Chapitre 2 : Chez le vieux Ben.

Luc, qui se fait grave chier dans sa vie et flaire une bonne occasion d'aventure, décide de partir à la recherche du fameux « Ben Kéno-Bite ».

Il y a justement un gus de ce nom-là dans le coin, et ça pourrait être lui (quoi que, là encore, sur une telle planète, il doit y avoir quarante ou cinquante mille homonymes, mais passons).

Enfin, « dans le coin »… Disons que dans un désert où le voisin le plus proche est à cinq bornes, le vieux Ben habite à quatre heures de route. Luc le connaît de nom, essentiellement parce que le mec passe régulièrement dans les journaux pour attentat à la pudeur ou des trucs du genre.

Le lendemain matin, donc, très tôt, Luc piqua la bagnole de son oncle pour faire le trajet. Il part vers l'inconnu, espérant bien une intrépide aventure.

Il embarque les deux robots, et zou !

Oui, les deux. On sait pas trop pourquoi il emmène S1D4, mais c'est un personnage principal donc il faut bien en faire quelque chose. D2R2 est manifestement le seul qui compte, puisque c'est lui qui contient l'appel à l'aide de la princesse Orgasma, mais il ne faut pas être trop regardant sur le scénario. Habitue-toi dès maintenant, lecteur, car il semblerait que les scénaristes aient chié dans leurs propres mains avant de nous pondre ça, donc attends toi à un paquet d'autres trucs bizarres.

Bref. Voici donc Luc et les deux robots en route vers leur destin. Comme quatre heures c'est long et qu'un robot c'est limité niveau discussion, Luc a allumé la radio et mis Nostalgie.

Oui, S1D4 parle, en théorie, mais il est très chiant donc un peu de musique c'est tout aussi bien.

C'est une rétrospective sur Claude François (oui, c'est revenu à la mode à ce moment-là).

Après quelques heures de route, le GPS annonça qu'on s'approchait de chez le vieux Ben.

Bon, c'est un putain de désert, donc le GPS, depuis le départ, gueule toute les cinq minutes « continuez tout droit » et parfois « vous déviez légèrement de votre trajectoire, allez encore plus tout droit que ça ».

J'y pense, d'un coup. Ils ont des vaisseaux spatiaux et des putains de trucs trop moderne, mais la voiture automatique, toujours pas ? C'est bien triste le futur. Obligés de conduire avec ses mains et tout…

Bref.

Tout d'un coup, un ballon traversa la route, suivit d'un petit enfant qui courrait. Luc enfonça à fond la pédale de frein et donna un gros coup de volant, mais renversa quand même le malheureux bambin.

Rien de bien grave en vrai : l'enfant est passé direct sous les roues donc le pare-choc est nickel.

Mais Luc, bêtement, décida de s'arrêter pour vérifier si l'enfant allait bien.

Grave erreur, sur le Paris-Dakar on leur conseillait de pas s'arrêter, car le risque était de se faire mettre en pièce par la population locale.

Bon, l'enfant est apparemment mort, en tout cas inconscient, mais Luc n'a pas le temps de vérifier plus que cela : il est rapidement attaqué par les affreux Bonshommes des sables.

Alors pour tout vous dire, ces gens-là semblent être des bédouins arabes avec des chameaux et tout le bordel. L'enfant est semble-t-il un de leur, alors ils sont chiffonnés. Voire énervés. Voire prêt à lyncher Luc sans autre forme de procès.

« À mort ! hurlaient certains bédouins. »

Luc tenta de remonter fissa dans la voiture, mais il fut attrapé par une quinzaine de mains et jetés au sol.

Oui, l'un des types est manchot.

« Non, c'est un accident ! hurla Luc. J'ai pas fait exprès, lâchez-moi ! »

Mais rien n'y fait : Luc est assommé à coup de masse et les robots capturés (ça peut se revendre).

Les affreux bonshommes des sables traînèrent alors Luc inconscient et l'un d'eux sorti une corde. Ils semblaient bien décidés à le pendre sans autre forme de procès. Bon, y avait pas d'arbre, mais une strangulation ça marche tout aussi bien, après tout.

Alors que tout espoir est perdu pour notre héros (enfin pas vraiment, on sait qu'il est le héros et que ça va durer au moins trois films), un homme mystérieux surgit d'entre eux les… euh… Arriva d'un coup au milieu de cet immense désert qui décidemment recèle bien des surprises alors qu'on devrait voir arriver n'importe qui à trente bornes.

Poussant des hurlements bizarres et agitant les bras tel un dément, il mit en déroute les méchants bédouins.

Sans même se battre. Apparemment les mecs ont peur de lui. Ils laissèrent tout sur place, y compris la voiture, les deux robots et la corde.

L'homme encapuchonné (en fait c'est ça que ça veut dire « mystérieux ») adossa Luc contre la calandre de la voiture et l'aida à reprendre ses esprits.

« Mais vous êtes Ben ! » s'écria Luc en se frottant la tête, sans savoir s'il avait juste un hématome où s'il avait le crâne ouvert.

Donc on découvre que c'est Ben. Comme de par hasard. Putain de scénar.

« Qui d'autre ? Je suis le seul habitant à trente lieues à la ronde ! répondit l'homme.
– Pas faux… reconnu Luc en voyant sa main pleine de sang, signe d'une bonne plaie à l'arrière du crâne.
– J'ai de quoi te recoudre chez moi. Du fil de pèche ou du fil de boucher, comme tu préfères.
– Y a pas d'eau pour pécher sur cette planète.
– C'est un vieux reste de quand j'habitais ailleurs. Comment connais-tu mon nom ?
– Je vous ai reconnu. La police locale fait souvent afficher votre photo dans les journaux pour mettre en garde les gens.
– J'ai le droit de vivre nu sur mes parcelles de terres, quand même ! Je suis encore chez moi !
– Non, c'est illégal. Et vous traumatisez les bédouins de passage.
– Oui, alors te plains pas, petit ! Heureusement que je passais par là pour mettre en déroute ces bougnoules de nomades, sinon tu serais mort à l'heure actuelle. »

Sur ces belles paroles pleines de sagesse et de tolérance, les quatre personnages embarquèrent dans la bagnole, direction la maison de Ben.

Bon, je dis maison, mais c'est un genre de vieux machin à la mexicaine.

L'intérieur est un vaste souque : Ben, on dirait bien, accumule compulsivement tout ce qu'il peut. Des piles de journaux, des appareils électro-ménagers et des meubles entassés, des bouteilles vides, des livres, et tout un tas d'autres conneries que j'ai la flemme de détailler.

Il est manifestement atteint par le syndrome de Diogène, avec syllogomanie et tout le bordel. Il a même une collection de cartes téléphoniques. Des cartes téléphoniques, putain !

Mais on le savait déjà : Ben est dérangé, un peu bizarre. Vaguement mystique, aussi, vous allez voir ça juste après.

« Tu veux un truc à boire ? J'ai du Pulco.
– L'eau est fraîche ?
– Évidemment que non.
– Alors une bière, plutôt.
– Vendu ! »

Ben sortit du frigo deux bières, et les décapsula avec les dents.

« Alors, qu'est-ce que tu viens foutre par ici, petit ?
– Ben je vous cherchais. »

Le vieux Ben fronça les sourcils.

« Chuis sur le cul, personne vient me voir d'habitude. Enfin, sauf la police, bien sûr. Qu'est-ce tu veux ? »

Luc lui montra D2R2.

« Il y a un message pour vous, là-dedans. »

Ben fronça encore plus les sourcils.

« Fais écouter. »

Luc lança le message.

Là, Ben fronça tellement les sourcils qu'ils lui touchèrent les pommettes.

« Vous comprenez ces histoires ? demanda Luc après la fin de l'enregistrement.
– Ouaip. J'en ai bien peur. »

Il s'assit dans un fauteuil (ou plutôt sur un pile de livre avec deux piles de journaux comme accoudoirs), et resta à méditer sans un mot.

Luc n'osait pas parler, de peur de déranger le vieux sage dans ses réflexions, alors il resta à siroter sa bière et à réciter l'alphabet en rotant. (Oui, c'est un jeune après tout, faut pas l'oublier.)

« J'ai bien connu ton père, tu sais, annonça finalement le vieil homme.
– Comment c'est possible ? s'étonna Luc. Je l'ai pas connu, moi. »

Les rumeurs semblaient dire vrai : il était un peu fou.

« Mais c'est une époque lointaine, continua-t-il sans détourer le regard d'une vieille cafetière. Ton père était alors un grand Djédaille…
– Ah. Z'êtes sûr ? Parce qu'en vrai dans la famille on est paysan de père en fils depuis la nuit des temps, en fait.
– C'est que Owen et Béryle t'ont faire croire en tout cas. Il y a une exception dans ton arbre généalogique de bouseux : ton père. Il a quitté cette planète misérable et a fait de grandes choses. Mais il a fini par se faire tuer par Vador le Sombre… »

Luc n'y croit pas trop, et se dit que le vieux délire, le confond avec quelqu'un d'autre. Mais quand même, il lui a donné le nom de son oncle et de sa tante. Peut-être une coïncidence : il aurait reconnu Luc et connaîtrait vaguement les époux Lard.

M'enfin ça intrigue Luc, tout ça.

« J'ai rencontré ton père sur cette planète alors qu'il était encore enfant. J'étais jeune moi aussi à l'époque… Il vivait avec sa mère, Shifoumi, qui disait qu'il n'avait pas de père, et qu'elle était vierge. En vrai je pense qu'elle s'était faite engrossée par le premier venu au bal de fin d'année et… mais je m'égare. »

Là, ça devenait flippant.

« J'ai assisté à ta naissance. C'est ce jour-là que ta mère est morte en couche. Le doc a dit qu'elle n'avait plus la force de vivre, et qu'elle est morte de désespoir. Moi je crois surtout qu'elle s'est vidée de son sang comme un porc égorgé. Ce doc était un charlatan et il s'est enfuit sans laisser d'adresse avant qu'on puisse porter plainte. Non mais quand même : mourir parce qu'on a plus la force de vivre, ça ne veut rien dire… »

Sur ce, comme si quelque chose lui revenait subitement à la mémoire, il partit fouiller son tas d'immondices et en sortit un genre de tube bizarre, avec des boutons sur le côté et tout.

« Ce sabre laser a appartenu à ton père. »

Luc regretta ne pas avoir fui discrètement pendant que le vieux avait le dos tourné à chercher le sabre.

« À mon père, ah ouais. Bien sûr.
– Il est à toi. »

Le vieux Ben lui tendit l'engin. Luc n'en revenait pas : s'il fonctionnait, l'objet valait au moins six mois de salaire.

Comme un cadeau, ça se refuse pas, Luc le prit.

« C'est d'ailleurs avec ce même sabre laser que ton père a tué des dizaines d'enfants lorsqu'il a ravagé le temple des Djédailles. » lança alors Ben, négligemment.

Autant vous dire que ça jeta un froid.

« Mais putain c'est glauque.
– J'aurais peut-être pas dû te raconter cette partie-là de l'histoire… Bref. Faut quand même que tu le prennes et que tu t'en serves. »

Il se rassit et prit une minute de réflexion les yeux fermés.

Enfin, il s'endort comme une loque, mais comme il est vieux ça fait comme un sage en méditation.

Il rouvrit les yeux.

« Bon, écoute. Il faut que je prenne ces robots et que je les apporte au sénateur Orgasma, sur Aldorande. »

Luc était pas convaincu convaincu.

« Bin c'est-à-dire que mon oncle vous laissera pas partir comme ça avec ses robots.
– Oui, c'est bien normal. Alors je te propose ceci : on va aller voir ton oncle et ta tante, et je vais leur proposer de racheter D2R2 à un bon prix.
– Et S1D4 ?
– Ah ça je vous le laisse, je m'en fous pas mal. »

Luc soupira.

« Ça a l'air pas mal comme aventure. J'aimerais bien vous accompagner, mais on a besoin de moi à la ferme. C'est bientôt les vendanges. »

Oui, je sais que dans le chapitre précédent on apprend que l'oncle et la tante de Luc ont une « ferme d'humidité » pour produire de l'eau. Ça devrait fonctionner pareil toute l'année, ça, mais ici le film dit bien que l'oncle de Luc a besoin de lui pour la moisson qui arrive dans six mois.

Moi non plus j'y comprends rien à ce putain de scénar. Il fallait juste un genre de truc pour retenir Luc à la ferme et ils ont pris le premier truc auquel ils ont pensé.

Bon, évidemment, on sait qu'il va finir par partir à l'aventure. C'est le héros après tout. Nous verrons dans le chapitre suivant comme qu'il va faire pour faire ça.