Chapitre 15 : With him is against us

« Rey, reste avec moi, je t'en prie. Rey ! »

Une main posée sur sa joue froide, ses genoux portant sa tête lourde d'inconscience, il la sentait partir, s'éloigner calmement comme l'eau de mer qui nous file à travers les doigts sans qu'on ne puisse rien y faire.

Ses cheveux noir de jais encadraient son visage durci par l'amertume et ses yeux roulaient d'ouest en est cherchant désespéramment un signe de vie, un battement de paupières, un pincement de lèvre, un souffle chaud, n'importe quoi.

Il avait peur. Peur que ça recommence, cette douleur. Cette douleur d'être seul. Si seul. Peur. Peur d'aimer à nouveau. Peur d'aimer à nouveau quelqu'un qui le laisse sur le quai et s'éloigne à bord d'un vaisseau.

C'était si injuste que le corps de sa belle se soit retrouvé dans la visée de ce tir. Elle ne le méritait pas. Pas elle. Pas encore. Sans doute le destin se jouait de Ben. Lui rappelant dans un murmure sadique que ce n'était que de sa faute si elle était dans un état pareil. Il ne méritait pas de connaître un diamant si brute, il n'aurait pas dû s'en approcher de cette manière. Son aura abjecte était la cause de sa condition.

Finn aussi était tombé prêt d'elle. Il avait réagi beaucoup trop tard. Il aurait pu pourtant, devancer le coup du stormtrooper avant qu'il ne s'abatte. Anciennement porteur de cette armure, il aurait dû naturellement anticiper les mouvements du soldat. Leur condition était semblable, il aurait dû s'en douter. Mais son conflit intérieur avait pris les devants et il n'était plus lucide. Habité par ses inquiétudes, il avait tout fait de travers, il s'en rendait compte maintenant. Rose aurait eu honte de lui à l'heure qu'il est. Incapable de protéger ceux qu'il aime. Quel piètre ami il faisait là. Et voilà qu'il allait la perdre elle aussi, sa toute première amie, sa meilleure amie. Il avait honte de pleurer ainsi devant son corps sans vie. Honte de n'avoir pas été à la hauteur.


Des voix fendaient l'air, arrivant de toute part pour venir mourir dans l'oreille grésillante de Rey. Des voix séduisantes, chancelantes, attrayantes, effrayantes qui comme un vautour, survolait avec malveillance l'esprit de la jeune femme. Elle ouvrit grand les yeux, son regard trahissant l'incompréhension à laquelle elle était en proie. Était-ce un rêve, un cauchemar ? Impossible, la simple idée de s'être posé cette question en donnait la réponse. Que se passait-il ? Rey se sentait emprisonné dans un monde sans temps, sans couleur et sans forme, un monde qui ne lui appartenait guère. Au loin, une centaine de silhouettes se dessinèrent au cœur de l'obscur brouillard. Curieuse, Rey voulu s'en approcher mais son corps comme simple enveloppe charnelle n'avait pas l'autorisation de se déplacer dans cet endroit auquel elle n'avait pas sa place. Dans un battement de cils, deux ombres étaient arrivés à quelques mètres de la jeune femme, agrandissant son lot d'inquiétude. Aucunes lois physiques n'étaient respectées, ça allait bien au-delà de ça.

Devant elle, Luke et Leia se tenaient, le visage rajeunit et l'âme souriante. Bien qu'ils soient plus jeunes, elle avait reconnu la bravoure de Leia dans son sourire et avait constaté la clarté des yeux bleus de Luke. Elle vit qu'ils ne la regardaient pas mais que leurs regards s'inquiétaient pour autre chose. Alors elle baissa la tête pour observer à nouveau le tissu de soie imbibé du liquide épais qui s'était échappé de son corps meurtri. Pourtant, elle ne ressentait rien, absolument rien. Comme si seul son âme avait été emporté dans cet endroit immatériel.

« Qu'est-ce qu'il m'arrive ? » leur avait-elle demandé.

C'était une drôle de sensation que de se retrouver là.

Rey savait la peine qui la dépasse comme quand elle pleure devant la glace. Elle connaissait le courage et la foi, et celle qui lui manque un peu parfois. Elle savait la douceur et le combat, la joie qui la redresse, comme celle d'apprendre de ses faiblesses. Elle savait la peine qui l'offense, comme celle d'un parent par son absence. Elle savait tout ça, mais elle ne savait rien des matins devant elle, et des nuits à venir.

« Rey ! » quelqu'un au loin l'appelait.

Dès lors, elle sentit une force inconnue se former à l'intérieur de sa poitrine, qui, avec toute la hargne des épreuves surpassées, grandissait encore et encore comme une bête insatiable.

Cette force si puissante qui avait commencé tout bas, s'était montré dans le baryton, avait pris la tête en tenor, se voyait grandir dans le contralto, monter bien haut dans l'alto, immuable dans le mezzo pour finir éclaté dans le soprano.

Alors l'espace se remplit d'une lumière trop aveuglante pour la rétine de Rey. Cette lumière avait pris possession de ce royaume sans nom. Mais avant que son esprit ne quitte définitivement ces lieux, Rey entendit son ancien Maître lui dicter la voie à suivre : « Go home Rey ! ».*


Peu à peu, elle refit surface au monde, comme une seconde naissance. Sa bouche entre ouverte laissa échapper une buée chaleureuse. Elle ouvrit les yeux, la montagne et la lumière la brûlèrent jusqu'au fond de son corps, mais elle aimait ça. Elle respirait, elle était vivante. Déjà elle était portée par le vent, par lui. Sa vie ne venait que de commencer.

Ben ne retint pas son souffle de soulagement. Il l'avait senti revenir brusquement au sein de la force, comme ramener violemment dans le monde des vivants. Elle était là, avec lui.

Cependant, sous ses gants de cuir, le sang continuait de couler dangereusement. Il se décida alors à la prendre délicatement dans ses bras dans le but de la ramener à l'intérieur, lui apporter les soins nécessaires.

Caché dans des replis de tissus sombres, le corps détendu de Rey était portée par une paire de bras herculéen. À s'en brûler les poumons, Ben courait vers l'intérieur de la montagne suivit de près par Finn. Arrivé à l'intérieur de la base, Ben dût se résigner à adresser la parole au résistant :

« Où se trouve votre infirmerie ? »

Finn ne répondit pas, le souffle saccadé et l'air achevé, complètement affolé en voyant la condition de son amie. Alors que Ben était sur le point de réitérer sa question, cette fois avec beaucoup moins de tact, Finn lui dit :

« Par ici. »

C'était bien la première fois que Ben priait pour que la Résistance ait de larges ressources.

Sur le chemin vers l'infirmerie, il se rendit compte qu'il tenait très fortement la jeune femme dans ses bras, comme si cette étreinte lui certifiait qu'elle ne le quitterait pas, aujourd'hui, à tout jamais.

Lorsqu'il rentra dans la médiocre pièce que seule la pancarte avec inscrit « Infirmerie » démontrait qu'elle servait bien à cela, sa colère ne put que grandir un peu plus. Excepté les modestes couchettes et les quelques instruments de premiers secours, aucun matériel ne servant à soigner une blessure grave n'étaient présents. Ben ne pouvait croire qu'ils étaient assez idiots pour n'avoir que ça sous la main, il devait bien y avoir un autre local avec tous les matériaux spécifiques ou bien quelques droïdes médicaux.

« C'est tout ce que vous avez ?! »

« Entre des torpilles à protons et des caissons de réanimation, il a fallu choisir. Vous ne nous avez pas vraiment laissé le choix. » répliqua Finn sans en découdre.

Ils allaient devoir faire avec.

Après avoir déposé avec soin le corps inerte de la jeune femme, Ben entreprit de couper, ou plutôt arracher, les maigres couches de tissu qui recouvrait la blessure. Quant à Finn, il remarqua que Rey n'était pas complètement inconsciente. Ses traits s'étaient durcies et son crâne roulait sur le matelas en signe de lancinance. Dans un geste tendre, il posa sa main sur son visage et lui parla. Des paroles rassurantes pour la garder éveillée. Ben observa sans rien dire, bien qu'un grain de jalousie naquît à l'intérieur de sa poitrine, il se résolut à la refouler, ce n'était pas le moment.

En arrachant la tunique qui recouvrait le buste de Rey, Ben put désormais voir la fine bandelette qui étaient enroulés afin de dissimuler une poitrine qui semblait généreusement formée. Dieu qu'il aurait aimé se languir de cette vue dans d'autres circonstances.

Il reporta son attention sur la plaie béante sur son flanc gauche. Le tir n'avait par chance pas traversé son corps mais avait causé une déchirure ni nette ni précise, bien que l'importance des dommages en profondeur était complexe à évaluer. À travers l'épaisse couche de sang qui avait suinté de la plaie, il était difficile de porter un diagnostic. Alors Ben entreprit de nettoyer partiellement les abords de la lésion. À l'époque où il était un padawan au temple Jedi, on leur avait appris à réaliser quelques premiers soins. En bon élève, il avait été attentif et avait bien retenu les conseils donnés. Cependant, l'hémorragie à laquelle il faisait face n'avait rien de dérisoire. En quelques secondes, il évalua les risques en observant le visage contracté de la jeune femme qui grognait malgré sa mâchoire se serrant de douleur. Rey semblait encore consciente bien que mal-en-point. Elle n'était pas faible, cela il le savait déjà. Alors il prit une décision, ses lèvres se pressant l'une contre l'autre à l'idée de ce qu'elle allait engendrer. Mais tout allait bien se passer, la femme qu'il avait sous les yeux était la plus forte qu'il ai jamais connu. Elle va tenir le coup.

Décrochant son arme de sa ceinture, il alluma le sabre, ce qui eut pour effet de provoquer un long frisson chez Finn qui pouvait encore se rappeler, sans mal, ce qu'était de sentir une lame de sabre-laser se poser sur de la chair humaine.

« Je suis désolée Rey, mais ça ne va pas être agréable. »

Il pencha une des deux lames latérales vers l'éraillement sous le regard horrifié de Finn. Puis lorsque doucement le rouge de la lame se confondit avec le sang immaculé, Rey laissa échapper un long râle trahissant l'immense souffrance que provoquait le sabre sur sa plaie déjà douloureuse.

« Mais qu'est-ce que tu fais ?! » hurla Finn, ne sachant s'il devait sauter sur Ren pour mettre un terme à la souffrance de son amie à laquelle il ne compatissait que trop bien. Pour lui, cette arme ne pouvait provoquer que l'horreur et n'était, dans aucune circonstance, un moyen de guérison.

« Je cautérise la plaie. Je n'ai pas d'autres moyens. »

Ses deux mains serraient plus qu'ils ne devaient la poignée du sabre pour ne pas trembler afin d'être le plus précis possible. Ce n'est que lorsqu'il pressa le commutateur du sabre que les cris de Rey daignèrent se résorber. Sa tête retomba mollement contre le matelas et ses yeux s'entre-ouvrirent légèrement. On pouvait encore constater l'effort par les quelques gouttelettes brillant sur son front lisse. Ben regarda la plaie encore fumante, ce n'était vraiment pas beau à voir mais cette cicatrice, il en était sûr, lui donnerait un air de guerrière qui irait parfaitement avec son élégante bravoure.

« Ben... » appela-t-elle dans un gémissement à peine audible.

Ses doigts se tendirent l'un après l'autre pour dégager l'intérieur de sa paume dans un appel très clair. Délicatement, il vint embrasser de ses phalanges dans une douce caresse la courbe de ses doigts fins pour venir la serrer contre sa main, lui offrant chaleur et réconfort.

« Je suis là. »

Finn se figea. Il venait de voir de ses propres yeux, une bête féroce se métamorphose en un animal sans défense. Preuve qu'il arrive qu'une femme rencontre une épave et le transforme en un homme sain.


Une fois la Jedi évacuée, les résistants avaient entrepris de réunir les derniers soldats et personnels du Premier Ordre afin de les faire aussitôt évacuer vers la planète pacifiste la plus proche, où ils seront jugés le plus rapidement possible, lorsqu'un gouvernement provisoire sera mit sur pieds. La neige était rouge tandis que les armures de ceux qui avaient fait couler ce sang étaient blanches. Bien qu'ils aient remportés cette bataille, le nouveau décor qui s'offrait à eux ne pouvait laisser place à une joie victorieuse. Il y avait eu trop de pertes, trop de concessions.

Poe posa à la hâte son X-Wing sur la plaine enneigée, il éteignit rapidement les doubles moteurs et sortit immédiatement du vaisseau. Il laissa tomber maladroitement son casque de pilote par-terre sans vraiment s'en rendre compte. Il venait d'apercevoir, au loin, allongée sur la neige, le corps de la femme qui lui avait apporté tellement de choses. S'approchant à petits pas vers elle, il n'aurait pu dire pourquoi il s'infligeait ce mal. L'envie de la regarder une dernière fois peut-être. Elle avait tant été pour lui, et il ne garderait que l'image forte, un symbole d'espoir. Il se posta à ses côtés, dans un silence de mort. Poe n'était pas du genre à s'accabler sur son sort, il préférait se focaliser sur comment riposter. Mais à cet instant, il n'avait plus la force de faire la forte tête, plus aucune raison de sauter dans son vaisseau. Derrière lui, BB-8 pencha sa tête en demi-sphère dans un son plaintif, partageant la tristesse de son compagnon.

Poe en voulait presque à Leia de s'être montré si courageuse, comme à son habitude. Pourquoi avait-elle protégé ce monstre qui lui avait causé tant de soucis ? À nouveau, Ren venait de causer davantage de dégâts. À croire qu'il n'était voué qu'à cela, causer la mort et la destruction.

Le pilote savait depuis le début que la Générale était une cible prisée, pourtant, il ne se serait jamais douté que l'arme d'un résistant porterait le coup de grâce.

C'est alors qu'il vit au loin le Capitaine Dart qui semblait vouloir se faire petit dans l'effervescence d'après-bataille. Se relevant, le cerveau bouillonnant de rage, il s'avança vers les résistants les plus proches qui évacuaient les prisonniers.

« Eh vous ! » héla-t-il. « Emportez aussi cet homme. ».

« Je vous demande pardon ? » répondit Dart après que deux paires de bras l'ai agrippé. Sur son visage, il portait toujours la marque d'une certaine notoriété. Ça donnait la nausée à Poe que de voir cet homme rester insolemment fière même après les fautes qu'il eût commis.

« Ce serait plutôt à moi de vous demander pardon. Qu'est-ce qui vous a pris, hein ?! Par votre faute, elle... la... » Il n'osa pas poursuivre sa phrase, les mots étant trop durs à prononcer. « Vous devriez vous réjouir de n'avoir qu'à découvre d'un procès, Capitaine. »

Après avoir murmuré ses mots transpirant de colère à voix basse, crachant les dernières syllabes, Poe avait d'un mouvement de main ordonner que l'homme quitte son champ de vision. Il se retourna et prit un grand bol d'air afin de résorber l'envie de coller son poing en pleine figure de l'homme qui avait ordonné ce tir. Sans Leia, sans ce Capitaine à deux sous, la Résistance n'avait plus que quelques Amiral à sa tête et.. Poe. Il avait fait une promesse à la Générale et il comptait bien la tenir même s'il aurait préféré qu'elle soit là pour accomplir ce rôle à sa place. Il se devait, maintenant que le Premier Ordre avait été vaincu, de perpétuer un semblant de paix jusqu'à ce qu'un nouveau gouvernement, pacifique et sans avidité de pouvoir prenne le relais pour instaurer un ordre se voulant équitable. Le cœur de Poe se mit à battre la chamade. Il avait beau faire partie de quelque chose de grand, de juste, quelque chose qui le dépasse, il n'en restait pas moins que, maintenant, c'est à eux seuls de se lancer. À lui de le vivre.

Les derniers vaisseaux décollèrent emportant ce qui restait du Premier Ordre. Cependant, un homme indésirable demeurait encore présent sur Alzoc. À cette pensée, Poe courut rejoindre les méandres de la montagne pour aller à l'encontre de ses compagnons, s'inquiétant notamment de l'état de Rey. À peine arrivé à l'orée de la base, les cris de cette dernière étaient perceptibles. Les parois rocheuses de la montagne renvoyaient des échos douloureux qui n'eurent que pour conséquence d'agrandir un peu plus la colère de Poe, tout comme son inquiétude. Il était facile de connaître la localisation de ses amis, il n'avait qu'à suivre les hurlements pour en rejoindre la source. Ce n'en était que plus angoissant encore.

Lorsqu'il arriva enfin à l'infirmerie, les cris de la jeune femme s'étaient arrêtés. Pourtant, au moment où il vit les cheveux noirs du chevalier au pied du lit de la Jedi, il n'hésita pas une seconde et lui tomba dessus, engageant le combat. Poe ne retenait pas ses coups, il avait tant de fois rêvé de se venger, de lui faire ressentir le mal qu'il avait engendré. Il pouvait encore sentir la marque douloureuse de son immiscions contre son gré à l'intérieur de sa mémoire.

C'est peu de chose que de savoir courir au feu quand on s'y prépare depuis toujours et quand la course vous est plus naturelle que la pensée. C'est beaucoup au contraire que d'avancer vers la torture et vers la mort, quand on sait de science certaine que la haine et la violence sont choses vaines par elles-mêmes. C'est beaucoup que de se battre en méprisant la guerre, d'accepter de toute perdre en gardant le goût d'un vaste bonheur.

Au fil des coups il aurait espéré que la haine se dissipe, que ça l'apaise, pour qu'il soit enfin quitte. Mais rien de tout ça ne se produisit. Peut-être car l'homme sous les poings ne se défendait pas. Chaque croché provoquait des dommages perceptibles : sa lèvre basse se fendait petit à petit tandis que son œil virait vers une couleur plus sombre que son teint habituel. Il se laissait faire face à cet attaquant n'attendant que la riposte.

Pourtant, lassé de recevoir son dû, il reprit l'avantage sur Poe en lui faisant une simple clé de bras pour le maîtriser. Il aurait très bien pu utiliser la force ou bien son sabre, mais là n'était pas le but. Le pilote se débattait tant bien que mal mais restait désespéramment bloqué. Il ne manquait pas de faire connaître son désaccord.

« Tu crois vraiment que c'est le bon endroit pour faire ça, Dameron ? » demanda calmement Ren.

Après lui avoir laissé quelques secondes de réflexion, Ren le relâcha et sortit de la pièce. Reprenant son souffle ainsi que ses esprits, Poe regarda Finn qui n'avait pas bougé. Puis il baissa les yeux vers Rey, visiblement vivante et à peu près stabilisée. Sa plaie n'était vraiment pas belle à voir mais au moins, elle semblait en meilleure voie.

Pas tout à fait rassasier, Poe emboîta le pas à Ren et alla le retrouver dans le couloir. Finn, cette fois-ci, préféra suivre son ami, sentant que tout cela allait mal finir.

Dans la galerie rocheuse éclairée de quelques lanternes, Poe se planta face à un Ben Solo en pleine réflexion. Le pilote fut le premier à parler, ne pouvant davantage plus retenir sa haine :

« C'est ce que tu voulais, n'est-ce pas ? Nous voir ainsi. J'espère que tu es content de toi. » il saisit Ben par l'encolure, resserrant leur proximité dans une tension palpable. Son interlocuteur resta de marbre même si son regard reflétait une certaine peine inhabituelle à travers l'hémoglobine suintant de ses plaies récemment ouvertes. « Si Rey est dans cet état, c'est uniquement à cause de TOI. Tout ça est ta faute. Ton père, ta mère, nous tous et maintenant ELLE. » cria-t-il en pointant du doigt la porte de l'infirmerie. « Tu ne mérites même pas un procès ou un jugement. Ça aurait dû être toi à sa place. Espèce de... »

Finn sentait peu à peu que la colère de son ami ne mènerait à rien de bon et de remédiable. Il attrapa Poe par les épaules, tentant de l'éloigner de Ben.

« Poe arrête ! Arrête ! » une fois collé contre le mur inverse, Finn le força à le regarder lui : « Il l'a sauvé. Il a sauvé Rey. ».

Le pilote avait du mal à digérer les paroles, les traiter, les assimiler. Seule sa colère lui était compréhensible. Mais cela sonnait mal à ses oreilles, comme un instrument désaccordé. Sauveur n'était pas un adjectif qui s'accordait avec Ren, pas aux yeux de Poe. Ce qu'il percevait bien au contraire, c'était que l'homme en face de lui n'était qu'un meurtrier, avide de puissance, qui avait préféré renier sa famille pour accéder au pouvoir. Et à l'heure actuelle, c'était la seule chose que Poe devait et voulait savoir.

D'un habile jeu de geste, ce dernier écarta Finn et saisit son blaster de sa main droite. Le bras tendu parfaitement perpendiculaire au reste de son corps, ses yeux étaient rougies de colère. Devant lui se trouvait la dernière trace de la tyrannie à laquelle ils avaient été soumis. Cette trace devait s'effacer pour marquer le début d'une nouvelle ère.

« Poe ! Arrête ça, baisse ton arme ! » cria Finn.

Des secondes silencieuses et meurtrières passèrent d'une lenteur sidérante. Finn continuait de hurler le nom de son ami mais rien n'y faisait. Son index continuait de chatouiller la détente se demandant pourquoi il restait bloqué de cette façon, qu'est-ce qui le retenait de presser la gâchette. Il hésitait au point d'avoir le front brillant de sueur. Ce n'était pas le moment de peser le pour et le contre, et pourtant ses pensées se déroutèrent, se cognant les unes aux autres dans une danse chaotique.

Quand soudain au milieu des hurlements de Finn, un « Poe ! » hurlé d'une voix féminine brisa l'instant. Et pourtant ce dernier n'osa pas détourner son regard, trop concentré ou bien parce que cela aurait égalé à perdre le dessus dans ce duel.

Lorsque Rey vit les doigts tremblants du pilote se muer vers la détente, elle tendit sa main vers lui et utilisa la Force pour le projeter en arrière non sans subtilité. Aussitôt l'acte accompli, Finn vint l'accouder. Le corps frêle de la jeune femme était recouvert de la cape de Ben afin de la protéger et du froid et des regards indiscrets sur sa chair mise à nu. Elle se tenait ainsi devant le sas de l'infirmerie, à moitié abattue, à la limite de s'effondrer sur place.

Poe était resté à terre, s'étant seulement redressé sur ses coudes pour regarder, éberlué la jeune femme. Finalement, il se redressa, l'expression tout aussi fâcheuse. Il avança vers elle, bien trop au goût de Ben. Celui-ci posa une main désapprobatrice sur son épaule pour lui faire comprendre qu'il n'était pas autorisé à approcher davantage.

« Écoute-moi bien Rey, il va falloir que tu te décides à faire un choix. Si tu es avec lui, tu es contre nous. »


(*) J'ai choisi de ne pas traduire ce « Go home » car sa signification en anglais n'est pas la même qu'en français. L'idée de home est plus immatériel, plus détaché. Ce n'est pas un endroit mais plutôt quelque chose d'abstrait qui nous fait sentir bien auprès de quelqu'un ou quelque chose.


Yo !

Bon comme toujours je reste insatisfaite mais je pense m'y habituer à la fin. J'espère que ce chapitre répond tout de même à vos attentes. J'aimerai pouvoir faire de plus long chapitre faisant le double de cette taille mais cela demande plus de préparation et je n'ai beaucoup de temps à y accorder, malheureusement.

Je me rends compte que mon histoire a pris une tournure bien dark. Ce n'était pas du tout l'idée mais puisse qu'il en est ainsi... Vivement que j'entame ma nouvelle fic qui *petit spoil* sera définitivement un bon gros rated M dans un UA bien particulier avec une histoire bien mieux élaborée.

Dites-moi que je ne suis pas la seule qui meure d'envie de lire la novelization de TLJ ? Bien qu'elle ne sorte que dans deux semaines, je commence déjà à parcourir les librairies dans l'espoir qu'elle y soit... x)

N'hésite pas à me dire ce que cette fin de chapitre vous inspire ;)

Biseeees et encore merci !

Léa