position défensive m'a démontrée qu'il ne blaguait pas du tout.

C'est alors que Jim a pris la parole. En bon diplomate, j'espérais qu'il allait nous trouver une échappatoire.

« Vous avez ce que vous vouliez ! J'vous ai donné Matt et Mello. Relâchez-moi maintenant ! Et tenez votre promesse ! »

Hein ? Jim nous avait vendu ? Mais… Mais pourquoi aurait-il fait ça ?

J'avais l'impression que mon monde s'écroulait. Il était déjà loin le moment de tendresse échangé avec Mello !

Mon ami, mon seul ami dans cette ville de chiens, venait de me lâcher comme un vulgaire mouchoir usagé. Pour qui ? Pour quoi ? Après tout ce que j'avais fait pour lui par le passé !

« Oh oui, tu nous as beaucoup aidé ! a ri le type au couteau. On va te rendre ta liberté et rembourser ta dette d'un coup mon vieux ! »

Puis il lui a tranché la gorge. Du sang a giclé de la carotide, éclaboussant le sol sale.

« Mais ta liberté. La vraie. Elle n'est pas ici. » A continué le mec en jetant Jim a se pieds.

Je l'ai regardé se vider de son sang, les yeux exorbités, sans réellement écouter le chef expliquer que le docteur avait eu des soucis d'argent parce qu'il était devenu accro à l'héroïne après la fermeture de l'hôpital et l'effondrement de tous ses rêves. Ces types lui avaient promis de la poudre et des fonds. Un bon mélange pour reconstruire sa vie dans cet Enfer. Je comprenais mieux son soudain intérêt pour ma marchandise, et aussi ses cernes, son agitation, ses sueurs froides. Et surtout, je comprenais mieux son abandon.

Mais ce que j'ai retenu le mieux, ce furent les yeux de Jim. Et ses lèvres, sa voix, qui ont soufflé un faible « Désolé… Matt. » avant d'expirer une toute dernière fois.

Le plus ironique, c'est que le seul qui aurait pu le sauver, c'était lui-même. Mais ça ne m'a pas donné envie de rire. Plutôt de tuer.

Je venais de prendre conscience que je n'avais jamais eu aucun ami dans cette ville de fous.

Je me suis accroupi lentement à côté de Jim, et je l'ai retourné sur le dos pour pouvoir clore ses paupières.

« Désolé, Jim. Je ne peux pas te pleurer pour l'instant. Mais je peux peut-être te venger. Un peu. »

Mon poing s'est refermé sur le bistouri que le médecin avait toujours, caché dans la poche de sa large blouse, et d'un geste fulgurant et puissant, je l'ai lancé dans l'œil du chef de bande qui a hurlé de douleur.

« Viens ! » Ai-je crié à Mello avant de forcer le passage. Les autres étaient tellement occupés à essayer de calmer leur Boss qu'ils n'ont pas vraiment essayé de nous rattraper. Nous avons bondi dans les escaliers, priant pour qu'il n'y ait personne en bas.

Et décidemment, si Dieu il y avait, il devait être dans un bon jour, car la voie était libre.

Maintenant que la douleur physique ne se faisait plus ressentir, j'ai mieux réussi à me repérer qu'en arrivant. Je me suis mis à courir sans même regarder si Mello me suivait. Je le savais. Je le sentais.

Nous avions pris une belle avance lorsque les gaillards sont sortis de la maison de Jim et se sont précipités à nos trousses.


On a couru à en perdre haleine. Sans s'arrêter. Sans ralentir. Mais on n'était pas encore tout à fait remis, surtout Mello, et on entendait nos assaillants nous rattraper inexorablement.

Mello n'a pas usé son souffle à me demander où on allait. Il le savait très bien.

Encore un embranchement. Une cheville qui se tord. Un genou qui craque. Peu importait. Notre respiration, erratique, ne nous soutiendrait plus très longtemps.

Mais heureusement, nous étions arrivés. Devant nous se dressait, fier malgré les horreurs qu'il avait pu connaître, toujours majestueux, le pont. Il ne m'a jamais semblé si long. Si intimidant.

« Dépêche-toi ! » S'est écrié Mello en s'élançant sans hésiter.

J'ai secoué la tête et l'ai suivi. Je n'avais pas le temps de tergiverser. D'autant plus que la bande de crétins nous avait rattrapés.

« Fiouuuu ! » La balle est passée à quelques centimètres de mon crâne.

En plus ils nous canardaient, les salauds !

Nous étions presque à la moitié du pont. J'ai décidé de tenter le tout pour le tout.

Je savais qu'ils ne quitteraient pas la frontière de Misdeed City. C'est amusant comme, même lorsqu'on n'a plus rien à perdre, l'inconnu fait peur. Et moi aussi je pouvais faire peur. Je vous rappelle que j'étais encore l'Ombre de la Mort !

« Attends ! » Ai-je crié à Mello qui s'apprêtait à enjamber la petite barrière qui délimitait les deux parties du pont.

Il a pilé, me lançant un regard qui signifiait clairement « Bordel, qu'est-ce que tu fous ?! »

Je l'ai rejoint et ai souri, confiant.

Et, en effet, nos poursuivants se sont arrêtés nets. Je leur ai adressé un rire goguenard.

« Bon, les gars ! » Ai-je commencé.

Je me souviens d'une réplique de film qui m'avait toujours amusé.

« Que ce jour reste dans les mémoires comme celui où vous avez failli tuer… Mail Jeevas ! »

Ils ont tous ouvert de grands yeux, n'en revenant pas. Même Mello avait du mal à y croire. Je venais de dire mon nom à voix haute, à tous. Mais je l'avais accepté. J'avais accepté de courir le risque.

J'ai rugi de rire et ai saisi la main de Mihael dans la mienne en lui murmurant avec ferveur : « Moi aussi j'attends que ce monde arrête de haïr. Mais j'ai trouvé une bonne raison d'y croire… »

Ses yeux se sont encore écarquillés. Hé oui Mello ! Je n'avais plus l'intention de lâcher ta main.

Il a fini par esquisser un sourire, et nous avons bondi au-dessus de la barrière comme un seul homme au-dessus d'une misérable flaque.

Nous nous sommes remis à courir au milieu des balles qui pleuvaient à nouveau.

Je n'avais plus peur.

Mon chez-moi, c'était Mihael Keehl.

Je ne me suis jamais retourné. Je n'ai jamais jeté un coup d'œil en arrière vers la ville qui m'avait vue naître. J'étais trop occupé à me perdre dans le regard de Mello.

J'ai remonté mes goggles, bien décidé à voir ce Nouveau Monde. En couleurs.


Et voilà !

Toujours désolée pour les fautes diverses !

Alors la citation du film, ça vient de Pirates des Caraïbes, je sais pas si vous avez reconnu ^^

Ensuite, les yeux de Matt ! En fait comme tout le monde s'engueule à ce propos genre "Matt a les yeux verts !" "Non, Matt a les yeux bruns !" bah j'me suis dit que j'allais faire un mix des deux xD Bonne idée ou pas ?

Et ouiiiiii des bisouuuuus *v*

Mello a l'air gentil pour l'instant ! J'espère que ça va durer ! =)

N'oubliez pas la petite review qui fait super plaisir et qui encourage à écrire ! :B

Merci d'avoir lu, et à la prochaine ! =)

Clo'