Chapitre 2 : Solitude…Où chacun suit sa propre voie…
-Cloud est injoignable, docteur, cela fait trois mois, juste après la mort de sa femme et sa fille n'est pas non plus à Solitude.
-Qu'allons nous faire de cet homme ?
Le dormeur sembla s'agiter un peu, se tendit un instant, son visage se crispa en proie à un effort trop grand, puis se relâcha, vaincu…
-Il semble perdu en lui-même comme s'il luttait pour reprendre le contrôle…Murmura l'infirmière.
-Affabulations, Moira ! Il nous faut du concret.
-Toutes ces tombes…Mais sans aucun corps, c'est horrible…Pourquoi Nibelheim, pourquoi devons nous toujours souffrir ici…
Larmes ravalées. Observations… RIP : Yuffie Kisanagi, RIP : Reeves et Candella morts tous ensemble ce jour maudit ! Et repose en paix, Vincent Valentine…Tu as définitivement disparut ce jour là et mon cœur saigne… Toi, mon aimée Tifa… Je n'ai pu me résoudre à te faire enterrer ici… Je t'aimais tant…La maladie t'a ravagé… Et je n'y ai vu que du feu… Trop occupé à essayer de sauver ce qui reste de notre monde… Toi, tu comprenais, n'est-ce pas ? C'est à cause de cela que tu ne m'as pas dit que tu souffrais ? Que tu allais partir… Je sauverai ce monde… Je te le jure ! Mon enquête débute donc ici… Je trouverai et je…
Aeris s'assit en tailleur dans la tente et se servit un peu de thé.
-Il doit être antique. Remarqua-t-elle en reposant sa tasse vide.
-Il est si mauvais que cela ? Demanda Red avec un sourire qui déformait étrangement sa gueule.
Aeris secoua la tête :
-Les plantes de notre monde se meurent, les gens se meurent, même ce qui devrait être immuable comme l'ancienne flamme de Canyon cosmos disparaît. Tout est en train de périr. La rivière de la vie est devenue notre ennemie.
Elle leva les yeux sur lui.
-Je sais que tu as des attaches ici, Nanaki, mais je voudrais…
-Que je t'accompagne, comme j'ai suivit ton père autrefois.
Elle hocha la tête :
-Tu es le plus sage. Mon père t'estimait et moi aussi. J'ai besoin de ton aide pour remplir l'objectif que je me suis fixé. Et pour retrouver mon père.
-Aeris, tu es jeune et vindicative, comme le fut ton père. Cependant, il faut que tu sache une chose. La rivière n'est pas notre ennemie, elle est…
-Gaïa, l'esprit de la planète, la vie après la vie, le flux des morts ! Je sais tous cela ! Mais elle nous détruit, elle tue, elle fait tomber en ruine des cités, elle arrache des parents à leurs enfants!
Son visage était impassible, mais dans ses yeux couvait une flamme passionnée et terrifiante. Nanaki en fut saisi. Il ferma l'œil un instant et s'approcha d'elle.
-Je sais. Je viendrai avec toi, puisque tu le désir.
-Alors, partons !
-Où veux-tu te rendre ? As-tu une idée ?
-Oui. Je voudrais commencer par les ruines de Midgard.
-Qu'espère-tu trouver là-bas ?
Aeris sortit de la tente, monta sur un magnifique chocobo or et dit d'une voix froide et tranchante :
-De la mako.
-$ù$ùùµà ! Il ne manquait plus que ça !
Cid se prit la tête dans une main et releva les yeux.
-Jack, va prévenir les autres et que tous le monde se réfugie dans le central ! Il y a des blessés ?
-Non, ils ont tous été évacués.
-Bon, c'est un point…
Shéra partit en courant ; Cid se détourna du jeune homme qui s'apprêtait à sortir, il fut retenu par la voix de son capitaine, bien plus grave que d'habitude.
-Toujours pas de nouvelles de Nemo ?
-Non…Désolé cap'tain.
Jack sortit de la salle avec d'humeur morose. Nemo était partit depuis bientôt trois ans. Et Julien… Pourquoi avait-il fallu que son frère décide de ne pas le suivre après la mort de leurs parents. Cela faisait dix ans maintenant. Dix ans loin de ce frère avec qui il avait été si complice. Etait-il encore en vie ? Si Nemo était parti en disant « Je vais chercher Julien. » cela aurait été un bonne raison de quitter son père. Mais non ! Du jour au lendemain, il avait disparu sans un mot, sans une explication. Le jeune homme ne l'avait jamais aimé et, en définitive, il s'était mis à le haïr. Bien sûr, jamais il n'aurait pu remplacer Julien, mais il était très loin du grand frère idéal. Après avoir prévenu tout le monde, il réintégra son dortoir et jeta un coup d'œil au miroir brisé qui ornait le mur. Julien était-il ainsi maintenant ?
Marlène regardait les rares clients s'installer. Enfin, clients, personne ne payait rien. On n'achetait plus. On essayait juste de survivre. Avant, elle acceptait le troc, mais maintenant… Son père trouvait à peine de quoi faire de la soupe et l'eau potable ne se trouvait que chez les gens possédant des matérias de glace. On mangeait du monstre quand on en trouvait. Elle soupira. Tifa était morte, Aéris était partie. Elle ne regrettait pas la deuxième qui était froide et asociale. Mais la première, sa meilleure amie, lui manquait terriblement. Si la mort de la mère de la première Aéris lui avait fait mal, celle de Tifa l'avait anéanti et avait détruit Clad aussi. Pourquoi, alors que le monde avait été sauvé de Séphiroth, le destin et la planète s'acharnait-il sur eux ? C'était injuste. Et cette ville tombée en ruine que l'on avait rebaptisé Solitude…
Un jeune homme franchit la porte du bar. Il ressemblait à un vagabond avec ses cheveux long emmêlés, sa barbe brune mal taillée qui lui mangeait la moitié du visage, ses vêtements cachés par une cape rapiécée et son sac de voyage usé. Marlène était certaine de ne jamais l'avoir vu avant. Il s'assit dans un coin. Tout le monde le regardait. Il n'y avait plus de voyageur depuis la catastrophe, nul n'osait s'aventurer hors des villes. Car il fallait alors non seulement affronter le pourrissement de la planète mais aussi les monstres et la mort de la végétation. Il n'y avait presque plus de réfugié, pour la bonne raison qu'il n'y avait pas de refuge, c'était partout pareil. Curieuse, Marlène s'approcha de l'homme, il releva les yeux vers elle. Ces yeux…Ils étaient pleins de fougue et si jeunes…
-Vous voulez quelque chose ?
L'inconnu rit doucement puis releva ses yeux qui pétillaient de malice.
-Tu ne me reconnais pas, Marlène ?
Interloquée, la jeune femme se força à mieux le contempler, c'était vrai que ce visage…
-J'ai dû changer et mon voyage ne m'a pas arrangé ?
-J'avoue que…
Il se leva.
-C'est Julien, Marlène, ne me dis pas que tu m'as oublié ?
-Julien !
Elle le prit dans ses bras avec tendresse. Et dire qu'elle l'avait tenu ainsi alors qu'il n'était qu'un bébé et elle une enfant. Elle ne pleura cependant pas, elle avait appris à tenir ses douleurs ou ses joies secrètes.
Il lui rendit son étreinte avec un sourire et murmura à son oreille.
-Cela fait du bien, d'être ici. J'aurais voulu venir plus tôt, mais…
Elle resserra son étreinte et lui caressa les cheveux.
-Ca n'est rien. Je suis tellement heureuse. Tout le monde pensait…
-Que j'étais mort…Oui…C'est normal, je suppose.
Une voix grave les interrompit.
-Qui êtes-vous ?
Barret, alerté par un client, voulait savoir qui était cet homme qui prétendait tenir sa fille d'aussi près. Marlène se retourna.
-Papa, c'est Julien !
-Julien !
Il s'approcha et lui serra la main.
-Incroyable !
Il se rembrunit.
-Je demande à voir. Vas te laver !
Julien, riant sous cape, obtempéra et suivit Marlène hors de la salle. La jeune femme revint avec un sourire comme son père ne lui en avait plus vu depuis des mois.
-Tu es sûr que c'est Julien ?
-Oh oui !
-Et pourquoi ?
La voix moqueuse de l'étranger intervint :
-Parce qu'il n'y a que moi qui peut prétendre traverser tout un continent juste pour vous parler.
Barret grommela et le regarda de la tête aux pieds. Il avait retiré sa veste de voyage dévoilant un corps grand et longiligne, vêtu d'un vieux jean et d'une chemise qui avait dû être blanche. Son visage était anguleux et dur dans les traits mais avec sa barbe égalisée et une fine moustache, il semblait bien plus jeune, ses cheveux coupés et rejetés derrière son visage lui donnait des allures de mauvais garçon. Mais c'était Julien, définitivement serein et presque comme autrefois.
-Julien.
-Oncle Barret.
Le géant sourit, ému. Comme autrefois !
Un instant plus tard, ils étaient assit à une table, avec les autres clients que la curiosité avait tirés de la torpeur. Julien se sentait un peu oppressé mais n'en dit rien.
-Alors quel âge ça te fait ?
-Dix-neuf ans, à peu de chose près.
Barret soupira et leva vers lui des yeux ternis.
-Tout ce temps…Tu es resté seul ? Julien…Nous te croyons tous mort….
-Je sais. Mais je ne voulais pas rester enfermé dans vos villes prisons. Pour vivre j'ai besoin du vent, de la mer, du sable…
-Tu aurais pu te faire tuer ! Tu avais NEUF ans ! La rivière…
-…est mon amie. La preuve, j'ai vécu dix ans sans assistance de quiconque.
Les clients s'écartèrent en murmurant et en lui jetant des regards haineux. Julien se mordit la lèvre. Il s'était emporté. Ces gens avaient tout perdu, souvent même des proches à cause de la rivière, comment pourrait-il comprendre ? Marlène le regardait l'air triste et Barret de la colère au fond des yeux. Julien ravala sa salive et se leva.
-Je n'aurais pas dû venir, je suis désolé.
Il s'apprêta à quitter le bar avant de se retourner.
-Co…Comment va mon frère?
Barret se leva à son tour.
-Jack va bien, il essaye de sauver des vies !
Il n'avait pas rajouté « lui » mais on pouvait le sentir. Julien baissa la tête puis murmura un « ouais » triste avant de soupirer et de sortir du bar.
Il tenta de se lever. Mais ses forces l'abandonnèrent au cours de la manœuvre. Nerveusement, il passa la langue sur ses lèvres puis sur ses dents, il fit alors un mouvement sur lui-même qu'il ne comprit pas mais qui une seconde plus tard lui arracha un petit cri de douleur. Un goût étrange mais connu se répandit dans sa bouche. Le sang, son sang, dont la saveur éveillait ses sens, échauffait ses muscles, lui donnait envi d'en goûter plus. Il refit, cette fois consciemment, le même mouvement que précédemment et sortit ses crocs, puis les rentra. Un soupçon d'horreur le traversa. Oui, il connaissait bien cette sensation et le désir de sang, l'instinct de chasseur. Vampire. Ce mot s'imposa naturellement à lui. Oui, il était vampire. Depuis longtemps, il n'aurait pas su dire combien de temps. Il avait besoin de sang. Il venait de s'éveiller d'un long sommeil, il avait besoins de sang, c'était une sensation viscérale. Il arracha d'un geste brusque l'aiguille de son bras, il se leva sans aucun mal et sortit de la chambre. Dans la pièce suivante, un salon, il y avait un grand miroir. Mettant tant bien que mal son appétit sanglant de coté, il observa l'étranger que lui renvoyait le miroir. Des cheveux courts, d'un noir de jais, des yeux rubis et d'une forme ronde, un visage long et fin, une peau blanche comme la craie mise en avant par la tunique et le pantalon noir et ce bras métallique si surprenant. Soudain fasciné, il se rapprocha et observa chaque courbe de son corps, chaque trait de son visage. Puis baissant la tête, il posa sa main organique sur la glace. Avec un sursaut, il donna un coup brutal dans la vitre. Celle-ci vola en éclat avec un bruit cristallin, laissant la main du vampire en sang. Il la porta à ses lèvres et aspira le fluide qui n'était plus vitale pour lui. Avec un grognement, il vit dans les restes du miroir ses yeux s'étrécir et ses crocs sortir d'eux-mêmes. Sa soif totalement ravivée, il recommença à parcourir la maison. Ses sens décuplés lui signalaient une chaleur dans le froid ambiant, un corps, vivant et palpitant, du sang. Il ne faisait pas attention aux pièces qu'il traversait et sortit de la vieille maison isolée. Et cette chaleur.
Red et Areris voyageaient rapidement. Grâce au chocobo d'or, une grande partie des obstacles était amoindrie. Ils étaient passé devant les restes du Gold Soccer et approchaient de la mer. La nuit tombait.
-Arrêtons-nous. Proposa Red. De toute manière, que nous arrivions aujourd'hui ou demain, ce sera la même chose.
Sans mot dire, Aeris descendit de son oiseau et s'assit dans le sable en sortant une materia. Un instant plus tard, trois murs de rocs étaient sortis du sol, les protégeant à la fois du vent et des prédateurs éventuels.
-C'est dangereux d'utiliser une matéria en pleine nature…La rivière…
-La rivière nous atteindra si elle veut nous atteindre que j'utilise ou non de la materia. Coupa la jeune femme.
Nanaki n'argumenta pas et s'assit près du feu qui venait d'apparaître sous l'injonction d'une autre boule verte. Aeris nourrit son chocobo d'or puis se coucha et regarda le ciel en silence. Red se demanda à quoi elle songeait à cet instant. A son père ? A sa mère ? A la planète ? A la rivière ?
En réalité, il était très loin de la réponse.
Julien n'avait pas pleuré, non, cela ne lui ressemblait pas. Mais il avait mal. Très mal. Sa seule famille le rejetait pour des croyances qu'il savait être sa réalité.
-Julien ! Attends !
Le jeune homme se retourna.
-Marlène ?
Elle s'avança doucement vers lui, l'air grave.
-Pourquoi as-tu dit ça ?
Julien attendit de distinguer ses yeux.
-Dit quoi ?
-Que la rivière était ton amie ? Nous avons tout perdu, toi, tes parents et moi Tifa et ma mère adoptive. Comment…Enfin, expliques-toi.
Il allait parler quand elle le coupa.
-Attends, pas ici, ce n'est pas sûr. Viens.
Elle l'entraîna avec elle dans des décombres d'une vieille masure, il y avait là un étrange parterre d'herbe. Alors que toute vie tendait à disparaître, ces plantes ressemblaient à un miracle. Marlène s'assit au milieu et tapota le sol à coté d'elle. Julien s'assit à son tour et commença à parler.
-La rivière, oui, je l'ai hais, lorsqu'elle m'a pris mon père et ma mère et je suis partit en abandonnant mon frère à cause d'elle. Mais il était stupide de la rendre responsable de tous ces événements.
-Pourtant… ?
-Pourtant rien. Oui, il est exact que techniquement, c'est bien la rivière qui tue. Mais dix ans n'auront pas été de trop pour essayer de la comprendre. J'ai toujours aimé la nature et lorsque j'ai compris que rien ne me rendrait mes parents, j'ai pris le large. J'ai étudié la rivière, je suis devenu un ami de ce qui reste de vivant. Et je me suis forgé une opinion. Tu vois Marlène, je pense que, si la rivière agit aujourd'hui en prédateur, c'est qu'elle se sent agressée, je pense que la rivière se croit menacée.
-Mais…
-Examinons veux-tu, les possibilités. Première hypothèse, Jénova a survécu.
-Non, Clad et les autres l'ont détruite. Et puis…Et puis, la rivière n'a jamais fait ça avant…
-Ce sont les barrières auxquelles je me suis arrêté, elles ne sont pas infranchissables mais suffisantes pour aller sur une autre voie. Donc deuxième hypothèse, la rivière à condamner l'espèce à la disparition, dans ce cas, amen et allez voir ailleurs. Celle-ci, c'était mon hypothèse lorsque je haïssais la rivière. Mais je l'ai réfuté, parce que la rivière aime la vie. Et qu'elle ne nous aurait pas condamné ainsi.
-Et ?
-Et la solution est sûrement ailleurs. J'ai passé dix ans à me questionner, finalement, je crois que la solution vient du passé, lors de l'épopée de Cloud et même avant. Je pense que toi, moi et les jeunes générations n'en savons pas assez. Il nous faudrait l'appui des vieux.
-C'est pour cela que tu es venu nous voir ?
-Oui, j'espérai pouvoir demander son aide à Barret. Mais c'est un peu compromis.
Il eut un petit sourire triste. Marlène prit une inspiration.
-Moi, je lui demanderai de nous aider !
Julien se tourna vers elle.
-Nous ?
-Je crois que tu as raison. En plus, si cela peut apporter de l'espoir je veux en être !
Julien sourit et…
-Merci Marlène. Je n'espérais plus personne.
Elle sourit également et demanda :
-Que vas-tu faire ?
-Chercher encore, j'ignore où mais avec toi de mon coté, je me sens de toutes les forces.
La jeune femme réfléchit un instant et son visage s'éclaira.
-Pourquoi n'irais-tu pas du coté du réacteur souterrain ? Il y a le cap'tain Cid et Shéra.
-Et Jack…Fit-il en avalant difficilement sa salive.
-Justement, il est temps que vous vous retrouviez, non ? Et puis…Je suis sûr que vous avez des choses à vous dire.
Julien ferma les yeux puis...
-Tu as raison. Je vais y aller.
Ils se levèrent et restèrent un instant gêné l'un et l'autre.
-Il faut que j'y aille, les clients….
-Oui et plus tôt je partirai, plus tôt j'arriverai…
Ils s'entreregardèrent.
-Julien…
-Marlène…
Ils se penchèrent l'un vers l'autre et leurs lèvres s'effleurèrent. Puis s'embrassèrent.
-Bonne chance…Murmura la jeune femme.
-Je reviendrai te voir dès que j'aurai du nouveau.
En le regardant partir la jeune femme eut un étrange pincement au cœur.
« C'est trop tard. Elle m'a eu. Je me sens vide. Comme la première fois. C'était il y a si longtemps. Vingt ans peut-être. Tifa…Je voudrais mourir et te rejoindre… »
Julien prit une profonde inspiration. Le réacteur avait tout à coup un air peu engageant, alors qu'extérieurement rien ne montrait sa ruine ou sa désolation. Si Jack s'y trouvait, que lui dirait-il ? Le temps qu'ils n'avaient pas passer ensemble, ils ne pourraient pas le rattraper. Qu'avaient-ils à se dire ? Julien avait une vision de la vie qui lui était propre et qui lui valait beaucoup d'inimitiés. Comment réagirait Jack à cela ? Qu'était-il devenu sans lui ? Lui en voudrait-il d'être parti sans un adieu ?
Mais ce n'était pas le moment de se questionner ainsi. Il y avait plus urgent à accomplir. Prenant une inspiration, il suivit une rangée de derricks qui envoyaient des ombres mouvante sur un sol détrempé et verdâtre. Puis il dépassa un tas de caisses éventrées et laissées à l'abandon pour rejoindre une trappe à moitié obstruée par une planche de bois pourrissante. Il allait l'écarter lorsqu'un petit bruit qu'il reconnu clairement comme la suppression du cran du sûreté d'un révolver l'arrêta. Presque immédiatement une voix de femme, sèche et rocailleuse brisa le silence de l'ancienne forêt de Junon.
-Plus un geste mon mignon. Poses tes fesses sur cette caisse et bouges plus.
Doucement Julien s'exécuta en se retournant pour regarder son agresseur. C'était une femme brune d'un âge indéfinissable, grande, avec des lunettes noires brisées et des vieux vêtements de pilote qui aurait du retourner à la cendre depuis longtemps. Il la vit prendre une radio et la porter à son visage.
-Cap'taine. C'est Cécile, on a un intrus.
Puis elle rangea la boite noire et fit une petit moue soupçonneuse.
-Ton nom ?
-Julien Reeves.
-Qu'est-ce tu fous là ?
-Je viens voir Cid Hightwings.
La brune pencha légèrement la tête sur le coté.
-Ton visage m'est familier. T'aurais-je déjà menacé ?
Julien rit franchement de son rire agréable d'adulte enfant.
-J'en doute fort. Un femme avec de tels arguments, je ne l'aurais pas oublié.
Puis il se rembrunit.
-Peut-être un jumeau.
Mais son visage ne resta pas fermé bien longtemps. Il répondit à la question suivante avec le même sourire qui lui avait gagné des bonbons de toutes les amies de sa mère lorsqu'il était enfant et qui aujourd'hui encore séduisait n'importe quelle femme.
Cid baissa sa radio, un espoir irrationnel lui enserrant le cœur. Peut-être qu'enfin, après trois ans de pérégrination…Sans prendre la peine de prévenir qui que se soit, il se précipita vers l'échelle de sortie. Jack, qui sortait du dortoir avec deux de ses amis, Glenn et Irina, au moment où la tempête humaine passait dans le couloir, fronça les sourcils. Mais il se dérida en sentant le duvet des lèvres d'Irina sur les siennes et ne pensa plus aux turpitudes de son père adoptif et capitaine.
Cid fut rapidement déçu en découvrant l'homme que Cécile tenait à moitié en joue. L'homme souriait et plaisantait avec la garde à propos de la ligne de derrick. Un grand charme et une voix agréable émanaient de lui. Cela ne fit que renforcer sa mauvaise humeur. Il toussota de façon menaçante, faisant cesser le débit de parole du barbu et attirant deux paire d'yeux sur lui. Barbu d'ailleurs dont la tête crasseuse lui était très familière sans qu'il put la resituer.
-Et bien, j'espère que je ne dérange pas, Cécile ?
Mais avant que la femme ait pu répondre, Le jeune homme se leva et sourit.
-Bonjour Cap'taine !
Aïe ! Visiblement, si le regard de Cid avait pu lancer des éclairs, il aurait sans doute dépasser les cinq milles volt. Ce n'était pas bon signe du tout. Il était identique à son souvenir. Ou peut-être avait-il un peu vieillit. Mais pour le jeune Julien de dix ans, il appartenait alors déjà à la classe des vieux de la vieille. Il prit un sourire engageant. Mais il savait d'expérience avoir moins d'efficacité sur les hommes que sur les femmes. D'ailleurs, illustration ici en direct, avec un regard cette fois qui pourrait bien le tuer.
-Qui t'es toi ?
Julien serra les dents au ton polaire employé.
-Julien Reeves.
La cigarette tomba de la bouche d'un Cid hébété.
-Ju…Julien ( Le jeune homme eut un sourire d'excuse ) ¨µ£§ :;!ù$$ !!!!! C'est bien toi, t'es le portrait de Jack ! Sacrebleu ! Mais, où étais-tu toutes ces années ? Comment as-tu survécu ?
Ainsi, Jack avait raison. Il était toujours vivant. Jamais, que se soit enfant ou adolescent, jamais le plus jeune des jumeaux n'avait admis la mort de son aîné. « Il est en vie, je le sais, je le sens. ». Il y avait quelque chose de terrible dans cette assurance confiante.
Ils se contemplèrent longtemps avant que Cécile ne s'écarte et ne reprenne son poste ; alors Julien brisa le silence.
-Est-ce que…Est-ce que je pourrais vous parlez ?
Cid eut un sourire ironique.
-C'est ce que tu fais depuis tout à l'heure, mais je t'en pris, continue.
Désarmé et incertain, Julien avait l'air perdu. Cid eut un bon rire à cette vue.
-Allons, je te fais marcher fils ! Viens en bas, j'en connais un qui n'a cessé d'attendre ton retour !
Jack…Alors, le moment était venu. Anxieux comme il ne l'avait jamais été, Julien mis un temps à suivre Cid, qui se retourna pour le regarder.
-Comment va-t-il ?
-Qui ? Jack ? T'as peur de sa réaction, hein ?
-Oui …Un peu…
Cid alluma une autre cigarette et la mâchonna un moment pendant que Julien attendait sa réponse.
-Honnêtement, je sais pas quoi t'dire Ju. Il est assez imprévisible.
Julien hocha lentement la tête. Il essayait de ne pas avoir trop d'espoir, mais il avait tellement envie de retrouver cette complicité qu'il avait détruit en partant, par égard pour sa propre liberté et sa propre douleur. Il n'avait pas été là pour celle de Jack. Avec un peu de chance, il n'était pas trop tard. Il descendit à la suite de Cid et le suivit au travers des couloirs du réacteur jusqu'à un encadreuse de porte ouvrant sur une vaste pièce où une vingtaine de personne bavardaient autour d'un plat fumant. Et l'une d'entre elles était comme un reflet de lui-même.
Aeris regardait sans les voir le ciel et la mer. Sur le dos de son chocobo, à une telle allure, elle n'avait à s'occuper de rien. Sauf de Red et de sa façon de presque enfoncer ses griffes dans les plumes du volatile ( ce que le dit volatile n'apprécierait certainement pas). Ses pensées étaient toutes entières tournées vers un seul point, un regard, un regard vert mako, des yeux en forme de pétales…
Quand est-ce que son obsession pour lui avait commencé…Elle ne s'en rappelait pas. Peut-être dès la première fois. Elle avait dix ans et lui dix sept… Il l'avait croisé au détour d'un couloir dans leur maison, alors qu'elle pleurait. A cause de cet homme, ce Vincent, et de ce qu'il avait fait à…non, avec sa mère. Il l'avait d'abord juste regardé, de son regard étrange et luisant. Puis, il l'avait pris par la main et, lorsqu'elle avait résisté, l'avait forcé à le suivre dans une chambre. Là, il l'avait prise par les épaules et lui avait parlé avec très peu d'égard, en lui disant que les larmes était l'arme des faibles et qu'elle devait apprendre à ne pas se reposer sur les autres et à ne tenir aucun compte de leurs agissements dans ses propres décisions. Pour la première fois, sans utiliser les mots qu'il aurait peut-être fallu, on lui avait parlé comme à une adulte. Et c'était agréable pour la petite fille à la froide maturité qu'elle était. Oui, il avait su comment la séduire, de manière inconsciente. Plus tard, lorsqu'elle l'avait revu, l'année de ses quinze ans, elle n'avait vu que sa grâce féline, son assurance au combat. Et sa manière arrogante et ironique de la regarder ou de l'ignorer. Et plus il l'ignorait, plus elle faisait des efforts pour qu'il la remarquât. Après cela, elle en était consciente, toutes les choses qu'elle avait entrepris, toutes les décisions qu'elle avait prise, elle les avait dans sa tête, soumises au jugement de cet homme froid et cynique. Même si elle ne l'avait plus revu depuis, il continuait à la hanter. Elle l'aimait, ou du moins c'est ce qu'elle pensait, puisque aucune autre explication ne semblait valide. Toutefois, l'amour n'était-il pas sensé se fonder sur la douceur, la tendresse et l'attention mutuelle ? Rien à voir avec ce qu'elle imaginait lorsqu'elle pensait à lui. Elle voyait des éclats de voix et de colères, des phrases acides et des étreintes brûlantes et passionnées. Mais elle n'arrivait pas à imaginer une soirée au coin du feu à se susurrer des mots doux ou à jouer avec des enfants comme en avaient beaucoup passé ses parents. Mais elle savait d'hors et déjà que ce n'était pas son caractère à elle et pas non plus celui de son obsession. Elle avait besoin de challenge, de rage et de colère, de haine peut-être, de jalousie et même d'indifférence. Et quelque part, elle était certaine qu'il était comme elle. Les quelques relations qu'elle avait eues l'avaient dégoûté. Tous la voulaient tendre et soumise, ou obéissante à leurs caresses, ou alors ils étaient prêts à se soumettre à ses moindres désirs. Mortellement ennuyeux et tellement agaçant, tout cela. Aucun ne voulait être libre ou la laisser libre de leur relation. Mais elle était comme cela, un aigle, un faucon, libre et sûre d'elle. Prenant son envol dès qu'elle le pouvait. Dès qu'elle le voulait. Personne n'avait le droit, ni même ne pouvait, la mettre en cage ou la restreindre. Elle irait où elle voulait, vivrait ce qu'elle voudrait. Et Nemo seul pouvait comprendre cela.
Marlène inspira un grand coup et ouvrit la porte branlante de la chambre de son père. Leur dispute ne datait que de deux jours, et habituellement, elle aurait laissé les choses se tasser un peu plus longtemps. Mais là, elle n'avait pas le temps pour ça. Elle revit le regard rêveur de Julien et cela raffermit sa résolution. Elle entra dans la chambre miteuse. Une brusque odeur de fumée épaisse lui envahit les narines.
-Papa, il faut qu'on parle.
Silence. Bon, et bien c'était mal parti.
-Papa, tu arrêtes de faire l'imbécile ?
Toujours rien. Barret ne la regardait pas, ni ne reconnaissait sa présence.
-Paapaaa… Chantonna-t-elle, avec un sourire affectueux. Arrête de faire ta tête de mule, tu sais au fond de toi qu'il n'a pas tout à fait tord. Julien n'a jamais été comme les autres, même Jack était différent de lui. Il a une compréhension des choses vivantes aussi grande que sa compassion. Tu lui as fait mal en parlant comme tu l'as fait.
Un grognement furieux lui répondit et la voix gutturale de Barret fit trembler les vitres.
-Et Tifa ? Et la mère d'Aeris, ta belle mère ? Et les gens d'ici ? Si la rivière est son amie, il n'a qu'à la convaincre d'arrêter de tuer…
Marlène leva les yeux au ciel avec un soupir.
-Ca n'est pas aussi simple et tu le sais. La rivière n'a pas de conscience du bien et du mal. Elle réagit lorsqu'elle se sent menacer, sans choisir ses victimes, elle n'est ni bonne, ni mauvaise. Elle est. C'est tout.
-C'est tout ! Hurla Barret. Comment ça, c'est tout !
Marlène sourit.
-Tu vois, toi aussi ça te révolte, et tu ne supporterais pas de rester sans rien faire. Alors aide-nous, papa, on a besoin de toi. Julien veut faire quelque chose. Et je pense…non, je sais, qu'il y arriveras.
Le géant se tourna vers elle, subitement calmé.
-Tu as dit que tu l'aimais. Mais tu ne sais rien de l'homme qu'il est devenu.
Marlène sourit doucement et secoua la tête.
-J'en sais suffisamment, papa. Une femme sait ce genre de chose. Il y a tant de passion dans son regard. Et pourtant, il est toujours tendre comme seul peut l'être un enfant. Il a besoin de moi. Et cela, c'est unique. Peut-être que cet amour et éphémère, soit. Mais sa cause ne l'est pas. Et je le soutiendrai. Je veux faire quelque chose, papa.
Barret soupira, puis sourit.
-On dirait que je connais bien mal ma petite fille adorée finalement. Mais tu as raison. Si on peut donner de l'espoir aux gens…Alors faisons le.
Marlène se jeta spontanément dans ses bras.
-Merci, papa.
L'arrivée de Cid et de Julien était passée complètement inaperçue dans le réfectoire. Les discussions, la plupart techniques, concernant le réacteur et ses annexes n'avaient pas cessée. Jack écoutait attentivement Glenn parler de la remise en état du système C hydraulique, tout en caressant distraitement le dos cambré d'Irina, lorsqu'il sentit un regard insistant posé sur lui. Tournant naturellement la tête, il croisa le regard ennuyé de Cid, et dans un même mouvement alors qu'il fronçait les sourcils, celui de Julien. Sa main lâcha la taille d'Irina, mais rien sur son visage n'indiquait sa surprise. La jeune femme, une blonde aux yeux pervenche, tourna la tête également et Glenn, roux joufflu et rougeaud, s'interrompit.
-Jack ? S'enquit la voix douce d'Irina.
Mis le jeune homme était incapable de répondre. Une chaleur bienfaisante envahissait ses membres et il entrouvrit les lèvres pour prendre son souffle, et ce souffle était celui qu'on lui avait retiré dix ans auparavant. Irina se pencha en arrière et vit immédiatement le visage de l'homme qui accompagnait son capitaine. Elle se rembrunit et une moue boudeuse se dessina sur son visage avant qu'elle ne se reprenne. Elle avait trop entendu parler de ce frère disparu pour ne pas savoir qui était Julien. Et elle savait aussi qu'il avait une place dans le cœur de son Jack qu'elle n'aurait jamais.
Jack, une fois remit de sa surprise, réfléchit rapidement à la conduite à tenir. Il pouvait se lever et se jeter dans les bras de Julien, comme il en avait l'impulsion. Mais non. A quoi bon ? Il n'était pas porté dans la tendresse dans son enfance. S'il voulait retrouver Julien comme autrefois, il fallait qu'il agisse comme tel. Et puis, il lui avait fait trop de mal. Il se contenta donc de le regarder.
Julien était mal à l'aise. Il s'était attendu à ce que Jack se lève, se jette dans ses bras, l'engueule, se tire, pleure…Enfin, quelque chose quoi. Pas ce regard neutre et ce silence qu'on aurait pu qualifier de courtois en d'autre circonstance. Jack ne l'avait-il pas reconnu ? Ce serait vraiment curieux. Il jeta un coup d'œil à Cid qui secoua la tête, puis il s'avança vers la table et s'arrêta devant Jack qui était resté assis et continuait à le regarder. Il voulait le saluer, rire ou pleurer mais un « Jack » enroué fut tout ce qui pu sortir de sa gorge.
-Salut, Julien. Répondit tranquillement Jack en se levant finalement et en lui donnant une légère tape sur l'épaule.
Puis après un bref silence.
-Ca fait un bail.
-C'est tout ? Cid venait à la rescousse de Julien. Bon sang, Jack, ça fait dix ans que tu nous fais chier avec ton frère et…C'est tout ?
Jack tourna les yeux vers lui et haussa les épaules.
-Dîtes-moi, Cap'taine, ce que je devrait dire ?
Cid resta sans voix. Jack ne semblait pas du tout affecté par l'arrivée de Julien. Il s'était attendu à une réaction défensive, certes, mais pas à celle-là. Irina se leva à son tour. Elle ressentait la retenue de son compagnon comme une victoire pour elle. Jack lui sourit, intime. Puis se tourna vers Julien.
-Je te présente Irina. Ma fiancée.
Julien la regarda pour la première fois. Et elle était doublement satisfaite. A la fois parce que c'était la première fois que Jack évoquait une relation aussi profonde avec elle (et cela suffisait à la faire rougir de plaisir) et parce qu'il y avait de la déception dans les yeux de cet intrus. Elle se savait égoïste. Elle l'était toujours quand Jack était concerné. Il lui appartenait.
-…Et Glenn, mon meilleur ami.
Le roux se leva avec un sourire un peu gêné. Partager Jack avec Glenn, ça, ça ne la dérangeait pas. Glenn était par tous les angles absolument adorable, gentil et aussi prévisible qu'un chocobo apprivoisé. Et puis il était trop effacé pour lui faire de l'ombre. Pas comme Julien. Lui. Elle ne dit rien, se contentant de se rapprocher de son petit ami.
-Jack. Murmura Julien, désarmé, ne trouvant plus ses mots face à l'indifférence de son frère. Tu…Tu m'as manqué.
Là, c'était dit. Il y avait du progrès. Mais Jack ne le regardait que par intermittence en souriant à la jeune fille aux yeux pervenche dont l'air arrogant et triomphant ne lui échappait pas. Elle ne lui était pas du tout sympathique. Pas plus que le roux. Etait-ce de la jalousie ? Peut-être. Mais rien ne le blessait autant que l'attitude de Jack. S'il avait des choses à lui reprocher, bien sur il en avait, pourquoi ne se mettait-il pas en colère ? Jack le regardait maintenant.
-Toi aussi tu m'as manqué.
Oh, cette désinvolture du ton ! Ce n'était pas son frère. Cela ne lui ressemblait pas.
-Jack, tu ne crois pas qu'on devrait régler cette histoire de réacteur avant que ça n'aille trop mal ?
Oh, Glenn, je t'adore ! Songea Jack avec soulagement. Glenn était beaucoup plus fin que les gens s'imaginaient quand il le voyait. Même Irina s'imaginait le connaître. Mais Jack tirait un grand plaisir à savoir qu'il était le seul à connaître l'étendu de l'intelligence de Glenn. Même si ça ne faisait pas honneur au roux.
-Si, tu as raison ! S'empressa-t-il de répondre tout en prenant soin de rester désinvolte. Excuse-nous, Julien, mais ça ne peut guère attendre. Si tu restes, je te verrai au dîner.
Julien était trop interloqué pour répondre. Même quand Julien passa devant lui en le frôlant, il ne réagit pas. Il se sentait vide. Il avait envie de pleurer. Mais il ne ferait pas ce plaisir à cette teigne blonde. Il se détourna, « Oh non, tu ne t'en tireras pas comme ça ! », et suivit Jack dans le couloir. Il le rattrapa et l'attrapa par le bras.
-Jack ! Si tu as quelque chose à me dire, pourquoi attendre le dîner ?
