En raison du grand nombre d'encouragements de votre part, je vais continuer à commettre mes méfaits. Mais soyez prévenu : vous êtes désormais complices de ce qui va suivre.

Les guerres intersidérantes.


Livre IV (mais le 1er) : Un nouveau désespoir.

Je sais, le jeu de mot est facile. Mais il fallait que je le fasse. Il le fallait.


Chapitre 1 : La grande braderie.

Bon. Commençons par planter le décor.

Comme la grande majorité des planètes de cette histoire, celle-ci ne contient qu'un seul type de territoire. Ici, il s'agit d'un désert de sable. La planète entière n'est qu'un immense désert de sable, sans le moindre plan d'eau, sans la moindre végétation.

Autant vous dire que c'est comme dans les pays du golfe : l'eau potable est une denrée rare, donc chère.

Sauf qu'ici il n'y a pas de pétrole, et tout le monde est pauvre.

En tout cas, revenons à notre personnage principal : Luc Courleciel. Oui, ça pue du zguègue comme nom de famille, mais dites-vous bien qu'il n'est pas de moi : il a officiellement été utilisé pour la promotion du film, à l'époque de sa sortie. Mais soyons honnête : le nom original, quand on y réfléchit, est tout aussi ridicule (la seule différence, c'est que comme on y comprend rien, ça passe).

Bref.

Luc est un jeune orphelin élevé par son oncle et sa tante (comme tous les personnages de fiction de l'univers, somme toute, de Riri, Fifi et Loulou à Harry Potter, en passant par Spiderman et les orphelins Baudelaire). Déjà, dans le genre original, ça se pose là.

Mais bon.

C'est une famille sans histoire, ni riche ni pauvre, et ils sont « cultivateurs d'humidité » (ce qui, sur une telle planète est très utile). Luc aide donc son oncle et à sa tante à produire de l'eau dans leur « ferme d'humidité ».

Là encore, je n'invente rien. Je n'ai même pas besoin de me forcer avec cette histoire, c'est déjà tellement con à la base…

Qu'est-ce que j'oublie de dire à leur sujet ? Bah, on y reviendra plus tard si besoin. Imaginez-vous juste que Luc a une gueule de premier de la classe, avec une coupe de cheveux improbable et une fossette au menton.

Mais avant tout, revenons-en aux deux robots du prologue.

La capsule avait atterrit en plein milieu du désert (sans déc' ?), ce qui n'était pas fait pour : comme toutes les capsules, elle ne pouvait qu'amerrir, l'eau empêchant la destruction totale du bouzin. Mais comme il n'y avait pas d'eau et qu'aucun des deux robots n'auraient de toute façon pu viser la mer, ils s'écrasèrent. Malgré la coque de protection qui avait empêché la capsule de se désintégrer en entrant dans l'atmosphère, et malgré un système de parachute qui avait vaguement freiné l'engin, ils avaient touché le sol à je sais pas combien de kilomètre à l'heure, se prenant une décélération inimaginable de genre 4000 G d'un coup.

Ayant survécu essentiellement pour des raisons scénaristiques évidents, nous les retrouvons.

N'ayant pas d'objectif bien précis, hormis retrouver « le vieux Ben » (ce qui est peu précis comme nom, des mecs appelés Ben il devait y en avoir des dizaines de milliers sur cette planète), les robots s'étaient mis en route, avec le fatalisme propre à la machine.

Ils se dirigèrent au hasard parmi les dunes, espérant tomber sur un village ou que sais-je encore.

« Il faut que je me repose où je vais tomber en pièce, déclara S1D4. J'ai les articulations frigorifiées. »

Oui, c'est débile comme phrase. Mais c'est pas de moi, c'est dans le film. Quand je vous dis que j'ai même pas besoin de me forcer.

Ils marchèrent (enfin, D2R2 ne marche pas mais roule, mais c'est plus commode de dire ça comme ça) pendant un long moment. Long comment j'en sais rien, mais disons jusqu'à la tombée de la nuit.

« Je n'ai pas confiance, déclara S1D4. Cet endroit ne m'inspire pas confiance. »

Ils étaient dans un genre de canyon (oui : parfois, il n'y a pas de sable mais de la rocaille : ça reste du désert, on passe simplement de l'erg au reg, pour ceusses qui se souviennent de leur cours de géo).

Ils furent alors attaqués par une horde de petits bonshommes, armés de tasers.

« Gloubi-boulga toyota » déclara l'un d'eux dans une langue inconnue.

Alors les autres tirèrent sur les robots, et la décharge électrique les paralysa.

Enfin, dans le scénar du moins : un pote ingénieur me souffle qu'en fait, ça créé un court-circuit qui grille tout. Mais ça ne m'arrange pas, moi, alors je passe outre.

Les petits bonshommes, emportèrent les robots à bout de bras jusqu'à leur semi-remorque garé plus loin, et les balancèrent dedans. Il y avait à l'intérieur un paquet d'autres robots d'occasion (plus près de la casse que de l'usine, par contre : 100 000 au compteur et plus).

Tous les robots étaient allumés, et s'agitaient de manière désordonnée, comme un peu perdu. Au mépris de toute économie d'énergie, mais passons.

Revenons-en plutôt à notre héros. Les histoires de robots ça va cinq minutes.

« Luc ! gueula l'oncle Owen.
– Ouais, quoi ? répondit celui-ci en gueulant tout aussi fort. »

Il était dans sa chambre, casque sur la tête, à écouter du Led Zeppelin.

« Le dernier robot capable de déchiffrer le langage binaire des cellules du vaporateur d'humidité vient de rendre l'âme. Il y a la grande braderie en ce moment en ville, va voir si t'en trouve un. »

Luc coupa la musique.

« Fait chier. »

Oui, parce que (et là encore je n'invente rien cher lecteur) les machines qui extraient l'humidité de l'air pour produire de l'eau, ben elles n'ont pas d'interface ou quoi : il faut un deuxième robot distinct pour comprendre ce qu'elles foutent et pour les régler. Débile.

« Et prend aussi une poubelle pour ta tante, ça lui fera plaisir. »

Oui : l'oncle Owen est le genre de vieux misogynes qui n'offre comme cadeau à sa femme que des ustensiles pour les tâches ménagères. Nouvelle serpillière à la Saint Valentin, lot de poêles à l'anniversaire, sèche-linge à Noël, etc.

Mais la tante Béryle ne disait rien : comme beaucoup de femme au foyer, elle fermait sa gueule et se contentait d'une vie pathétique. Et après tout elle n'était pas à plaindre : Owen Lard n'était ni alcoolique ni violent, chose rare.

« Ouais, je vais voir ce que je trouve » annonça Luc en arrivant dans le salon.

Et c'était pas gagné : dans ce genre de vide-grenier, on vend surtout ses vieilles merdes hors d'usage.

Au sein de la grande braderie, il y avait des zones. Pour atteindre l'espace « Électro-ménager & Hi-Tech », il fallait passer par le marché aux esclaves.

Luc en profita pour zieuter un peu la marchandise féminine.

« He mon gars ! l'apostropha un marchand qui avait un accent de juif séfarade.
– Hum ? grogna Luc, trop poli pour refuser de répondre.
– Un esclave, ça te tente ? J'ai tout ce qu'il te faut ! Qu'est-ce qu'il te faut ? De bons grands esclaves costauds pour les tâches pénibles ? De jolies petites minettes pour te satisfaire comme tu le voudras ?
– Non, heu, écoutez… Je cherche des robots. C'est plus efficace et moins coûteux à l'entretien.
– Oui mais c'est de la qualité, ce que je propose !
– Peut-être, mais ça vaut pas un robot, quel que soit l'usage. C'est dépassé, l'être humain. »

C'était vrai : les tâches pénibles, les tâches intellectuelles, tout était mieux fait par un robot, et pour moins cher. Même les robots sexuels faisaient des pipes divines capables de rendre jalouse n'importe quelle pute de Bangkok.

Le marchand eu un air triste.

« Allez, mon gars, faut que je fasse tourner mes affaires : m'acheter un esclave, c'est aider une petite entreprise qui va mal. Tout le monde veut des robots, maintenant, et j'ai du mal à maintenir la tête hors de l'eau. »

Il l'attrapa par l'épaule, et le força à regarder les esclaves.

« Regarde-les, bon sang ! dit-il avec des trémolos dans la voix. Si je n'arrive pas à les vendre, je serais obligé de les envoyer à l'équarrissage, pour qu'on en fasse des farines animales et de la colle.
– Ouais, ben c'est dur pour tout le monde. Nous, on a déjà pas mal de soucis avec la ferme d'humidité, alors on peut pas aider tout le monde. »

Sur ce, il s'arracha à la poigne du marchand et reparti, fendant la foule d'un pas déterminé.

« Mince… »

Le marchand se tourna vers ses bêtes. Enfin, sa marchandise. Enfin, ses esclaves.

« Désolé, les gars… Ce sera l'équarrissage pour vous, demain. »

Ils n'eurent pas la moindre réaction. Après tout, qu'est-ce que la mort face à une vie de servitude, de brimades, de travail forcené et (pour les femmes) de viols répétés ? Ça n'est, finalement, qu'une libération, ou du moins un sort ni meilleur ni pire.

Nan, je déconne : ils eurent les chocottes grave.

Sur ce, le marchand sorti un tube de colle et la commença à la sniffer bruyamment.

« C'est bien la seule méthode de planer et d'oublier mes soucis de vendeurs ruinés » lâcha-t-il les yeux perdus dans le vide.

Si vous avez compris le truc, en tout cas lui non.

Luc arriva bientôt au stand de robots d'occasion.

« Salut, dit-il au petit bonhomme qui gérait le stand le plus prometteur (nommé « Nos beaux robots », un jeu de mot que je qualifierais de « facile », et en tout cas digne des meilleurs noms de salon de coiffure).
– Zoum zoum Astérix, répondit celui-ci. »

Il faut le savoir, les petits bonshommes sont de véritables marchands de tapis. Je vous préviens, comme ça vous le saurez si un jour vous en croisez un.

« Alors voilà, il me faudrait une poubelle automatique et un robot capable de déchiffrer le langage binaire des cellules du vaporateur d'humidité. »

Le vendeur lui désigna D2R2.

« Legoland nuoc-mâm, annonça-t-il. »

Luc jaugea le robot du regard.

« C'est vrai qu'à ce prix-là, ça vaut le coup. Et avec la fonction compactage, c'est quoi la capacité totale en litres ?
– Total Recall wonderbra !
– Ah ouais, pas mal. Je le prends. Et pour l'autre ? »

Le petit bonhomme le conduisit devant S1D4.

« Bla bla panaché. »

Luc eu l'air suspicieux.

« Vous êtes sûr ? On dirait un droïde sexuel…
– Mégaman turlute ! Jéricho.
– Ah bon, ben c'est d'accord alors. »

Luc paya et embarqua les deux robots.

Autant vous le dire, lecteurs : si acheter D2R2 était une assez bonne affaire, lorsque Luc a acheté S1D4 il s'est fait mettre bien profond.

Mais voyons plutôt la suite.

Luc rentra chez lui, et se mit au travail pour retaper et formater les deux robots.

C'était un as du bricolage, le Luc. Passionné de mécanique, son rêve était de devenir pilote de vaisseau spatial.

Le problème c'est qu'il était pauvre et ne pouvait pas espérer un jour quitter son bled.

Il n'avait d'ailleurs pas les moyens de se payer des études.

En fait, la seule solution pour lui, c'était d'entrer dans l'armée. Il pourrait voler, et on lui paierait ses études s'il survivait à sa période d'engagement.

Mais son oncle refusait. Il avait besoin de lui à la ferme, pour l'aider. Les ouvriers agricoles ça coûtait cher, Luc rien du tout (sauf la bouffe).

Pendant que S1D4 trempait dans un bain d'huile (pour heu… j'imagine pour décoincer les grains de sable on va dire), Luc s'occupait du robot poubelle-broyeur.

« Faut je réinitialise ta mémoire, mon gars. C'est comme avec les imprimantes : les fabricants ont tendance à brider les capacités des poubelles automatiques. Elles annoncent qu'elles sont pleines alors qu'il y a encore un peu de place, et comme ça on les vide plus souvent et donc on consomme plus de sac poubelles ! »

Heureusement, Luc sait y faire.

« Tiens, il y a un fichier bizarre dans la mémoire. Une vidéo ? »

Curieux, il lança le mp4.

Une jeune bombasse (de son point de vue en tout cas) apparu alors.

« Aidez-moi, Ben Kéno-Bite. Vous êtes mon seul espoir. J'ai réussis à obtenir les plans de l'étoile de la mort qui tue, mais mon vaisseau vient d'être arrimé et je ne pourrai pas les faire parvenir aux rebelles… »

Et la vidéo continuait, avec des explications sur ce qu'il convenait de faire.

« Ben v'là aut' chose… » lâcha Luc.