Chapitre 3

This is the End

Alex avait un mal de crâne terrible, causé par le rugissement du vent. La force des bourrasques était telle qu'il sentait ses bras craquer sous l'effort. Son corps se faisait balloter dans tous les sens, mais il tint bon. Jusqu'à ce que la poutre finisse par se faire arracher à son tour et emporter dans le vortex. Alex finit par la lâcher. Tout autour de lui n'était que poussière et débris.

Soudain, un mur surgit de nulle part et Alex fut projeter à travers. Il sentit une violente douleur dans tout son corps suivie d'une encore plus violente au niveau du dos. Il eut le souffle coupé par le choc. Il regarda autour de lui et constata qu'il était tombé dans une chambre. La tempête faisait trembler les murs du bâtiment, mais celui-ci semblait encore tenir debout. Alex essaya de trouver la sortie, mais tout n'était que chaos au sein de l'appartement. Le rugissement sembla cesser lentement, avant de disparaître totalement.

Le silence qui suivit était tel qu'Alex crut un instant être devenu sourd – avant de renverser une table, qui produisit un vacarme à réveiller un mort – et regarda à travers le trou par lequel il avait traversé le mur.

À sa plus grande surprise, il régnait un temps magnifique à l'extérieur. Quelques silhouettes sortirent dans la rue – qui n'avait de rue que le nom – errant l'air hagard. Alex alla les rejoindre rapidement et ne put qu'observer le désastre autour de lui. Les trois-quarts des constructions étaient détruites, les autres fortement endommagées. Plus une seule des voix tueuses moldues n'était à sa place : il y en avait retournées un peu partout, certaines encastrées dans les murs et d'autres sur les rares toits encore intacts. Les quelques survivants avançaient au milieu des débris, sans but précis. Certains s'arrêtaient quelque fois pour voir sous un pan de mur s'il n'y avait pas quelque chose lui appartenant.

Étonnement, il y avait peu de cadavres visibles, mais Alex comprit rapidement que ce n'était qu'une illusion. Les traces de sangs ici ou là, les filets qui suivaient le canin veau ou les râles étaient autant d'indices que la Mort eût fait son œuvre morbide. Les corps étaient bien là, mais ils étaient invisibles : dissimulés et fusionnés avec les autres débris, on pouvait passer à côté sans les voir.

Alex leva pour la première fois les yeux au ciel et put observer un spectacle à la fois étrange et magnifique. Au-dessus de leurs têtes, un soleil magnifique brillait de toute sa puissance dans un ciel parfaitement pur et dégagé. Mais seule une partie du ciel était en réalité visible. Un véritable mur de nuages d'un gris menaçant entourait une partie de la ville, à la façon d'un cercle. Les nuages semblaient tourner lentement dans le sens des aiguilles d'une montre, et un éclair les éclairait de temps à autres. Alex ne put déterminer la taille du cercle, mais il estima qu'il devait faire facilement la taille de la ville.

C'est à ce moment qu'il réalisa que le cercle se déplaçait, et l'un des bords se rapprochait de plus en plus. La raison revint peu à peu parmi les quelques survivants, et la panique avec elle. Tous tentèrent alors de fuir l'immense barrière nuageuse qui se rapprochait de plus en plus par le Nord. Alex suivit le mouvement après une légère hésitation.

Il avait encore en mémoire le texte de Tale.

Son texte parlait du feu, du vent, de l'eau et de la terre. Les deux premiers éléments s'étaient déjà déchaînés. Que renfermé ce terrible vortex menaçant ? Était-ce la suite de la tempête, ou un nouvel élément ? Jusqu'à maintenant, les choses semblaient se succédaient jour après jour. Alex regarda sa montre et vit qu'il était tout juste deux heures de l'après-midi.

Lorsqu'il lâcha enfin du regard les nuages, il réalisa que le groupe de survivants avec lui avançait terriblement lentement. Les débris qui jonchaient la rue ne facilitaient pas leur avancé. Faisant fi des lois en vigueur, Alex sortit sa baguette et commença à déblayer le chemin devant les Moldus. Ceux-ci s'arrêtèrent nets, surpris et déstabilisés par le spectacle des briques et des lampes d'air bougeant sans l'aide de personne.

Mais une nouvelle fois, la panique revint au galop et ils continuèrent à avancer, sans chercher à comprendre.

Il fallut quelques minutes à Alex pour réaliser qu'il n'était pas le seul à faire mouvoir les objets. Il n'avait pas encore visé ce bus. Il regarda autour de lui frénétiquement, à la recherche d'un allié quelconque. Une dizaine de mètres derrière lui, il repéra un visage plus concentré que les autres. Un visage familier : des yeux verts émeraude, une paire de lunettes rondes rafistolées, des cheveux bruns en bataille – parsemés de copeaux de bois et de poussière – et une cicatrice en forme d'éclair.

Harry Potter avait une nouvelle fois survécu.

« Potter ! Potter ! » s'exclama Alex en se précipitant vers son camarade.

Lorsque Potter l'entendit, il regarda avec attention tout autour de lui jusqu'à tomber sur Alex, qui courait presque. Il lui fit comprendre d'un regard de se taire. Lorsqu'Alex l'eut enfin rejoint, il réalisa que la robe de Potter était imprégnée d'une grande tâche de sang.

« Salut… Chambers, c'est ça ?

─ Ouais. Je suis content de voir que je ne suis pas le seul à avoir survécu…

─ Crois-moi, j'envie sincèrement ceux qui y sont restés.

─ Pourquoi donc ? On est en vie, c'est le principal !

─ Et la plupart des gens que tu aimais sont morts. Le Ministre s'est éteint dans mes bras juste avant que l'œil nous arrive dessus.

─ L'œil ? demanda Chambers, étonné par l'expression.

─ L'œil du cyclone, précisa Potter.

─ Depuis quand un cyclone à un œil ? demanda Chambers, qui ne comprenait rien.

─ Tu ne sais pas ce qu'est un cyclone, ou un ouragan ? demanda Potter, visiblement stupéfait.

─ Ben oui, répondit candidement Alex. C'est quand le service météo décide de nous faire un super orage quand ils ne sont pas content. »

Potter le regarda quelques instants, interloqué. Puis, il eut un soupir de lassitude et entreprit de lui expliquer ce qu'était un cyclone, et en quoi consistait l'œil. Il lui expliqua ainsi que le répit n'était que temporaire et que lorsque ça allait reprendre, l'évènement naturel le plus puissant qui puisse exister allait déchaîner toute sa férocité sur les ruines de Londres.

Alex pâlit légèrement à l'écoute de cette menace, qui n'avait rien de reluisante. Et confirma que l'eau était le prochain élément. Tout en aidant Potter à déblayer la route, il lui parla de la « prophétie » sur les récentes catastrophes et celles qui allaient advenir.

« Le cyclone fait plus office au vent, même si de véritables trombes d'eau vont nous tomber dessus. Mais tu as raison : le vent devait correspondre aux tornades qui nous sont tombés dessus en matinées.

« Quant à la terre, je ne vois que les séismes qui pourraient remplir cet office. Mais comparé à ce que nous allons vivre, ça ne sera pas si dramatique. Le danger des séismes résident dans les dégâts qu'ils causent. Si tout est déjà détruit avant, il n'y a plus grand-chose à craindre.

─ Si tu le dis. Comment tu sais tout ça, Potter ?

─ Harry. Appelle-moi Harry. Dans ce genre de situation, les Moldus s'appellent par leurs prénoms, même s'ils ne se connaissent pas. Il est impératif qu'on se mêle à eux. On ne doit utiliser la magie que de façon épisodique et discrète.

─ D'accord. Moi c'est Alex. Alors ?

─ J'ai passé une partie de ma vie chez les Moldus, et on nous explique brièvement ce genre de phénomènes en cours. Je serai incapable de te donner les détails, je ne les sais pas. Je connais seulement les principes généraux. »

Potter arrêta et se concentra sur le déblayement de la route. Alex le rejoint, tandis que derrière eux, un rugissement se rapprochait de plus en plus. Il jeta un coup d'œil derrière lui et vit que le mur nuageux ne se trouvait plus qu'à quelques centaines de mètres derrière eux. Et il voyait les débris qui volaient en tous sens à la base.

Le groupe de survivants – qui devait être composé d'une petite centaine de personnes – se mit à courir de façon désordonné. Leur avancée devint si rapide que ni Alex ni Potter ne purent déblayer la route assez vite et tous se retrouvèrent à escalader et contourner les obstacles. Mais cela ne suffit pas.

Un des Moldus hurla de se mettre à l'abri lorsqu'un immense camion s'écrasa sur une famille. Les survivants s'éparpillèrent un peu partout, à la recherche d'un refuge. Beaucoup s'enfoncèrent dans les ruines pour en ressortir presque aussitôt.

« On doit trouver une cave, ou quelque chose d'équivalent ! » hurla Potter pour couvrir le bruit, tandis qu'une pluie torrentielle se mit à s'abattre sur eux.

Ils réussirent à en trouver une quelques minutes plus tard. Ils y entrèrent avec une dizaine d'autres Moldus, tous trempés jusqu'aux os. Ils se trouvaient dans une pièce totalement sombre, si ce n'est l'éclairage produit par un petit objet dans la main d'un moldu. Ce qui était étrange, c'est que sous le carré lumineux, il y avait des chiffres et des lettres éclairées.

Potter tourna le dos au groupe et fit apparaître un bocal d'un coup de baguette magique, avant d'y enfermer des flammes d'une couleur bleutée. Une chaleur irradiait du bocal comme si un soleil s'y trouvait. Lorsqu'il se tourna, tous furent surpris par l'apparition du bocal, mais les Moldus s'en approchèrent pour venir se réchauffer.

Potter baragouina quelques explications qui semblèrent suffire. Autour d'eux, les murs grondaient sinistrement et la pluie tambourinait, tandis que le rugissement semblait s'être éloigné. Parmi les survivants, quelques enfants s'endormirent sur les genoux de leurs parents, tandis que des couples essayaient de se rassurer mutuellement.

Après un temps qui parut infini, la plupart des Moldus s'étaient assoupis. Potter somnolait dans un coin, se réveillant de temps à autre – parfois une dizaine de minutes, parfois quelques secondes – sans piper mot. Les Moldus avaient décidé de mettre en place un tour de garde afin de surveiller l'extérieur et donner l'alerte en cas de danger.

Actuellement, le rôle était tenu par une femme d'une trentaine d'année, qui était allée faire un tour dehors. Alex, pendant ce temps, avait repassé en boucle la prophétie de Tale – car c'en était une, c'était indiscutable à présent – essayant d'interpréter ce qu'il avait dit. Mais il n'y en avait rien à tirer.

Tale s'était contenté de placer l'évènement et de décrire ce qui allait se produire. Comme si c'était une fatalité et qu'on ne pouvait rien faire contre. Cette idée était pourtant révoltante : Alex ne pouvait concevoir qu'il devait se contenter d'attendre son heure, comme si celle-ci avait été fixée à l'avance depuis des centaines d'années. Alex sentit qu'on le secoua violemment et sursauta. Il s'était assoupi sans s'en rendre compte, se laissant porter par ses réflexions.

Un vent de panique avait de nouveau gagné le groupe de survivants. Il semblait qu'ils avaient décidé de quitter la cave. Potter se tenait juste au-dessus de lui, le regard pressant.

« Allez, debout ! On doit partir tout de suite ! »

Alex se leva, et ce n'est qu'à ce moment qu'il remarqua que la cave était inondée. Le sol était recouvert par au moins cinq centimètres d'eau, et le niveau montait constamment et rapidement. Il avait à peine atteint l'escalier que l'eau arrivât à ses genoux. Lorsqu'il sortit, elle était à mi-hauteur. Alex suivit les Moldus jusqu'à l'extérieur de la maison – la nuit était tombée – et faillit se faire emporter par une déferlante.

La rue était purement et simplement noyée sous un torrent d'eaux boueuses. Le niveau était seulement d'un mètre, mais la puissance des flots étaient telle que tout, absolument tout – arbre, voiture, camionnette, murs entiers – était emporté et balloté en tous sens. La plupart des Moldus qui étaient remontés de la cave s'étaient fait emporter et se débattaient à présent pour ne pas être noyés. Il en vit quelques-uns qui s'accrochaient désespérément aux troncs d'arbres flottants, ou aux poteaux télégraphiques.

Alex se tenait quant à lui fermement à une poutre, miraculeusement encore debout, pour ne pas se faire emporter. Il essaya de rejoindre les pauvres Moldus, mais les flots étaient beaucoup trop violents. Il essaya alors de les aider à l'aide d'un sortilège, mais à peine eut-il pointé sa baguette qu'il se sentit arracher de la poutre. Il s'y agrippa de plus belle.

Un bruit fracassant réussit à masquer temporairement le rugissement du torrent. Alex se tourna dans sa direction et ne vit rien. Le bruit se faisait de plus en plus menaçant et proche et ce n'est que lorsqu'il sentit la poutre à laquelle il s'accrochait qu'Alex comprit que la maison était en train de se faire arracher. Avant de mourir écraser, il regarda frénétiquement tout autour de lui et vit un immeuble dont le toit était encore debout – du moins apparemment. Fermant les yeux, il lâcha la poutre, se laissa traîner quelques secondes par les flots avant de transplaner. Lorsqu'il se sentit à nouveau respirer, ses genoux reposaient sur un sol dur et sec. Il ouvrit les yeux et vit qu'il avait atteint le toit.

Si celui-ci était encore intact, cela ne semblait pas durer longtemps : il y avait des trous en plusieurs endroits et certaines parties s'effondraient petit à petit. Alex se leva et vit de l'autre côté de la rue Potter, qui essayait d'aider les Moldus du haut d'un autre toit, plus solide. Il alla le rejoindre et ensemble, ils entreprirent d'ériger une barrière pour protéger les derniers survivants des flots déchaînés.

Mais à peine quelques secondes après avoir commencé, un spectacle horrible se mit en place devant eux : alors que les flots commençaient à ralentir près des Moldus, le bâtiment près duquel ils se trouvaient s'effondra, les engloutissant sous les gravats. Les débris se firent ensuite emporter par le courant, mais aucun corps ne remonta à la surface.

Potter hurla de rage et s'éloigna d'Alex, criant tout sa haine à un ciel toujours aussi sombre.

Alex, quant à lui, se redressa et observa la ville autour de lui. Tout était plongé dans l'obscurité, ou presque. Quelques foyers d'incendies persistaient ici ou là, mais sans grande vigueur. Seul l'immense incendie du sud semblait toujours insoumis aux éléments et continuait à carboniser tout sur son passage. Mais les flammes étaient les seuls sources de lumières. Pas un seul lampadaire, pas une seule lampe d'appartement n'était visible. Pas même la lueur d'une baguette magique ou d'une lampe portable moldue.

Alex regarda sa montre à la lueur de sa baguette, mais vit qu'elle s'était arrêtée aux alentours de neuf heures du soir. Combien de temps avait-il dormi ? Il l'ignorait. Il avait perdu toute notion du temps, et presque tout repère spatial. Il savait simplement être au nord de la Tamise, mais il ne savait pas où. Il ne savait même plus s'il était vivant ou mort, tellement le spectacle face à lui était surréaliste. Ou était-il encore en train de rêver ?

« Par tous les Mages ! » s'exclama alors Potter.

Alex se retourna vivement, devant le ton incrédule et désespéré du Survivant. Celui-ci regardait vers l'ouest, restant planté droit comme un i. Alex suivit son regard et vit une chose qu'il ne pensait jamais voir.

Un immense mur noir se dressait à plusieurs centaines de mètres devant eux.

Le mur était si haut qu'il atteignait les nuages. Le mur se rapprochait d'eux à une vitesse anormale pour un nuage. Une bourrasque de plus en plus violente semblait émanait du mur et balayant tout devant lui, comme si le mur chassait l'air devant lui. Un nuage n'avait pas cette faculté. Et un nuage ne produirait ce fracas produit par l'écrasement des ruines de Londres, comme si un monstre gigantesque marchait au beau milieu de la ville.

Alex jeta un coup d'œil du côté de l'incendie – la plus grande source de lumière – et réalisa alors qu'il avait diminué de moitié. L'incendie se faisait engloutir par le mur. Et les reflets ainsi que les remous à la surface de celui-ci ne pouvaient tromper : une vague d'eau géante était en train de noyer Londres et ses environs. On aurait dit que l'océan entier avait décidé de submerger l'Angleterre.

Alex se retourna pour trouver une échappatoire, mais il n'y en avait pas.

« Harry ! Vient, il faut y aller !

─ Tu ne comprends pas, c'est fini. Tout le pays est déjà sous les eaux. »

Alors que la vague ne se trouvait qu'à une cinquantaine de mètres devant eux, Potter se mit à genoux, les bras ouverts et attendit. Alex regarda en bas des rues et vit que si le mur ne se trouvait qu'à quelques dizaines de mètres, le niveau de l'eau – lui – avait déjà atteint les trois-quarts du bâtiment où ils avaient trouvé refuge. Et il montait de plus en plus vite. Comme si le mur aspirait toute l'eau présente dans la ville.

Alors que l'eau commençait à submerger le toit, et que l'onde de choc obligeait Alex à se pencher en deux, celui-ci décida de transplaner au point le plus élevé qu'il connaissait : le Ben Nevis. Lorsqu'il tomba à genoux, il sentit la neige sous ses mains. Il éclaira le sol autour de lui avec sa baguette et ne vit rien à part de la neige.

Lorsqu'il s'aperçut que son arrivée n'avait déclenché aucune réaction depuis une minute, il comprit aussi qu'il était seul. Il entendait distinctement le bruit de l'eau à proximité – la vague était donc arrivée jusqu'ici aussi – mais il ne vit rien. Il n'avait fait qu'une vingtaine de pas lorsque sa baguette éclaira la surface miroitante de l'eau. Le ciel au-dessus de lui était débarrassé de ses nuages, mais seules les étoiles scintillaient.

Alex revint sur ses pas, faisant attention au sol. Il réalisa que certains rochers avaient des positions peu naturelles, et certaines des plus gros se trouvaient au beau milieu de prairies. Alex avait la nette impression qu'ils avaient été déplacés. Il se dirigea vers le sommet, dont la silhouette se découpait dans le ciel étoilé. Ses craintes se confirmèrent lorsqu'il réalisa que les anciennes ruines d'un observatoire moldu n'étaient plus là. Le sommet de la montagne semblait avoir été nivelé.

C'est alors qu'un grondement lointain se fit entendre, comme s'il venait des entrailles de la Terre elle-même. Le sol se mit à trembler si fort qu'Alex perdit l'équilibre. Des craquements vinrent s'ajouter au grondement, certains continus, d'autres brutaux et semblables à des explosions. Alex, à plat ventre, essaya de ramper le plus loin possible de ces bruits inquiétants, mais ils semblaient provenir de toutes parts.

Il se mit à quatre pattes, essayant d'éclairer le plus loin possible avec sa baguette. Il ne vit rien jusqu'à ce qu'une crevasse apparaisse brutalement à quelques mètres de lui, accompagnée par le bruit caractéristique.

On aurait dit que quelqu'un avait déchiré le Ben Nevis sur toute sa longueur.

Une fraction de seconde plus tard, Alex sentit son cœur monter dans sa gorge. Se sentant plus léger également, il comprit que le morceau de montagne où il se trouvait était en train de s'enfoncer. Son hypothèse fut confirmée lorsqu'il vit un pan de roche se dressait devant lui et monter de plus en plus haut. Il essaya de s'y accrocher, mais sans succès. Il regarda autour de lui et crut distinguer le bruit d'une cascade à proximité, mais les craquements étaient trop violent pour en être sûr. La plateforme où se trouvait Alex fut bientôt recouverte par de la fumée humide : de la vapeur d'eau. À sa gauche, une lueur rouge vif commençait à se faire voir sur les parois. Il s'approcha du bord et regarda en bas.

Le sol avait disparu au profit d'un immense puits au fond duquel se trouvait une sorte lac rougeoyant, qui dégageait une intense chaleur. Si intense que l'eau qui se déversait dans le puis se transformait en vapeur avant d'avoir atteint le fond. Le fond du puis s'approcha de plus en plus mais Alex n'y arriva jamais. La plateforme sur laquelle il se trouvait fut broyée par les parois qui l'entouraient en une fraction de seconde, et lui avec.

Pour un spectateur situé dans l'espace, le paysage qu'offrait la Terre était sensationnel. Les continents n'étaient plus fixes mais bougeaient les uns par rapport aux autres dans l'anarchie la plus totale. Certains se déchiraient en deux, tandis que d'autres s'enfonçaient sous les derniers. Les plaques tectoniques glissaient comme si elles se trouvaient sur de l'eau. Certaines basculaient complètement, se dressant verticalement, avant de s'enfoncer ou de se retourner complètement, projetant un océan de magma sur leurs voisines. Les océans s'étaient évaporés en quelques secondes, couvrant l'atmosphère d'une épaisse couche de vapeur d'eau. Puis, sans crier gare, tous les continents disparurent sous le magma.

La surface de la Terre, et tout ce qu'elle contenait, avait été détruite sans laisser de trace.

Il ne restait plus qu'une boule en fusion, gravitant autour du Soleil. Lorsque ce-dernier se leva sur ce qui avait été autrefois la capitale du Royaume-Uni, le magma se compacta de plus en plus. La force de gravité fit effondrer la Terre sur elle-même qui disparut dans l'explosion la plus violente jamais vu depuis l'apparition du système solaire.

Si violente qu'elle pulvérisa la Lune.

Quelques fragments arrivèrent jusqu'à Mars, bombardant et remodelant sa surface. D'autres s'écrasèrent sur Vénus en si grande quantité qu'ils soufflèrent son atmosphère et créèrent même un petit satellite naturel. Mercure fut partiellement détruit par ceux qui croisèrent son orbite. Mais la plupart des fragments terrestres vinrent terminer leur course dans les entrailles du Soleil, qui ne semblait pas déranger le moins du monde.