Disclaimer : Les personnages sont à Masashi Kishimoto
Pairing : Sasunaru
Note : Youhou, je suis de retour (à 2h du matin oui ...)
Merci à tous les lecteurs qui m'ont laissée des reviews jusqu'à présent, que ce soit sur le chapitre 5 ou sur les chapitres précédents. Par vos messages, vous me donnez la force et la foi de continuer ce projet de folie dans lequel je me suis lancée. Je ne saurais pas comment le dire avec mes mots, mais merci du fond du cœur d'être toujours là avec moi et de me suivre dans cette fic. Merci merci merci.
Pour les lecteurs enregistrés sur ffnet, je vous réponds par MP. Pour les lecteurs anonymes, c'est toujours sur mon profil.
Tsumenookamiryu, je te réponds également sur mon profil étant donné que tu as désactivé tes MP =)
Quelques petits détails et je vous laisse lire le chapitre tranquillement :
- Vous m'avez demandé quand est-ce que la relation entre Naruto et Sasuke va commencer enfin. Pour tout vous dire, du point de vue dont je vois ma fic, il n'est pas crédible que Naruto et Sasuke soient "ensemble" tout de suite alors qu'il y a tellement de choses qui les séparent. Que ce soit l'époque, l'âge, le monde dans lequel ils évoluent, ou bien même leur mentalité, ils sont foncièrement différents l'un de l'autre. C'est avec le temps et les épreuves qu'ils pourront enfin s'apprécier mutuellement et aller l'un vers l'autre.
- Concernant la longueur de SDP, pour l'instant, je prévois dans une quinzaine de chapitres (sachez que je connais déjà mes fins de chapitre ), après, libre à vous de continuer à me lire ou pas ...
- Ce chapitre est long, mais je ne voulais pas le couper ( d'où mon absence prolongée ...) J'ai trouvé qu'une coupure ferait perdre le rythme de l'enchaînement des actions...
Toute ma reconnaissance envers mes amies qui sont également mes bêtas.
( Bonne nuit ) et Bonne lecture à tous ^^
Chapitre 6 : L'enfant du Nil
Lorsque l'étoile Sothis s'élèvera dans le ciel d'Égypte,
apparaîtra à Thèbes un mystère venu du sein de Hapy.
Ses cheveux auront la couleur des blés d'Horus,
ses yeux refléteront à leur tour l'azur d'Amon.
L'air fier sous ses haillons misérables, ô peuple égyptien,
voilà l'enfant qui s'exposera devant vos regards.
_S.U_N.U_
- « Et pourquoi donc Naruto ? ».
La voix de Sasuke s'éleva depuis la porte, interrompant la conversation entre les deux hommes. Campé sur le seuil de la tente, le pharaon de l'empire avait toujours la main suspendu sur le rideau de tentures lorsque les derniers mots intolérables étaient parvenus à son oreille.
Rien ne pourrait démentir le fait que la voix appartenait au garçon qu'il avait fait rechercher depuis des semaines.
Kakashi s'écarta de son hôte, surpris. L'œil dévoilé par le masque sombre s'agrandit en apercevant la silhouette de son seigneur. Il était évident que celui-ci avait entendu une partie de leur conversation.
- « Votre Majesté ? », s'exclama-t-il face à l'apparition soudaine, son front se déformant en un pli soucieux devant la portée que pourraient avoir les paroles de Naruto.
À l'entente des mots de Kakashi, Sasuke remarqua sans peine le léger tressaillement qui s'opérait sur les épaules du blond, réaction qu'il interpréta à tort comme du dégoût. Un sourire mauvais étira soudainement les lèvres du jeune prince héritier. Ainsi donc, Naruto se méfiait toujours de lui. Celui-ci n'avait pas besoin de le dire, son corps le trahissait, l'infime sursaut qui l'animait suffisait à rendre transparente toute animosité qu'il conservait à son égard.
" Naruto, qu'est ce que tu attends pour te retourner ? Celui que tu haïssais et qui t'inspirait tant de rancœur est juste là, derrière toi."
Sourd à la colère du brun mais cédant à un pressentiment muet, Naruto pivota sur lui même et se tourna entièrement vers le brun, s'exposant ainsi à son jugement. Ses lèvres se pinçaient fortement dans une attitude de sage retenue, pourtant, Sasuke n'aurait su dire si le blond était pétrifié de peur ou survolté de défi.
Ses prunelles bleues cessèrent de fuir et allèrent se planter dans les orbes noirs. Et dans ce regard qu'il lui adressait, le jeune pharaon y revit cette lueur de défi qu'il avait tant désiré briser, l'attitude rebelle fidèle à ses souvenirs qui se confirma lorsqu'un mot simple s'arracha d'entre ses lèvres, fier et à l'effronterie à peine voilée :
- « Sasuke ».
Devant la parole provocatrice, le sang froid de Sasuke se fissura. Sa bouche s'entre-ouvrit et ses dents blanches grincèrent de colère. La seconde d'après, Sasuke fondit sur Naruto et détruisit la distance mise entre lui et ce garçon trop obstiné à son goût. Les mains libres de toute arme, le prince attrapa le blond qu'il rapprocha rudement de son corps, aveuglé par une fureur innommable qui grondait depuis cette nuit là qu'il avait perdu le jeune esclave dans les eaux insaisissables du Nil.
- "Aimes-tu tant que ça me tourner en ridicule ? "
- "…"
- "Votre Majesté !", intervint Kakashi qui se manifesta près d'eux, soucieux de la tournure que pouvaient prendre les événements.
- "Silence !", répliqua celui-ci à l'attention de l'argenté qui suspendit son mouvement d'anticipation. Se retournant vers Naruto, ses prunelles noires semblaient briller d'une flamme froide alors qu'il le dominait de toute sa stature .
- « Ne jamais être heureux ici ? », répéta-t-il lentement.
Les mots résonnèrent ironiquement dans la tente soumise au silence alors que le ton sarcastique de sa voix paraissait figer sa bouche dans un rictus mauvais.
Le visage de Naruto se ferma. Soutenant le regard de glace de Sasuke, il amena ses mains sur les poignets de celui-ci et tenta d'enlever sa prise, irrité par la pression sévère sur sa peau hâlée. De marbre, il attendit son châtiment, las d'une fatalité qui s'acharnait contre son sort, dépassé par ce regard impitoyable qui voulait l'écraser sous l'orgueil de sa puissance.
- « J'ai longtemps songé à ce que tu m'as dit cette nuit là », poursuivit le brun sans faire attention à la tentative de son captif d'échapper à son emprise. « Ne sois pas ridicule. Cette chose risible que tu appelles "liberté" n'a aucun sens. As-tu vu un seul esclave pouvant se balader sans charges comme toi au palais ? As-tu vu un seul minable autorisé à se rendre dans n'importe quelle partie du palais, y compris mes appartements ? Tu ne veux pas que je te touche, n'ai-je jamais été au delà des limites de l'irréparable ?. Dis-moi ce que tu veux. Qu'est ce que tu entends par "liberté" hein, Naruto ?", le menaça-t-il en enfonçant inconsciemment encore plus ses ongles dans les bras de celui-ci.
- « Ce n'est pas ça », argua Naruto qui se sentit poussé à bout par l'emportement de Sasuke.
Ce prince, qui était-il pour juger ce qu'il devait faire ?. Cet homme n'était pas son amoureux, ni un ami, et encore moins un membre de sa famille. De quel droit osait-il présider sa vie ?
Lui-même n'appartenait pas à ce monde, il n'était pas l'un de ces gens dont Sasuke pouvait trancher le sort par un simple caprice. Sa liberté et ses droits, ces valeurs qu'on lui avait inculquées depuis son enfance étaient bouleversées, écrasées par un système arbitraire qui lui inspirait tant de sentiments d'injustice. Comment pourrait-il accepter cela ? Accepter d'abandonner son identité et de ne plus être qu'un simple esclave dans ce siècle antique.
Bien que ses yeux reflètent toute sa fierté rebelle face au jeune pharaon, quelque part, au plus profond de son âme, son cœur paniqua malgré lui. Ce n'était pas tant la peur qui brûlait dans ses veines, mais c'était cet effroi terrifiant, celui de perdre son identité et ses liens avec le monde auquel il appartenait.
Tout était en train de se mélanger, faisant basculer sa vie dans un gouffre sans fond sans que lui-même ne sache à partir de quel instant l'engrenage fatal s'était mis en marche. Sa vie, son identité, ses liens avec le monde moderne et l'Antiquité, le présent et le passé, les fils de l'Histoire s'étaient entremêlés sans qu'il ne puisse s'en sortir.
Dans quelle folie la vie l'avait-elle jeté ?. Cette malédiction qui hantait désormais son sort, était-elle celle qui protégeait le sommeil de Sasuke contre les gens de son monde ?. Lui, Naruto, l'étudiant du 21ème siècle ou la figure sans nom parmi les milliers esclaves de l'empire.
Quelle était sa réalité ?
- « Réponds-moi ! », s'énerva le brun qui ne supportait pas son mutisme.
Sasuke était hors de lui. Sa colère, il ne la maîtrisait plus. Lui, l'orgueilleux prince de Thèbes se sentait piétiné par sa frustration impuissante. Sa personnalité, son caractère, tout ce qui forgeait son image de jeune prince fier et impétueux se fissurait à chacun des mots du garçon aux yeux bleus.
Les simples mots qui l'avaient frappé à l'entrée de la tente, à cet instant, ils le paralysaient, s'amusant de nouveau à jeter un feu perfide dans son sang et ses veines. Tout ce dont le brun s'était persuadé, tout ce à quoi il avait réfléchi avant que les pas de son cheval n'accèdent à l'entrée du chantier, tout, absolument tout, s'envolait pour laisser place à cette fureur menaçante qui ne demandait qu'à être lavée par le sang de ce blond insolent.
- « Le pharaon d'Égypte n'est-il pas assez bien pour toi ? », railla-t-il avec hargne, pourtant, ses mots sarcastiques meurtrirent à chaque seconde un peu plus son âme ténébreuse.
Face à Sasuke, Naruto s'enferma dans son mutisme, ne répliquant point à la parole provocatrice. S'il parlait, qu'y gagnerait-il ?. Si ce n'était pour s'attirer encore plus la colère de brun. Quoiqu'il dise, leurs différentes conceptions ne les mèneraient qu'à cette discussion stérile qui revenait à chaque fois dans leurs disputes houleuses.
Finalement, ce fut Sasuke qui le relâcha en premier, las d'un combat inégal dans lequel Naruto choisissait de ne pas se défendre. Instinctivement, celui-ci recula d'un pas, surpris par le geste de son vis-à-vis. Machinalement, il promena un doigt sur les marques qu'avait laissé Sasuke sur ses bras.
Cependant, ses yeux étonnés ne quittaient par le regard noir. Au contraire, ils essayaient de le sonder, soupçonnant une décision hâtive, redoutant l'image de cette cage dorée dans laquelle Sasuke voulait le jeter.
Tournant le dos aux deux personnes présentes dans la tente, Sasuke resta immobile pendant un court moment, l'esprit s'efforçant d'échapper à ces magnifiques saphirs qui tentaient de lire en lui. Lorsqu'il eut retrouvé son expression ferme, sa tête se tourna légèrement en direction du blond sans pour autant lui accorder la vue du miroir de son âme.
- "Kakashi, donne-lui un vêtement de rechange. Je le ramène au palais", déclara-t-il abruptement à la surprise des deux autres.
- " ...À vos ordres ", acquiesça celui-ci, impuissant spectateur de la tension qui régnait dans la pièce.
- " ...Pourquoi faut-il toujours que tout le monde s'amuse à diriger ma vie ?".
Se retournant vers Sasuke qui partait vers la sortie, Naruto explosa d'énervement, rompant son choix du silence. Au diable le mutisme dans lequel il s'était plongé, au diable sa propre survie pour laquelle il se débattait, au diable ces deux frères tout aussi détestable l'un que l'autre et à cause de qui sa vie n'était plus ce qu'elle était il y avait quelque mois.
- "Vous savez où est le problème, Sasuke ?", s'emporta-t-il contre le jeune pharaon dont les pas s'étaient arrêtés. « Je n'aime pas qu'on décide pour moi. J'ai horreur qu'on dirige ma vie comme vous le faites ! Ai-je eu ne serait ce qu'une seule fois mon mot à dire dans cette histoire ?. Vous voulez savoir pourquoi je ne pourrais pas être heureux ici ? Mais comment je pourrais l'être si on me force à rester dans ce monde qui n'est pas le mien ? Et vous ! N'avez-vous jamais tenu compte de mes propres sentiments ? De ce que je ressens, moi, au lieu de m'obliger à vous suivre ?. Je s…"
- "N'oublie pas que tu es un esclave ", coupa Sasuke qui éleva sa voix, écrasant le ton furieux presque hystérique, de son vis-à-vis. " Et un esclave a le devoir de m'obéir ", ajouta-t-il sèchement.
Fixant le blond dont le visage se décomposa à ses mots, sans ajouter rien de plus, Sasuke se dirigea vers la sortie de la tente. Sans peine, il pouvait encore sentir le regard de haine mêlé d'épouvante qui pesait dans son dos.
Une fois le brun parti, hébété devant les mots tranchants qui statufiaient son sort, Naruto s'écroula brusquement à genoux, le corps tremblant de rage et de déni.
Un esclave ? Ce mot sortait si facilement de la bouche de l'autre. Un esclave, l'être le plus bas de toutes les civilisations existantes. Le mot se répéta dans sa tête, réveillant la terreur au plus profond de son âme. Un esclave, voilà à quoi il en était réduit. Le garçon heureux et insouciant du 21eme siècle était devenu un esclave inconnu de cette vieille époque pharaonique. Comment Sasuke voulait-il qu'il admette cela ?. Le mot redoutable se répéta dans son esprit hagard, faisant sursauter le blond dont le secouement inconscient de la tête exprimait tout son déni.
Demeuré dans la pièce, Kakashi contemplait le pauvre garçon devant ses yeux. Celui-ci semblait ne plus le voir, livré à lui-même dans ses peurs les plus intimes.
L'homme finit par détourner le regard, tracassé par cette situation dans laquelle les deux hommes s'étaient enchaînés. L'un et l'autre, Sasuke et Naruto se retrouvaient à présent dans le cercle vicieux dont la victoire de l'un détruirait l'autre. D'un côté, il y avait Sasuke, descendance de la noble lignée de Thèbes à qui le guerrier avait juré fidélité jusqu'à sa mort, de l'autre côté, il appréciait ce jeune garçon fier et sincère qu'il avait remarqué dès le début parmi la foule ignorante et victime de la hiérarchie.
Finalement, Kakashi se résolut à sortir à son tour et laissa Naruto seul dans le calme, si le peu de tranquillité et de réflexion étaient les seules choses qu'il pouvait lui offrir.
Une dizaine de minutes plus tard, un soldat entra sous le pavillon avec un nouveau vêtement. Calmé, Naruto ne pouvait toutefois s'empêcher de fixer des yeux la tunique neuve qu'on lui présentait. Comme dans toutes les civilisations, si la noblesse égyptienne se parait des tissus plus travaillés les uns que les autres, la classe inférieure, elle, se contentait d'un simple habit confortable.
S'approchant de la table, il prit le vêtement dans les mains et le détailla. C'était un habit dont les deux pans de tissus étaient retenus à l'épaule par un petit anneau métallique. Une cordelette servant à retenir le vêtement au niveau du ventre était déposé à côté de l'ensemble. La tunique ne possédait pas de manche et la partie qui servait de pagne arrivait très court à mi cuisse, provoquant un frémissement chez le blond qui n'avait guère songé devoir porter ce genre d'accoutrement de nouveau.
Dans son esprit, Naruto se féliciterait presque de ne pas être tombé à l'époque où les esclaves travaillaient nus dans les mines et les champs, comme le représentaient les fresques anciennes des Musées du Caire. Ravalant l'affliction qui le tenaillait, il troqua son jean et tout ce qui le reliait au 21ème siècle. Prenant l'habit rêche à la place, il le passa par-dessus sa tête, le cœur résigné face aux circonstances qui le dépassaient.
Jusqu'à quand devrait-il endosser cette existence ?. Était-il condamné à jamais d'être l'éternel passant de ces deux époques ?.
Ce monde, cette Égypte antique était sa source de fascination, cependant, au grand jamais, même dans ses songes les plus fous, Naruto n'avait cru qu'un tel bouleversement était possible. Lui qui compatissait pour ces figures malheureuses de l'Histoire, il faisait maintenant l'amère expérience d'être parmi eux. Ombre au milieu de leurs ombres, corps au contact de leurs corps.
De ce fait, son unique chance de pouvoir retrouver une vie normale résidait en la personne d'Itachi, celui-ci ayant pu l'entraîner dans son monde à plusieurs reprises.
Voyant un peu plus clair dans ses pensées, Naruto balaya la salle du regard. Que pouvait-il faire à présent ?. S'il rentrait au palais avec Sasuke, il y avait une chance qu'il puisse entrer de nouveau en contact avec Itachi. Mais au souvenir des dernières menaces du brun à son encontre, le blond doutait fort que celui-ci apprécie de le voir toujours vivant à Thèbes.
Mais pour le moment, ses craintes portaient plus que tout sur la personne de Sasuke, lui et ses sentiments qui le déstabilisaient. S'il rentrait au palais avec le jeune pharaon, risquerait-il de finir dans son lit le soir même ?. Sasuke n'était pas de ceux qui baissaient les bras devant ce qu'il désirait. Jusqu'à présent, il avait pu échapper aux désirs du brun à son égard, mais jusqu'où pourrait-il soutenir cette tension qui régnait entre eux ?.
L'idée de fuir et d'attendre une nouvelle occasion propice de pouvoir rencontrer Itachi le tentait beaucoup …mais Naruto soupira. Il doutait fort qu'avec Sasuke et ses troupes dans les alentours, il puisse aller bien loin avant de se faire rattraper comme une vulgaire proie de chasse.
Subitement, Kakashi entra dans la tente. Apercevant le garçon qui arrangeait maladroitement sa tenue, le général leva vaguement une main en signe d'excuse.
- "Désolé, j'ai oublié de prendre mes papiers sur la table. Fais comme si j'étais pas là", sourit-il en traversant la tente jusqu'à son bureau.
Encouragé par le ton amical de cet homme qui lui inspirait de la confiance et de la sympathie en dépit de son dévouement envers Sasuke, Naruto hésita quelques secondes mais finit par l'interpeller alors que l'homme avait déjà la main sur le rideau de tissu.
- " Général ! "
Étonné d'entendre sa voix qu'il n'attendait pas, Kakashi se retourna.
- "J'aimerais savoir si … Haku se porte bien", s'enquit le blond en cherchant dans le regard tranquille du guerrier la confirmation qui mettrait fin à ses doutes et à ses appréhensions.
En réponse à sa question, Kakashi lui offrit un sourire, amusé malgré lui de voir le garçon beaucoup moins farouche que lorsqu'il était devant le pharaon. Il se retourna entièrement et s'approcha vers son hôte.
- "Haku et sa mère se portent bien. En ce qui le concerne, il travaille pour moi désormais. Je l'ai présenté à un subalterne, dans moins d'une semaine, Haku sera enrôlé dans l'armée sous ses ordres "
Devant l'annonce, les yeux bleus s'agrandirent de surprise tandis qu'une joie manifeste creusa son visage dont les joues avaient conservé les petites cicatrices de son enfance. Kakashi était un homme d'honneur, s'il avait dit ces mots, c'était que Haku avait réellement changé de vie. En devenant soldat, il était à présent un citoyen à part entière et non plus l'esclave qu'il avait croisé un jour à Goshen. De la même manière, leur condition de vie s'améliorait, et Kurenai, la bonne femme qui lui rappelait tant sa mère, n'aurait plus à s'exposer aux dangers du chantier.
Plein de curiosité anticipée, Naruto s'imaginait son jeune ami dans son nouveau costume, digne et valeureux soldat de Thèbes, transformé de l'image du jeune garçon espiègle qu'il avait laissé derrière lui à Shizune.
- "C'est merveilleux. Kakashi, merci pour tout ce que vous avez fait pour moi comme pour eux ", fit-il à l'homme masqué, reconnaissant.
Pourtant, ce dernier garda le silence. Pesant ses mots, il finit par répondre, la mine redevenue sérieuse :
- "Naruto, si tu veux me remercier, alors, écoute mon conseil et ne te dresse plus contre sa Majesté. Cela, je le dis pour ton propre bien. Tu ne t'en rends peut-être pas compte par toi même, mais moi, j'ai connu Sasuke alors qu'il n'était encore qu'un jeune prince. Me croiras-tu si je te dis que sa Majesté a déjà fait un grand pas vers toi. Sasuke est différent quand il est à tes côtés. Jamais, cette tendresse que je vois dans ses yeux lorsqu'il te regarde ne s'est manifestée pour qui que ce soit. Et pour être resté à côté de lui depuis tant d'année, je sais de quoi je parle"
Le sourire ravi sur le visage de Naruto perdit en intensité. Réfléchissant aux paroles de son aîné, Naruto recula et finit par tourner le dos à Kakashi. Son regard se promena sur les tapis muraux, examinant les motifs sans vraiment les voir.
- « Kakashi, je sais ce que vaut un esclave de votre ...de cette époque, corrigea-t-il finalement. « Je suis également conscient de l'intérêt que Sasuke m'accorde. D'une certaine façon, je suis bien idiot de ne pas accepter ses faveurs si je veux survivre sur cette terre inconnue. Mais mon amour propre m'interdit de me vendre et de céder à ses caprices. Et je maintiens ce que je vous ai dit tout à l'heure : je ne pourrai jamais être heureux ici. Ce n'est pas parce que je n'aime pas Sasuke. Mais j'ai une famille quelque part que vous et lui ne connaissez pas. Je ne peux pas tout vous dire mais la différence entre moi et Sasuke est trop importante pour qu'il puisse y avoir quoi que ce soit entre nous", confessa-t-il avec sincérité sans toutefois préciser l'endroit d'où il venait, de peur de bouleverser le cours de l'Histoire.
- « ...J'imagine que je ne peux plus t'aider dans ces circonstances », soupira Kakashi en croisant ses bras, contrarié malgré tout. « Mais pour ton propre bien, je te conseille juste de ne pas faire trop d'écart pour le moment, même si tu ne seras pas forcément d'accord avec sa Majesté. Tu as pu lui échapper la dernière fois, mais comment comptes-tu t'enfuir cette fois ci, Naruto ? Réfléchis à mes paroles, il en va de ta propre survie "
- " Vous êtes d'une aide curieuse "
- " Je conçois ton point de vue, mais je suis également sous les ordres de sa Majesté. Ce que je te dis là, ce sont les seuls conseils que je peux te donner". Un bruit retentit à l'extérieur, Kakashi se retourna vers le blond : "Maintenant, pars et rejoins sa Majesté, il doit t'attendre dehors avec le cortège de gardes "
Mais, contre toute attente, épuisé par ces figures autoritaires qui présidaient sur sa propre vie, Naruto laissa échapper son irritation, las de subir des ordres dont il ne voulait guère.
-« Mais pourquoi voulez-vous tous m'obliger à faire des choses que je ne veux pas ? D'abord mon frère, et maintenant Sasuke, vous et …! s'écria-t-il, excédé.
Dans son dos, le rideau se releva brusquement. Le regard fulminant, Naruto jeta un coup d'œil vers l'entrée, ce qu'il y vit ne fit qu'amplifier davantage le violent déchainement qui brûlait ses prunelles.
Lui.
Qu'il le détestait de vouloir lui imposer sa propre loi. Qu'il le haïssait de ne pas comprendre ce qu'il s'évertuait à lui dire depuis le début. Qu'il l'exécrait d'être l'unique raison pour laquelle Itachi avait mis sa vie sens dessus dessous.
Dressé devant la porte comme la fois précédente, le regard de Sasuke s'assombrit. Comme si l'ironie du sort se jouait de lui, il avait de nouveau surpris les mots du blond. Chaque mot était clair et net, tranchant de ressentiment qui ne voyait en lui que l'auteur de ses maux.
Dans son regard, le jeune pharaon pouvait facilement voir cette étincelle d'animosité palpable, cette fierté farouche et rebelle qu'il avait en horreur. Plus que tout, la haine s'y reflétait, soufflant comme une bourrasque glaciale sur son orgueil humilié.
Que gagnerait-il à essayer d'avoir cet homme si celui ci ne lui retournait que du mépris. Cette fois ci, c'en était trop. Plus jamais il ne tolérerait une seule insulte à cette fierté qui faisait de lui un prince d'Égypte.
Le brun s'avança et fondit sur le garçon qu'il attrapa le bras d'une poigne ferme. Flamme orgueilleuse face au feu insolent, leurs yeux se défiaient dans un combat silencieux qu'aucun ne voulait perdre, livrés en proie à leurs arrogances respectives.
- « Majesté ? », interpella Kakashi.
Mais Sasuke ne l'écouta pas, ses yeux ne voyaient désormais que ce regard rebelle qu'il voulait écraser sous son pouvoir. Pressant le bras du garçon avec agressivité, Sasuke l'entraîna à l'extérieur de l'abri sous le regard alarmé de Kakashi.
-" Mon monde te répugne tellement n'est ce pas. ? Ne mens pas, je vois bien dans tes yeux la réponse. Soit ! J'exaucerai ton vœu ". S'arrêtant à mi chemin, il se retourna, sa main attrapa la gorge du blond qu'il rapprocha face à son visage. " Tu resteras esclave pour le restant de ta vie ", murmura-t-il près des lèvres de Naruto.
Une lueur passa dans les prunelles saphirs face au regard de nuit impitoyable.
Alors, se reculant du visage hâlé, Sasuke força son jeune captif à le suivre, bousculant le blond vers le char qu'on lui avait préparé. Gardant le bras de Naruto prisonnier, Sasuke expulsa le soldat conducteur hors de la plate-forme du véhicule. L'instant d'après, il y poussa le blond qui se heurta contre les maillets d'or protecteurs de l'habitacle. La seconde suivante, Sasuke sauta à son tour sur l'attelage et s'empara des liens qu'on s'empressa de lui donner.
Ses mains revinrent chercher son captif qu'il maintint contre le pan avant de l'attelage, de sorte que, ainsi les mains bloquées dans son dos, le blond ne puisse pas riposter ou réaliser un mauvais coup. Sans prêter attention à la voix de Kakashi, Sasuke lança les chevaux au galop, poussant le véhicule qui fit un bref élan vers l'arrière.
Durant tout le trajet, Naruto resta muet comme une carpe. Son silence rebelle était sa seule arme dans cet ultime combat qu'il livrait face à Sasuke. Toutefois, son visage crispé trahissait sa douleur fugace due à sa mauvaise position sur le char. Ses lèvres se serrèrent et ses yeux se plissèrent afin d'éviter les particules de sables remuées par le vent de la course. Ainsi penché au travers de la partie protectrice de l'attelage, tantôt, à cause du mouvement capricieux des chevaux, Naruto avait l'impression de tomber dans le vide, tantôt, par un freinage brusque de Sasuke, il basculait en arrière avant d'être ramené de nouveau près des rênes du char par une poigne insensible et puissante.
Néanmoins, Sasuke ne lui prêtait aucun regard, se contentant de le replacer à sa place d'avant. Mais il n'avait pas besoin de parler, la fureur palpable que Naruto percevait à côté lui suffisait pour deviner les sentiments qui animaient le jeune pharaon à présent.
Après une demi-heure de course, le char royal arriva dans une vaste vallée totalement à l'écart de Thèbes. Tirant sur les liens, Sasuke sauta de son attelage sous les yeux sidérés de certains gardes surveillant la carrière. Sans plus attendre, il tira le blond hors de la plate-forme. Le temps que Naruto soit remis sur pied, il était déjà entraîné vers la forteresse qui se dessinait au fond du lieu désolé.
Ébloui par le soleil écrasant de la place déserte, Naruto mit plus d'une seconde à s'accoutumer à l'obscurité une fois le portail franchi. Près des deux seuls feux de camp, quatre gardes les regardèrent avec surprise, tandis que, devant ses yeux, Naruto distingua au fur et à mesure les barreaux miteux des geôles sombres et lugubres.
Cependant, ses yeux durent vite abandonner leur observation car Sasuke l'avait ramené face à lui, l'obligeant à se souvenir des derniers mots qu'il lui accordait.
- "Tu paieras pour avoir provoqué ma colère."
Suite à ses mots, Sasuke poussa le blond vers un garde posté non loin de là qui le reçut avec maladresse, n'ayant pas compris grande chose à ce qui se passait. Arrachant le trousseau de clés à ce même soldat hébété, Sasuke se dirigea vers la première geôle qu'il vit et la déverrouilla. Donnant un coup de pied sec à la porte en bois qui claqua contre les barreaux de la cellule, Sasuke s'éloigna, récupéra Naruto et le poussa sans ménagement dans sa nouvelle cage.
Ballotté, Naruto trébucha à genoux sous les yeux noirs insensibles dont aucune émotion ne relevait l'éclat. Autour de lui, d'autres prisonniers s'étaient immédiatement écartés de la porte, impressionnés que le pharaon lui même vienne dans cet endroit perdu. Accolés dans un coin, ils regardèrent avec un œil stupéfait le blond qui releva peu à peu son visage, leur donnant le spectacle du premier homme qui osait défier leur pharaon.
- "Désormais, tu travailleras à la carrière comme tous ces gueux. Ton audace te perdra. À ce moment là, plains-toi alors du misérable sort que tu as choisi "
Tournant le visage à demi en direction des gardes, il leur ordonna d'une voix qui n'admettait aucun impair :
- " Surveillez-le bien !. C'est vos têtes que je récupérerai s'il s'échappait à nouveau », avertit-il en fixant le blond qui lui rendait son regard coléreux. S'avançant d'un pas près des barreaux, Sasuke lui accorda une dernière phrase tandis que les lèvres du blond se retenaient d'injures.
-" Tu sortiras d'ici seulement quand tu t'avoueras vaincu. Naruto, nous verrons bien de nous deux celui qui aura le dernier mot", articula-t-il lentement, détachant chaque mot de défi.
Puis, Sasuke pivota sur lui même et ressortit du bâtiment. Le mouvement de sa cape n'était plus qu'un vague reflet indistinct lorsque les hommes de la forteresse, gardes et prisonniers mélangés, se décidèrent à bouger, sidéré par la scène qui s'était joué devant eux.
Dans une union muette, tout le monde se retournait et risquait des regards curieux vers l'inconnu qui subissait la disgrâce. Par la couleur de ses cheveux, on l'identifiait sans mal. Dans la lumière rougeoyante des faibles flammes de torches pâles, les cheveux blonds de Naruto revenaient sur un ton cendré. Certains le voyaient pour la première fois, d'autres avaient entendu parler de lui. Mais, en dépit de tout, ils ne comprenaient pas la raison pour laquelle ce garçon se retrouvait ici, encore moins le fait de voir le pharaon se rendre lui même dans cet endroit qui accueillait les martyres de la société.
Dans son coin, Naruto demeurait à genoux, les mains crispées sur les pailles éparpillées sur le sol. Il ne voulait pas perdre face au brun, et ce n'était pas seulement dû aux provocations de celui-ci. S'incliner devant un homme arrogant qui n'écoutait personne d'autre ? Le baiser sur le pied du brun lors de leur première rencontre revint à sa mémoire, jamais encore il ne s'était senti aussi humilié qu'à ce moment là.
Sasuke avait rêvé en pensant qu'il céderait en premier. Il préférerait encore croupir dans cette cellule plutôt que de céder à ses caprices hautains. Le corps figé de sentiments bouillonnants à l'encontre du pharaon de l'empire, Naruto se força à respirer plus modérément, tentant de conserver sa retenue pour les épreuves à venir.
Une fois sa nouvelle condition bien ancrée dans la tête, le blond jeta un premier coup d'œil à l'endroit auquel il devrait s'accoutumer dans les prochains jours, et peut être, pour le restant de sa vie.
Ce fut seulement à ce moment là que son regard remarqua les paires d'yeux qui le dévisageaient avec curiosité. Il n'y avait que des hommes dans sa cellule dont une majorité se trouvait à l'âge mur ou à la veille de leur vieillesse. En tout, le blond en comptait au moins une dizaine. Néanmoins, la lumière blafarde qui était projetée dans le cachot ne l'aidait pas à identifier les visages qui lui faisaient face. Les prisonniers avaient l'air sale et mal rasés, comme si le bain était un mot bien dérisoire dans cette vallée perdue. Tournant la tête, Naruto rencontra le noir crasseux des murs de pierres où émanaient par certains endroits une odeur malodorante et nauséabonde.
Ses yeux se tournèrent en direction du reste des prisonniers dont il sentit la lourde insistance de leurs regards. Déglutissant contre les prunelles crevantes de curiosité des hommes de la cage, le blond tâtonna à genoux et s'approcha de l'angle adjacent aux barreaux.
Ramenant ses bras sur ses genoux repliés, il esquiva les regards intimidants qui le jaugeaient sans discrétion. Le dos appuyé contre le mur granulaire, il attendit que les événements surviennent.
Ainsi commença la période de condamnation du jeune étudiant en tant qu'esclave travailleur de carrière. Sur ordre de Sasuke, le blond ne pouvait pas recevoir de visite, ce n'était pas non plus comme s'il y avait quelqu'un qui le connaissait dans ce monde nouveau. Il était proscrit de lui accorder plus de privilèges qu'aux autres, ce que les gardes ne manquaient pas d'appliquer consciencieusement, le traitant avec rudesse et grossièreté comme avec les autres détenus du champ de travail.
Cependant, de bouche en bouche, les esclaves apprenaient l'identité du garçon étranger, son histoire, les mystères qui entouraient ses apparitions tout comme le fait qu'il était celui qui avait bravé le courroux de leur pharaon. Seulement, les rumeurs circulaient à petite voix car personne n'osait risquer sa vie sur quelque chose qui concernait de près le maitre de l'empire.
Contrairement aux autres carrières où le travail se consacrait à l'exploitation de turquoise ou de granite en entier, la carrière où Naruto avait échoué était exclusivement réservée à l'extraction de calcaires de taille, ceux-ci étant destinés aux parements supérieurs des édifices de la cité.
Après plusieurs jours, Naruto avait pu lui aussi en apprendre un peu plus sur les hommes qui partageaient sa cellule. Ces derniers s'étaient tout d'abord montrés méfiants, mais devant le caractère sociable et jovial du blondinet qui égayait la monotonie de leurs séjours, un à un, ils avaient fini par l'accepter parmi eux. Plus tard, c'étaient eux-même qui avaient procuré des conseils au jeune garçon afin qu'il puisse mieux survivre dans ce lieu de damnés.
La malchance créaient des liens disait-on. D'eux, Naruto apprenait que ses compagnons d'infortune faisaient partie de ce que l'on appelait communément les criminels de l'empire. Certains étaient accusés d'insolence envers leurs maîtres, d'autres se retrouvaient entre ces murs pour le vol d'un petit œuf, un autre encore avait fauté dans la demeure de son ancien seigneur.
Ces hommes que les grands seigneurs de la haute aristocratie égyptienne ne voulaient plus, par un chemin ou par un autre, se retrouvaient derrière ces barreaux, condamnés à un éternel travail pénible au milieu de nulle part, avec pour seul compagnon de nuit la lumière blafarde des torches avant qu'un nouveau soleil accablant ne vienne les tirer de leurs sommeils bien agités. Et à présent, Naruto faisait partie de ceux dont les hommes de la classe d'élite dédaignaient.
Tous les matins, il devait se rendre à la carrière pour travailler la pierre comme les autres prisonniers. Lorsqu'ils repéraient un rocher qui faisait la taille exigée, ils en extrayaient des blocs à l'aide de ciseaux et de maillets de bois, ou même, parfois, avec des percuteurs de dolérite. Des poutres de bois étaient utilisées pour éviter toute cassure incontrôlée. Les travailleurs dégradaient la pierre cible des deux cotés, manœuvrant avec minutie et précision, de sorte qu'arrivé au fond de la pierre, ils obtenaient un bloc bien droit à parts égales.
Pendant les premiers jours, le blondinet s'était révélé assez maladroit, manipulant les objets avec une inhabilité involontaire. Mais très vite, il se forçait à s'adapter au rythme des autres travailleurs, car désormais, il n'était rien qu'un esclave parmi d'autres, un nom parmi leurs noms.
Le soir venu, le contrecoup du travail auquel Naruto n'avait jamais été confronté lui rappelait amèrement sa déchéance. Son dos le faisait horriblement tellement souffrir que ses yeux n'en trouvaient plus le sommeil. À son tour, la miteuse paillasse rappelait à son dos qu'il n'était pas habitué à un sol si dur, lui qui vivait jusqu'à présent dans l'aisance et dans l'attention de toute sa famille. Comme si ce n'était pas encore suffisant, des petits rongeurs avaient également élu domicile dans les cachots sombres de la forteresse, rendant le sommeil des prisonniers encore plus agités.
Les prisonniers se restauraient deux fois par jour. Leur ration du soir était maigre, tout ce qu'ils mangeaient leur donnait juste de quoi tenir toute une journée de travail. Et puis, " manger " était bien un grand mot, puisque les plats insipides que ces hommes avalaient étaient plus par nécessité que par envie.
Victime du régime draconien, le visage de Naruto avait perdu un peu de ses joues, sa peau devenant plus tannée, ses mains plus abîmées à cause du travail lourd.
Cependant, le blond serrait les dents et endurait son calvaire. La colère et la rancœur qui s'étaient attisées à l'encontre de Sasuke, s'accumulant de jour en jour, finissait par prendre le dessus de sa raison. Plus que jamais, il ne voulait s'avouer vaincu Sasuke. Et peut être était-ce le soleil qui faisait délirer ses idées, dans sa tête, Naruto préférerait encore mourir de fatigue dans cette carrière aride plutôt que de mourir de honte dans le lit du jeune souverain.
Alors, obstiné et têtu, il ravalait ses maux et acceptait le sort auquel Sasuke l'avait condamné. Car, même arraché à sa vie et à son monde, il lui restait cette volonté de fer, cette force de caractère hérité de son père, comme si Minato avait veillé sur lui et le soutenait, le relevant à chaque fois qu'il pensait défaillir sous le soleil de plomb de cette terre égyptienne.
Cette nuit là, Naruto ne réussissait toujours pas à trouver le sommeil malgré la fatigue qui alourdissait ses paupières. La tête appuyée contre le mur, il contempla le plafond de la cellule, les pensées évasives. Cela faisait deux semaines déjà qu'il se trouvait dans ces cachots. À part la grande vallée de pierre qui s'étendait à perte de vue devant la forteresse, Naruto n'avait pas vu de traces d'habitations dans les alentours, ce n'était pas non plus comme s'il pouvait aller bien loin au delà des barrières du champ de travail.
Son dos lui faisait mal, à force d'être exposé à la température infernale à laquelle il n'était pas habitué. Son corps devenait rouge de brûlures, sur certaines parties de son corps, la peau avait même commencé à peler. Suffocant, Naruto passa le plat de sa main sur la bouche, étouffant ses premiers gémissements de douleur. Calant légèrement son dos contre les parties de mur qui n'avaient pas de bosses difformes, il essaya de trouver le sommeil.
Dans le coin du fond de la cellule, plusieurs paillassons s'entassaient dans un ordre chaotique. Certains hommes ronflaient, d'autres dormaient à plat ventre à même le sol après s'être effondré de fatigue en rentrant dans la geôle.
Tout d'un coup, un mouvement attira ses prunelles somnolentes. Quelqu'un passait à côté du blond, le pied heurtant contre le sien. Surpris, Naruto releva les yeux, persuadé que tout le monde dormait déjà à cette heure avancée de la nuit.
Il faisait sombre à l'extérieur comme à l'intérieur des barreaux. De ce fait, Naruto sentit plus qu'il ne vit l'homme tâtonner une place à ses côtés. Dans l'obscurité, son regard se rétrécit, cherchant à connaître l'identité de l'inconnu. Au fur et à mesure, les traits réguliers de l'inconnu apparurent devant les prunelles curieuses.
C'était un homme au visage convenable, ses traits paraissaient jeune sous des cheveux courts coupés près de son front. Son regard semblait posé lorsqu'il se retourna vers la direction du blond, à la plus grande surprise de celui-ci.
- " Pardon. Je peux m'asseoir ici ? ", demanda-t-il.
Penaud que ce dernier lui pose une telle question alors qu'il avait déjà pris place, Naruto se contenta d'acquiescer par un signe de tête. Finalement, résistant mal à sa curiosité, Naruto finit par engager la conversation d'une manière anodine :
- "Tu ne dors pas ?"
- "Non"
- "Je ne t'ai jamais vu dans cette cellule"
- "Je viens d'être transféré."
- "Ah ..."
- "..."
- "Mon nom est Naruto", répliqua jovialement le blond avec un sourire, songeant seulement au fait qu'ils feraient mieux de faire connaissance s'ils allaient devoir se côtoyer dans les jours à venir.
- "Moi, c'est Sai...Je connais ton prénom. C'est toi qui a osé affronter le pharaon", dit-il avec un ton que le blond soupçonnait d'être proche de l'amusement.
Pour une raison obscure, les joues de Naruto rosirent à ces mots, chose que l'autre ne vit pas dans l'obscurité.
- " Ah ... je suis connu dis donc ", plaisanta Naruto d'un petit rire embarrassé. Voulant
changer de conversation, il ajouta : " Tu devrais aller te coucher, les gardes viennent nous réveiller très tôt ici ".
- "Toi aussi, tu devrais aller te coucher ", rétorqua celui-ci après avoir observé silencieusement son voisin.
Esquissant un sourire, le blond acquiesça et commença à s'allonger sur le sol même, mais déjà, la main intruse de son nouvel " ami " entra en contact avec son dos, l'empêchant de se mettre à l'aise.
- " Va à ma couche là-bas, ce sera beaucoup plus confortable qu'ici ", dit celui-ci en désignant un matelas vide au fond du cachot. " J'ai remarqué que tu n'arrivais pas à dormir à cette place "
Passablement gêné devant l'attention que lui portait une personne qu'il venait à peine de faire connaissance, Naruto le dévisagea :
- "Et toi ?"
- "Cette place me convient, et puis, je n'ai pas le sommeil lourd "
- "Merci", hésita le blond sans vraiment saisir l'intention du brun. " Bonne nuit à toi... ", ajouta-t-il avant de se diriger vers la place montrée par Sai.
Malheureusement, dans le noir, distinguant mal les formes inertes entremêlées par terre, son pied heurta un corps inerte qui réagit par un vague grognement. S'éloignant, Naruto se hâta de s'excuser et de se dépêcher vers sa place. Mais maladroit et précipité, il causa involontairement d'autres plaintes sur son passage. Ainsi, le blondinet progressa tant bien que mal jusqu'à son matelas dans une douce cacophonie somnambules.
De sa place, en voyant le désordre qu'avait entraîné Naruto derrière lui, Sai esquissa un petit sourire. Finalement, ce garçon blond était bien amusant.
_S.U_N.U_
Loin de la carrière, à l'autre côté de Thèbes où résidaient l'élite de l'aristocratie égyptienne, un homme ne trouvait pas le sommeil, lui non plus.
Aucun amuseur n'avait pu le distraire, les banquets ne le séduisaient guère plus, et à présent, alors que la lune berçait silencieusement le palais endormi, Sasuke cherchait la fin de sa soirée en compagnie d'une coupe de vin solitaire.
- "Sortez !", congédia-t-il ses serviteurs d'une voix qui n'admettait plus aucune désobéissance.
Devançant ses servantes atterrées de peur, Shizune leur fit signe de reculer.
- " Sasuke, vous avez travaillé toute la journée et vous n'avez rien mangé depuis. Ce n'est pas recommandable que vous buviez toute cette quantité de vin sans autre collation "
- " Laisse-moi Shizune "
Soucieuse, la servante hésita pendant un long moment avant de finir par abdiquer. Refermant les portes de la chambre royale, elle poussa un soupir, contrariée de ne pas pouvoir aider son pharaon ce soir.
Demeuré seul, Sasuke reprit son verre à moitié vide. Son corps s'alourdit contre les coussins duveteux, les perles noires à demi lucides fixèrent le lambris de la chambre d'un regard dénué de sentiments. Son esprit vagabonda de nouveau, le ramenant encore et toujours inlassablement vers le blond rebelle qu'il avait pourtant juré de bannir de sa tête.
Cela faisait bien plus d'une semaine qu'il avait envoyé Naruto dans les cachots. Jour après jour, il aurait presque désiré que quelqu'un vienne le voir de la part du blond, lui annonçant le fait que Naruto reconnaissait son échec, qu'il s'abdiquait devant le pharaon d'Égypte. Mais aujourd'hui encore, il n'y avait aucune nouvelle de la part de celui-ci.
Ainsi donc, il avait choisi de mourir, périr de faim et de misère dans cet endroit malsain plutôt que de venir à lui. Pour cette raison, Sasuke ne haïssait que plus ce caractère farouche qu'il abhorrait. Il avait envie d'écraser le blond sous son cheval pour lui montrer à quel point il n'était rien d'autre qu'un simple humain sur cette terre soumise à son autorité.
Mais, de la même raison que sa colère, plus les jours passaient, plus son honneur l'incitait à saluer cette résistance qui n'avait de cesse de le déstabiliser.
Pourquoi était-il entré dans sa vie si c'était pour qu'ils se retrouvent opposés l'un à l'autre, l'orgueil défiant l'insolence ?
Les sourires de Naruto, la voix amicale qu'il accordait aux autres, et ce même regard animé de rancœur à chaque fois qu'ils s'affrontaient, pourquoi le détestait-il ?. Son pouvoir, ces sentiments déstabilisants que le blond suscitait chez lui, que lui fallait-il de plus ?.
Ivre de colère, son visage s'assombrit. Cette bataille qu'il avait engagée avec Naruto, il devait la gagner. Son arrogance et sa fierté ne lui permettaient pas de perdre face à un esclave.
S'il lui restait encore un peu d'intelligence, Naruto ferait mieux de reconnaitre sa perte, car c'était là sa seule solution de survie. Sinon, il mourrait dans sa geôle, comme le seraient tous les hommes de son espèce.
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De l'autre côté du palais, dans le couloir qui menait aux appartements de l'aîné de la famille royale, ici aussi, les serviteurs se faisaient rares. Cependant, ce n'était pas parce qu'Itachi avait congédié ses hommes comme ce qu'avait fait son frère un peu plus tôt, mais il était connu que son altesse n'appréciait pas qu'on circule sans occupations précises dans sa demeure. Son personnel ne comportait pas d'esclaves comme celui de Sasuke, au contraire, une majorité était des prêtres, silencieux et discrets, ils avaient été minutieusement choisis par Tobi afin de mieux servir leur maître.
L'attitude impassible, le prince écoutait le rapport du serviteur qui était agenouillé au pied de la grande méridienne.
- « … Il est donc toujours vivant ? », ses yeux se plissèrent au fur et à mesure que Tobi lui relata les informations transmises depuis la carrière.
Un silence contrarié marqua une pause dans la conversation. Pensif, Itachi changea de position et son coude vint s'appuyer sur l'édredon posé à sa droite.
- « Tobi, penses-tu que Naruto possède un pouvoir particulier que nous ignorions ? Jusqu'à présent, il est toujours vivant malgré mes pièges "
- " Je ne le pense pas, Altesse. Naruto n'a pas manifesté une aptitude particulière, c'est le hasard qui a voulu qu'il ait de la chance ", répondit celui ci d'une voix neutre en s'inclinant devant son prince.
Itachi acquiesça d'un mouvement lent de la tête. Pourtant, ses yeux demeuraient songeurs voire sceptiques face aux événements survenus depuis peu à Thèbes.
Il était évident que le brun était le mieux placé pour savoir que son ennemi ne possédait pas de pouvoir particulier. Mais... si la rumeur était exagérée et que Naruto était réellement un garçon normal, comment expliquer alors qu'il arrivait toujours à échapper à sa vengeance ?.
En poussant le blond dans le fleuve ce jour là, Itachi était profondément persuadé que la vie du garçon s'achèverait dans le silence du fleuve. Plus tard, ses veines s'étaient glacées de fureur lorsque le nom de son ennemi était, une nouvelle fois de plus, parvenu jusqu'aux murs de ses appartements, écourtant sa jouissance hâtive.
Mais, contre toute attente, un autre messager s'était dépêché de venir lui avertir du sort qu'avait choisi le blond. Sasuke l'avait jeté à la carrière, et ce, pas dans n'importe laquelle. Par ailleurs, il devrait être reconnaissant à ce caractère rebelle et suicidaire qui lui évitait de comploter dans le dos de son petit frère. Il était peu probable que Naruto cède à Sasuke en premier. Ors, compte tenu des conditions de vie à la carrière, le blond ne tiendrait pas longtemps.
Alors, Itachi choisit d'attendre. Attendre que Naruto finisse par courir lui même à sa propre perte sans qu'il ait à souiller ses mains dans un meurtre vulgaire.
Vivre avec une patience réfléchie et immuable, n'était ce pas ce qu'il avait fait depuis cet instant qui avait marqué l'anniversaire de ses treize ans ?
S.U_N.U
D'autres jours passèrent et se ressemblèrent pour Naruto qui ne les comptait plus depuis un moment, le blond ayant fini par croire qu'il finirait dans ces cachots lugubres sans même avoir la possibilité de revoir sa famille.
Cet après midi là, après les heures de travail, Naruto retournait dans les geôles en compagnie de son nouvel ami Sai et des autres prisonniers. Exténué, le blondinet se laissa glisser contre un mur, somnolant à moitié. Sa fatigue le traversa et lui fit perdre l'appétit, de plus, leur ration du soir se résumait à un repas fade et sans goût.
Soudain, un petit gémissement parvint à son oreille, lui faisant ouvrir un œil curieux. Les membres engourdis, le blond jeta un vague regard autour de lui sans réellement voir ce qui se passait avant de fermer les yeux de nouveau, à la quête d'un sommeil bien mérité. Mais, le bruit se calma et recommença de plus belle. Au début, Naruto n'y prêta guère plus d'attention, mais au fil des secondes, le gémissement devint plus fort, arrachant un bâillement au jeune blondinet endormi. Forçant ses paupières à s'ouvrir, il inspecta les coins de la cellule et aperçut celui qui semblait être à l'origine du bruit perturbateur.
Non loin de l'autre côté du mur, un homme gisait sur son tapis difforme. Cependant, malgré le fait que l'homme soit visiblement en mauvais état, personne ne semblait se soucier de lui, au contraire, tous les hommes se trouvaient au fond de la cellule, s'affairant ou se reposant comme si de rien n'était.
- « De l'eau … », gémit l'homme dont le visage était déformé par une grimace douloureuse.
Sorti de sa torpeur, le blond se releva pour aller vers celui-ci. Mais déjà, il fut retenu dans son élan par la main de Sai qui lui barrait le chemin.
Celui-ci le considéra avec des yeux impassibles, pourtant, Naruto put noter une mince lueur de surprise dans son regard, comme s'il ne s'attendait pas à cette réaction de sa part.
- « Naruto, cet homme est malade, il vaut mieux que tu n'ailles pas le voir »
Les prunelles bleues étaient toujours ancrées sur le corps tremblant à terre. Contrarié, le blond pesa les paroles de son ami. Mais, ne pouvant se résoudre à laisser l'homme dans son état préoccupant, Naruto se tourna vers le brun :
- « Je vais juste lui donner de l'eau », dit-il à la hâte avant de s'échapper de la protection de Sai pour rejoindre l'homme solitaire.
Précipitamment, le blond lui donna de quoi calmer sa soif, mais lorsqu'il tenta de relever l'homme afin d'éviter les étouffements, celui-ci poussa un râle de douleur. Ses muscles étaient rouges sur son corps parsemé de bleus. À cette vue, le blond frissonna, une pensée perfide s'insinuant dans son esprit qu'un jour, il finirait lui aussi dans cet état.
- « Pardon, je vous ai fait mal ? »
- « J'ai mal. De partout. Ma tête va exploser, vais-je mourir ? »
Les yeux bleus s'agrandirent devant les paroles du prisonnier. L'ayant touché auparavant, le blond essaya de le calmer :
- « Ne vous en faites pas, vous n'avez pas de fièvre …», expliqua-t-il en passant une main secourable sur le front de l'homme pour tâter sa température.
Naruto se retourna vers Sai qui l'observait dans le silence malgré le fait qu'il se soit approché de quelques pas.
- " Il faut prévenir les gardes je pense… Il n'a pas de fièvre, mais il a des douleurs de partout, s'il reste ici, ça pourrait aggraver son cas."
Mais, avant que l'ancien étudiant ne puisse anticiper aucun geste, un autre homme s'était déjà jeté sur lui, passant sa grosse main calleuse sur sa bouche, l'empêchant de prononcer le moindre mot. Instinctivement, Sai attrapa le bras de l'inconnu, le regard froid fixant l'homme et le menaçant de lâcher le blond sur le champ.
Pris au dépourvu tout aussi bien par le comportement de son codétenu que par l'habileté des gestes de Sai, les yeux bleus allèrent de l'homme qui le retenait aux yeux sombres de son ami. Reniflant, l'homme parla :
- "Tais-toi. Si les gardes pensent qu'on a un malade dans notre cellule, ils nous tueront tous ", dit-il en lâchant le blond de sa prise tandis qu'il désignait du menton les gardes qui étaient postés à l'entrée des geôles.
Sidéré par ce qu'il venait d'apprendre, Naruto porta une main à sa bouche, réalisant la portée des paroles du prisonnier. Les mots de Sasuke resurgirent de sa mémoire. Comme ce que lui avait dit celui-ci, il se trouvait à présent parmi la caste la plus misérable de toute la hiérarchie égyptienne. Si les gardes décidaient de les tuer, personne n'y verrait quelque chose à redire.
S'ils tenaient à leur survie, ils devraient arranger le problème du mieux qu'ils pouvaient, car, tôt ou tard, les gardiens finiraient par découvrir l'état physique de l'homme souffrant. Tracassé, les lèvres de Naruto se pincèrent nerveusement à la recherche d'une solution provisoire.
À côté, Sai demeura toujours silencieux, mais du coin de l'œil, il observa le visage grave et distrait du garçon blond qui semblait être perdu dans ses pensées. Tout à coup, le garçon eut un hoquet de surprise. Ses yeux se rétrécirent comme s'il pesait le pour et le contre. Puis, se tournant vers Sai et l'homme bâti comme un géant, il suggéra, la voix quelque peu hésitante :
- "Et si on essayait de soulager sa douleur physique ?".
L'homme en face de lui fit une moue d'incompréhension, comme si le jeune garçon venait de dire quelque chose d'invraisemblable. Finalement, moins tendu, voire presque amusé, Naruto se gratta la nuque, offrant un sourire gêné à ses deux compagnons :
- " Euh …vous connaissez le principe du massage chinois ?"
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Quelques minutes plus tard, le reste des prisonniers s'était approché d'eux quatre. Étalant le tapis du mieux qu'il pouvait, Naruto invita l'homme souffrant à s'allonger sur le ventre, les bras bien détendus contre ses flancs. Les autres personnes le regardaient faire, muets d'incompréhension, cherchant à savoir par quelle manière ce jeune blondinet allait réaliser sa solution miracle. Certains levèrent leurs sourcils quand le blond fit claquer les phalanges de ses doigts entre elles, leur donnant plus de souplesse. Ensuite, il passa de l'autre côté du corps reposé, se mettant de dos au groupe d'hommes spectateurs fortuits.
Malgré l'incrédulité des autres hommes, Naruto connaissait réellement le principe de ce que les gens de son époque appelaient « massage oriental ». Et cela, il l'avait appris directement d'un étudiant étranger d'origine chinoise qui avait passé un an d'étude dans son université.
Celui-ci s'appelait Lee, d'une nature enthousiaste et passionnée, le blond et lui s'étaient vite lié d'amitié durant les heures de sport, faisant râler le reste de leur bande d'amis qui, au contraire, redoutaient ces heures d'enseignement physique. En l'espace d'un an, le temps de son séjour au Caire, Lee avait appris à son ami mille et une choses typiques de son pays, y compris le célèbre massage que vantaient les vieux textes chinois. Lorsque Naruto avait retenté l'expérience sur ses parents, ceux ci lui avaient confirmé l'efficacité de cette méthode de soin.
Les lèvres pincées, Naruto se concentra sur ses mains et se remémora les gestes que son ami lui avait décrits. Ses doigts se posèrent d'abord sur la nuque de l'homme, palpant sa peau durcie et cherchant ses nœuds de fatigue. Ils descendirent ensuite sur le dos, fébriles et attentifs à la moindre grimace sur le visage de l'homme. La main parvenue jusqu'en bas de la colonne vertébrale, Naruto utilisa son pouce droit et le poussa lentement contre la peau rugueuse. De l'autre main, la paume à plat sur le milieu du dos, il la tourna dans les deux sens, massant et appuyant régulièrement la peau qui se réchauffait petit à petit sous la friction.
Devant lui, le regard des prisonniers se glissa entre les mouvements du garçon et le visage de l'homme à même le sol qui poussait des petits soupirs d'aise. Plusieurs fois, Naruto répéta ses gestes en changeant de rotation, avant de finir par marteler légèrement le dos du malade avec ses poings serrés. Quand enfin l'apprenti archéologue ne sut plus quoi ajouter au massage, il finit par reculer, curieux et quelque peu dubitatif.
- "Vous vous sentez comment maintenant ?"
Toutes les paires de yeux se dirigèrent vers l'intéressé. Lentement, celui-ci se releva sur un coude et se retourna vers ses autres amis qui ne manquaient pas de remarquer son expression soulagée.
- "Je ne sens presque plus mes douleurs dans le dos, c'est... incroyable. Il me reste encore quelques petites douleurs, mais rien de bien notable "
Soulagé, Naruto s'approcha à genoux de l'homme et lui offrit un grand sourire. Comme un enfant heureux de s'être rendu utile, il toucha les muscles de celui qui lui faisait face :
- "C'est vrai ?. Et ici ? Ici ?", fit-il en palpant les endroits qu'il avait massés.
- " Ils me font beaucoup moins mal que ce matin. Après cette nuit, je pense que ça ira mieux. Eh ! Vous !, appela-t-il ses camarades. " Il dit vrai le petit ! Ça m'a vraiment soulagé ce qu'il a fait !", vanta-t-il aux autres captifs dont les visages restaient ébahis devant la scène, incapable de nier le net changement physique chez leur compagnon.
- " Ça alors, comment tu as fait ça ?. Ça fonctionne vraiment ?», s'estomaqua le grand colosse qui l'avait retenu auparavant, impressionné par ce qu'il voyait de ses propres yeux.
- "C'est une vieille méthode orientale, elle est très efficace pour les douleurs. Selon les chinois, l'énergie vitale circule dans les canaux appelés méridiens, et pour soigner un patient, il faut réguler ces dites circulations afin que le sang afflue régulièrement dans le corps..."
Mais ses mots se suspendirent dans sa bouche lorsque le blondinet vit son interlocuteur le regarder avec des yeux ronds comme des soucoupes. Étonné, il se recula, incrédule.
Se retournant suspicieusement vers les autres hommes dont il n'entendait plus aucun bruit tout à coup, Naruto tomba sur des dizaines de paires d'yeux qui le fixaient d'un même air ahuri, prouvant clairement le fait que quelque chose clochait.
- "... J'ai une tâche sur le visage ?, hasarda crânement le garçon sans saisir la raison du soudain revirement d'ambiance.
- "Ce que tu viens de dire est bizarre", se dévoua Sai alors que les autres approuvèrent d'un signe de tête, faisant référence au fait qu'ils n'avaient rien compris à ce que racontait le garçon enjoué.
Un silence gênant traversa la cellule miteuse avant que Naruto n'éclate de rire. Tout content, il avait oublié qu'il parlait à des anciens égyptiens, esclaves de surcroît. Par conséquent, il était peu probable que ceux-ci aient pu comprendre ce qu'il racontait. D'autant plus qu'à cette époque, la Chine n'était rien d'autre qu'une contrée vague et lointaine, connue seulement de ceux qui voyageaient sur la route de la Soie.
Amusé par son inattention tout comme par la réaction des autres personnes de la geôle, l'étudiant s'esclaffa, résistant mal au fou rire en voyant les paires de yeux le fixer d'un air éberlués. Cette gaieté qu'il communiquait aux autres, c'était un rire franc et irrépressible comme il n'en avait plus eu depuis si longtemps.
Pris au dépourvu par la soudaine allégresse dans les prunelles rieuses, les autres le laissèrent s'amuser. Subjugués, ils dévisageaient le garçon qu'ils semblaient découvrir pour la première fois. Un halo de cheveux clairs encadrait son visage harmonieux qui conservait des rondeurs de son enfance, le jeune esclave était agréable à regarder. Tel l'incarnation du dieu Aton, il avait le charme éclatant de ceux qui vous communiquaient la confiance et la joie dès le premier sourire, contrairement à leurs Altesses royales qui, eux, possédaient cette beauté racée qui fascinait autant qu'elle inspirait la terreur.
Soudain, une voix rocailleuse s'éleva derrière le groupe d'hommes.
- " La rumeur disait donc vrai, tu es quelqu'un de particulier...Dieux du ciel, serais-tu l'enfant de la prophétie ? ", admira un homme d'âge mur aux cheveux rasés près du crâne et dont les yeux pénétrants trahissaient son incrédulité.
N'ayant pas vu l'auteur de ces paroles, Naruto le chercha du regard et le découvrit en même temps que les autres personnes de la geôle.
Imhotep, celui qui avait parlé, était l'homme le plus instruit de sa cellule. Grâce au bouche-à-oreille, Naruto avait appris que ce quinquagénaire était un ancien scribe du temple d'Amon, mais par imprudence, il avait fait perdre au sanctuaire un grand nombre de papyrus dans un incendie. Malheureusement pour lui, il n'existait plus aucune copie de ces textes anciens. Jugé et condamné, il était à présent l'un des rares prisonniers lettrés de la carrière, exilé de sa belle vie d'antan.
- " De quoi tu parles ? ", le questionna un autre prisonnier.
- " La prophétie. Je vous parle de l'une des plus vieilles prophéties de Thèbes. Celle qui n'a jamais été résolue "
- " Pardon ? ", fit Naruto, désorienté par les paroles de l'ancien scribe, tandis que derrière lui, les yeux de Sai se froncèrent suspicieusement.
- " Nos ancêtres nous ont laissé une prophétie comme énigme", continua le vieil homme. "Tel que tu es, tu corresponds point pour point à ce que disait le manuscrit", ajouta-t-il à la fin en dévisageant l'intéressé avec ses yeux perspicaces.
- " De quel manuscrit parlez-vous ?", hésita-t-il, incertain de ce qu'il allait entendre.
- " C'est une prophétie que nous a laissé un oracle de Delphes alors qu'il était de passage en Égypte ", compléta Sai à qui l'ancien scribe fit un léger hochement de tête en signe d'approbation.
Ahuris d'une parole oraculaire dont ils ignoraient l'existence, Naruto et les autres prisonniers insistèrent pour en apprendre plus.
Perdu entre les lignes des millénaires d'histoire, une énigme s'ensevelissait dans la mémoire des égyptiens. Du temps de cette prophétie, elle avait causé un grand ennui à la dynastie régnant au trône qui n'avait trouvé parmi le peuple nul visage qui correspondrait à sa description. Peu à peu, les propos sibyllins s'étaient effacés de la mémoire des habitants pour renaître aujourd'hui sous les traits de ce garçon blond qui avait atterri sur les rives de Thèbes.
Au moment où les derniers vers s'achevèrent des lèvres d'Imhotep, les prisonniers s'étaient retournés vers le jeune étudiant, la mine à la fois stupéfaite et éblouie à l'idée d'être en présence d'un être envoyé des cieux.
- " L'enfant de Hapy dont parle cette prophétie, c'est donc toi ?", s'écria quelqu'un.
- " Non, je ...
- " Regardez ses cheveux et ses yeux ! C'est exactement comme ce que disait l'oracle !"
- "...Attendez. Les gardes m'ont raconté que Naruto a été repêché dans le Nil après plus de trois semaines dans l'eau ! C'est sûrement Hapy qui l'a sauvé "
Naruto sursauta à l'entente du nom qu'on lui prêtait. Abasourdi par l'ampleur que prenait la tournure des événements, il se hâta de démentir les suppositions et les cris, cependant, sa voix ne porta pas loin face à l'agitation qui se propageait dans toute la geôle, provoquant l'hystérie générale et contagieuse.
Éberlué, Naruto vit la situation le dépasser irrémédiablement. Comment faisait-il pour se retrouver dans de telle situation ?. Les autres criaient et s'enthousiasmaient, mais lui seul connaissait la vérité. Désireux d'aider cet homme souffrant, il se retrouvait à présent embarqué au cœur d'une prophétie oubliée qui revenait ébranler sa propre identité.
Les prisonniers le voyaient comme l'incarnation de leur dieu, ils se trompaient tous puisqu'il n'était pas l'enfant de Hapy.
Les gardes le prenaient pour un immortel après l'avoir retrouvé près du fleuve, mais ils ne pouvaient pas imaginer que Naruto n'était pas resté dans l'eau pendant les trois semaines entières.
Shikamaru voyait en lui la clé d'une nouvelle grandeur de l'Égypte, il s'était trompé sur son compte puisque ses connaissances venaient des livres ordinaires sans exception.
Mais cela, les autres ne l'entendaient guère. Il avait beau crier et hurler, les autres ne voyaient en lui qu'une réponse parfaite à l'énigme divine. Certes, les vers sonnaient malencontreusement juste pour son physique, mais s'agissait-il d'une coïncidence du destin ?
Au milieu d'une foule de prisonniers qui l'acclamaient à présent comme l'enfant messager des cieux, Naruto se rendit soudainement compte de sa solitude. Son passé, son identité, cette vie qu'il revendiquait au péril de sa vie. Piétiné sous la joie de ce peuple qui pensait retrouver le lien privilégié avec leurs dieux, quelqu'un pourrait-il comprendre sa détresse ?
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Marchant tête baissée vers les appartements de son maître, le serviteur s'introduit dans le bureau de Shikamaru. Trouvant son supérieur à l'apparence détendue dans son fauteuil méridien, l'homme s'inclina et mit sa main gauche à travers sa poitrine.
- " Maître, nous avons des nouvelles de la carrière "
Le génie releva ses paupières. Se redressant sur le coude, il incita du regard son homme de main à parler.
- " Y-a-t-il du nouveau ? "
- " Oui, maître. Les esclaves sont en train de proclamer Naruto comme leur dieu. Ils l'appellent " l'enfant de Hapy ". Que devons-nous faire pour calmer l'ampleur du mouvement ? »
Les yeux de Shikamaru s'arquèrent à l'entente de cette appellation. Congédiant son esclave d'un simple geste de la main, il se recala sur les coussins de la méridienne, l'esprit préoccupé par la nouvelle qui venait d'arriver.
Ainsi, quelqu'un avait fini par faire le rapprochement entre Naruto et la vieille prophétie de Thèbes. Toutefois, l'annonce de la nouvelle ne l'étonnait pas plus puisque lui-même était persuadé que tout ceci ne serait qu'une question de temps. Pour cause, le lien entre la prophétie et l'apparition du blond lui était venu depuis un certain bout de temps, depuis son retour à Thèbes pour être plus exact. Mais, n'étant pas tout à fait sûr de ce qu'il avançait, Shikamaru avait préféré garder cette intuition pour lui, patientant jusqu'à ce que l'avenir leur donne la réponse.
Cependant, la situation avait basculé dès l'instant où Sasuke avait mis Naruto dans ces cages. Qu'il soit oui ou non celui dont faisait allusion la prophétie, le blond était à présent le seul qui incarnait par excellence la parole oraculaire.
Les devins qui parlaient la voix des dieux, avaient-ils vu à l'avance l'existence de ce garçon étranger sur cette terre égyptienne ? Si vraiment ce dernier s'avérait être celui dont faisait référence l'oracle, qu'adviendrait-il de l'Égypte lorsque le peuple apprendrait que le blond avait été envoyé dans l'une des carrières les plus pénibles de Thèbes par le pharaon lui même ?
La situation exigeait que le stratège qu'il était prenne les choses en main et répare le rapport chaotique entre son seigneur et l'étranger avant que la situation ne dégénère dangereusement en insurrection. Tracassé de devoir s'interposer dans les décisions de son pharaon, Shikamaru s'extirpa à regret de son commode fauteuil et sortit de ses appartements.
Songeur, il se dirigea vers le sanctuaire d'Horus où sa présence était requise pour une prochaine discussion concernant la vie politique de l'empire.
Dès que les soldats lui ouvrirent la porte de la salle d'audience, un regard autour de la pièce lui apprit que leurs altesses royales ainsi que plusieurs autres ministres étaient déjà présents autour de la gigantesque table rectangulaire.
Sasuke abordait une mine imperturbable, néanmoins, connaissant son seigneur, Shikamaru savait que celui-ci n'était pas dans son humeur habituelle, que derrière cet air détaché brûlait la colère de son orgueil mis à mal par son esclave étranger. Achevant de faire la révérence, Shikamaru rejoignit Kakashi de l'autre côté du trône. Au dernier moment, il se retint de lâcher un soupir.
Raisonner ces deux têtes obstinées qu'étaient son ami d'enfance et le garçon au caractère le plus récalcitrant que Thèbes n'ait jamais vu s'annonçait périlleux. Jetant un coup d'œil furtif vers le Nil au delà de la balustrade, le brun regrettait d'ores et déjà les jours paisibles de son voyage où voguant entre les mers, il n'avait d'autres choses à faire que s'adonner à ses douces contemplations.
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La réunion battait son plein. Après les nombreux sujets sur la reconstruction de trois temples parmi ceux qui étaient situés à Thèbes, le groupe d'hommes aborda le problème lié à l'exploration des mines situées dans la région de Sinaï, une terre frontalière du Nord de l'Égypte.
Les mains coinçant les bords de la grande carte, Sasuke se tenait debout à l'extrémité de la gigantesque table de pierre autour de laquelle se réunissaient ses stratèges et ministres.
- " Transmets mon ordre au capitaine du secteur de Sinaï : Il faut qu'il inspecte minutieusement les alentours avant d'envoyer ses hommes sous la terre. Je ne veux pas de perte inutiles ", prescrit-il au messager avant de lui remettre un des papyrus posés à côté de la carte.
Alors que le garde partait accomplir sa mission, un autre ministre déposa un nouveau rouleau sous les yeux du jeune pharaon.
- " Voici le rapport de notre émissaire en Libye. Le déplacement de la capitale s'est déroulé à merveille, votre Majesté ".
- "Hum", fit Sasuke d'un signe de tête. "Laisse-le ici. Je lirai le rapport plus tard". Se tournant vers sa gauche, le brun s'adressa à son bras droit : " Kakashi, choisis quelques-uns parmi tes hommes. Ils accompagneront le convoi de présents en Libye et transmettront nos vœux auprès de la reine libyenne ".
L'homme aux cheveux argentés acquiesça, par la suite, ils discutèrent d'affaire en affaire. Les sujets examinés passaient devant les yeux de Sasuke aussi vites qu'insignifiants. Avec froideur, il traitait les problèmes avec une perspicacité redoutable, récompensant au besoin et condamnant les fautes avec sang froid et indifférence.
Quand enfin la discussion s'orienta sur le lien tendu qu'entretenait l'Égypte et l'Hittite, l'ampleur de la question eut le mérite d'attirer un peu plus de délicatesse.
- " On dirait bien que Hyashi prépare quelque chose contre nous", murmura-t-il, le visage mécontent après la lecture du dernier rapport des émissaires infiltrés sur le sol étranger.
- " Votre père et le roi Hyashi ne s'appréciaient pas. Cette fois ci, il veut vraiment profiter de la disparition de la princesse Hinata pour nous chercher conflit "
Placé à côté du trône de son frère, les sourcils d'Itachi s'arquèrent légèrement en suivant la conversation abordée. Cependant, fidèle à lui-même, il demeura de marbre, écoutant silencieusement les décisions de son petit frère.
Les doigts pianotant sur l'accoudoir du trône, Sasuke considéra le rapport pendant un long moment avant de se lever pour se rendre au balcon de la salle.
Ils se trouvaient actuellement dans le plus haut sanctuaire de tout le palais, de cette place, Sasuke pouvait apercevoir l'embarcadère de Thèbes débouchant sur le Nil qui s'étendait à perte de vue depuis les portails de la capitale.
Sans un mot de plus, il congédia ses sujets d'un geste de la main. Ceux-ci obtempérèrent et firent la révérence avant de sortir, demeurèrent seulement dans la pièce quelques dernières personnes dont son frère et ses seconds.
- "Sasuke, que comptes-tu faire vis-à-vis des hittites ?", l'interrogea son frère depuis sa place.
- "Je n'ai pas encore décidé. Nous ne pouvons pas leur déclarer la guerre sans raison ", concéda-t-il de dire.
Posant la paume de ses mains contre le bord du socle qui servait de balustrade, Sasuke regardait d'un œil silencieux le paysage verdoyant et serein qui brodait les deux berges du Nil. Offrant délibérément sa peau pâle au vent sec qui s'infiltrait autour des hauts édifices, il profita de l'instant offert afin de réfléchir au problème qui le turlupinait.
D'une manière évidente, Hittite était en train de monter quelque chose contre l'Égypte. La disparition d'Hinata demeurait mystérieuse et plus elle s'enlisait, plus elle ne ferait que conduire les deux empires à se déclarer la guerre. Si jamais le conflit s'avérait inévitable pour l'Égypte, dans ce cas, il fallait à tout prix qu'elle obtienne le secret de fabrication du fer avant de se jeter dans cette guerre sans merci.
Levant ses yeux vers le firmament, ses prunelles noires furent momentanément éblouies par l'éclat aveuglant de l'astre du jour. Trop pris par le traitement des sujets politiques de l'empire, le brun ne s'était pas rendu compte que le soleil montait déjà au zénith. À cette période de l'année, la chaleur se faisait infernale même à l'intérieur du palais.
Soudain, ses pensées se dirigèrent malgré tout vers un certain garçon dont les cheveux étaient tout aussi éclatants que l'éclat de cette lumière qui lui agressait la peau.
Naruto. Comment se portait-il à présent ?
À cette heure ci, il devait déjà être envoyé au travail à la carrière. Un pincement tança sa poitrine malgré lui. La température se faisait déjà étouffante au palais, alors lui, exposé en plein soleil, arriverait-il à tenir le coup ?.
Sa main se crispa sur le marbre poudré de la colonne. Pourquoi Naruto était-il si têtu ?. Ne pensait-il pas qu'il serait judicieux d'abandonner ses convictions ridicules pour sauver sa peau ?. Rien ne serait arrivé jusqu'à ce point de non retour s'il n'avait pas été aussi têtu et impudent. Une autre journée allait bientôt finir, mais Sasuke était persuadé qu'aujourd'hui encore, nul message ne lui parviendrait de la part de Naruto.
Restés en retraite, Kakashi et Shikamaru demeuraient silencieux dans l'attente d'un ordre quelconque du jeune prince héritier. Finalement, rompant son mutisme habituel, Shikamaru s'avança, s'adressant au profil de Sasuke qui dominait superbement la ligne de l'horizon.
- "Votre majesté, nous avons eu des nouvelles de Naruto".
Son œil aiguisé remarqua un léger frémissement dans le dos de son seigneur. Cependant, il n'en fit pas la remarque, attendant que celui-ci finisse par se retourner, l'expression sur son visage à la fois suspicieuse et alerte.
- " Il est arrivé quelque chose à Naruto ?"
- " Non, pas encore."
À ces mots, la pression dans la poitrine de Sasuke se relâcha. Ce garçon obstiné, même absent, lui provoquait des réactions qui ne lui correspondaient pas.
- "Mais ça ne saurait tarder", ajouta Shikamaru après un silence.
- "Que veux-tu dire par là ?"
Relevant la tête, Shikamaru soutint le regard impétueux que lui réservait le brun. Puis, le génie ajouta, le ton neutre et clair :
- "Sasuke, il est regrettable qu'on perde quelqu'un comme Naruto. Ce garçon n'est pas comme les autres. Je suis persuadé qu'il possède des connaissances importantes qui amèneraient l'Égypte à un nouveau tournant. Pardonnez mon impudence, mais je vous parle en tant qu'ami d'enfance. Vous même, vous ne voulez pas que Naruto meure à la carrière, n'est ce pas ?", risqua-t-il d'un ton intraitable face aux perles de nuit qui s'étaient rétrécies devant l'audace dont il faisait preuve.
- "Shika !", avertit Kakashi.
- " Shikamaru, ton insolence dépasse les bornes. Depuis quand les subordonnés osent-ils parler de cette manière au pharaon ?, s'irrita Itachi.
Jetant un regard au prince par dessus son épaule, Shikamaru se retourna vers son seigneur et poursuivit son entreprise dangereuse.
- "Votre Majesté, peu importe si je dois mourir ici même sous votre épée. Pourquoi pensez-vous que je veux risquer ma vie pour un esclave avec qui je n'ai aucun lien ? Ce que je dis là est pour le bien de l'Égypte... et pour vous aussi, Sasuke ", acheva-t-il à l'intention de son interlocuteur immuable.
Contre toute attente, le visage de Sasuke resta de marbre face à ses hommes. Puis, sans autre mot, il pivota vers la balustrade, faisant agrandir les yeux de Shikamaru.
- "Votre Majesté !", l'apostropha-t-il.
Dans le dos du génie à genoux et de son vaillant homologue guerrier masqué, la main d'Itachi se resserra furieusement contre sa paume. Le vent était en train de tourner encore une fois contre son désir, en faveur de l'ennemi dont il avait juré la perte.
- " Sasuke, rappelle-toi de ce qu'avait dit notre père avant de rendre son dernier souffle. Ne jamais s'abaisser devant qui que ce soit même face à la mort. Depuis quand un pharaon d'Égypte s'avouerait-il vaincu devant un esclave de la plus basse hiérarchie ?", s'agaça Itachi dont l'animosité de ses mots trahissait sa colère plus qu'apparente.
- "Naruto n'est pas vraiment un esclave", rétorqua le stratège aux allures débraillées. " Le fait qu'il ait été recueilli par des esclaves de Goshen nous a induit en erreur, mais nous ne savons encore rien de son passé".
- "Et que va-t-il se passer maintenant s'il revenait ici ?. Son insolence lui coûtera de nouveau la vie ". Se tournant vers son frère, Itachi ajouta : " Es-tu sûr qu'il voudrait de toi, lui qui s'est toujours dressé contre ton autorité ? Je te rappelle également que la préparation de ton mariage sera organisée sous peu, est-il judicieux d'offenser ta future femme en faisant d'un esclave ton concubin ?"
- "Avec tout mon respect Altesse ", renchérit Shikamaru encore une fois, " Je ne partage pas la décision d'Orochimaru sur cet engagement. Certes, ce sont des traditions anciennes de notre empire, mais l'Égypte a besoin de changements, d'autant plus que le fait de faire venir une princesse étrangère à Thèbes ne fera qu'envenimer les choses dans le cas où sa Majesté la délaisse pour Naruto. Cette histoire ne concerne pas seulement la vie de sa Majesté mais aussi l'alliance politique de l'Égypte avec les autres empires dans cette période où Hittite prépare quelque chose contre nous "
- "Tu os...
- " Il a raison, Itachi", coupa Sasuke, provoquant l'arrêt brutal de la discussion tendue.
Surpris, les trois hommes dans la salle pivotèrent vers lui. Lorsqu'enfin Sasuke décida à se retourner, il ajouta à l'adresse de son bras droit audacieux :
- "Shikamaru, tu as raison. Nous ne pouvons pas gâcher un tel génie, l'Égypte a besoin de lui... et qu'il soit d'accord ou pas, je le ramènerai au palais"
- "Sasuke, tu n'y penses pas !"
- "Itachi, cette fois ci, j'ai perdu. Mais je ne regretterai pas ma décision ", ajouta-t-il à son grand frère qui resta interdit face à son aveu.
Les yeux intouchables, Itachi demeurait dans la salle lorsque Sasuke le dépassa et sortit de l'édifice, suivi de près par ses deux fidèles sujets. Consterné par la décision de son petit frère, Itachi se dirigea d'un pas mécanique vers la grande table de pierre utilisée lors la réunion.
Alors, seulement à ce moment là, ses doigts qui se promenaient machinalement par dessus des parchemins divers froissèrent le papier posé sous sa main d'un geste rageur. Face à son serviteur qui s'était approché, ses yeux d'obsidienne s'assombrirent d'une manière encore plus inquiétante.
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Au milieu du désert sableux, Naruto s'activait auprès de ses amis d'infortune. Ce matin là ressemblait aux autres, un jour de plus qui s'ajoutait à son séjour dans cette enceinte oubliée du reste du monde. Un jour de plus qui raffermissait encore un peu sa détermination, un jour de plus qu'on lui prêtait un nom qui n'était pas le sien.
Le soleil dépassant le zénith lui donnait quelques fois de légers éblouissements qu'il chassa en secouant la tête. La sueur s'imprégnait en abondance sur le foulard avec lequel il avait copieusement caché le haut de sa tête, sur conseil des autres prisonniers.
Après avoir déchargé sa corbeille de pierres, le blond retourna de nouveau vers le fond du site où les hommes étaient en train de percuter le gigantesque bloc de pierre. De l'amas de débris de calcaire, il en remplit son panier de corvée. Une fois celui-ci chargé à ras bord, le blond l'attrapa à deux mains et le souleva. Le poids du panier lourd le fit tancer légèrement. Cherchant son équilibre, il ne vit pas l'ombre passer à côté de lui.
- "Mets toi derrière moi si tu veux " fit la voix qui se matérialisait devant le blondinet, lui offrant par la même occasion un peu d'ombre dans cet espace de sable sec et de chaleur.
Surpris, le garçon releva la tête et vit l'homme à la forte carrure qui, depuis ce qui s'était passé avec l'homme souffrant, le considérait comme un bon petit dieu.
- "Merci. Je peux encore tenir "
- "Tu devrais aller boire quelque chose non ?" . Néanmoins, la curiosité le gagnant, il finit par rompre le silence : " Je n'ai toujours pas compris... comment ça se fait que quelqu'un comme toi se sois retrouvé dans un endroit comme celui ci ?"
Jetant un regard vers son compagnon de cellule, Naruto finit par hausser les épaules. Puis, choisissant ses mots pour répondre à l'homme, il s'interrompit cependant, le regard captivé par le vacarme subit autour d'eux.
- " Sa majesté vient ici !", s'écria un garde qui revenait en courant avertir son supérieur.
Stupéfait, celui-ci bondit comme un piquet sur sa chaise mais eut néanmoins le souvenir d'arranger le némès* qui tombait sur le haut de ses épaules. Puis, précipité, il distribua des ordres de tout côté, visiblement pris au dépourvu par la venue inattendue de Sasuke.
Dans l'effervescence provoquée par la précipitation, plusieurs soldats se dirigèrent vers les prisonniers et esclaves confondus à qui ils sommaient de dégager le passage.
- " Dispersez-vous !. Retournez à vos tâches ! Celui qui osera déranger sa Majesté pendant sa visite mourra sur le champ ! Dégagez, et plus vite que ça !"
Les prisonniers et serviteurs de la carrière obtempérèrent et commencèrent à se diriger vers le fond du site où se situaient les grands murs de calcaire. Ils s'activaient et obéissaient, jetant cependant un regard craintif et curieux vers l'entrée de la carrière où le chef de la troupe s'était empressé de se rendre.
- "Viens", fit l'homme à côté du blond. "Il vaut mieux qu'il ne nous cherche pas des histoires, le capitaine "
Disant cela, l'esclave incita Naruto à le suivre, sans se rendre compte du regard méfiant de celui-ci depuis l'annonce de cette nouvelle. Car, comme dans un jeu de chasse, Naruto n'était pas dupe sur la raison de l'apparition de Sasuke dans cet endroit marginal. Toutefois, fidèle à sa personnalité, son caractère obstiné lui insufflait des pensées téméraires.
Tel qu'il le connaissait, Sasuke était capable de venir l'humilier à propos de son sort pitoyable rien que pour lui montrer l'étendue de son autorité. Une joute verbale avec Sasuke était à proscrire, s'il tenait à ne pas tomber plus bas qu'il ne l'était déjà. Enhardi par ses résolutions, le blond se dépêcha dans le courant humain et devança même son voisin qui affichait une mine surprise.
- "Je ne veux pas le voir", marmonna-t-il pour lui même alors que l'homme bâti comme une armoire à glace à ses côtés ne saisissait mot de ce qu'il disait.
Le sable remuait petit à petit, renforcé par le bruit fracassant des pas de chevaux à l'approche de la carrière. Réfugié au pied des blocs de calcaire derrière l'homme qui lui avait proposé son aide, Naruto ne pouvait s'empêcher de jeter un œil vers l'entrée de l'enceinte.
Au fil des secondes, il aperçut les premiers chevaux du groupe de cavaliers qui franchissait la ligne des barricades. Un cheval blanc apparut dans son champ de vision de même que la silhouette de son maître qui sauta souplement de sa monture. Sasuke se dessinait dans un profil flou depuis l'endroit où se trouvait Naruto mais le peu qu'il pouvait apercevoir lui rappelait inlassablement l'éternelle attitude fière avec laquelle le jeune pharaon imposait sa présence à ceux qui se trouvaient en face de lui.
Au moment où un garde reprenait les liens de son pur-sang, Sasuke jeta un regard vers le fond de la vallée où se trouvait l'assemblement d'ouvriers et serviteurs mélangés. Même lorsque le capitaine de la carrière se confondit en révérence à ses pieds, ses yeux d'onyx ne quittèrent toujours pas cette foule disgraciée qui s'acculait au pied des murs.
Impatient et irrité par un discours dont il avait horreur, Sasuke coupa sèchement la parole de l'homme qui se prosternait à terre.
- "Je veux savoir où se trouve Naruto."
La phrase fit sursauter le capitaine qui mit du temps à comprendre l'ordre qu'on exigeait de lui. Puis, confus, il désigna avec ses deux mains l'endroit où se réunissaient les travailleurs de la carrière.
- "Votre Majesté, vous voulez bien venir vous reposer à l'ombre ? J'enverrai tout de suite un de mes hommes aller trouver celui que vous cherchez. Il doit être là-bas et ...
- " Ça suffit. J'irai le chercher moi même."
Ayant obtenu ce qu'il voulait, Sasuke planta l'homme sur place et remonta de nouveau sur son cheval. Au petit trot, il se dirigea vers le fond du site, réduisant la distance entre lui et Naruto.
De son côté, le malheureux capitaine n'avait toujours pas saisi l'étrangeté de l'attitude de son seigneur. Cependant, après un brusque sursaut de conscience, il réalisa ce qu'était en train de faire le jeune prince. Atterré, l'homme somma sur le champ ses soldats de rattraper Sasuke afin d'assurer sa sécurité face à l'éventuel déchaînement des travailleurs et prisonniers.
Le cheval approchait peu à peu des ouvriers qui ne manquaient pas de porter un regard anxieux sur leur pharaon. Arrivé face au groupe d'esclaves, Sasuke arrêta son cheval et chercha le visage familier parmi les figures ternes et sans nom présentes devant sa monture. Dissimulé derrière l'homme imposant, Naruto tournait le dos à Sasuke de manière à ce que celui-ci ne puisse pas reconnaître son visage.
- " Naruto !", interpella le brun sur son cheval.
Certains hommes se regardèrent. D'autres têtes exprimaient la surprise, étant donné qu'ils n'étaient pas placés dans la même cellule que l'ancien étudiant.
- " Naruto ! Je sais que tu es là. Montre-toi "
Les prisonniers demeuraient silencieux mais reculaient en voyant s'approcher les soldats avec leurs lances pointues.
Le visage de Sasuke se fermait dans une expression redoutable et ses orbes noirs examinaient le groupe de personnes d'une attention aiguë. Il éprouvait la certitude que le blond se trouvait parmi ces esclaves, mais comme il s'y attendait, celui-ci était loin d'avoir changé de caractère depuis leur dernière rencontre.
Enfin, pressé d'obtenir ce qu'il voulait, Sasuke adressa directement son regard impétueux aux personnes piteusement habillées devant lui.
- "Vous, prisonniers. Ne me mettez pas en colère. Dites-moi où est le garçon aux cheveux blonds "
À ces mots, la convergence de plusieurs regards vers sa direction trahit le jeune garçon, et le coup d'œil furtif n'avait pas échappé aux yeux aiguisé de Sasuke.
Finalement, le dernier rempart de Naruto céda. Face au regard noir du pharaon qui lui promettait mille supplices s'il ne dégageait pas de suite, le géant qui le " cachait " se glissa sur le côté, exposant ainsi le blond directement dans le champ de vision du brun qui reconnut sans mal la silhouette du garçon malgré l'écharpe hideuse.
En fin de compte, Sasuke esquissa un petit sourire narquois, comme s'il s'amusait de la vaine tentative de Naruto de se dérober à sa vue. Au moment où il descendit de son cheval, le blondinet comprit lui aussi qu'il avait été démasqué. Lorsque son regard bleu se heurta au fond noir des onyx, il n'eut plus d'autres fuites possibles.
Mais entêté comme l'étaient tous les hommes de sa famille, Naruto recula dans le courant d'hommes alors que face à lui, la vague humaine se fracturait en deux à chaque pas du pharaon d'Égypte. Poussé et acculé de plus en plus vers le mur, Naruto regarda le brun s'avancer inévitablement vers lui. Ne pouvant plus se dérober, le jeune garçon se jeta dans l'offensif, soutenant avec effronterie les yeux couleur obsidienne.
- " Que me voulez-vous encore ?. N'espérez pas que j'abandonne !, le défia le blond dont les prunelles bleues cherchaient frénétiquement une échappatoire dans la foule humaine qui lui semblait désormais étrangère.
De nouveau, un sourire narquois se dessina sur le coin des lèvres du brun, faisant froncer suspicieusement les sourcils de Naruto
Le regard fier dans son attitude de rebelle, l'esclave étranger avait gagné contre le pharaon d'Égypte.
Sasuke connut ce jour là la première défaite de toute sa vie princière, pourtant, aucun regret ne vint plus troubler son orgueil de souverain.
Les pieds enlacés de lanières de cuir s'avancèrent, d'autres recouverts de sable reculèrent, méfiants. Le dos de Naruto heurta finalement un grand bloc de pierre contre lequel il s'arrêta. Apercevant Sasuke qui ne cessait de s'approcher tel un chasseur implacable devant sa proie empêtré dans son piège, poussé par sa folle témérité, Naruto se déroba vers la droite, désireux d'éviter cet homme qui portait le nom de bourreau depuis leur première rencontre.
Mais Sasuke était perspicace. Connaissant depuis peu le caractère têtu du garçon à qui il avait affaire, il avait en conséquence presque anticipé sa tentative de fuite. Bondissant dans la même direction, il s'élança devant Naruto et lui attrapa les bras, forçant l'arrêt brusque du jeune garçon qui faillit rentrer contre son torse.
Forçant vers lui le visage récalcitrant plus hâlé que dans ses souvenirs, l'évidence apparut soudainement dans son esprit dans un sursaut interdit.
Il était tombé amoureux de ce garçon au regard rebelle. Ce sentiment impétueux qui l'avait fait rire dans l'adolescence lorsqu'on se pâmait à ses pieds, il l'emportait à présent toutes les fois où Naruto le regardait avec son air de révolte.
Arrêtant le mouvement agité de son vis-à-vis, Sasuke céda à la parole, mais cette fois-ci, les dits mots n'écorchèrent plus sa bouche :
- « J'ai perdu contre toi... ", fit-il avec un demi sourire vaincu, les yeux allant dans ceux ébahis du blond. Mais de suite, une nouvelle lueur à la fois douce et malicieuse traversa ses prunelles sombres. « Mais ça ne changera rien au fait que je te veux pour moi "
- "Attendez ! Cela n'a aucun sens ! Et puis, j'ai déjà dit que je ne voulais pas faire partie de votre harem ". Naruto sursauta presque en voyant à quelle conclusion Sasuke était arrivé.
- "Avec le temps, tu finiras par accepter cette vie "
- " Je ne suis pas un égyptien comme vous ", soupira Naruto.
- "Ce n'est pas un problème", rétorqua celui-ci qui trouvait que la découverte de la nature de ses sentiments le rendait très patient.
- " Sasuke, je suis un garçon "
- "Cela m'importe peu", rétorqua à son tour Sasuke.
- « Et je ne suis pas de ce monde ! On a plus de trois milles ans d'écart", s'écria le blond, énervé et à court d'idée.
- " Tu as quel âge ?, fit le brun après un silence.
- "... Vingt ans", avoua-t-il, suspicieux.
- "Alors, ça me convient très bien."
- " Mais ! Vous êtes vraiment borné ma parole ! Qu'est ce que vous ne comprenez pas dans mes phrases ? Et puis, que faites-vous de mes sentiments à moi ?", protesta-t-il, excédé.
- "Qu'ai-je dit juste à l'instant ?. Ce n'est pas grave. Tu finiras par m'aimer »
- "Fuck ! Mais ...
Mais las et de nouveau irrité par des paroles insensées qu'il jugeait risibles, Sasuke attrapa la nuque duveteuse et déposa sur ses lèvres un doux baiser, empêchant leur idiot de propriétaire de prétendre d'autres raisons dont il ne se souciait guère.
Pris par surprise, Naruto resta planté sur place, stupéfait et incapable de réfléchir à quoi que ce soit devant un geste qu'il n'attendait point. De son côté, le brun en voulut plus. Ne se satisfaisant plus que d'effleurer les lèvres qui hantaient continuellement ses pensées, il attrapa le bout de sa lèvre supérieure qu'il mordilla légèrement avec ses dents.
L'odeur du blondinet avait cet arôme exquis qui le rendait fou. Tel un dieu capricieux, il buvait et se délectait, se perdant de sa propre volonté dans ce parfum étranger qui le captivait au delà de son entendement. Le souffle court dû aux élans nouveaux qui fourmillaient dans son cœur, Sasuke s'interrompit et baissa ses paupières, se mettant à la même hauteur que son vis-à-vis.
L'esprit stupéfait, Naruto se laissa faire, sans se rendre compte réellement de ce qu'il vivait dans l'instant. Comme dans une illusion dont il n'était que spectateur, il se laissa toucher par ces lèvres taquines et tendres qui dévoraient son âme égarée.
Plus tard, ce fut une main étrangère qui s'était glissée dans le bas de son dos qui le fit brusquement revenir à la réalité. Tentant instinctivement de s'extirper de l'étreinte déconcertante, le blond eut un mouvement de recul qui fut avorté par une autre main qui vint agripper sa nuque. Trop proche de ses yeux, l'image de Sasuke penché sur son visage et l'effleurement de leurs souffles lui procurèrent un choc indescriptible. Par la suite, l'idée d'être devant toute une foule étrangère parvint subitement à son esprit déconnecté et le fit rougir d'embarras, troublé et confus par l'instant d'intimité volé. Ses doigts remontèrent le bras de Sasuke afin de le défaire de sa nuque, en vain, puisque ce dernier contra son geste en resserrant sa prise autour de son cou.
Plus qu'un simple baiser, Sasuke semblait prendre un malin plaisir à s'amuser avec ses lèvres. De ce fait, le geste troubla d'autant plus le blond qui ne sut comment interpréter cet acte. Lui qui subissait jadis les lèvres que le brun lui imposait, cette fois ci, le baiser le déconcertait en tout point. Ces lèvres ne ressemblaient pas à celles qui avaient essayé de l'écraser quelques mois plus tôt. À peine qu'elles se frayaient l'entrée de sa bouche, à peine que sa langue les rencontrait, taquines, elles quittèrent son contact, touchant et bouleversant Naruto de sa manœuvre imprévisible.
Le baiser le plus intime qu'ils aient échangé, le premier qui farfouillait dans son âme comme une caresse troublante. Naruto trouva ses mains moites, était-ce dû à la chaleur infernale qui pesait au dessus de leur têtes ou bien celle qui irradiait à présent sur ses deux joues ?
Finalement, réussissant tant bien que mal à s'écarter du jeune pharaon de quelques ridicules centimètres, Naruto bafouilla, gêné de s'être donné en spectacle devant toute l'assistance et à court d'idée tellement ses pensées se trouvaient confuses.
- « Je suis sale. Je n'ai pas pu me laver. »
Cependant, lorsque les mots franchirent ses lèvres, Naruto en éprouva encore plus de gêne en réalisant l'idiotie ridicule de son propos.
Les sourcils du jeune héritier s'arquèrent en silence. Puis, sans autre mot, se penchant de nouveau vers le blondinet, son nez effleura la peau de celui-ci dont les joues rosirent de nouveau, mal à l'aise par leur proximité récurrente. Cessant de jouer avec ses pauvres nerfs tendus à l'extrême, Sasuke consentit à lui répondre.
- "Je ne sens rien", dit-il en fixant les lèvres rendues roses et gonflées par les baisers.
Autour d'eux, les esclaves et gardes les regardèrent d'un air entièrement abasourdi. Mais cela, Sasuke s'en moquait bien éperdument. N'écoutant que le bouleversement qui s'opérait dans son cœur, il brisait le premier mur qui les séparait, s'approchant et dévoilant au peuple égyptien les sentiments qu'il éprouvait pour cet être venu d'ailleurs.
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Quand ils arrivèrent au cœur du palais, un petit rictus vainqueur s'ornait toujours sur le visage de Sasuke malgré son air indifférent. De gré ou de force, Naruto n'avait pas eu d'autres choix que de le suivre.
Le brun avait perdu le pari en se rendant lui même à la carrière, mais sa défaite n'en représentait pas vraiment une puisqu'il ramenait à présent Naruto avec lui au palais, et ce, en dépit du refus catégorique de celui-ci. Quoiqu'il dise, Sasuke demeurait impassible, donnant au blond l'impression de parler à quelqu'un d'encore plus obstiné qu'il ne l'était.
Ce fut dans l'ambiance de cette lente dispute qui ne prêtait l'avantage à aucune des deux parties que Naruto arriva derrière les grands murs du palais, entraîné malgré lui par un Sasuke qui faisait fi de ses paroles. Contre mauvaise fortune bon cœur, Naruto sauta au sol au moment où le cheval blanc les déposa devant les marches du grand palais.
Délaissant sa monture aux serviteurs, Sasuke attrapa la main hâlée et commença à grimper les marches, manquant la subite crainte qui déforma les traits de son voisin.
Et pour cause, rendu paranoïaque par le déluge de bouleversements qui lui était arrivé depuis peu, le jeune étudiant gratifia d'un regard soupçonneux les façades des édifices apparents. Il était de retour au palais, ce qui signifiait qu'il serait de nouveau confronté au frère de Sasuke. Or, Naruto était persuadé qu'Itachi l'attendait au tournant, travaillant patiemment à sa perte.
Le séjour dans la cellule sombre lui avait donné le temps de trouver des réponses à ses interrogations. Il comprenait plus ou moins désormais l'hostilité pure que lui portait Itachi, ce dernier le voyant comme une étoile noire venu troubler Thèbes et plus particulièrement son petit frère. Mais comment pouvait-il lui expliquer que c'était Sasuke lui même qui ne voulait pas le laisser s'en aller ?
Toutefois, le jeune garçon était encore loin de la réalité. Le fait que le prince égyptien était allé beaucoup plus loin dans sa vengeance n'avait pas tout à fait effleuré son esprit naïf qui n'avait que trop peu rencontré de déception dans la vie. Jamais Naruto ne s'était douté que le meurtrier de son père n'était autre que l'aîné de cette famille royale qui gouvernait à la tête de l'Égypte.
Un autre élément lui échappait. Le fait qu'il était de retour à Thèbes prouvait bien qu'il existait un moyen pour que les deux mondes s'inversent, mais, loin de lui l'idée que le bouleversement des temps était étroitement lié à la statuette qu'il avait cassé par inadvertance jadis.
Soucieux de ses pensées, Naruto se laissa entraîner par Sasuke vers les escaliers. Seulement, au moment où son pied toucha la première marche, une voix s'éleva derrière eux, tirant Naruto du silence par le timbre familier.
- "Votre majesté".
Surpris, Naruto s'était arrêté. Sasuke, ayant fait un pas de plus, dut se retourner.
Devant eux, un homme était agenouillé à terre, sa main droite était posé sur son genoux relevé alors que dans l'autre main, une épée était serrée solidement au creux de sa paume. Il avait un costume d'apparat de soldat, son épée était différente de celle que l'on voyait sur de simples gardes, sans parler des ornements de son collier pectoral qui démontraient sans équivoque un rang supérieur dans la hiérarchie.
Lorsque l'inconnu releva son visage, les yeux de Naruto s'agrandirent de stupeur. Il le connaissait cet homme pour l'avoir eu près de lui pendant ces longues journées à la carrière, celui-ci n'étant autre que son ami de cellule, Sai.
Saisissant l'incompréhension qui recouvrait les prunelles saphirs, celui-ci commença à s'expliquer, le visage toujours aussi peu souriant comme dans ses souvenirs :
- "Je suis au service de sa Majesté. Mais Sai est mon vrai prénom "
Les mots entrèrent petit à petit dans l'esprit abasourdi du garçon qui comprit brusquement le sens des gestes protecteurs du brun envers lui pendant toute sa période de détention.
Au lieu de répondre, il pivota soudainement vers Sasuke dont la mine suffisante avait le don de le rendre hystérique.
- "Vous m'avez fait surveiller !", accusa-t-il, énervé d'avoir été épié à son insu.
Sasuke se contenta de hausser les épaules sans autre manière, pourtant, son simple geste suffit d'être révélateur des soupçons de Naruto.
- "Tu peux disposer, Sai", le congédia Sasuke.
Le guerrier acquiesça. Se relevant, il fit un signe de tête avant de se retirer, laissant son ancien ami furibond devant le pharaon. Son rôle d'infiltré s'achevait à cet instant. De son statut de lieutenant sous les ordres de Kakashi, il n'avait pas à se préoccuper des conséquences qui jaillissaient de cette histoire. Ce combat entre Sa Majesté et Naruto était le leur.
.
Campé devant les marches, Sasuke considéra longuement le garçon aux cheveux blonds dont l'énervement montait au fur et à mesure des secondes. Croisant ses bras, le brun se pencha vers lui, de telle sorte que ses yeux soient à la même hauteur que les billes de saphirs qui dardaient sur lui une lueur guerrière.
- " Désormais, c'est Sai qui t'accompagnera dans tes déplacements. Puisque tu veux " ta liberté ", je t'accorde le droit de te promener dans la cité de Thèbes. Mais prends garde à ma parole. N'essaie pas de t'enfuir, ou cette fois ci, ce ne sera plus toi qui mourras, mais c'est la tête de Sai et de ton ami Haku que je trancherai sous mon épée."
- "..."
Sur ces dernières paroles, ravi de son petit effet sur le blond muet et interdit d'injures, le prince héritier le planta sur place et monta les marches de la salle hypostyle.
Ceux qui les regardaient pouvaient le juger sans scrupule, mais Sasuke n'en avait que faire de ces viles médisances. Tout ce qui l'importait était le fait que Naruto était celui qu'il avait choisi.
Confiant, Sasuke regagna ses appartements, guettant la tombée des dernières chaleurs du jour.
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Lorsque les portes se refermèrent lourdement dans son dos, la poitrine de Naruto battait beaucoup plus vite. Dévisageant les voiles qui dissimulaient la chambre royale, il déglutit nerveusement, songeant avec appréhension à la nuit qui allait débuter.
Les choses s'étaient accélérées depuis son retour. Lors de la tombée de la nuit, ses doutes et ses cogitations n'avaient fait que croître quand les gardes lui avaient demandé de se rendre aux appartements de Sasuke, " ordre de Sa Majesté ", d'après les dires de ces derniers.
À l'idée d'être seul avec le brun, l'atmosphère de la chambre le rendait encore plus nerveux. S'armant de courage, Naruto s'avança vers la pièce attenante. Ses sourcils se froncèrent suspicieusement en découvrant le propriétaire de la chambre assis d'une manière nonchalante sur le lit.
De la plus grande évidence, Sasuke avait attendu qu'il vienne à lui. Face au blondinet, le brun avait un pied tendu sur le bord de la gigantesque couche. Appuyé sur ses coudes, il ne cessait d'observer l'attitude du jeune étranger qui ne souhaitait que se dérober à cette situation troublante.
- " Approche-toi "
Muet, Naruto obtempéra non sans éviter de croiser les yeux d'anthracite. Autour d'eux, des lampes à huile avaient été allumées, rendant la scène plus sobre, si ce n'était plus intime.
Sasuke portait une longue tunique qui retombait à ses pieds en s'évasant. Le lin était léger, créant des effets de drapés et de plis tout le long du vêtement. Pour la nuit, le brun ne portait plus son collier pectoral, seul un cobra d'or se glissait au dessus de ses mèches, accompagné de deux autres bracelets en forme de serpent ondulé qui remontaient le long de ses poignets. Près du lit, le feu des torches jouait un jeu d'ombre sur son torse nu et pâle qui était tout en contraste avec la magnificence des couleurs du décor.
S'avançant vers le jeune pharaon qui n'en restait pas moins superbe sans son attitude arrogante, Naruto sentit les battements de son cœur étouffer sa raison.
- " Ne fais pas cette tête. Je ne te mangerai pas ", dit Sasuke en apercevant le panel d'émotions qui déferlait sur les traits du blond. " Sai m'a dit que tu es venu en aide à quelqu'un à la carrière ", ajouta-t-il en plantant ses yeux dans ceux du garçon qui restait à distance raisonnable du lit, de peur de s'y brûler.
Un éclat passa dans le regard d'onyx, chose que le blond prêtait pour reflet des feux autour de la chambre. Seulement, le blond ne voyait pas que Sasuke était juste jaloux. Car il était bien jaloux d'un simple prisonnier qui avait eu si facilement le contact avec lui.
À cet instant, Naruto se tenait devant lui, suspicieux et méfiant. Ses mains qui lui étaient refusées, il les accordait à un visage parmi tant d'autres. C'était précisément cela que Sasuke ne supportait pas. Jurant contre le furieux caprice qui menaçait d'éclater dans sa poitrine, il réclama sans aucun détour :
- " Refais ce que tu as prodigué à cet homme ".
Les yeux bleus le scrutèrent avec étonnement. Puis, après plusieurs secondes, Naruto parut comprendre ce que voulait Sasuke. Partagé, il finit par se glisser derrière ce dernier sur le lit.
Un calme inexprimable s'opéra dans la chambre.
Les yeux du blond fixaient la nuque de l'égyptien, qui, lui aussi, avait la tête tournée sur un côté, pleinement conscient du regard hésitant dans son dos. Néanmoins, tous les deux restaient silencieux, laissant le silence réparateur panser le doute et le désir jaloux.
L'instant se brisa soudain, rompu finalement par deux doigts qui se posèrent sur les omoplates pâles et fortes.
Sasuke reporta son regard vers l'avant, semblant fixer un point invisible que lui seul pouvait apercevoir, alors que dans son dos, des doigts, suivi par leurs homologues, s'appuyèrent plus fermement sur la peau délicate. Le contact les électrisa, saisissant aussi bien le jeune prince qui brûlait au contact des mains chaudes que le blondinet qui s'étonnait de la peau pâle et froide sous ses ongles.
Ainsi débuta l'apprentissage des gestes. Il y avait toujours ces doigts qui se promenaient consciencieusement sur le dos d'albâtre. La pression qu'ils infligeaient, les poussées qu'ils prodiguaient, ces ronds tracés à la paume de la main qui parcouraient le bas de sa nuque, Sasuke dut appeler à toute sa retenue pour ne pas perdre le contrôle de son corps.
Chaque geste lui infligeait une pensée contradictoire. Les mouvements innocents de la main ne faisaient qu'attiser son désir, à tel point qu'il se sentait bouillir de l'intérieur. Mais lorsque l'idée que ces gestes, ayant probablement été réalisés sur d'autres personnes que lui, s'insinuait dans son esprit, ses muscles ne se détendaient pas, au contraire, ils se nouaient, se contractaient de nouveau à chacun des touchers de l'apprenti archéologue.
Livré à l'exercice lui-même, Naruto se détendit petit à petit, oubliant le stress et les doutes qui le tenaillaient depuis que le seuil de la chambre avait été franchi. Inconnu au feu qui embrasait le corps de son compagnon, le jeune étudiant s'appliqua, attentif et sérieux. Mais, incrédule, il s'aperçut que l'exercice ne fonctionnait pas, puisqu'à chacun de ses gestes, les muscles du brun se fermaient de nouveau.
Une ultime crispation au contact de ses doigts le surprit en même temps qu'il se retrouva étendu sur le dos en travers du grand lit, avec pour seul effleurement le souffle saccadé de Sasuke dans son cou. Réalisant ce qui se passait dès qu'il baissait sa garde, Naruto voulut repousser Sasuke mais fut arrêté dans son élan.
- "Juste une minute ", fit celui-ci dont le nez était toujours posé contre son cou.
Ses doigts s'arrêtèrent, incertains, à quelques centimètres de la peau du brun. Il y avait bien des moments où le cœur ne marchait pas à la même allure que l'esprit, tel était le cas de Naruto qui ne comprenait pas ce qui l'avait poussé à faire confiance à Sasuke à ce moment là.
Son geste s'arrêta et ses mains se baissèrent lentement. Tout le poids de Sasuke s'étendait sur le long de son corps. Dans son cou, le souffle chaud se relâcha peu à peu au même moment que la pression autour de ses épaules.
Au bout de quelques minutes qui semblèrent aussi longues qu'étranges pour le blond, Sasuke esquissa le geste de se relever. Naruto l'imita mais contre toute attente, il se retrouva retourné sur le ventre, la tête jetée contre les oreillers. La seconde d'après, alors que son esprit marchait encore au ralenti, il sentit qu'on lui releva le vêtement dans son dos, dévoilant toute sa peau nue au regard étranger.
Paniqué par la scène qui se projetait dans sa tête, ses membres se débattirent comme un jeune lionceau empêtré. Néanmoins, c'était sans compter sur la main forte et habile qui bloqua les mouvements désordonnés de son corps.
- " Reste calme.", dit Sasuke d'un air qui se voulait indifférent malgré le timbre rauque.
Ne comprenant pas ses paroles, Naruto tenta de se retourner afin de voir ce qui se passait, mais tout ce qu'il sentit fut des doigts pâteux et froids qui entraient en contact avec sa peau. Surpris, il tourna le visage vers Sasuke. Celui-ci était assis près de son flanc, d'une main, il tenait un petit pot ouvert dans lequel ses doigts venaient chercher de l'enduit qu'il étala sur son dos.
- " C'est un onguent médicamenteux. Ton dos ne te fera plus mal dans quelques jours ", fit-il, concentré sur les zones rouges de la peau.
Interdit et rendu muet, Naruto se retourna, mal à l'aise d'avoir interprété de travers le geste de Sasuke. Sai avait dû rapporter à ce dernier tout ce qui s'était passé à la carrière, ce qui expliquerait pourquoi il était au courant de l'état de ses brûlures superficielles. Sans bruit, sa tête s'enfonça dans les oreillers doux, laissant le soin au silence qui s'était installé entre eux de calmer ses doutes.
Une contraction nouait son ventre lorsque Sasuke toucha un point endolori. Les tracés des doigts dans son dos étaient doux et fermes, procurant un bien être merveilleux à sa peau qui n'était guère accoutumée à la chaleur destructrice des chantiers. En proie à la fatigue, la torpeur s'invita lentement dans ses yeux et son corps s'affaissa entre les draps.
Au bout de quelques minutes, les doigts de Sasuke s'arrêtèrent. Remarquant le rythme régulier qui s'opérait sous ses doigts, il jeta un regard vers la chère tête blonde et trouva le garçon vraisemblablement assoupi. Cessant alors ses gestes, il alla déposer le pot d'onguent avant de revenir prendre sa place dans le lit.
S'appuyant sur un coude, Sasuke s'étendit à côté du dormeur et le détailla à son aise.
Naruto paraissait incroyablement serein et détendu dans son sommeil, tout à l'inverse du comportement téméraire qu'il lui réservait habituellement. Regardant l'être endormi bercé par le chant nocturne des vagues, un fugace sentiment d'amertume vint tordre les traits du brun. Ce sommeil de paix et de sérénité dans lequel Naruto semblait se perdre, que rêvait-il à cet instant précis ?
Tout d'un coup, les sourcils blonds se plièrent inconsciemment et son joli minois tressauta d'un léger tic, comme s'il voulait chasser quelque chose - ou quelqu'un - de son rêve connu de lui seul.
Muet devant l'agitation qui secoua momentanément l'hôte de sa couche, Sasuke esquissa enfin un mouvement. Doucement, il se pencha vers l'endormi et déposa un baiser sur le front dégagé de ses mèches d'or.
- " Bonne nuit Naruto ", murmura Sasuke tout en prenant soin que l'intéressé ne s'éveille pas de son rêve paisible dans lequel il n'avait probablement pas sa place.
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Au Nord de la cité, quittant les sables ardents du désert égyptien, un groupe de voyageurs franchit les frontières de Thèbes.
Un homme galopait à la tête du groupe, suivi par des cavaliers dont la monture était déguisée par des fournitures de marchandises.
À un moment, jugeant qu'ils étaient trop près des lieux d'habitations pour pouvoir galoper à cheval, le chef du groupe ordonna à ses hommes de continuer le chemin à pied.
Selon les faux papiers qu'ils avaient présentés aux gardes, le groupe d'hommes entrait dans la cité thébaine sous l'identité de commerçants libyens venus apporter des offrandes au pharaon d'Égypte.
Une fois parvenu au cœur de Thèbes, ils furent immédiatement happés par la frénésie qui saisissait cette vie grouillante loin du calme cérémonieux des palais et des temples clos. Marchands et boutiquiers criaient et vantaient leurs produits, les rues de Thèbes regorgeaient d'agriculteurs accompagnés de bétails beuglants tout le long du chemin.
Les femmes, maquillées avec plus ou moins d'insistance ou de subtilité, portaient leur panier de produits ou de fleurs en travers de leurs flancs et fredonnaient des petites chansonnettes populaires. À leurs genoux, des enfants en bas âge aux visages ronds et espiègles couraient torse nu à travers le marché, leur main brandissant par moment une grande fleur de lotus faisant office de jouet.
À pieds, l'inconnu et ses hommes se mélangeaient dans le bain de foule. Ils avaient racheté une demeure vacante assez loin du centre de la cité et devaient la retrouver une fois entrés dans la ville. Personne ne les regardait de travers et la majorité des habitants abordaient une mine souriante en ce jour ensoleillé.
" Visiblement, mon informateur a dit vrai, les égyptiens semblent baigner dans la félicité depuis l'apparition de Sothis", pensa le dirigeant du groupe avec un petit air sceptique propre à ceux qui ne connaissaient pas les coutumes de l'Égypte.
Le visage dissimulé sous un couvre-chef, l'homme examinait la scène de vie qui se déroulait face à ses yeux. Les gens avaient l'air heureux, contrairement à ce que prétendaient les bruits qui circulaient dans son pays.
Sur le passage, certains marchands les avaient abordés dans le but de proposer leurs produits, mais très vite, ils rebroussaient le chemin d'un haussement d'épaules, impressionnés par le visage peu amène de certains membres du groupe.
Ainsi, le faux commerçant et ses hommes de main continuaient silencieusement leur chemin tout en contraste avec la rue qui bouillonnait de bruits et de tumultes autour d'eux.
Jugeant que le moment était propice à son entreprise, l'homme fit signe à son voisin de s'approcher. Quelques chuchotements indistincts passèrent entre eux et le subalterne s'éloigna en se fondant dans la masse.
- " Que faisons-nous à présent ?", se permit l'un des hommes qui restaient.
Pendant qu'il parlait, ses yeux guettèrent les alentours, soupçonneux et alerte, à l'affût du moindre danger à l'encontre de son maître.
- " Attendons de voir ce que Rusafa a pu trouver comme information", rétorqua celui-ci d'une voix neutre.
Plus tard, sur leur chemin, le groupe composé de plus de dix hommes entendit s'élever des voix tapageuses derrière leurs dos.
Sans même se retourner, ils purent se rendre compte de la cacophonie qui s'immisça soudainement dans l'ambiance sonore déjà présente dans les ruelles. Les gens criaient d'une voix excitée et déchaînée d'un bout à l'autre des stalles et des huttes.
- " Regardez ! C'est Naruto ! Il vient par ici !"
Le brouhaha s'amplifia, provoquant un froncement de sourcil curieux chez le chef de la troupe. Le mot " l'enfant de Hapy " semblait revenir plusieurs fois sur la bouche des habitants qui avaient l'air très enthousiasmés à l'idée de voir " cet enfant " dont ils parlaient.
Observant le déroulement de l'événement singulier de ses yeux dénués d'expression, il remarqua que certains thébains avaient délaissé leurs tâches et s'étaient dépêchés dans la direction où semblait se trouver le garçon acclamé par le peuple.
Intrigué malgré lui, l'homme demeurait en retrait, mais au final, cédant à son scepticisme, il arrêta un homme qui marchait près de lui dans le sens inverse.
- "Vous savez ce que signifie cette foule ?"
Le vieillard le considéra énigmatiquement de la tête au pied, puis, comme s'il avait remarqué que les costumes de l'étranger n'étaient pas de la région, le vieil homme commença à lui répondre d'une voix joyeuse :
- "Ah! Vous devez être venu de loin pour ne pas le savoir. Cette foule que vous voyez là est impatiente de voir L'enfant de Hapy, c'est le messager que les dieux nous ont envoyé. Son vrai prénom est Naruto. Figurez vous qu'il est resté plus de trois semaines dans l'eau et il est toujours vivant !, vanta fièrement le vieil homme. " Il a aussi sauvé notre pharaon, et la rumeur dit que ses connaissances dépassent même celles de nos têtes pensantes. Sans parler du fait qu'il est tellement beau et agréable à regarder. Des cheveux blonds et des yeux bleus, je parie que vous n'en avez jamais vu de pareil de toute votre vie !, ajouta-t-il en faisant un sourire sous entendu à son interlocuteur, ses yeux le sondant d'une lueur maligne.
- "...Non, en effet "
- "Bon, mon garçon, il faut que je vous laisse. Tiens, il va passer par ici je pense. Si vous voulez le voir, profitez bien de cette occasion ", ajouta-t-il en essayant de voir les mouvements de la foule un peu plus loin.
Sur ces paroles, le joyeux bonhomme délaissa l'étranger et partit rejoindre ses semblables.
De son côté, l'esprit songeur, l'homme pesait les informations qu'il avait pu entendre. Il était vrai qu'il n'avait jamais vu une personne telle que ce qu'avait décrit le vieillard. Des cheveux blonds et des yeux bleus, le type devait avoir exagéré un peu trop les choses. Un physique pareil n'existait pas, même dans la contrée lointaine qu'était son empire.
Néanmoins, son incrédulité trouva la raison auprès de son dessein. Ce garçon que tout le monde acclamait semblait recevoir beaucoup de soutien de la part des égyptiens. Plus important encore, le fait que ce garçon venait du palais constituait un détail non négligeable. Résolu, l'homme redirigea sa monture vers l'engouement public dans lequel avait disparu le vieil homme un peu plus tôt.
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- "Sai, tu n'avais pas besoin de menacer cet homme, il n'avait rien fait de mal !", protesta le blond contre le soldat qui le suivait de près.
- " J'ai pour ordre de ne pas te laisser approcher par n'importe qui "
Naruto se renfrogna. Encore et toujours cet inlassable discours qui avait le don de l'horripiler. Détournant les yeux, il continua à marcher tout en maugréant contre Sasuke et " l'ange gardien " que celui ci lui avait collé aux basques.
Neutre et sérieux, Sai faisait partie des soldats d'élite et se révélait être quelqu'un de très méthodique et exigeant, voire beaucoup plus distant que lorsque le blond l'avait connu à la carrière. Autant dire qu'il était difficile pour Naruto dans ces conditions là de réfléchir à la moindre tentative de fuite.
Il l'escortait presque pendant tous ses déplacements. Lorsque Sasuke était absent ou se trouvait en audience, la tâche revenait à celui-ci de surveiller le blondinet mais aussi de le protéger. Discret et n'étant pas habitué aux conversations, Sai le suivait dans l'ombre, laissant à Naruto le loisir de faire des monologues.
Qu'avait pensé Sasuke pour lui coller l'un des hommes de sa garde royale de la sorte ?. Craignait-il qu'il s'enfuie encore ou bien, souhaitait-il le protéger ?.
Ses pensées et sa personnalité, Naruto n'arrivait pas à les saisir, tout comme la relation pour le moins ambiguë qui s'était installé entre eux depuis peu. Depuis le jour où il était revenu de la carrière, Naruto avait dû partager le lit de Sasuke tous les soirs. Seulement, contre toute attente, il ne s'était rien passé entre eux malgré leur relation chaotique qui ne tenait que sur un fil.
Car, outre ses étreintes douces, Sasuke semblait attendre que Naruto fasse le premier pas. Ainsi, les premières nuits passèrent, suivi par d'autres, attisant de plus en plus la curiosité du blond qui ne comprenait pas le soudain changement dans le comportement de son compagnon de chambre.
Ils dormaient côte à côte, se réveillant le matin sur les mêmes oreillers. Néanmoins, Naruto se retrouvait seul à son réveil la plupart du temps, Sasuke ayant déjà disparu depuis l'aurore. D'autres fois, cédant à la pulsion de son désir, le corps de Sasuke réagissait au contact de la peau tannée, entraînant une réaction gênée du blond qui était suffisamment conscient du désir charnel qui s'animait sous la peau pâle lunaire. Mais dans ces moments là, le prince quittait toujours la chambre et disparaissait dans ses appartements labyrinthiques, laissant un blond bouleversé et confus dans le lit vide de chaleur.
Caresses fébriles ou baisers incandescents, Naruto voyait ses convictions s'effriter. Les gestes de Sasuke le rendaient incertain, tout comme son cœur, ballotté par tous ces bouleversements qui s'opéraient dans son existence, n'aspirait qu'à trouver une épaule secourable sur laquelle il pourrait s'appuyer.
Cependant, il eut beau y réfléchir, il ne parvenait pas à comprendre les agissements de Sasuke. Seule l'ultime conviction que celui-ci se retenait tournoyait dans sa tête. Cela, il la voyait clairement dans ses yeux lorsqu'il le regardait.
Aujourd'hui, bénéficiant d'une première autorisation depuis son retour au palais, Naruto avait été stupéfait de voir les thébains se bousculer à sa venue. Par ailleurs, ils semblaient tout heureux de le rencontrer, chose que lui même ignorait totalement.
L'accueil de ces habitants causait un choc dans sa poitrine, réalisait-il au milieu de la foule qui l'acclamait.
Hanté depuis le premier instant par la volonté de retrouver sa famille, le blond n'avait pas su apprécier cette chance que lui avait offert le destin, cette opportunité d'aborder ce peuple légendaire dont il était probablement l'unique témoin. Ces habitants de la vie primitive venaient à lui. Ils l'accueillaient, à bras ouvert, complimentant son physique, confessant leur bonheur de voir sur cette terre bénie le soi-disant messager divin qu'il incarnait.
Certains se bousculaient mais se retrouvaient vite écartés sur le coté du chemin par les soldats de Sai. D'autres enfants, la main dans celle de leur mère, le dévisageaient d'une mine curieuse comme s'il était sorti d'un mythe avec ses cheveux clairs et ses yeux bleus, amusant leur propriétaire qui répondait par un grand sourire communicatif. Des marchands voulaient lui offrir à manger, mais malheureusement, ils étaient eux aussi repoussés par Sai qui redoutait que la situation ne dégénère.
Tout d'un coup, quelque chose se fracassa contre son pied, attirant son regard étonné ainsi que ceux de la foule épaisse. Baissant la tête, Naruto identifia l'objet comme étant un simple rouleau de tapis dont l'attache était défaite. Le tissu avait des motifs au relief chatoyant, seulement, le tracé des lignes d'esquisse rappelait à Naruto quelque chose qu'il avait vu jadis. Sans vraiment se rappeler de l'origine de ces broderies, il était néanmoins persuadé que le tissu ne tirait pas de l'art égyptien.
Curieux, il se baissa pour saisir le rouleau lorsqu'une ombre se profila devant ses yeux.
- " Ce tissu vous plaît-il ?»
Surpris par la voix qui s'adressait visiblement à sa personne, Naruto leva son regard vers la silhouette qui s'était matérialisée en face de son chemin. L'inconnu s'était baissé lui aussi afin de ramasser le rouleau qui semblait lui appartenir. Il portait le vêtement ample et large de ceux qui revenaient d'un long voyage. Sur sa tête, le couvre-chef, retenu par une chaînette joliment ornée, dégageait ses cheveux longs sur les deux épaules également recouvertes par sa cape.
L'allure et l'accoutrement de l'homme saisirent Naruto avec étonnement. Mais plus que tout, c'était son regard poli mais ô combien scrutateur qui l'interpellait plus que tous les autres détails.
Si les yeux de Sasuke étaient noirs et profonds comme le fond des gouffres amers, le regard de celui-ci étaient au contraire d'un blanc trouble dans lequel on distinguait difficilement la prunelle.
Et ces yeux là l'observaient, posés mais insistants, froids mais curieux alors que l'homme se baissait au même instant pour ramasser le morceau de tapis défait d'une rencontre.
À suivre ...
Lexique :
Némès : la coiffe emblématique dans l'Égypte Ancienne. Il est composé d'un tissu qui couvre tout le haut de la tête jusqu'à la nuque, un uræus (représentation d'un cobra sur le bandeau frontal) et parfois, on trouve aussi des ailes qui encadrent le visage du pharaon.
Aton : Dieu solaire de l'Égypte Antique. Connu comme étant un dieu " éphémère ". ( Note apportée par Nanami74 )
Le délai de publication entre deux chapitres est plus ou moins long. Mais comme vous le voyez bien, mes chapitres ne sont pas courts, alors, un peu de patience, s'il vous plaît. J'ai aussi une vie d'étudiante en dehors du net.
La dernière note de ce chapitre est pour mettre un certain point au clair. De mon point de vue, je ne considère pas du tout SDP comme une histoire fantastique. À part le détail sur les voyages que fait Naruto entre le monde réel et le passé, il n'y aura pas de détails surnaturels / fantastiques / loufoques dans le genre « Naruto a un pouvoir particulier, il lève la main et la terre se fend en deux ». Non, ce n'est pas du tout ce que j'envisage pour cette fic.
Le dessin qui accompagne ce chapitre :
*h*t*t*p*:*/*/*i44*.*serv*img*.*com*/u/f44*/*12/84*/*77/56/*image*_*10*.*j*p*g*
( J'e l'ai terminé avant Noel même. Mais ce n'est que la semaine dernière en le scannant que je me rends compte que la position de Naruto est bizarre, très bizarre ...)
Voilà, merci de m'avoir suivie jusqu'à maintenant malgré mes publications aléatoires.
À la prochaine =)
Baby love ya love ya love ya ~
PS : Prière de me signaler tout détail qui vous semble un peu " louche ". Étant donné que j'ai terminé la dernière relecture à 2h du matin, il est fort probable qu'il reste encore des fautes par-ci par-là dans le texte.
