J'suis claquée ! XD Je vous balance pas le blabla habituel, et je me répands pas en excuses parce que j'en n'ai aucune... :B
Donc j'espère que vous allez apprécier ce chapitre malgré tout !
Bonne lecture~
Je vais répondre de manière globale aux reviews juste pour cette fois: Fin de l'attente, début de l'action ! Merci encore de prendre le temps de laisser un petit message *v*
« And you think compassion's a flaw, and you'll never let it show. »
~Linkin Park~
C'est assez étrange, en réalité, de revenir sur tout ce passé qui m'a amené jusqu'à ce présent encore plus étrange. Je me demande parfois si je e suis pas moi-même mort d'une crise cardiaque, le corps en train de croupir dans une ruelle sombre. Ou bien si je ne rêve pas depuis le début, et que je suis encore ce gamin d'une dizaine d'années, qui dort paisiblement dans un lit trop froid, à Misdeed City.
Mais je suppose que rédiger ce bouquin me prouve que je suis tout ce qu'il y a de plus vivant et de plus réveillé. Pour l'instant tout du moins.
D'ailleurs je voulais commencer ce chapitre par une citation d'Alfred de Musset, extraite de On ne badine pas avec l'amour. Une phrase qui m'a pris aux tripes. Qui m'a remué. Plus que je ne l'aurais voulu. Parce qu'elle reflète si bien notre condition. Ma condition. Celle de simple humain, qui ne peut se sentir vivant que par une chose…
« Il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »
Vous voyez, ça fait frissonner n'est-ce pas ? Je ne pensais pas être ce genre de personnes, à m'émouvoir pour de simples mots, mais quand ils décrivent avec tant de précision ce que je ressens, avec cette facilité, je ne peux que me sentir mis à nu.
Et ca fait du bien dans ce nouveau monde où tout doit être tu. Pas que je m'en soucie de quelque manière que ce soit, mais Mello, si. Et comme c'est une de ses rares façons de me témoigner son affection, alors je tâche de respecter son choix.
C'est encore une des raisons pour lesquelles j'écris. Parce que je peux être moi. Sans artifice d'aucune sorte. Simplement moi.
Ceci dit, je m'égare. Revenons-en au moment de délice durant lequel j'ai remonté mes lunettes sur mon monde orangé. Ce moment où, alors que je courrais comme un dératé, j'ai aperçu ce ciel si beau, si bleu, qui se dégageait enfin de la lourdeur des nuages. Ce ciel presque aussi bleu que les yeux de Mello.
Et comme par miracle, le bruit des balles se fit plus faible. Jusqu'à s'éteindre complètement.
Je foulais le sol d'une autre ville. Je foulais le sol d'un nouvel Eden. J'étais enfin sorti de ce bourbier agonisant. Mello m'avait sauvé. Mello m'avait donné vie. Et encore maintenant, je m'efforce de la lui rendre.
Nous approchions de l'orée du pont. Rares étaient les habitants de Misdeed qui avaient osé s'aventurer jusqu'ici.
Soudain, inexplicablement, j'ai senti l'angoisse monter en moi. Et si ce que je découvrais était encore pire que ce dont je venais de sortir ? Et si le monde était vide, et hostile ? « Et si ? Et si ? » Je ne pouvais m'en empêcher. Il paraît qu'avec des « si », on refait le monde. Avec des « si » on le détruit. On le déforme. Pourtant c'est simple. Ce qui est, est.
On peut changer les choses, les améliorer. Avec des gestes, avec des actes. Je pensais, à l'époque, que les mots étaient faibles.
D'autant plus lorsque je voyais Mihael. Les mots étaient faibles.
Je me suis arrêté net, juste devant le trottoir qui bordait la route, et je me suis accoudé à la rambarde, et j'ai regardé les eaux calmes de la rivière quelques mètres plus bas glisser doucement le long des rochers. Ce cours d'eau a pour nom Little Hopethread, ce qui colle plutôt bien à la situation je trouve.
En fait, je ne voulais pas décrocher mon regard de ce paysage qui m'était si familier. J'aurais voulu pouvoir l'emmener avec moi. C'était dur à admettre, mais j'avais ce qu'on appelle communément le Mal du Pays alors que je ne l'avais pas encore vraiment quitté.
Je me serais giflé…
J'ai senti Mello s'adosser contre la rampe à côté de moi. Qu'allait-il penser en me voyant si faible, si proche de la ligne d'arrivée ?
« Tu sais, quand mes parents sont morts et qu'on est venu me chercher pour m'emmener dans cet orphelinat pour enfants… Spéciaux. Je suis parti de chez moi avec joie, presque avec empressement. Je pensais que ma maison n'était pleine que de mauvais souvenirs. Mais quand je suis arrivé, et que j'ai vu ce bâtiment, complètement vide de mémoire, ouais, j'ai eu la trouille. Puis on m'a pris mon prénom, et là, là je suis vraiment devenu vide. Ils m'ont dit de me choisir un pseudonyme qui commençait par la première lettre de mon prénom. Ils ont aussi dit que ça ne devait pas avoir de rapport avec mon ancienne vie. Que c'était important pour ma sécurité. Alors j'ai compris que j'allais tout devoir reprendre à zéro, et me forger de nouveaux souvenirs. Mais ça faisait beaucoup trop de choses à revoir.
Alors j'me suis appelé Mello. Parce que c'est comme ça que m'appelais ma mère. J'ai peut-être désobéi, mais au moins il me restait un dernier souvenir.
C'que je veux dire, c'est que parfois on perd tout, mais il suffit de ne garder qu'une chose, une minuscule chose, pour se reconstruire. »
Il a dit ça, l'air de rien. Comme s'il me parlait du temps. Puis il s'est redressé et est reparti. Aussi simplement que ça, me laissant comme un con sur le bord de la route.
Qu'est-ce que j'allais garder, moi ? Mon nom ? Je n'avais pas spécialement envie de mourir… Même si je l'avais balancé à la tronche de ces types, j'étais sûr de ne jamais les recroiser. Je ne pouvais pas m'exposer aussi librement au Japon. Alors quoi ?
Un éclair de sang dans une rue malfamée, un soufflement rauque. Et ce prénom, qui avait fini par prendre possession de mon être. « Matt, l'ombre de la mort ». C'est ça que je prenais comme bagage dans ma nouvelle vie ? Putain… J'avais besoin d'autre chose, quelque chose de matériel pour ne pas oublier.
J'ai vidé mes poches. Un paquet de clopes, un briquet, deux trois dollars, un papier froissé, et une gameboy que j'avais trouvé sur le cadavre d'un type une fois. Je ne l'avais jamais allumée. J'ai inspiré longtemps. Puis j'ai pris mes cigarettes. Et je les ai jetées dans la rivière. Puis mon briquet, mon fric. Mais j'ai gardé la console. Je l'ai rangée dans la poche intérieure de ma veste.
Il ne restait plus que le papier. Je l'ai déplié, l'ai lissé du plat de la main. J'ai tendu le bras au-dessus du vide. Mes doigts étaient crispés sur la feuille.
« Allez Matt, c'est qu'un gribouillage » que je me suis répété.
Doucement, très doucement, j'ai relâché ma poigne. Et la feuille a glissé sur ma peau avant de s'envoler, décriant des zigzags dans l'air, pour finir par se poser sur les eaux. Alors que le papier s'imbibait, mon regard s'est fixé sur les deux visages souriants déformés par les ondes. Une femme aux cheveux roux, aux yeux bruns rougeoyants. Avec un sourire bordé de fossettes. Un homme aux cheveux noirs, typé. Mais avec de beaux yeux verts. Un simple gribouillage. Mais un gribouillage si réaliste…
J'ai essuyé mes yeux humides du revers de ma manche. C'était stupide de les pleurer encore, après tout ce temps. Je me suis détourné et j'ai suivi Mello. Plus rien ne me retenait à Misdeed City maintenant.
Un peu plus bas, les couleurs du dessin se mêlaient aux eaux troubles. Si seulement j'avais vu alors ce type sur la berge, récupérer ce vulgaire croquis…
Partout où je posais mon regard, tout était pareil, mais il n'y avait pas cet air pollué de désespoir qui plane au-dessus de Misdeed. Les immeubles, les magasins, les routes. Tout était normal. C'était agréable.
« Où est-ce qu'on va, Mello ? »
Il m'a regardé en souriant.
« On va prendre le bus ! »
Le bus ? J'ai haussé les sourcils, mais je n'ai pas posé de questions. Après tout, Mello savait ce qu'il faisait.
« -Moi j'veux bien, mais j'ai pas de tune. J'ai balancé mon fric dans la rivière.
-Mais pourquoi t'as fait ça ?! »
Il a secoué la tête, les yeux exorbités, et moi j'ai levé les épaules, tout penaud.
« Je sais pas… Dans l'ambiance, ça faisait pas mal… »
Il a soupiré bruyamment en reprenant son chemin. J'étais très embarrassé, mais en même temps pourquoi c'aurait dû être à moi de payer ?! Hé oh, je suis pas Banque Nationale hein !
On s'est retrouvés à monter dans un bus qui me mènerait Dieu sait où. On est passé devant le chauffeur en feignant d'être de vieux habitués. On s'est assis dans le fond.
« Ca va être long Matt, trouve de quoi t'occuper. »
J'ai acquiescé. On a encre fait quelques arrêts. Le bus se vidait peu à peu, et le Soleil déclinait déjà. Mello a sorti un MP3 et des écouteurs, a allongé ses jambes sur la banquette, collé sa tête contre la vitre et fermé les yeux.
Je n'avais pas vraiment fait attention, mais sa blessure devait encore le faire souffrir.
Au moment où j'allais décrocher mon regard de son visage, il m'a tendu un écouteur, sans même lever les paupières. J'ai ri doucement en le mettant dans mon oreille droite.
"I've always been strong, but can't make this happen. 'Cause I need to breathe. I wanna breathe you in!"
Je connaissais cette chanson. Je l'avais écouté en boucle, sans jamais m'en lasser. Et encore maintenant, quand j'me sens misérable. Quand mon amour nous tue. Je chantonne ça. Breathe you in, de Thousand Foot Krutch.
L'émotion m'a envahi. Comme à chaque fois, et j'ai dodeliné de la tête, hésitant, pour finalement enfouir ma tête au creux de son épaule. Son odeur sauvage et apaisante. Sa jugulaire qui pulsait un peu plus vite que la normale. La chaleur de sa peau. Sa respiration régulière.
Et sa main qui s'est posée sur la mienne. Doucement. Presque timidement.
"I'm going in, so cover me. Your compass will help me turn the page."
Je me serais perdu en Mello, j'aurais tout sacrifié pour que cette main ne quitte jamais la mienne.
Mon pouce a glissé tout contre sa paume. J'étais amoureux.
J'ai clos mes paupières, et je me suis endormi, paisiblement. Pour la première fois depuis des années, je ne me réveillais pas en sursaut, couvert de sueur. Pour la première fois depuis des années, je ne fis aucun rêve empli de sang et de souffrance. Pour la première fois depuis des années, j'étais un jeune des millions d'autres, dans les bras de Morphée.
« Whaou ! T'as vu ça Mello ? Eh ! Mello, regarde ! La mer ! »
Il s'est réveillé en grognant et m'a lancé un regard assassin, avant de sourire à mon air de gamin heureux.
« Tu veux aller contre la vitre ? »
J'ai dû tirer une tête émerveillée parce qu'il a étouffé un rire.
Il s'est levé et on a échangé nos places, mais il a perdu l'équilibre en butant contre mes jambes et il s'est retrouvé assis sur mes genoux. Immédiatement j'ai croisé mes mains autour de son ventre. Ma peau tout contre la sienne. Il a tourné la tête vers moi. Ses cheveux ont chatouillé mon nez.
« Excuse-moi », a-t-il soufflé.
J'étais si proche de lui que son souffle réchauffait mes joues. Sans même m'en rendre compte, j'étais en train de me pencher sur lui.
« Y a pas de soucis. »
J'avais complètement oublié ce qui se passait autour de moi. Oublié que j'étais dans un bus, avec d'autres gens autour.
Mello a fermé les yeux, a laissé mes lèvres brosser les siennes.
Mon cœur tambourinait si fort que je l'entendais résonner jusque dans mes tympans, étouffant les bruits parasites.
Je ne comprends toujours pas comment il est possible que le simple fait de me tenir proche de lui, de le toucher, de l'embrasser, me transporte à ce point dans un autre monde. Tout mon passé, tout mon présent, tout mon futur s'efface. Il ne reste plus rien dans cet univers qui ne me soit plus cher que mon Mello.
Mais il m'a repoussé avec un petit sourire.
Ah oui… On était dans un bus. Je suis vite redescendu sur terre.
J'ai esquissé une moue embarrassée en le laissant se relever. Puis j'ai reporté mon regard sur m'étendue bleue, infinie, qui s'étirait derrière les fenêtres.
« -On arrive quand ?
-Encore une heure, je pense.
-Et tu m'emmènes où ?
-A San Francisco. »
Je l'ai regardé avec des yeux grands comme des soucoupes. J'allais à SF ? Moi ? Le petit citoyen de Misdeed ? J'avais déjà vu des photos. Un pont immense, rouge, suspendu. Des maisons aux couleurs vives. Un style presque Européen. De magnifiques jardins. Et tous ces gens, si différents, qui ne s'en formalisaient pas.
La ville de toutes les bizarreries.
Putain, j'avais hâte d'y être !
En posant les pieds sur le sable chaud, j'ai esquissé un des sourires les plus sincères de toute ma vie. J'ai laissé les embruns de la mer s'échouer sur mon visage, et leur goût salé se déposer sur mes lèvres entrouvertes. On n'oublie jamais vraiment qui on est, mais quelques fois, comme dans ces moment-là on ne se souvient de rien. Juste cette mémoire ancestrale, celle de nos origines, à l'aube de l'humanité.
Puis j'ai senti Mello derrière moi. J'ai tourné la tête vers lui. J'suis tombé sous son charme une nouvelle fois. Ses yeux aussi bleus que l'océan fixaient l'horizon. Ses mèches blondes ondulaient sous le vent. Je n'ai pas pu m'empêcher d'en saisir une. Elle était douce, et sentait le miel. Il a esquissé un sursaut avant de me regarder. Je n'ai même pas rougi. Il m'avait empêché de l'embrasser dans le bus, mais là, il n'y avait personne. Juste nous, et l'immensité du Pacifique. J'ai plaqué ma paume dans son cou, le rapprochant de moi, le collant contre mon torse. Mon autre main était encore occupée à jouer avec ses cheveux.
Le vent levait de petits tourbillons de sable autour de nos chaussures. Ça m'a fait sourire. Et je l'ai embrassé. Il m'a répondu presque immédiatement. On a gardé nos langues dans nos bouches respectives pour une fois. Juste nos lèvres scellées. Le goût de chocolat, de nicotine. Putain. Un baiser bref, mais plein de sens. On s'est écartés, les yeux baissés, un sourire flottant sur nos lèvres encore rêveuses. Alors il a murmuré :
« Tu sais, d'habitude, je suis pas comme ça. J'suis un mec cruel. Un sale type. Ouais… Mais là, avec toi, c'est différent. J'suis faible. Tu me rends faible. Et ça, je peux pas l'accepter là où on va. J'vais devenir méchant, violent, inhumain p't'être. Je vais te traiter comme un chien, Mail. »
Prenez-moi pour un abruti si vous voulez, mais la seule chose que j'ai vraiment retenue de sa petite tirade c'est mon nom de ces lèvres que je venais d'embrasser. Peut-être que si j'avais mieux écouté, j'aurais mis les choses au clair plus tôt, mais franchement, vous me connaissez un peu maintenant, non ? Vous devez vous douter de ce que je lui ai répondu.
Un truc du style « Je m'en fous, Mello. Traite-moi comme un chien, crache dans mon verre, arrache mes cheveux, menace-moi de me ficher une balle dans le crâne. Je m'en fous. J'te suivrai où tu voudras, tu m'as sauvé. Peu importe combien de fois tu me tueras. Tu m'as sauvé. »
Point positif : j'ai eu droit à un nouveau bisou.
Point négatif : je suis encore passé pour une masochiste…
Enfin bref, on est restés là, assis sur le sable, à rire, parler de tout et de rien. Par moments, même, on se tenait les mains, mêlant nos doigts. Il faisait nuit noire mais des centaines d'étoiles illuminaient le ciel. Elles envoyaient des reflets nacrés sur la peau déjà pâle de Mello. On aurait dit une de ces statues grecques. Mais en plus beau. Immensément plus beau.
J'ai cru que j'allais pleurer quand il s'est relevé, qu'il m'a tendu la main pour m'aider. Le rêve venait de finir. Je le savais. Je savais que les jours à venir ne seraient pas de tout repos. Je savais que ce Mello dont il m'avait parlé allait peu à peu prendre la place de mon Mihael.
J'allais dire quelque chose, histoire que ces quelques heures restent bien dans les mémoires, un truc grandiose, un truc sensas', mais alors que j'ouvrais la bouche, Mihael m'a saisi le bras et a pointé le ciel. J'ai levé la tête.
Une étoile filante a fendu la voûte au-dessus de nous. Puis une autre l'a suivie. Et encore, et encore. Une pluie d'étoiles filantes. Et c'était putain de beau. Comme un autre monde. Et c'en était un. Là-haut, tout là-haut. Là où le silence est éternel. Mais c'est là-haut que naissent et meurent les étoiles. Mello a lâché mon bras pour glisser sa main dans la mienne. J'ai frissonné, mais pas à cause de la brise fraiche qui s'infiltrait sous mon pull à rayures. Je ne sais pas s'il a fait un vœu. Je ne sais pas s'il a souhaité battre Kira, s'il a souhaité que L se porte bien, où qu'il soit, mais moi, j'ai fait un vœu. J'ai souhaité que Mihael soit heureux. Qu'il puisse enfin vivre sans se soucier de qui que ce soit. Et j'ai souhaité pouvoir être toujours à ses côtés. On verra bien d'ici quelques jours si mon vœu a bien été entendu.
N'empêche, en regardant ces flèches de feu transpercer le ciel, j'ai pas pu m'empêcher de penser qu'on leur ressemblait un peu, Mello et moi. L'Homme est éphémère. Il s'éteint à toute vitesse. Il court à perdre haleine toute sa vie durant, mais la mort nous rattrape toujours. D'autant plus lorsqu'on est le genre de personne à se battre contre un mec qui peut tuer d'un coup de crayon !
Alors j'ai serré fort la main de Mello. J'ai laissé les larmes dévaler mes joues en prenant conscience de toute l'étendue de ma petitesse.
Et si je meurs demain ? Le monde ne s'arrêtera pas de tourner. Et si San Francisco est recouverte par les flots demain ? On en parlera un peu. On pleurera quelques heures. Puis on oubliera. On oubliera les merveilles. Et le monde continuera de tourner. Mais si Mello cesse de respirer demain ? Si Mello m'abandonne, disparaît, meurt ? Si Mello s'arrache à ma vie ? Alors mon monde arrêtera de tourner. Mon monde sombrera sous les océans. Mon monde sera détruit, anéanti, réduit en cendres. On n'est rien. Mais quelqu'un peut être tout. Il est tout pour moi, moi qui n'avais rien. J'en ai pris conscience, là, sous les étoiles filantes. Avec sa main au creux de la mienne.
Puis le ciel s'est éteint, et nos regards avec lui. Nos doigts se sont frôlés avant de retomber mollement le long de notre corps. J'ai séché mes pleurs d'un revers de manche, et j'ai cru voir Mello faire pareil. Etonnant ! En fait, pas tant que ça. Ce genre de choses est tellement magnifique, avec le reflet des étoiles sur la mer, on se croirait au milieu de l'espace. Mais voilà, ça n'est pas la réalité. Et le retour sur Terre est parfois brutal.
Le chemin de la plage jusqu'à un petit appartement en périphérie de la ville s'est déroulé en silence. Nous n'osions pas parler. Ou peut-être n'en avions-nous pas envie, trop perdus dans nos pensées, ou conscients de la futilité des mots après ce qu'il venait de se passer. Je ne lui ai même pas demandé comment il avait pu obtenir les clés d'un appart à SF, mais en le voyant trafiquer la serrure, j'ai compris que la clandestinité ne faisait que commencer. Heureusement, les propriétaires étaient apparemment en vacances pour encore quinze jours d'après ce que m'a dit Mello. Peu m'importait. J'étais tellement crevé que j'aurais dormi sur un banc en pleine rue. J'me suis effondré sur le canapé dans le salon, laissant le lit à Mello, m'endormant d'un coup, comme une pierre.
J'me suis réveillé au son de l'eau qui coulait dans la salle de bain. J'ai frotté mes yeux ensommeillés, puis je me suis levé et ai titubé jusqu'à la cuisine. C'est étrange de se faire un café avec la machine de quelqu'un d'autre, dans la maison de quelqu'un d'autre. Mais bon, c'était aussi un peu excitant. Puis le café était bon. J'ai souri en portant la tasse à mes lèvres.
La porte de la salle de bain s'est ouverte, laissant sortir un nuage de vapeur d'eau, puis Mello est venu à son tour dans la cuisine. Il avait troqué ses fringues de cuir contre un jean bleu foncé, serré, et un pull en laine noir à col roulé. Il avait relevé ses cheveux. Ça lui allait bien.
« -Bonjour, lui ai-je dit en souriant.
-Bonjour. »
Il s'est servi un café sans un mot de plus. Il s'était levé du pied gauche ou quoi ? J'ai voulu entamer la conversation, mais il m'a pris de vitesse.
« J'ai deux trois trucs à faire aujourd'hui, donc tu peux rester là, ou sortir, mais fais gaffe et te perds pas. Non, bah en fait, reste-là. Je reviens bientôt. Ah, au fait, y a des fringues dans l'armoire si tu veux te changer, salut. »
Puis, aussi vite qu'il est venu, il est parti. En un battement de cil, la porte s'était refermée.
Je l'ai fixée quelques secondes, hébété, et j'ai secoué la tête, me mettant à l'aise pour finir mon petit-déjeuner. Ensuite je suis allé prendre une douche. J'en avais bien besoin. Je n'avais pas remarqué, mais je l'ai bien compris en reniflant mes habits…
J'ai eu du mal à comprendre le fonctionnement de la douche, m'arrosant d'abord d'eau glaciale, puis bouillante, mais quand j'ai réussi à ne pas me brûler, j'ai pu profiter presque une heure de ce cocon liquide. Ça m'a remis les idées en place. Ça m'a permis de me rendre compte de l'énormité de ce dans quoi je m'étais engagé. Une fois au Japon, je pouvais mourir n'importe où, n'importe quand, n'importe comment. Mello avait raison de vouloir que je m'endurcisse. Je ne pouvais pas être aussi insouciant là-bas que ici. Je me suis assis sous le jet d'eau, les genoux contre la poitrine, la tête dans les mains, et je me suis employé pendant de longues minutes à me forger une carapace impénétrable, un masque inexpressif que je pourrais revêtir à ma guise. Je n'ai pas eu à chercher bien longtemps. Je l'avais déjà fait, je pouvais le refaire.
Je faisais les cents pas dans l'appartement comme un lion en cage depuis des heures. Mon regard nerveux s'accrochait toujours à la porte, espérant entendre le cliquetis caractéristique qui précèderait le retour de Mello. Je jetai un coup d'œil agacé à ma montre : 15h. Ça faisait déjà plus de sept heures qu'il était parti… Je n'allais tout de même pas rester planté là toute la journée ! Au diable ses conseils.
Je pris ma veste et quittai l'immeuble. Après tout, San Francisco est une grande ville avec des milliers de personnes. Quelles étaient mes chances de me faire reconnaître ?
J'ai alors découvert un monde dont je ne soupçonnais même pas l'existence. J'ai vu des maisons aux couleurs chatoyantes, des jardins fleuris qui s'étendaient en cascade, les quartiers du bord de mer avec vue sur Alcatraz, des festivals, plus étranges les uns que les autres, une diversité des plus étonnantes : des mexicains côtoyant des chinois, des italiens. Et ces sourires que tous s'adressaient sans retenue.
Ça, je ne l'oublierai jamais.
Finalement, plusieurs jours se sont succédé ainsi. Mello partait à l'aube, revenait tard, et moi je sortais, je visitais la ville. Mais un soir, alors que je m'étais aventuré plus loin que d'habitude, je n'arrivais plus à me souvenir du chemin pour rentrer… J'avais plus peur de la réaction de Mello que de ma propre situation. Il était encore tôt, le blond ne rentrerait pas avant quelques heures, alors je me suis forcé à rester calme. Je ne pouvais pas être si loin que ça, si ?
Après deux heures dans l'errance la plus totale, j'ai dû me rendre à l'évidence : si. Mais qu'est-ce que je pouvais faire ? Je me suis arrêté, et j'ai demandé mon chemin à un type quelconque. En entendant l'adresse, il a haussé les sourcils. « C'est pourtant plutôt bien indiqué » qu'il m'a dit. Comme si j'en avais quelque chose à foutre. Il m'a quand même indiqué la route à suivre, et trois quarts d'heure plus tard, j'étais devant l'appartement où on avait élu domicile. Mon ventre s'est noué. Mello était-il déjà rentré ? Si oui, j'allais me faire allumer… Déjà qu'il n'appréciait pas grandement que je sorte… Ah ! Je parlais comme une gamine qui fait le mur ! Je faisais encore ce que je voulais bordel ! J'ai poussé la porte avec assurance et désinvolture. La première chose que j'ai vue en entrant : les yeux bleus glaçants de Mello. Ils brillaient de colère et, pendant un court instant, j'ai cru y voir briller de l'inquiétude.
« Je t'écoute. »
Un très court instant…
« De quoi ? »
J'ai préféré feindre l'ignorance, me jetant sur le canapé plus par fatigue que par provocation. Mine de rien j'avais marché toute la journée.
« -Qu'est-ce que tu foutais tout ce temps ?
-J'étais dehors.
-Dehors, rien que ça ? grinça Mello. Dehors jusqu'à 23h. Tu t'prends pour Cendrillon ou quoi ? »
Ok. Je comprenais qu'il soit en colère, mais venant de la part d'un type qui n'était jamais là qu'en coup de vent…
« C'est quoi ton putain de problème, Mello ? T'es pas ma mère. Et je te rappelle que c'est toi qui te taille d'ici à tout bout de champ ! Si tu veux tout savoir, j'me suis paumé. Et ça ne serait probablement jamais arrivé si t'avais pris le temps de me dire c'qu'on foutait ici ! »
On avait tous les deux passé le stade de la simple colère. Toute la pression, tout le ressentiment des derniers jours s'échappait de nos souffles saccadés, faisant crépiter l'air. Mello s'est avancé le poing serré. J'ai bien cru qu'il allait m'allonger une mandale, mais il s'est arrêté d'un coup, semblant réaliser quelque chose.
« Si tu étais perdu, alors comment as-tu retrouvé ton chemin ? »
Oups… Je venais de me trahir… Et vu la tête de Mihael, il valait mieux que je raconte la vérité.
« -Euh… J'ai… demandé mon chemin ? ai-je avancé prudemment.
-Tu as demandé ? Et à qui donc ?
-Peu importe.
-Tu te fous de ma gueule ? On est recherchés, Matt ! Tu piges ça ?
-Relax ! C'était un type comme ça, je doute qu'il ait retenu mon visage ou l'adresse. »
Mello a inspiré à fond pour se calmer, ses doigts pinçant l'arête de son nez. Le pire, c'est qu'il était drôlement mignon…
« -Tu lui as donné l'adresse ? Sérieusement ? Je te rappelle que c'est pas chez nous ici ?!
-Juste le nom de la rue, enfoiré ! Arrête de te biler pour rien putain ! »
Là, Mello a carrément eu l'air étonné.
« -Mais Matt, cette rue est juste à côté du centre, et elle est plutôt bien indiquée…
-Ca y est, c'est reparti ! Le vieux m'a dit exactement la même chose quand je lui ai demandé ! »
Le blond a haussé un sourcil. Moi, j'ai commencé à transpirer. Pourvu qu'il ne se doute de rien…
« -Matt ?
-Ouiiiiiiii ?
-Tu pourrais me lire le titre du magazine sur la table basse s'il te plait ? »
Et merde…
« -Erf… Oh, euh… Tu sais, je… ai-je bafouillé. J'suis un peu myope alors…
-Dans ce cas, rapproche-toi.
-Et puis un peu hypermétrope aussi, ahah… »
Ouh… Ça a pas fait rire Mello.
« Matt, tu sais pas lire ? »
Je me suis offusqué.
« -Bien sûr que si ! C'est juste qu'avec le temps j'ai un peu… Oublié ?
-Mail ! C'est sérieux ! C'est très important, je dois savoir la vérité. S'il te plait. »
Bordel, il usait de mon prénom comme d'une arme. Rien que de l'entendre le prononcer, j'étais déjà presque dur. J'ai soupiré longuement. La honte que je ressentais avait fait de mon analphabétisme ma plus grande faiblesse.
« Quand j'étais petit, je veux dire quand mes parents étaient encore vivants, ils m'ont appris à lire et écrire mon prénom et le leur. Puis ils sont morts. Depuis je n'ai jamais vraiment eu le temps d'apprendre. Et puis seul, c'est impossible. Mais après tout, c'est pas si grave ! Je m'en suis sorti comme ça jusqu'ici, pourquoi ça devrait changer ? »
Mello a paru réfléchir pendant de longues secondes, puis il a fini par dire :
« -Ça doit changer, parce que Kira sait lire et écrire.
-Et qui va m'apprendre ? Toi peut-être ? ai-je ironisé.
-Oui. Il nous reste encore cinq jours avant de prendre l'avion pour le Japon. Ça n'est pas l'idéal, mais au moins tu devrais avoir acquis les bases d'ici là. »
Si je m'attendais à ça… C'est donc ça que Mello faisait pendant tout ce temps ? Il se démenait pour nous faire partir au Japon et moi qui n'arrêtais pas de me plaindre…
Mello a repris la parole, me coupant dans mes réflexions.
« On commence tout de suite. »
Les cinq jours qui ont suivi comptent parmi les plus terribles de ma vie, et pourtant j'en ai eu des sales journées ! Mello n'arrêtait pas, je trimais sans relâche, ayant à peine le temps de me laver, manger ou même dormir. Un jour en paraissait trois, une lettre en paraissait une autre. Connaître l'alphabet avait été plutôt facile, mais assembler les lettres pour former un mot, c'était une horreur. Et Mello n'est pas le genre de type que je qualifierais de patient. Heureusement qu'il ne s'était pas lancé dans l'enseignement des kanjis, parce que je serais probablement mort à l'heure qu'il est… Mais d'après lui, l'alphabet occidental me serait bien plus utile. C'était tout bénef pour moi ! Sauf que je me décourageais quand même. Dès le deuxième jour, j'ai eu envie d'abandonner. Seuls les rares encouragements de Mello m'avaient poussé à continuer cette torture. Et regardez où j'en suis maintenant ! Je ne savais pas lire, et voilà que j'écris un livre.
Après cinq jours de cet entrainement commando, je savais lire et écrire la plupart des mots les plus courants. Mais il y avait une chose que je voulais savoir plus que tout.
« -Mello ? J'aimerais que tu me montres l'écriture d'un mot.
-Matt… Il est minuit passé et on doit se lever tôt.
-S'il te plait, juste un mot ! »
Mello grogna, mais se releva tout de même, faisant craquer ses articulations. J'étais assis à la table de la cuisine, à recopier inlassablement un article d'un magazine quelconque, me forçant à en comprendre chacun des mots. Mello s'est assis en face de moi.
« Je t'écoute, qu'est-ce que tu veux savoir ? »
J'ai abandonné ce que j'étais en train de faire, me plongeant dans les eaux glacées de son regard.
« -Ton prénom. Je voudrais savoir écrire ton prénom.
-Mello ? Mais je t'ai déjà montré.
-Non, ton vrai prénom. Je veux savoir écrire Mihael. »
S'il a été touché, il n'en a rien laissé paraître, se contentant de scruter mon visage, sûrement pour savoir s'il pouvait me livrer quelque chose d'aussi intime. J'ai cru qu'il avait décidé que non, parce qu'il s'est levé mais il m'a aussitôt dit :
« -Mihael, ça s'écrit comme tu veux que ça s'écrive. Ça n'a plus aucune importance.
-Ça en a pour moi ! »
Je me suis levé, renversant ma chaise.
« Je peux pas me contenter de ça, Mihael ! Je veux savoir. Je dois savoir. »
Mello s'est retourné, le regard sombre. Je crois qu'il était triste. Ou épuisé. Ou les deux. Mais il s'est rassis et m'a pris mon stylo pour griffonner deux mots sur un bout de papier qui traînait. Le premier: Mihael. J'ai senti mon cœur se gonfler de joie. Le deuxième : Mail. L'écriture était soignée, presque précautionneuse. J'ai levé mes yeux embués de larmes vers lui, mais il était déjà retourné se coucher. J'ai plié le papier, et l'ai caché dans la poche de mon jeans. Je savais que s'il le voyait, il me tuerait, mais je m'en fichais. Je me suis endormi comme ça, sur la table de la cuisine, au milieu des brouillons et des tasses de café vides.
Mello est venu me réveiller après un sommeil qui n'avait pas dû durer plus de deux heures.
« Prends tes affaires, on y va. »
Toujours aussi sobre. Mais j'étais trop fatigué pour m'énerver dès le matin. J'ai donc obéi aux ordres du chef.
A peine quelques minutes plus tard, on était dans le froid peu agréable de l'aube. On a marché pendant une heure avant d'arriver à l'aéroport. Evidemment, à cette heure matinale, il n'y avait pas de bus…
Mello avait réussi, par je ne sais quel miracle, à se procurer deux billets pour le Japon, ainsi que des faux papiers. Après réflexion, je ne voulais pas savoir comment il avait fait… Par soucis de discrétion, j'avais remis mes googles, et Mello avait endossé le rôle du guide pour l'étranger que j'étais censé être. Je devais baragouiner quelques mots en français. J'ai dû me débrouiller avec les vieux souvenirs de ma mère.
Le premier souci est arrivé en passant le portail de sécurité. Mello avait refusé de se séparer de son Beretta malgré mes supplications, et on avait dû le planquer du mieux qu'on pouvait dans le double fond en aluminium de son sac. Alors que ce dernier allait passer aux rayons X, j'ai dû faire diversion pour Mello, au cas où.
« Non, monsieur, je n'ai pas l'intention d'enlever mes « glasses », non. »
Je venais de prendre l'accent français le plus pitoyable qui soit, mais j'avais gagné mon pari : tous les regards étaient braqués sur moi et sur le pauvre type de la sécurité, qui ne faisait que son boulot. Pendant que je m'égosillais, Mello s'est discrètement approché du tapis roulant où on dépose les bagages à main. Il a pris son sac juste avant qu'il ne passe aux rayons X puis, tout aussi subtilement qu'il l'avait pris, il le lança de l'autre côté. J'ai retenu mon souffle, arrêtant un court instant d'écouter l'homme en face de moi. En retombant, le sac n'a pas fait le moindre bruit. J'ai expiré doucement, on avait eu chaud !
« Bon, bon ok ! Je les enlève, mais je vous assure que si vous reposez encore une seule fois vos mains baladeuses sur moi, je vous attente un procès ! »
Le boulet… Au début de ma tirade, j'avais complètement oublié l'accent, si bien que le type m'a regardé avec un air suspicieux, mais j'ai réussi à rattraper le coup, et j'ai abaissé mes googles. Mello m'avait dit de mettre des lentilles, pour passer inaperçu. Il avait raison. Deux yeux bruns, c'est courant. C'est normal.
Finalement on s'est tous les deux retrouvés de l'autre côté du portail sans problème. On s'est un peu éloignés, puis un rire hystérique a secoué mes épaules. Mello m'a saisi rudement par l'épaule et m'a traîné dans un coin.
« -Fous pas tout en l'air ! a-t-il craché.
-Hahaha, je suis désolé mais c'était trop fort ! T'aurais dû voir la tête du mec hahaha ! »
Pendant un instant, j'ai cru qu'il allait me sourire, mais à la place, il a envoyé son poing dans mon ventre. Ça a au moins eu le mérite de stopper mon fou-rire… Par contre, ça faisait un mal de chien !
« Ecoute-moi bien, Matt. On n'est pas ici pour rire. Là où on va, c'est une guerre de tous les instants pour survivre. Tu ne peux te fier à personne. Tu ne peux être fiable pour personne. Tu devrais te faire à cette idée dès maintenant. »
J'ai serré les dents. Il s'est retourné, mais avant qu'il ait pu s'éloigner, je l'ai choppé par le bras et l'ai forcé à me regarder. Putain, j'avais tellement envie de le cogner. Il croyait quoi le blondinet ?
« Me faire à cette idée, tu dis ? J'crois que t'as pas bien compris mon grand. Oublie pas d'où je viens. Je sais exactement ce qu'est l'insécurité. Je sais exactement comment et quand je dois me comporter comme une enflure. Et là, tout de suite, tu tires sur la corde sensible. J'suis sûre que t'aimerais pas que je botte ton petit cul de grognasse. »
Le regard de Mello s'est durci. Ses pupilles ont rétréci jusqu'à être réduites à deux fentes. On aurait dit un chat, ou un truc du style. En plus dangereux.
Il a reniflé avec mépris et s'est dégagé avec force. Je me suis radouci. J'avais l'impression de commencer à le cerner.
« J'suis désolé, Mello. Je sais que c'est stressant, mais crois-moi, je suis aussi motivé que toi. Sauf que toi, tu crois que la compassion est un défaut et tu te refuses à en témoigner. Tu te trompes. Tu t'empêches simplement de vivre. Je ne comprends pas pourquoi tu t'infliges tout ça… »
Je l'ai dépassé, me dirigeant tristement vers la porte d'embarquement. Puis Mello m'a rattrapé, posant une main étrangement chaleureuse sur mon épaule.
« Quand on sera arrivés, tu comprendras » a-t-il soufflé.
Je l'ai longuement fixé, essayant de comprendre le sens de ces paroles, mais Mello avait déjà remis son masque d'indifférence. J'ai estimé qu'il était temps pour moi d'en faire de même.
Trente minutes plus tard, on décollait pour le Japon.
Youpi…
Sur ce, à... Euh... Bientôt, j'espère !
Clo'
