Chapitre 4 – L'attente
« Emily ! Aide-moi s'il te plait »
« Emily, tu râles ? »
« Emily, je me sens seul »
« Emily, j'ai oublié mes parchemins, passes-moi les tiens ? »
Emily, Emily, Emily. Oui ! Je m'appelle Emily, je sais !
Et Emily en a marre des gens comme toi ! Toi et ton besoin d'attention ! Est-ce que je me plains moi ? NON !
Ce jour-là, je me suis disputée avec Drago. Quand va-t-il se mettre dans le crâne que le monde ne tourne pas autour de lui ?
Oui, je suis amie avec lui et je connais son histoire. Je sais que ses parents sont stricts, qu'il n'a pas d'autres choix que de suivre son père. Qu'il ne doit surtout pas décevoir Vous-Savez-Qui sous peine de condamner sa famille.
Oui, je sais qu'on lui a apposé la marque des ténèbres et qu'il doit tuer Dumbledore. Je vous raconterais cette histoire plus tard.
Ce moment lui met une grosse pression, je le vois, il tourne constamment en rond et est toujours sur les nerfs. Nerfs qu'il passe par ailleurs sur les membres de la maison Serpentard.
Il est pourtant sympathique par moment. Même s'il nous énerve tous au fond. Tout d'abord, il ne supporte pas qu'un Serpentard discute avec un Gryffondor, ainsi une dispute éclate lorsque je passe du temps avec Seamus. Enfin, passait.
Il n'est pas jaloux, loin de là. Il estime juste que des sang-purs n'ont pas à se mêler au reste, il ne veut pas que je sois infectée par je ne sais quel virus et que celui-ci se transmette dans nos dortoirs.
Enfin, il est perturbé je pense. A force de rester avec des Mangemorts, voilà ce qui arrive.
Et c'est tous les jours comme ça, je l'aide à presque tout, j'essaye de le comprendre quand il ne va pas bien. Parfois on s'amuse, on rigole. Mais, pour lui, ça ne signifie visiblement rien.
« Personne ne m'aime, m'a-t-il dis, pas mêmes mes amis. »
Et voilà, cette fois, il n'était pas en colère comme d'habitude, il était juste triste.
J'ai essayé !
J'ai encore essayé de l'aider mais il ne veut rien entendre et chaque mot qu'il disait me blessait de plus en plus.
« De toute façon personne ne m'aime et je sais que je fais chier tout le monde »
Et c'est reparti ! Tout pour qu'on le plaigne. Et voilà la grosse Pansy qui arrive à ses pieds pour venir les lui lécher.
« Même toi Emily tu ne m'aime pas. Vous profitez tous de moi ! »
Moi ? Moi je ne l'aime pas ! Après tout ce que j'ai fait pour lui ? Moi qui suis restée éveillée toute la nuit lorsqu'il a été en retenue dans la forêt interdite lors de sa première année, morte d'inquiétude. Moi qui suis restée des journées et des nuits entière à l'entendre gémir à l'infirmerie lorsqu'il s'est fait attaquer par Buck. Pour une blessure qui, au final, s'est avérée extrêmement superficielle.
Moi qui ai contribué à son élection de préfet l'an dernier.
Moi qui ai tenté de discuter avec son père pour qu'on ne lui assigne pas cette foutue mission de tuer notre Directeur.
Moi qui, pour l'aider, lui ai parlé des armoires à disparaître !
S'il savait comme ces mots me blessaient. Toute les fois où on s'amuse lorsqu'on gagne un match de Quidditch, toute ces fois où j'essaye de l'intégrer avec nous et qu'il refuse, me regardant comme une attardée.
Et après c'est moi qui l'abandonne ? Moi qui ne l'aime pas ?!
Je vais le tuer !
« Emily ! Apportes-moi un mouchoir s'il te plait »
Non.
« Emily ? »
Je ne suis pas ta boniche.
« Emily apportes-moi ça !
- Vas te faire foutre Malefoy ! »
Et je suis partie.
Tous ces gens qui se plaignent sans arrêt, pour rien du tout au final. Je voulais juste vous dire que je vous hais.
D'autres personnes vivent sans doute des choses bien pires que vous. Mais vous êtes tellement égocentrique que vous ne vous en rendez même pas compte.
Vous me parlez à moi de vos problèmes, sans même vous interroger sur le fait que j'en n'ai peut-être un, moi aussi. Car oui, j'existe ! On ne s'en rend pas toujours compte mais je suis un être humain et je vis comme vous tous sur cette planète !
C'est le propre de l'être humain de toute manière. Se plaindre, se faire plaindre. Attiser la curiosité malsaine des autres et se branler avec.
Ca me dégoute ! Vous me dégoutez…
Je suis là, dans ce foutu couloir, assise contre un mur. Et personne ne viens. Tout le monde m'a pourtant vu partir.
Je suis tellement énervée que j'en tremble.
J'attends…
J'attends…
…
Mais personne ne vient. Personne ne vient jamais quand c'est moi. Personne ne m'aime.
Je n'arrive même pas à pleurer, même quand je me plains, les larmes ne sortent pas. Finalement je ne suis peut-être pas humaine ?
Peut-être que ce que moi je vis n'est pas assez grave pour que je me plaigne, je ne sais pas.
Personne ne m'aime…
…
…
Personne.
« Miss Gordon ? »
Y'a quelqu'un, pour vu qu'il ne me voit pas…
« Miss Gordon c'est vous ? »
Qui c'est ?
« Je vous vois, là, contre le mur, veuillez retourner dans votre dortoir il est tard. »
Merde… Lupin…
Il avait l'air fâché de me voir là. Il approche très doucement avec ses mains dans ses poches, les sourcils froncé.
« Oui, je… je sais… Je… prenais juste un peu l'air…
- Vous allez bien ? Vous avez l'air fatigué.
- Oui, oui ça va ! »
Il faisait noir je ne le voyais pas bien. Mes mains tremblaient toujours et je pense qu'il l'avait remarqué. Il remarque beaucoup de chose ce professeur, il accorde un soin et une attention toute particulière aux petites choses oubliées.
Par exemple, il aime bien les vieux tourne-disques. Ses habits sont tout abîmés, comme s'il ne voulait pas les jeter. C'est toutes ces vieilles choses qui font que les gens ont un peu peur de lui parler. Il a l'air terriblement fatigué en plus.
« Quelque chose ne va pas dans votre dortoir ?
- Non, tout va bien. Je vais aller me coucher, je suis fatiguée. »
Je fis mine de bailler pour qu'il me laisse tranquille. Je détestais être près de lui.
Il était beaucoup trop gentil, mais une gentillesse différente que celle de Neuville. Celle-ci parait… saine ?
J'avais l'impression que lorsque j'étais près de lui, toute ma haine envers notre monde n'avait aucune raison d'être. Tout simplement parce qu'il est gentil. Oui, cela n'a aucun sens.
Mais dès qu'il entre dans une pièce, tout ce que je pense, toutes les preuves que j'avance disparaissent en fumée car il contredit tout avec une facilité déconcertante. Et ce sens même en avoir conscience.
Je les hais, lui et sa bienveillance.
