Chapitre 2
A storm is coming
Sans un mot, les Délégués-mages à la diplomatie étrangers sortirent du bureau de Weasley, laissant seuls les britanniques. Weasley alla fermer la porte, tandis que le Ministre s'était assis au bureau du Directeur. Il avait les mains jointes et semblait réfléchir. Ses yeux étaient clos et le silence perdura jusqu'à ce qu'il les ouvre. Il prit une profonde inspiration et commença, sa voix légèrement plus grave qu'à l'accoutumé.
« Nous sommes face à un problème sans précédent. Un cas de force majeure. Je veux qu'on fasse passer la Communauté sorcière de Grande-Bretagne au niveau de prévention rouge ! Qu'on instaure un couvre-feu dès la tombée de la nuit. Vous coupez le réseau de Poudre de Cheminette et limitez les transplanages aux zones les plus critiques. Tous les Portoloins doivent être redirigés ici, au Ministère.
─ Bien, Monsieur le Ministre, répondit le Directeur des Transports Magiques.
─ Ospicus, doublez vos effectifs aux lieux les plus stratégiques.
─ Ce sera fait.
─ Jackfull, » continua Shacklebolt à l'adresse du Brigadier-en-chef de la Brigade Magique, « envoyez des renforts chez nos confrères français et allemands, dans la limite de vos effectifs. Weasley, je veux qu'il soit très clair que nous faisons cela pour aider les populations touchées. Nous n'accepterons pas de réfugiés, sous aucun prétexte.
─ Devons-nous couper les frontières ? demanda Weasley.
─ Vous limitez les déplacements. Seuls les renforts sont autorisés à passer.
─ Monsieur le Ministre, intervint alors Alex. Je… je crains que cela ne soit vain.
─ De quel droit vous permettez-vous de…
─ Laissez Robards. Vous nous avez été d'une grande aide Chambers. Mais à présent, ce n'est plus de votre ressort.
─ J'ai fini la traduction ! » affirma Alex.
Et sans plus attendre, il leur lut les dernières phrases qu'il avait réussi à assembler. Lorsque ce fut fait, tous avaient le visage déconfit. Tous regardèrent le Ministre, attendant qu'il donne de nouvelles consignes. Shacklebolt resta silencieux de longues secondes.
« Établissez une communication avec Poudlard, ordonna-t-il. Nous avançons la fin du trimestre. Tous les élèves, sans exception, rentrent chez eux dès demain matin.
─ Mais…
─ Faites un décret s'il le faut ! On coupe tous les systèmes de transport. Tout le monde se barricade chez soi. La Brigade de Police Magique et le Bureau des Aurors s'assureront que les règles de sécurités soient respectées.
─ Comme… comme vous voudrez, accepta Robards.
─ Je veux que l'on contacte également les éditeurs généraux de la RITM et des principaux journaux. Je dois faire un communiqué et m'adresser à la Communauté. »
Tous sortirent les uns après les autres, à l'exception du Ministre, de Weasley et d'Alex. Ce-dernier se sentit légèrement intimidé par le regard appuyé du Ministre.
« Chambers, trouvez qui a écrit ça. Assurez-vous que ce n'est pas un canular. Je veux une certitude absolue, dans un sens ou dans l'autre.
─ Et si c'est le cas ?
─ Si c'est un canular ? Mon expérience m'a révélée que deux Niffleurs cherchant un trésor sont plus efficace qu'un seul.
─ Et si je ne trouve rien ? demanda Alex.
─ Alors que Merlin nous vienne en aide, » répondit le Ministre après une pause.
Alex se réveilla de bonne heure le lendemain matin. Alors qu'il prenait un petit-déjeuner à base d'œufs et de lard, un exemplaire de La Gazette du sorcier fut déposé sur sa table par un hibou Grand-duc. Etalée sur toute la première page, la photo du Ministre de la Magie lors de son communiqué à la RITM, l'air grave. Son allocution avait été diffusée en fin de soirée, et le Ministre avait détaillé les mesures qui allaient être mises en œuvre. Tout cela avait été envoyé aux différents journaux, dont La Gazette qui titrait :
La fin du monde
Le Ministre autoritaire
« Des mesures draconiennes seront prises ! »
Machinalement, Alex se prépara pour aller au Ministère. Il prit une poignée de Poudre de Cheminette et la lança dans l'antre de sa cheminée. Mais rien ne se produisit. Le réseau était donc déjà coupé. Le Service de régulation des déplacements par cheminée avait fait vite pour une fois. Si le Ministère avait déjà coupé le Réseau de la Poudre de Cheminette, il était fort à parier que le transplanage était lui aussi devenu impossible. Se rendre au Ministère par cette voie pouvait donc se révéler dangereux.
Une sirène dans la rue attira l'attention d'Alex. Il alla voir à la fenêtre et vit un des Cames à ions d'hommes du feu moldu passer en bas de son immeuble, à vitesse réduite. La sirène fit alors place à la voix amplifiée d'un Moldu, qui demandait à la population de rester cloîtrer chez soi tant que l'incendie n'était pas maîtrisé. La raison évoquée était un air difficilement respirable pouvant entraîner de graves complications respiratoires. Visiblement, Shacklebolt était allé rendre visite à son homologue Moldu la veille et lui avait exposé la situation.
Alex leva les yeux pour regarder le ciel et remarqua que celui-ci avait pris une teinte rougeâtre vers le sud. D'épais nuages noirs recouvraient presque toute la ville, laissant à peine filtrer les rayons de soleil. Dans la rue, les derniers passants encore dehors avaient sortis un mouchoir pour se recouvrir le visage. Il retourna vers son salon.
Il devait impérativement se rendre au Ministère.
Le Ministre l'avait chargé d'une mission et Alex comptait bien l'accomplir. Et pour cela, il devait avoir accès aux archives. Plus tôt il y sera et mieux cela vaudra. La seule façon non-magique de se rendre au Ministère dans des délais convenables était le balai. Aussi, Alex alla chercher son Brossdur 7 dans l'armoire de sa chambre. Puis, il se désillusionna et monta sur le toit de son immeuble.
L'air était effectivement à peine respirable, malgré la légère brise qui faisait voler lentement les feuilles. Loin au sud, il vit les flammes gigantesques de l'incendie qui embrasaient toute une partie de la ville. Il enfourcha son balai et s'éleva au-dessus de la couche de cendres et de poussières. Bien qu'il y fit froid, l'air était pur et le ciel sans le moindre nuage. La brise se faisait un peu plus insistante, obligeant Alex à resserrer le col de sa cape pour ne pas attraper froid.
Lorsqu'il survola Piccadilly Circus, la brise s'était transformée en rafales de vent qui s'accentuaient au fur et à mesure qu'il se rapprochait du Ministère. Alors qu'il s'apprêtait à repasser sous le nuage de cendres, une bourrasque manqua de le faire tomber de son balai. Il arriva tant bien que mal à l'entrée de service du Ministère. Il passa par les toilettes et débarqua dans l'Atrium, extraordinairement vide. Seuls quelques sorciers – une quinzaine tout au plus – allaient rapidement de cheminées en cheminées, qui étaient toutes éteintes. L'un d'eux aperçu Alex et l'interpella.
Lorsque le sorcier s'approcha, Alex reconnut Harry Potter.
« Que fais-tu là ? lui demanda le Survivant.
─ Le Ministre m'a confié une mission, en personne. Je ne peux pas l'accomplir en restant assis chez moi à regarder si ma peinture s'écaille ou non.
─ Le Ministère est fermé, informa Potter. Pour des raisons de sécurité, on préfère éviter que tout le monde soit ici, au cas où les flammes nous menaceraient. Personne ne peut venir travailler. D'ailleurs, comment es-tu arrivé ?
─ Je suis venu en balai. Personne ne m'a rien dit.
─ En balai ? Par Merlin, nous n'y avons même pas pensé. On doit prendre des mesures immédiatement. Toi, tu retournes chez toi à regarder ta peinture s'écailler.
─ Écoute Potter, j'ai besoin d'accéder à la Salle de lecture des Archives Magiques. J'ai plusieurs documents à vérifier.
─ Tu dis que tu tiens cet ordre du Ministre ?
─ Shacklebolt me l'a dit en face, hier soir. Ton beau-frère peut m'en être témoin ! »
Potter regarda Alex quelques instants. Puis il regarda à droite et à gauche, comme s'il voulait s'assurer que personne ne les observait. Il sortit alors un bout de parchemin sous sa cape, en bas duquel était apposée la signature du Ministre.
« Tiens, ça devrait te permettre de circuler librement. Seul le Ministre peut désormais qui va où. Que ce soit clair : tu as obtenu ça hier soir, lorsque Kingsley t'a confié sa mission.
─ D'accord. Merci beaucoup.
─ Tu me remercieras plus tard, dit Potter mal à l'aise. C'est quoi ce bruit ? »
En effet, on entendait comme un vrombissement qui faisait légèrement trembler les murs de l'Atrium. Le bruit semblait s'accentuer de secondes en secondes.
« Il y avait pas mal de vent quand je suis arrivé, fit remarquer Alex. J'ai même failli être désarçonné par une bourrasque.
─ Ce n'est plus du vent. C'est une véritable tornade ! »
Potter appela quelques de ses collègues avant de disparaître dans les toilettes, sans doute pour aller voir l'origine de ce bruit et mettre en place les sécurités pour éviter que d'autres imitent Alex. Celui-ci se dirigea vers les escaliers et se rendit au premier étage. Une fois aux archives, il consulta toutes les étagères susceptibles de le guider dans sa tâche. Le texte était écrit en Runes anciennes, mais la dernière phrase, elle, était en anglais.
Deux solutions : soit l'auteur vivait dans un pays anglophone – ou du moins y avait-il vécu – soit il souhaitait que son texte soit lu et compris par le plus grand nombre. Mais pourquoi seulement la dernière phrase ? Et pourquoi en anglais, et non en latin ? Déchiffrer le texte dans sa langue maternelle était un exercice déjà difficile en soit. Traduire la dernière phrase aurait été, au contraire, très simple. Pourquoi ne pas tout écrire dans la même langue ?
Les Runes, de par leur calligraphie complexe et étrange, constituaient une sorte de code qu'il fallait déchiffrer pour découvrir le mot, qu'on pourrait par la suite traduire. L'alphabet runique était assez simple et on l'apprenait dès les premières semaines de cours à Poudlard. Le plus dur était la traduction. Comme tout code, quand on avait la clé pour le déchiffrer, tout le monde pouvait transcrire les Runes en alphabet latin très facilement. Le secret d'un code résidait dans sa clé… Sa clé…
Mais bien sûr !
Alex venait de comprendre. La dernière phrase était ni plus ni moins que la clé du code permettant de connaître l'auteur. Il fallait seulement comprendre la clé et la déchiffrer. Alex essaya de prendre la phrase dans son ensemble, voir si quelque chose ne lui sautait pas aux yeux. Mais à première vue, rien. Il commença alors à tenter plusieurs codes possibles, tout d'abord arithmétiques. Rien de concluant.
Le code arithmétique est de plus peut-être trop facile, trop évident, pour un texte d'une telle importance. Alex chercha ainsi avec une vingtaine de codes et de permutations possibles. Toujours rien.
Un code difficile à craquer était le code idéal, mais quel était l'intérêt de le transmettre sans en donner la clé ? Garder l'anonymat ? Autant ne pas signer, c'était plus simple. Pour jouer ? On en revenait au même problème : quel est l'intérêt d'un jeu où personne ne gagne. Alex essaya encore durant plusieurs dizaines de minutes, ressayant plusieurs fois certains codes complexes pour s'assurer de ne pas se tromper. Mais toujours aucun résultat.
Pendant ce temps, le grondement sourd à l'extérieur semblait s'accentuait et Alex crut même parfois que les murs de la salle bougeaient. Le doute vint s'insinuer alors chez Alex. Et s''il ne s'agissait pas d'un code ? C'était une autre façon de piéger l'ennemi : faire croire à un code là où il n'y en avait pas. Dans l'hypothèse où la phrase n'était pas un code, elle restait néanmoins la clé pour trouver son auteur. Et dans ce cas, il s'agissait soit d'une citation, d'une devise ou d'une idéologie. La question était de savoir si elle provenait de l'auteur du texte ou si ce dernier l'avait emprunté à autrui.
Vu le chemin parcouru pour arriver à ce stade, il ne pouvait s'agir que de la première option. Un défi de taille s'annonça alors : comment retrouver une pareille citation dans les Archives en seulement 2 jours, si tant est qu'elle s'y trouve bien et qu'elle n'ait pas été détruite ou non-référencée. Un livre des Archives regroupait toutes les références d'auteurs présents en ces murs, mais c'était le seul semblant de compilation des données.
Alex regarda ses notes, à la recherche d'indices. Lorsque son regard se porta sur son premier jet sur le code arithmétique, l'illumination jaillit soudainement. Il avait décortiqué les lettres. Les lettres… pas les mots. Les Runes étaient un code qu'il fallait décrypter pour trouver le mot avant de le traduire… Alex se frappa le front : comment avait-il pu être aussi bête ? Les lettres étaient la clé.
Une anagramme !
L'un des codes les plus anciens. La phrase contenait trop de lettres pour que toutes soient utiles. Alex essaya avec les premières de chaque mot. Après plusieurs tentatives, il trouva un nom : Nerl Tale. Ce nom ne lui disait rien, et ne ressemblait pas vraiment à un nom. Était-ce la solution ? Comment le savoir. Alex regarda la phrase. La phrase devait sans doute être une citation… Mais bien sûr !
Alex se leva et alla chercher le Livre Référentielle. Il l'ouvrit et alla chercher à la page des noms en T. Il trouva un certain Tale Nerl. Son corps manqua un battement. Était-ce possible ? Alex regarda où l'auteur était rangé et courut vers les rayons correspondants. Il trouva enfin l'étagère en question, et cette fois-ci, son corps s'arrêta pour de bon une fraction de seconde. Il n'y avait qu'un seul livre au nom de l'auteur.
Un livre intitulé Le néant est tout et tout retournera au néant.
Ce ne pouvait être une coïncidence. Il prit ses notes, le livre, et se précipita vers le bureau du Ministre. Celui-ci s'y trouvait, étudiant minutieusement un plan de Londres avec Ospicus.
« Hyde Park a été balayée, tous les arbres ont été couchés, expliqua Ospicus. Il est devenu totalement impossible de voler en balais. J'ai déjà perdu plusieurs de mes hommes dans ces tornades, dont l'équipe de Moore.
─ Aucun signe d'eux depuis deux heures. Je crains que vous ne deviez annoncer la mort du Survivant à la population.
─ Non, ça ne ferait que les décourager d'avantage.
─ Si ce n'est pas vous, ce sera la presse qui l'apprendra tôt ou tard. Et ce sera bien pire. Déjà la RITM pointe notre incapacité à contrôler l'incendie qui a pris des proportions gigantesques avec ce vent. Des foyers ont éclatés un peu partout de ce côté de la Tamise. Nous devons évacuer.
─ Non, je ne partirai pas d'ici… Chambers ? Mais que faites-vous là ?
─ Pardonnez-moi Monsieur le Ministre, commença Alex. Mais je viens de trouver qui était l'auteur de cette prophétie.
─ Qui est-ce ? demanda Ospicus.
─ Un certain Nerl Tale, auteur de ce livre. Et à en croire ce qui est écrit en introduction, il avait le don de divination et aurait vécu au XIIème siècle.
─ En êtes-vous certain ?
─ Mes recherches m'ont mené à écarter une possible coïncidence.
─ En a-t-on une trace dans le registre de Poudlard ? demanda Ospicus.
─ Je… je n'ai pas vérifié. »
Avec un grognement, Ospicus sortit en trombe du bureau, laissant Alex seul avec Shacklebolt. Alex décida de tendre au Ministre ses recherches ainsi que le livre. Le Ministre les lut attentivement, parcourant seulement l'épais volume. Son visage se décomposa de secondes en secondes. Ospicus revint enfin, essoufflé.
« Le seul Nerl Tale jamais inscrit à Poudlard est actuellement en cinquième année ! Et à en croire son programme, il n'est pas inscrit pour les BUSE de Divination ni à celles des Runes.
─ Comment est-ce possible ? demanda le Ministre.
─ Je l'ignore totalement. Que raconte ce livre ?
─ Il décrit un peu plus profondément ce qui est écrit dans la prophétie. Une copie de celle-ci est d'ailleurs présente. L'homme en question essaye de nous prévenir de ce qu'il adviendra et des mesures à prendre.
─ Aucune référence à un évènement actuel ? Ou tout au moins postérieur à ce livre ? demanda Alex.
─ Non. Aucune. Á croire que ce Nerl Tale ne soit pas celui qui étudie actuellement à Poudlard… »
Un grand fracas se fit alors entendre au-dessus de leurs têtes. Instinctivement, Alex se jeta sur le côté, alors que le plafond s'effondra sur Ospicus, qui disparut sous les décombres. Tous les étages s'étaient effondrés, laissant apparaître le ciel, qui avait pris une couleur gris sombre. Le rugissement qui envahit alors le bureau assourdit presque totalement Alex, et les rafales de vents qui s'engouffrèrent firent voler tous les objets présents. Alex s'accrocha comme il le put à une poutre qui avait miraculeusement survécu, et il vit le Ministre se faire happer par les bourrasques.
Kingsley Shacklebolt disparut dans une gerbe de sang, lorsque deux bureaux vinrent le prendre en sandwich dans les airs.
