Chapitre 6
Hermione sentit son sang se glacer dans ses veines, alors que la sœur de Ron la regardait, les sourcils haussés. Lentement elle baissa les yeux sur la cape que Malefoy lui avait enfilée pour qu'elle sorte sans être vue de la salle commune des Serpentard, où son nom était épinglé, et qui, en raison de la grande taille du jeune homme, dépassait largement les délicates chevilles de la Gryffondor. Désorientée, Hermione chercha une raison pour justifier sa tenue.
_ Et bien…. C'est… je crois que je…
_ Hermione, est ce que… par hasard…, commença Ginny. Toi et Malefoy vous…
_ Quoi ? Non ! s'écriant Hermione d'un ton tranchant.
D'un geste sec, elle enleva la cape du jeune blond, et la fourra sous son bras en prenant soin de cacher le blason de Serpentard et la capuche doublée couleur vert bouteille de la robe.
_ C'est une série de circonstances fâcheuses, c'est tout, tu penses bien qu'un Serpentard comme lui…
_ C'est lui qui t'a donné cette cape, n'est ce pas ? coupa Ginny. Tu ne peux pas dérober quelque chose à Malefoy comme ça, tu n'es pas une voleuse. Et oui, pourquoi un Serpentard comme lui prêterait un vêtement à une personne qu'il considère comme inférieure à lui ?
La question choqua Hermione, et elle se rendit compte qu'elle n'avait pas de réponse. En effet, rien n'avait obligé Malefoy à l'aider. Il aurait très bien pu la dénoncer, et en tirer tout le bénéfice, c'est-à-dire les points enlevés à Gryffondor, la retenue, voire même l'expulsion. Mais pour le moment, une seule chose importait.
_S'il te plaît, Ginny, il ne faut pas qu'on sache. Surtout pas Harry et Ron !
_ Je veux savoir ce qui se passe, insista la rouquine.
_ Je ne peux pas te le dire, je lui ai promis…
_ Tu fais des promesses à Drago Malefoy maintenant ? fit Ginny, de plus en plus perplexe.
_ Non, pas à Malefoy, à Dumbledore.
Le nom du directeur de l'école sembla faire hésiter la seule fille de la famille Weasley.
_ Ginny, je t'en supplie !
La rouquine hésita pendant un moment, cherchant manifestement à comprendre ce qui se passait, mais elle n'eut pas le loisir de peser le pour et le contre bien longtemps. Car à ce moment là…
_ Hermione, on t'a cherché partout ! Où étais-tu passé ?
Ron surgit du couloir, aux côtés d'Harry. La jeune fille serra encore plus la cape contre sa poitrine, et balbutia un début d'explication qu'elle ne connaissait pas encore :
_ Je… J'étais…avec…
_ Moi, finit Ginny.
Tous se retournèrent vers elle. La sœur de Ron expliqua d'emblée :
_ Je l'ai trouvée à la bibliothèque, elle était endormie, et quand elle s'est réveillée, elle était très faible, je l'ai donc emmenée aux cuisines pour que les elfes lui servent quelque chose à manger.
_ Aux cuisines ?
Les deux jeunes filles retinrent leur souffle, jusqu'à ce que Ron s'écrie :
_ Tu es folle, Ginny, Hermione devient quasiment hystérique quand elle voit des elfes de maison en train de travailler.
Sa sœur eut le bon sens d'éclater de rire et Hermione lui lança un regard offusqué. Ils retournèrent tous à la salle commune, et, tandis qu'elles montaient les marches menant au dortoir, Ginny dit :
_ Tu ne peux donc pas me dire ce qu'il passe ? Je dois juste la fermer et faire comme ci je ne savais rien ?
_ Je suis désolée, Ginny, murmura Hermione. Je… C'est si compliqué.
Il y eut un silence pendant lequel elles se regardèrent toutes les deux, Ginny avec un air de défi, manifestement agacée de ne pouvoir rien savoir, et Hermione d'un air suppliant et désolé.
_ C'est d'accord, mais fais attention. Tu sais que Malefoy déteste le sang qu'il considère comme « impur ». Ne t'attaches pas à lui, ou tu souffriras.
_ Ca n'a rien à voir avec ça, Ginny, dit Hermione d'une voix lasse.
La rouquine ne répondit pas et entra dans son dortoir. Hermione finit de monter dans son dortoir. Tout le monde dormait déjà, et la jeune fille sentit une joie intense l'envahir tandis qu'elle se glissait dans les draps. Avant de s'endormir, son regard tomba sur sa valise, dans laquelle était enfermée la robe de Malefoy.
Le lendemain, la nouvelle fit les gros titres :
Le Monstre Disparaît
Selon la reportrice, Rita Skeeter, il semblerait que la bête monstrueuse échappée du centre de Recherches de Ste-Mangouste ne soit plus. En effet, la bête aurait été aperçue pour la dernière fois dans un parc de Londres, la nuit. Sous les yeux d'un Moldu, la bête se serait simplement volatilisée dans les airs, projetant « des morceaux de chairs un peu partout ». Bien évidemment, les Aurors, après avoir effacé la mémoire du Moldu, ont nettoyé le terrain avant d'envoyer un échantillon de la chair de la chose au département de recherche de Ste-Mangouste où le ministre de la Magie voit en cela une affaire « qui se termine bien » et …
_ Quoi, c'est tout ? dit Hermionen, ulcérée qu'une histoire qui la tuait à petits feux finisse aussi rapidement.
_ Moi aussi, j'ai du mal à le croire.
_ C'est Rita Skeeter, Harry, ce n'est tout simplement pas crédible.
_ Mais dans ce cas, dit Ron, la bouche pleine, où est la bête ?
_ Si c'est vraiment ce qui s'est passé, je doute qu'il en sache plus que nous. Mais je dois absolument en savoir plus sur cette bête.
_ Tu sais bien que personne ne sait rien.
_ Ca, c'est ce qu'ils veulent nous faire croire. Je vais faire des recherches à la bibliothèque pour…
_Hermione, c'est une espèce récente…
_ Peu importe ! s'entêta-t-elle, il y a sûrement quelque chose ! Il suffit de chercher ! Une bête aussi imposante n'a pas pu disparaître dans la nature d'un claquement de doigts.
Personne ne songea à la contredire, sachant que c'était complètement inutile d'essayer de la raisonner. Hermione avait son cours de métamorphose, mais elle pourrait trouver un moment entre les cours d'Etude des Runes et d'Arithmancie. Ginny les suivit en gémissant :
_ Et moi, j'ai un cours de divination.
_ Bonne chance, railla Ron, la lecture des lignes de la main, c'est complètement bidon. Regarde, même Hermione a complètement abandonné la matière.
_ Je ne l'ai pas « abandonnée », rectifia Hermione, je pense que ce n'est pas une science exacte, c'est tout.
_ Oui, il ne doit pas y avoir grand-chose à lire dans ta main, de toute façon, dit Ron en lui attrapant doucement le bras.
Mais Hermione se dégagea brusquement, et faillit tirer sur son gant en peau de dragon. Tous la regardèrent d'un air perplexe devant son air paniqué.
_ Ne sois pas stupide, Ron…
_ Tiens, regardez qui est là, s'éleva une voix railleuse.
Tous firent volte-face, et virent la troupe des Serpentards qui les regardaient d'un air mauvais. Malefoy lança :
_ Prêt pour le match retour, Weasley ? Ne t'inquiète pas, on compte cotiser pour investir dans l'achat d'un balai pour enfant, comme ça tu pourras t'entraîner en commençant au ras du sol.
Les oreilles de Ron prirent une teinte rouge vif, et il grommela quelque chose d'inintelligible. Hermione, elle, fut tellement soulagée qu'elle lâcha un soupir. Harry crut que c'était un soupir d'exaspération, et tira Ron par la manche en disant :
_ Laisse tomber, Ron, il n'en vaut pas la peine.
Les Serpentards les dépassèrent, Malefoy prenant soin de donner un coup d'épaule à Harry au passage.
_ Venez, on y va, dit Hermione.
Elle n'alla pas rejoindre les autres au déjeuner, mais resta cloitrée dans la bibliothèque, une pile de livres de chaque côté. Hermione adorait rester à cette petite table, à l'écart près de la fenêtre, bien qu'elle ne regardât dehors que de temps à autre. La bête lui rappelait quelque chose. En la voyant de près, sa peau était blanche comme de la craie, et surtout, une texture particulière qu'elle était sûre d'avoir déjà vu. Secouant la tête, elle se leva, et agita violemment sa baguette par inadvertance. Tous les livres des hautes étagères tombèrent, et elle dut faire un bond en arrière pour les éviter.
_ Assurdiato ! dit-elle aussitôt en pointant sa baguette vers le bureau de Madame Pince.
Un nuage de poussière la fit tousser, et elle se rendit compte de la pagaille qu'elle avait faite. Soupirant, elle leva lentement sa baguette, et les livres s'élevèrent un à un pour reprendre leur place initiale.
_ C'est à cause des calamités comme toi qu'on ne trouve rien dans cette fichue bibliothèque. Tout est mal rangé.
Drago Malefoy apparut en face d'elle, le visage impassible, un livre à la main. Il le jeta négligemment à terre, où il s'éleva dans les airs comme les autres.
Mécontente de la façon dont il traitait les livres, Hermione fit tournoyer sa baguette et les livres se rangèrent d'eux-mêmes. Le Serpentard voulut partir lorsqu'elle se rappela soudain de quelque chose :
_ Tu es méprisable. Dire que j'ai pris un risque pour m'occuper de ta potion !
La tête du Serpentard réapparut l'espace d'une seconde, et il dit d'une voix froide :
_ Je ne t'avais rien demandé que je sache. Et puis, ne monte pas sur tes grands chevaux
Et il disparut dans la Réserve Interdite. Bien décidée, mais ne sachant absolument pas pourquoi d'ailleurs. Hermione le suivit, avant de se planter devant lui :
_ Tu ne crois pas que tu m'es un peu redevable ?
_ Redevable, s'esclaffa le garçon. Je ne te dois rien.
_ Bien sur que si, répliqua Hermione, les yeux flamboyants. Je t'ai sauvé la vie, et j'ai sauvé ta potion. Tu pourrais te rendre utile aussi. Par exemple en… M'apprenant l'occlumancie !
Les lèvres de Malefoy se tordirent en un sourire triomphant.
_ Tu détestes ça, n'est ce pas ?
_ De quoi ? lança Hermione en se mettant instinctivement sur la défensive.
_ Que je puisse exceller dans une discipline que tu ne comprends pas…
Le regard noir qu'elle lui lança prouva qu'il avait entièrement raison.
_ Si tu veux apprendre l'occlumancie, il y a des tonnes de livres sur le sujet. Lis et apprends, c'est ta spécialité, rat de bibliothèque.
Il leva la main pour prendre un livre, mais Hermione leva sa baguette. Aussitôt, le livre que Malefoy avait saisi s'envola vers elle, entraînant celui qui l'avait pris dans l'élan. Le Serpentard se trouva nez-à-nez avec la Gryffondor, dont les yeux lançaient des éclairs.
_ J'ai déjà beaucoup lu sur le sujet, et je suis sure que la théorie n'a rien à voir avec la pratique, et ce sujet est très intéressant. Apprends-moi comment faire.
_ Saleté de Granger, arrête de m'énerver et fiche moi la paix.
Pour la jeune fille, refuser qu'on lui enseigne quelque chose, c'était comme ci on la forçait à avaler un flacon d'Empestine. Ou bien Malefoy, avec son air suffisant, pensait qu'elle ne progresserait que très lentement, tant, elle avait pu le constater dans les livres, l'occlumancie était une matière plutôt abstraite. Il s'agissait en réalité, comme la divination, d'une science qui n'était pas exacte. Normalement, et justement pour cette raison, Hermione n'aurait pas aimé en apprendre plus sur cette matière. Mais le fait était que, contrairement à la divination, l'occlumancie a maintes fois fait ses preuves, et elle avait pu le constater. N'était-elle pas la meilleure amie d'Harry Potter ?
Se campant devant Malefoy, elle le fixa droit dans les yeux, et chercha à entrer dans son esprit. Le contact visuel était la clé, disait le livre Les Sciences Magiques Nébuleuses…
_ Tu es pitoyable, Granger, ricana le garçon. Tu crois vraiment pouvoir me convaincre comme ça ?
Hermione cilla un moment, et sentit tout à coup un vent glacial en elle, tandis qu'une foule de souvenirs ressurgissait : son premier jour d'école, la fois où elle avait inondé la salle de classe sans même savoir comment elle avait fait, la première intervention de son père en tant que dentiste qu'elle avait vu… Ils étaient si rapides qu'elle en eut le vertige, et buta contre l'étagère, ce qui rompit le lien.
_ La vie des Moldus est vraiment ennuyeuse, dit Malefoy avec un air de dégoût.
Il n'avait pas l'air content, comme ci il se sentait souillé par de genre d'images. Hermione fut mal à l'aise aussi, elle était consciente qu'il s'agissait de souvenirs intimes. Elle fut certaine que Malefoy pensait la même chose. Aucun d'eux ne dit un mot, comme ci ils hésitaient de la conduite à suivre.
_ C'est bon, j'espère que tu as compris, sale…
Une fois de plus il s'interrompit. Hermione fronça les sourcils :
_ Sale quoi ?
_ …
_ Sale quoi ? insista-t-elle.
Mais il semblait incapable d'en dire plus. Il semblait déconcerté par la rage qui émanait d'Hermione, qui ne semblait pas vouloir se calmer. Finalement, elle s'approcha de lui, et dit à voix basse emplie d'un mépris incroyable :
_ Une Sang-De-Bourbe, Drago. Pour toi, je suis une Sang-De-Bourbe.
Malefoy eut un choc, non seulement parce qu'elle l'avait répété deux fois, mais aussi parce que, pour la première fois, elle l'avait appelée par son prénom, ce qui accentuait la portée de sa phrase. Les yeux brillants d'Hermione s'ancrèrent dans les siens l'espace d'une seconde qui lui parut une éternité, puis ce fut finalement lui qui s'écarta d'elle.
_ Maintenant que tu as compris, fous moi la paix, dit sèchement Drago pour se donner une contenance.
Et il tourna les talons pour sortir de la bibliothèque, son livre à la main.
