Chapitre 1
Imagine the fire
Le soleil couvrait l'Europe de ses doux rayons hivernaux. Chose rare pour cette période de l'année, pas une seule région n'était sous les nuages. Les chaleurs étaient douces comme jamais. On se serait cru en plein été. Personne n'avait d'explications à donner car personne n'arrivait à comprendre l'étrange phénomène qui se produisait.
Les Moldus pas plus que les sorciers.
À ceci près que les sorciers avaient un net avantage : ils avaient des renseignements qu'il suffisait d'exploiter et de diffuser. Et c'est ce qu'allait faire Alex. Il avait parlé à son Directeur de Département, Percy Weasley, et il avait obtenu un entretien avec le Ministre de la Magie en personne, Kingsley Shacklebolt. Alex venait de traduire une partie du texte qu'il avait trouvé quelque mois plus tôt, et cette partie ne présageait rien de bon.
On l'invita à entrer et il se trouva face au Ministère de la Magie, mais aussi aux différents Directeurs du Ministère. Weasley aurait-il réussit à faire comprendre à quel point cela était urgent ? Il afficha un léger sourire d'encouragement et Alex, quelque peu intimidé, s'avança.
« Bon… Bonjour monsieur le Ministre.
─ Bonjour Mr Chambers. J'ai cru comprendre que vous avez quelque chose de la plus haute importance à me transmettre. Aussi ai-je jugé bon que vous en fassiez profiter chacun des Directeurs ici présent. Vous n'y voyez pas d'inconvénients ?
─ Non… Non monsieur.
─ Très bien ! Dans ce cas, montrez-nous ce qui a attiré votre attention. »
Alex s'avança jusqu'au bureau du Ministre et y déposa l'exemplaire du texte qu'il avait trouvé et une copie de sa traduction. Les sorciers présents y jetèrent un coup d'œil intrigué et seul quelques-uns, dont Weasley, semblèrent comprendre qu'il s'agissait de Runes et en comprenait vaguement le sens.
« Il y a de cela trois mois, j'étais dans la Salle de lecture des Archives Magiques. On m'avait demandé de ranger et de faire l'inventaire de nos textes runiques. C'est en rangeant une des étagères que je suis tombé sur celui-ci. J'ai pu le dater à une époque relativement récente dans l'Histoire : ce texte aurait été écrit une centaine d'année après la fondation de Poudlard…
─ Ce n'est pas ce que j'appelle « une époque relativement récente », railla le Directeur des Transports Magiques.
─ Nous avons des traces de la civilisation sorcière en Grande-Bretagne datant d'au moins sept mille ans, trancha Weasley.
─ Nous ne sommes pas là pour débattre du temps, intervint Shacklebolt. La dernière phrase, écrite en anglais, me paraît assez révélatrice et inquiétante. Je n'ai que de très vagues souvenirs de mes cours de runes, je crois reconnaître le mot comportement en fin de première phrase. Pouvez-vous nous éclairer, Chambers ?
─ Le terme exacte serait nature, corrigea Alex. Je n'ai malheureusement pas pu tout traduire, comme vous pouvez le voir ici. Certains termes me sont inconnus et j'essaye de donner un sens aux phrases. Ce texte est composé de trois phrases écrites en Runes et une phrase en anglais.
« La première dit : « Lorsque les Moldus auront prouvé leurs plus perfides natures, il s'écoulera trois mois et dix jours avant la conclusion des temps ». Je n'ai pu la terminer qu'hier soir et c'est pour cela que j'ai demandé à vous voir. Il me semblait évident que ce texte faisait référence à ce qu'il s'est passé en septembre aux États-Unis.
─ Hypothèse démente ! s'exclama le Directeur de la Justice Magique, Gawain Robards. Comment un sorcier vivant il y a neuf cent ans aurait pu en avoir vent ?
─ Le don de divination l'aurait permis, proposa Alex.
─ Fantaisies ! Le don de divination est très rare et les plus anciennes prophéties de la Salle des Prophéties n'ont pas plus de deux siècles. Il est impossible d'en faire une avec autant d'avance !
─ Cependant, les Moldus ont effectivement prouvé de quoi ils étaient capables, fit remarquer Weasley. De plus, cela fait trois mois que cela s'est produit et nous avons un temps inhabituel sur l'ensemble de l'Europe. Une coïncidence peut-être, mais ce texte en est sans doute l'explication. Que dit la suite ?
─ Je n'ai pas encore réussi à en tirer une traduction satisfaisante. La deuxième phrase dit quelque chose comme « la Faucheuse et ses anges destructeurs se répandront dans le monde », mais je n'en suis pas très sûr. Ça ne convient pas au ton de la première phrase. De plus, il est difficile de savoir s'ils font référence à la Mort elle-même ou simplement à la mort de plusieurs personnes.
─ Et la dernière phrase ? demanda le Ministre, visiblement inquiet.
─ Je n'ai pas réussi à la traduire précisément. En fait, je n'arrive pas à la comprendre. J'ai reconnu les mots feu, eau et air mais ils n'ont pas de sens avec les autres mots que j'ai pu identifier. J'ai pensé que le texte faisait référence aux quatre éléments primordiaux, mais n'ayant pas trouvé le mot terre, je me suis dit qu'il s'agissait peut-être de métaphore pour désigner un objet particulier.
─ Quel ce caractère ? demanda Robards en montrant le symbole d'un V inversé avec un petit rond au-dessus.
─ Je l'ignore, répondit Alex. Il ne se trouve dans aucun Syllabaire, ni aucun autre texte runique à ma connaissance. J'ai cherché dans d'autres langues, il ne s'y trouve pas. Il est possible qu'il ait été inventé par son auteur et jamais employé depuis.
─ Vous en êtes sûr ? demanda la Ministre.
─ Catégorique.
─ Peut-être pas, murmura Weasley.
─ Tu sais ce que ce symbole veut dire, Percy ?
─ Non, je n'en sais rien. Du moins, je n'en suis pas sûr. Cependant, si on observe la construction de ce texte, on constate qu'il utilise le vocabulaire classique des Runes. Chaque mot est composé de plusieurs idéogrammes représentant les syllabes. Ce symbole est le seul idéogramme du mot. Ce qui implique qu'il est associé à une seule syllabe.
« Or, nous avons une occurrence pour à peu près tous les mots de notre vocabulaire. Généralement, les mots d'une syllabe sont utilisés pour faire des liaisons entre des parties de la phrase. Nous avons la correspondance pour tous nos mots de liaisons courants. Ce mot a donc une autre fonction.
─ Laquelle ? demanda le Directeur du Département des Jeux et Sports Magiques, Hamish Macfarlan.
─ Si nous ne le connaissons pas, c'est qu'il doit désigner une entité importante dans la culture de cet auteur, avança Weasley. Il semble que ce soit une majuscule. Une entité naturelle ou non, peut-être le nom d'une personne.
─ Il nous sera alors parfaitement impossible de le déterminer, désespéra Robards. Nous n'avons aucune trace de cette culture, nous ne pourrons jamais le rattacher.
─ Au contraire, on le peut. Ce texte est assez cataclysmique, reconnaissons-le. Chambers, vous avez bien dit que les éléments feu, eau et air étaient présents ?
─ Oui, Mr Weasley, certifia le jeune homme. Ils sont ici, ici et ici. Comme vous le voyez, ils apparaissent…
─ En chaque début de phrases, tout comme ce symbole. Là, je crois reconnaître les termes collines, cultures et champs. Et là, fils ou enfants… Difficile de juger. Vous confirmez ?
─ Je pensais plutôt à montagnes, semences et vallée.
─ Par Merlin, s'exclama Shacklebolt.
─ Quoi donc ?
─ Sommets… Il s'agit de sommet ! Pas de montagnes.
─ Que dites-vous ? demanda Robards.
─ Le Premier Ministre moldu m'a convoqué dans son bureau il y a deux semaines, pour me prévenir que le climat risquait de subir quelques modifications prochainement. Selon lui, la cause de tout cela serait des vols camps : des montagnes crachant du feu, d'après ce qu'il m'a dit. Ce texte y fait référence !
« Selon le Premier Ministre moldu, plusieurs de ces vols camps se seraient « réveillés » ces dernières semaines, envoyant de grands nuages de poussières dans l'atmosphère.
─ C'est ça ! s'exclama Weasley. Les termes sont bien feu, air et eau ! Et ce symbole… Oui, il ne peut vouloir dire que ça.
─ Quoi donc ?
─ Une métaphore du quatrième élément.
─ De la terre ? s'étonna Macfarlan.
─ Pas de la terre. La Terre. Ce texte est une prophétie sur la fin du monde. »
On entra précipitamment dans le bureau de Shacklebolt. Il s'agissait de son assistante, qui paraissait paniquée. Elle tenait à sa main un parchemin de couleur rouge vif.
« Mr Shacklebolt ! Je sais que vous avez demandé explicitement de ne pas être dérangé, mais il s'agit d'un cas de force majeur : un immense incendie vient de se déclarer dans le sud de Londres et ravage des quartiers entiers.
─ Et elle a déjà commencé. »
Tous regardèrent Weasley. Sa vision apocalyptique avait quelque chose de terrifiant, et pourtant, il n'avait pas entièrement tort. Son raisonnement avait cela de vrai qu'il était cohérent avec les faits. Le Ministre regarda son assistante quelques instants puis il sortit de son bureau, suivi des Directeurs de la Justice Magique et des Transports Magiques. Les autres s'échangèrent des regards lourds de sens avant de quitter le bureau à leur tour.
Alex suivit Weasley jusqu'au niveau cinq. La nouvelle de l'incendie semblait être arrivée jusqu'ici, plusieurs sorciers allant d'un bureau à l'autre, avec un air à la fois grave et excité. Á en croire l'assistant de Shacklebolt, le Ministère n'était pas directement menacé par les flammes, qui devaient d'abord traverser la Tamise contrairement à Saint-Mangouste. Cela expliquait donc l'état de panique généralisée qui régnait au Ministère, et l'inquiétude du Ministre.
Le jeune sorcier s'installa à son bureau – une simple pièce aux murs nus avec pour seul mobilier un bureau en pin et une étagère du même matériau – lorsque plusieurs évènements étranges se produisirent en même temps. Une volée de hiboux s'engouffra dans les locaux du Département de la Coopération Magique Internationale, tandis que cinq sorciers y firent irruption et se dirigèrent droit vers le bureau de Weasley, un air grave sur le visage.
Les sorciers s'entretinrent avec Weasley durant une bonne heure, pendant laquelle le Département était passé d'un état de panique généralisée à celui du branle-bas de combat. On n'évoquait plus l'incendie, mais les incendies. Alex, pour sa part, essayait de terminer la traduction de son texte, n'ayant reçu aucune contre-indication ou nouvelle mission. Il était presque exaspérant d'avoir choisi une orientation diplomatique et devoir rester assis à traduire un texte quand enfin, il se passait quelque chose.
Les remarques de Weasley étaient judicieuses, et s'il avait raison pour le symbole étrange, alors le texte avait enfin un sens. Un sens terrifiant. Le Ministre entra en trombe dans le Département, suivi une nouvelle fois par plusieurs Directeurs, dont celui du Bureau des Aurors. Ils entrèrent dans le bureau de Weasley, qui sortit quelques secondes plus tard et vint chercher Alex.
Celui-ci se leva, ramassa ses dernières découvertes et traversa le Département, sous les regards intrigués des autres employés de la diplomatie magique.
« Chambers est celui qui a découvert le message, expliqua Weasley aux sorciers étrangers.
─ Alors c'est vrai. Vous êtes au courant depuis longtemps ? demanda un petit sorcier chauve avec un fort accent français. Et vous n'avez pas jugé bon de prévenir vos voisins.
─ Non, trancha Shacklebolt. Nous n'avons eu connaissance de son contenu il y a seulement quelques heures. Et jusqu'à maintenant, nous n'avions aucun faits concrets venant étayer ce texte. Il ne s'agissait que d'hypothèses sur une prophétie qui n'a jamais été inscrite nulle part ni rangée dans la Salle des Prophéties. Cela aurait très bien pu être un canular.
─ Les évènements actuels auraient dû vous faire changer d'opinion, Monsieur le Ministre.
─ Que se passe-t-il ? » demanda Alex.
Tous les sorciers présents tournèrent la tête dans sa direction, l'air effaré. On aurait pu croire qu'Alex venait de faire une boutade. Weasley échangea un coup d'œil au Ministre qui hocha la tête. Le supérieur d'Alex laissa échapper un soupir avant de déclarer :
« Plusieurs incendies géants, similaires à celui embrasant le sud de Londres, ont été signalés un peu partout dans le monde. Berlin, Le Caire et Buenos Aires ont disparu sous les flammes. Tokyo, Moscou et Oulan-Bator sont réduites en cendres. Paris, Sidney et San Francisco se battent pour empêcher le feu de les dévorer à leur tour. Et c'est pareil un peu partout. Plusieurs forêts sont également embrasées, semant le chaos dans de vastes régions.
─ Nous-même n'avons réussir qu'à le contenir, expliqua Robards. Les Moldus sont complètement dépassés par les évènements. Ce feu n'est pas d'origine naturelle, c'est certain.
─ Ce n'est pas un Feudeymon ! protesta Ospicus, le Directeur du Bureau des Aurors. Il ne peut avoir été provoqué par un sorcier, ce n'est pas un feu magique ! Le Département de Contrôle et de Régulation des Créatures Magiques confirme que les dragons de nos réserves se tiennent tranquilles. Ça ne peut être eux non plus.
─ Le monde entier est ravagé par les flammes ! explosa un sorcier grassouillet avec un fort accent américain. Vous pensez sincèrement que cela peut être imputé aux dragons ? Restons sérieux et ne partons pas dans des théories absurdes.
─ Merci de votre intervention, Monsieur le Délégué-mage à la diplomatie des États-Unis. Vous, et vos homologues, pouvez prendre congé. Je dois m'entretenir avec mes Directeurs. »
