Chapitre 14 : Snowflakes at war (Part 2)

Deux hommes se regardaient, le corps incertain et l'âme floue. Le nom d'un certain chevalier de Ren résonnant encore dans leurs oreilles, comme un écho qui leur avait été renvoyé. Pourtant ils gardèrent le silence, un de ces silences qui remplissaient l'espace au lieu de le vider. Le sol était recouvert de son drap blanc, les flocons réalisaient un ballet gracieux dans les airs et le silence tombait avec eux. Et tout cela n'était pas qu'une illusion. Bien que scientifiquement parlant, la neige avait sa part de responsabilité dans l'absorption du moindre bruit, le rouquin et le ténébreux avaient inhalé bien plus de râles. Ils avaient cessé de respirer, couper dans l'instant. Mais on ne peut retenir son souffle que pendant un certain temps, après tout. Tôt ou tard, il vient un moment où l'on doit se remettre à respirer, même si l'air est pollué, même si on sait qu'il finira par vous tuer.

« Mon nom est Ben Solo. »

Il n'aurait pu dire quelle force l'avait poussé à prononcer ses mots interdits qui lui avaient pendant des années brûlé la poitrine et les lèvres. Était-ce le corps inerte de la femme qui l'avait porté, reposant sagement au creux de la poudreuse ? Ou bien l'éclat de lumière qui continuait de se battre sans relâche quelques mètres plus loin ?

Qu'importe. Il n'avait pas dit cela pour Hux mais pour lui, pour se rappeler qui il était à l'origine. Il portait son nom de naissance comme un ancrage, une ficelle sur laquelle il pouvait tirer lorsqu'il se perdait trop longtemps dans l'obscurité.

« Tu ne mérites aucune appellation, si ce n'est celui de traître. »

En disant cela, le rouquin rassembla l'hémoglobine qui coulait entre ses dents pour le cracher sur la neige blanche. Chaque mouvement réalisé contenait tant de haine et de colère qu'on pouvait s'interroger sur la quantité qu'un homme pouvait supporter. Mais Hux n'était plus un homme, seulement l'ombre de lui-même, le vestige de ce qu'il avait pu être. Il renifla fortement, le faisant tanguer dangereusement. La douleur physique n'était rien comparé à celle de l'âme. Il regardait son empire tomber de toute part, il voyait la Résistance, ce groupe utopiste, réduire en cendres tout ce qui constituait ses repères. Puis sans s'en rendre compte, il délia les mots qui s'étaient trouvés bloqués depuis des années à la commissure de ses lèvres :

« Snoke a été imbécile de croire en toi, il aurait dû te tuer, toi et la fille tant qu'il en avait la possibilité. Et moi, j'aurai dû être à la tête du Premier Ordre depuis bien longtemps. Ce poste me revenait de droit, de droit tu m'entends ! C'était mon destin de gouverner, j'étais fait pour ça ! J'ai tout donné, tout abandonné pour l'ordre. Tu as tout gâché Ren. Toi, l'adolescent capricieux et instable qui, parce que son taux de midi-chloriens est plus élevé que le mien, mérite toute l'attention de la galaxie. Et crois-tu vraiment que cette gamine t'aime ? Elle t'utilise pour sauver ses amis. Tu n'es qu'un idiot aveugle, qu'une bête ravageuse, personne ne peut vraiment te porter attention. »

Il dut marquer une pause, l'effort demandé par ce débit de paroles courroucées l'ayant affaiblie. Il reprit un air plus hautain, l'air qu'il aimait arborer fièrement.

« Quoique, ta mère peut-être, mais rappelle-moi... Elle aussi est morte par ta faute, n'est-ce pas ? »

Armitage avait enfin craché sa sentence au visage de celui qu'il détestait par-dessus tout. Il avait tant ruminé ses dires, cent fois en pensées, jamais à voix haute. Il était bien trop lâche pour avoir assez de courage afin de faire affront à un homme aussi puissant que Ren.
La parole est dangereuse et les mots sont traîtres. Quand un homme se sent traqué, le moindre des mots est un piège tendu qui le rapproche un peu plus de sa perte. Et il ne s'était jamais senti autant au bord du gouffre. Il savait pertinemment qu'en s'attaquant aux cordes sensibles de Ben, il trouverait le moyen de le blesser en profondeur. Et Dieu qu'il appréciait provoquer cela. Voilà tout ce qu'il restait aux hommes de l'obscurité : la vengeance morale, la douleur psychique, la haine viscérale. Qu'était le mal physique quand le cœur était déjà noirci et tombant en lambeau ? Un moyen de faire taire...

Ben avait le poing fermé et le coude replié, pointant vers le ciel alors que Hux décollait lentement du sol, les yeux s'extirpant de leurs orbites rougeâtres. D'une violence démesurée, il abaissa le bras, ce qui eut pour effet de coller brutalement la face ensanglantée du Général au sol enneigé dur comme la glace et froid comme la mort. Il répéta les coups plusieurs fois, s'attendant à ce que la douleur s'extrait de son cœur à mesure qu'un autre la recevait, mais il n'en fut rien. Il stoppa tout mouvement, la respiration saccadée par ses émotions incontrôlées. L'homme au sol gémit tout en bougeant tel un pantin désarticulé. Puis il se mit à rire. Un rire clair, moqueur, ironique et strident. Par on ne sait quel miracle, il se releva, le sourire bien accroché sur ses lèvres tremblantes et maculées de sang. Il était inconcevable de penser qu'il était capable de faire un pas l'un devant l'autre sans s'écrouler à terre. La mort elle-même ne semblait pas vouloir l'accueillir. Pourtant, il leva le blaster qu'il avait arraché aux mains d'un cadavre quelques minutes plut tôt et visa l'homme prostré face à lui, la main tremblant affreusement.

« Longue vie au Premier Ordre. » souffla-t-il une dernière fois.

Le coup partie et une âme aussi brisée que noircie s'envola, ou du moins ce qui en restait. Le blaster retomba à côté de la tête sur laquelle le coup venait de s'abattre. Ben n'avait pas bougé, même lorsqu'il était dans le viseur de l'arme. Il regardait stoïquement le corps du Général, sans vie, entouré d'une neige imprégnée d'un sang affreusement rouge vif.


Depuis l'espace, des dizaines de vaisseaux avaient été témoins de ce qu'il se passait sur la petite planète montagneuse qu'était Alzoc. Sous les ordres du Général Hux, les écrans de diffusion retransmettaient en temps réel la bataille. Le but étant de montrer à toute la galaxie la puissance technologique et numérique du Premier Ordre. Si tout s'était passé comme prévu, les habitants de n'importe quelle planète auraient pu assister à l'exécution de Rey de la main de Kylo Ren, l'anéantissement du symbole de l'espoir, la destruction de la Résistance. Mais tout avait valsé si brusquement, un simple baiser à son origine. La mort d'Armitage Hux signait la fin du Premier Ordre. C'était le signal qu'attendaient les renforts de la Résistance, ceux qui n'avaient pas osé les rejoindre plus tôt par peur de ne pas faire le poids face à l'ennemi si fortement armé, la mort de la Général Organa confirmant leurs inquiétudes. Dès lors, un élan de courage les submergea et ils décidèrent de venir renforcer les rangs.

Lorsqu'une flotte de vaisseaux fit son apparition dans le ciel gris, les Résistants se stoppèrent, observant leurs anges gardiens venir à leur secours. Ils ressentirent une grande satisfaction. La satisfaction de n'avoir pas cédé à la peur et à l'oppression, d'avoir maintenu leurs valeurs jusqu'à ce que ce jour se présente enfin. Le jour où ils reprendraient les ficelles de leur destin.

Finn regardait ses alliés s'affairer à attaquer les AT-M6 et AT-ST qui continuaient de faire tomber ses camarades. Il se félicita d'être resté à leurs côtés et d'avoir osé se défaire du joue du Premier Ordre. Il voyait enfin la lumière au bout du tunnel, la fin de la guerre. Rose n'était pas morte en vain, ils allaient remporter cette bataille et délivrer toutes les civilisations de l'oppression.

Or, ce n'était pas la fin de ses soucis à lui. Il avait définitivement besoin de discuter avec Rey, de retrouver sa meilleure amie pour qu'elle lui explique par quelle force elle avait osé poser ses lèvres sur celles de ce monstre abject. Cette pensée balaya le sourire formé sur ses lèvres.

Il ne pouvait patienter une minute de plus. Maintenant ou plus tard, quelle différence si ce n'est le trouble qui l'agiterait plus longtemps ? Il ne savait pas d'où lui venait ce sentiment d'urgence. Sans doute avait-il hâte d'échapper à tout ça, d'en finir avec le désarroi, avec le sentiment d'impuissance. Ressentant la nécessité d'avoir cette conversation immédiatement, Finn accourut vers Rey. Cette dernière se battait vaillamment contre des stormtroopers qui semblaient bien ridicules face à la technicité et à la vitesse d'attaque de l'ancienne pilleuse d'épaves. Ses cheveux bruns volaient au vent au rythme des coups qu'elle abattait sur l'ennemi. Dans sa chevelure, quelques flocons de neige étaient restés piégées.

« Rey, il faut qu'on parle. » annonça Finn sans ménagement en s'approchant d'elle, le pas déterminé.

Entre deux adversaires, Rey le regarda ou plutôt le défigura, un sourcil plus haut que l'autre.

« Tu crois vraiment que c'est le bon moment pour ça Finn ? »

Aussitôt la phrase dite, elle dût reprendre sa garde pour parer simultanément les attaques de plusieurs soldats.

« Et bien, c'est la parfaite occasion tu ne trouves pas ? Une discussion au grand air, quoi de mieux ! »

Entre chaque phrase, les deux résistants s'affairaient à poursuivre leur tâche. Les fracassements d'armes et les coups tirés se mêlant aux mots. Après avoir mis à terre quelques stormtroopers, Rey se tourna vers son ami, il crût alors qu'il pouvait débuter son monologue mais contre toute attente, elle lui ordonna au même moment de se baisser. D'un revers de sabre-laser, elle abattit le stormtrooper qui avait été à deux doigts d'emporter son acolyte. Ce dernier fit rouler ses yeux entre la tête du cadavre et son amie, l'air choqué. Quelle femme elle était. Puis il se redressa et reprit le cours de ses idées là où il s'était arrêté.

« Écoute Rey, si j'avais des dizaines d'amies, tu serais sans aucun doute la meilleure d'entre eux. » balbutia-t-il.

« Oh merci, ça me touche beaucoup ! » le coupa-t-elle d'un air ironique.

« Non ce n'est pas ce que je veux dire.. Bref, je tiens à toi, tu le sais, mais là, tout de suite, je suis perdu. J'ai besoin que tu m'expliques ce qui se passe. J'ai l'impression d'avoir vécu un autre coma et d'avoir manqué une partie de l'histoire. Depuis quand est-ce qu'on fricote avec l'ennemi ?! »

Comme seule réponse, Rey le regarda l'air désolé et agacé. Elle avait fait un choix et elle en portait désormais toutes les conséquences. Personne n'avait à remettre en doute le chemin qu'elle avait décidé d'emprunter puisque personne n'avait son mot à dire. Elle avait toujours été seule et indépendante, elle n'avait besoin de quiconque pour s'assumer en tant que femme. Malgré tout, elle comprenait le point de vue de Finn. Cela prendrait sans doute du temps à ce qu'il digère toute cette histoire. Mais quel temps ? Pour quel avenir ? Que se passera-t-il lorsque la bataille aura prit fin ? Qu'adviendra-t-il de Ben et elle, eux qui s'étaient élevés dans la solitude et la guerre. Merde, Finn, ce n'était vraiment pas le bon moment, songea-t-elle. Elle devait garder les idées claires.

Voyant que Rey se masquait derrière un voile de silence, Finn reprit la parole :

« Qui pourrait aimer ce monstre ? Parce que c'est ce qu'il est, Rey, un monstre. »

« C'est faux. Tu ne le connais pas, personne ne le connaît. » lui répondit-elle en le pointant du doigt.

« Parce que tu prétends le connaître ?! »

« C'est compliquer à expliquer mais... la Force nous a en quelque sorte connectés et, j'ai vu qui il était vraiment. » avoua-t-elle en baissant la tête.

« Mais... »

« Finn, as-tu confiance en moi ? » le coupa-t-elle, s'arrêtant devant lui dans un moment plus calme où les soldats n'attaquaient pas.

« Bien sûr. »

« Alors, ne t'en fait pas. »

Finn devait être en train de rêver, ça ne pouvait pas être possible autrement. Il ne se sentait pas trahi par Rey mais il avait l'impression d'avoir été dans le mensonge pendant tout ce temps et cette sensation le mettait inconfortable. Il aurait aimé qu'elle lui en parle, même si cela ne changerait rien au fait qu'il ne comprenne pas comment Rey, le petit bout de femme remplie d'espoir et de gaieté puisse trouver quoi que ce soit à cet homme affreusement... affreux. Finn se rendit compte qu'il n'était pas vraiment impartial. Qu'importe, pour l'instant il devait faire avec, il improvisera plus tard, il improvisait toujours de toute façon !


Après son accroche avec Finn, Rey s'écarta du cœur de la bataille. Elle repéra la silhouette de Ben, inerte, à regarder au sol, face aux flammes qui dévoraient l'ancienne navette du Général Hux. Sans perdre une minute, elle s'approcha de lui à pas de loup. Lorsqu'elle fut à sa hauteur, elle put distinguer ce qui l'hypnotisait.

La carcasse du rouquin était lamentablement à terre, des bouts de cervelle jonchant tout autour. Sentant un haut-le-cœur lui venir, Rey du détourner le regard. Elle prit le temps d'emmagasiner le plus d'oxygène possible qu'offraient les pins de la forêt tout en fermant les yeux pour tenter d'effacer l'image qu'elle venait de graver en mémoire. Puis elle les rouvrit pour observer où en était le combat. Ce maigre temps de repos lui rappela que l'air était frais lorsque ses membres n'étaient plus en action. La Résistance progressait lentement mais sûrement. Le Premier Ordre n'avait pas eu la main morte et avait envoyé une quantité monstre de soldats et d'armes. Malgré que les X-wings et les chasseurs jouaient à merveille de leurs tourelles, ils ne parvenaient pas à transpercer le blindage des AT-M6 qui décimaient les rangs des rebelles.

Ben détourna enfin le regard du cadavre qui avait habité un ennemi de si longue date. Il posa ses yeux sur un plus beau tableau. S'il y a bien une chose qui ne le faisait pas douter, c'était la beauté que dégageait Rey. Au milieu de tout ce carnage, du sang, de la douleur, de la haine, une fleur sauvage avait fleuri. Elle était là, si forte et si fragile en même temps. Il ne pouvait détacher son regard des traits fins sculptant la houle de son visage. On aurait pu croire qu'un peintre l'avait dessiné tant chaque détail avait son grain de finesse et de délicatesse. Son cœur battait à tout rompre, sur une cadence qu'il ne connaissait pas, qu'il n'avait jamais connu auparavant. Et il laissait la mélodie l'emporter tant c'était agréable, apaisant pour une fois, de se laisser soulever par ses émotions, de laisser libre place aux sensations et ne plus les restreindre aux portes de la colère.
Rey tourna la tête vers celui qui la dévisageait, forcée de lever les yeux vers le ciel à cause de sa taille trop petite ou bien de la mensuration de Ben trop grande. La beauté se reflétait dans les yeux de celui qui regardait avec émoi. L'étincelle qu'elle voyait briller au fond de ses pupilles sombres la fit sourire, attendrie. Dans un silence lénifiant, ils se retrouvèrent face à face, si prêts que leurs souffles s'entremêlaient sans qu'ils ne se touchent ou qu'ils ne s'embrassent.

Alors que leurs visages engourdis par le froid brillaient sous la tombée des flocons de neige, les questions leur vrillèrent la tête et la douleur les avait tant empêché de parler, de dormir et même de penser. Ben regrettait tous ces mots durs qu'ils s'étaient échangés, avec leurs yeux qui lançaient des poignards et leurs langues qui faisaient comme des marteaux. Les images des jours passés se superposaient aux détails du combat, elles flottaient devant leurs yeux comme sur la houle et plus rien n'allait être plus pareil. Ben se souvint de la nuit passée l'un à côté de l'autre, comme une lueur dans les profondeurs, il s'était enfin senti reprendre des couleurs. Si la Force le lui avait murmuré, il n'y aurait pas cru, alors il se repassait le film en continu pour ne pas oublier, pour retenir l'instant encore et encore. Dorénavant, il était sienne. Il voulait qu'elle embarque avec elle, ses fantômes, son déluge, sa colère. Et toutes ces choses au fond qu'il fallait sortir, ses secrets, sa rage avec la bave aux lèvres, son courage peut-être, ses rires profonds, ses cris de guerre, ses coups de sang, ses coups de poing. Qu'elle prenne tout, tout était à elle. Elle qui avait calmé sa tête et qui lui avait montré la voie. Aujourd'hui, tout était changé, les images avaient du mal à passer les portes, grâce à elle.

Rey se décrocha à contre-coeur des yeux de Ben pour poser à nouveau son regard sur le combat l'appelant au loin.

« Il est temps d'y mettre fin, n'est-ce pas ? » dit-elle d'une voix vibrante et résolue.

« Ensemble. » conjugua-t-il.

Il ferma ses paupières et se concentra, levant sa main gantée vers les blindés. Sans vraiment savoir ce qu'elle allait faire, Rey reproduisit le geste de Ben et vint se mettre dans la même position. Doucement, elle sentit l'émanation de Force qu'il dégageait et tenta de se coupler avec. Un léger picotement naquit dans sa nuque, se propagea sur ses épaules, dévala les courbes de sa colonne vertébrale pour venir mourir entre ses entrailles. Lentement, elle s'était concentré afin de se retrouver happée dans le tourbillon d'une force soudaine. Elle comprit rapidement que leurs deux forces alliées représentaient un pouvoir aux limites indéfinissables. Puis tout ce qui vivait autour d'elle se mit à vibrer, elle ressentait absolument tout. Les yeux clos, elle suivit la signature de l'homme aux cheveux noir de jais et ne la lâcha plus.

Finn s'immobilisa lorsqu'un grondement lointain résonna après s'être réverbéré sur les pans rocheux. Plusieurs hommes en firent de même. Contre toute attente, ce fut une violente bourrasque de vent qui vint leur fouetter le visage. C'était un souffle frais qui semblait avoir fait le tour de la planète avant de venir caresser sauvagement leurs joues rosées et balayer leurs cheveux humidifiés par l'effort. La façon dont il se propageait laissait à penser que ce vent n'avait rien de naturel, ou bien ils n'avaient jamais connu pareille risée. Le vent fila sur le champ de bataille, ne laissant personne indemne. Dès lors, tout le monde s'était figé, ressentant qu'une tempête se dissimulait derrière ces prémices.

Sous les mains du pilote Poe Dameron, l'engin vibra incontrôlablement. Pourtant, il n'en perdit pas le contrôle. Ce n'était pas un problème technique, une défaillance du système, c'était autre chose. Lorsqu'il sortit de la chaîne de montagnes où il s'était caché, il put observer qu'il n'était pas le seul à avoir été contrarié par cette drôle sensation qui s'abattait autant sur les hommes que sur les éléments. Dans les airs, les vaisseaux avaient ralenti leurs courses pour observer en contre-bas, ce qui serait déterminant pour en haut. Pris d'angoisse par ce qu'il ne connaissait pas, ce qu'il ne pouvait ni décrire, ni toucher, ni appeler, Poe se tourna vers Maz :

« Maz, dis-moi que tu sais ce qui se passe. » il avait parlé doucement, comme s'il avait eu peur d'éveiller quelque chose en haussant trop fort la voix.

Il entendit Maz soupirer de satisfaction à travers la communication : « Tu le ressens toi aussi. Tout le monde le ressent. Ce sont eux. »

Poe analysa d'un peu plus près ce quil se passait sur terre. Comme une évidence, ses yeux se posèrent vers deux individus, l'un vêtu de blanc, l'autre de noir, positionnés de la même façon, ils ne bougeaient guère et pourtant...

Puis tout à coup, un crissement mécanique vint remplacer le bruit du vent. Les derniers AT-M6 tombèrent de toutes leurs hauteurs comme si soudainement, leurs cartes-mères venaient de griller. Dans un immense fracas, les gigantesques blindés chutèrent au sol et plusieurs explosions résonnèrent. Lorsque enfin, plus aucun bruit ne régna après que les monstres d'acier ne soient plus que de simples épaves hors d'usage, les hommes purent baisser leurs bras qu'ils avaient levés pour se protéger.

Instantanément, les Stormtrooper encore en vie lâchèrent leurs armes au sol et levèrent leurs mains au-dessus de leur tête en signe de reddition. Finn croisa le regard de plusieurs résistants : ils n'y croyaient pas. Enfin, enfin, c'était fini. Plus de sang, de larmes, de guerre. Plus de Premier Ordre. La voilà la paix, brute et solide, indéniablement vivante.

Rey rouvrit difficilement les yeux. Une grande fatigue lui pesait. C'était comme si elle avait sombré dans un sommeil sans repos. Une brise l'avait emporté et elle venait tout juste de revenir à la réalité. Quand elle vit le silence marquer la fin des hostilités, elle ne put se retenir de laisser échapper un souffle libérateur. Ce souffle qu'elle avait retenu depuis le moment où elle était sortie des montagnes pour découvrir l'horreur à laquelle elle allait devoir faire face. Elle s'en était enfin débarrassé.

Inconsciemment, elle rejoignit les siens qui avaient déjà commencé à réunir les Stormtroopers. Ben l'avait regardé s'éloigner puis avait décidé de la suivre, une pointe d'appréhension lui pinçant le cœur.

Rey ne s'était pas rendu compte que le chevalier lui avait emboîté le pas. Elle le devina à l'expression trahissante qu'avaient Finn et tous les autres. Elle se retourna et ne put empêcher ses lèvres de se muer en un sourire fier. Il n'était pas difficile de sentir dans une foule deux êtres qui se cherchent en feignant de se fuir. D'unir deux regards, qui exprès, se détournent. Deux voix qui se taisent, deux sourires donnés à personne mais qui sont secrètement pour lui, pour elle. Elle avait son amour peint sur son visage... et ils finirent tous par le voir et le déchirer.

Et quand bien même, le danger semble avoir été contrôlé et éloigné, il arrive qu'il revienne encore une fois, redonner un dernier coup pour rappeler qu'il n'est jamais très loin, caché derrière l'éblouissement de lumière.

Ça lui était déjà arrivé à Rey, de se couper en voulant arracher une pièce un peu trop solidement attachée au fond d'un conduit, d'avoir la cuisse bleuie par une violente chute, de sentir la douleur lui lacérer les côtes et l'estomac par le manque de nourriture, de n'être plus capable de bouger ni les bras ni les jambes par manque d'énergie, d'avoir le crâne pris dans un étau après être resté trop longtemps à marcher sous le soleil de Jakku. Elle en avait connu des douleurs, des blessures, tellement qu'elle pouvait sans mal les classer selon ce à quoi elles étaient dus. Mais ce qu'elle ressentait en ce moment, elle n'en avait jamais connu l'équivalence.

Un picotement intense émanait de son abdomen. Elle détacha ses yeux de ceux de Ben, désormais horrifiés, en baissant la tête vers les fourmillements douloureux qui la rongeait hargneusement. Sur la toile blanche de sa tunique se diffusait une tache rouge et au centre, un trou laissait apparaître les couches d'épiderme maintenant à nue et déchiquetée. Elle chercha désespéramment une paire de yeux noirs mais voilà que sa vue devenait déjà floue et que ses genoux venaient à céder sous le poids de son corps. Rey se souvint de la fraîcheur de la neige, du calme qu'elle ressentait malgré la douleur, de l'affolement autour d'elle, d'un tir de blaster abattant en pleine tête le stormtrooper qui était sorti des rangs pour finir la mission qu'on lui avait assigné. Tout lui paraissait si loin. Seule une voix douce et soufflée la portait délicatement.

« Rey, reste avec moi, je t'en prie. Rey ! »

Puis elle perdit connaissance.


Et voilà, j'ai enfin réussi à clôturer la deuxième partie avec plus de mal que prévu.

Plus j'avance et plus je me dis qu'il restait encore pas mal de chapitres avant la fin finalement (tant mieux, non?) Je me suis beaucoup amusé à m'inspirer de textes, de chansons, de films. Si vous les trouvez, faites-moi signe -eheh-.

Bon clairement, vous méritez un discours de remerciement d'au moins dix pages mais là, il est 23h, j'ai cours demain et plus trop la foi après ce chapitre. Mais sachez que je ne cesse d'avoir un smile immense en lisant vos commentaires/reviews plus adorables les uns que les autres ! (J'en verserai presque ma larme quelquefois...)

Le dernier chapitre à l'air de vous avoir tout particulièrement plu et j'espère continuer à être à la hauteur. On vient de dépasser les 10 000 vues sur FanFiction et 3 000 sur Wattpad (même si ça fait moins longtemps que je suis sur WP). MAIS WAHOU QUOI ! Juste merci infiniment. J'aime tellement recevoir une petite notif/mail pour m'avertir qu'une d'entre vous me fait part de ses théories ou de son avis. Ça amène tellement de joie dans mon quotidien d'étudiante, si vous savez.

Bon trêve de bavardage, je m'endors sur mon clavier.

Encore merci x1000.

Léa