Plume à papote

Ne vous êtes-vous jamais demandé comment Rita Skeeter en vint à l'utilisation de la plume à papote ? Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi une journaliste se refuserait de prendre elle-même la plume ?


Chapitre 3 : Doutes


- Je… Tu… C'est… Quoi ?!

Mary sembla amusée.

- Viens, je vais t'expliquer.

Elle l'entraîna dans une salle de classe vide, la fit asseoir, se percha elle-même sur une table et commença à parler d'une voix douce :

- Ma mère est moldue. Elle a un travail de moldu : elle est logopédiste. Toi, tu es probablement dyslexique. C'est pour ça que tu as de la peine à lire et à écrire correctement. Tu as peut-être les yeux qui brûlent et des maux de tête à force de te concentrer. Peut-être que, pour toi, les lettres se mélangent, les lignes ondulent quand tu lis ou peut-être que les sons ne sont pas forcément bien déterminables quand un professeur parle et que tu dois prendre des notes. Peut-être que ça t'arrive de prendre une lettre pour une autre, un mot pour un autre.

Mary posa doucement sa main sur l'épaule de Rita.

- Maman peut t'aider. Si tu veux, elle peut te faire passer un bilan pour voir si tu es bel et bien dyslexique, ensuite, si c'est le cas, elle peut te prendre en charge et te proposer un suivi.


Rita eut besoin de temps pour rassembler ses idées. Elle mit quelques jours avant de se décider et de retourner voir Mary. Celle-ci sembla heureuse de sa décision et envoya directement un hibou à sa mère. Quand elle reçut une réponse, elle attendit d'être seule avec Rita avant de lire la lettre. Elles apprirent donc la nouvelle en même temps : Rita allait passé un bilan durant les vacances de Noël, soit trois semaines plus tard.

Les derniers jours de cours passèrent en un éclair. Rita était à la fois nerveuse et excitée à l'idée de passer un bilan. Elle avait peur d'être dyslexique, puisque, selon le livre que Mary lui avait prêté, ce n'était pas une maladie ou une blessure, soit quelque chose de soignable, mais plutôt une autre manière de traiter les informations par un cerveau un peu différent de celui des autres et cela depuis la naissance. Il n'y avait donc sûrement ni potion, ni sort pour régler le problème… si les sorciers en avaient eu connaissance. Mais la population sorcière semblait totalement ignorer le phénomène. Ce pouvait-il donc que les moldus soient plus avancé dans certains domaines ? Rita se le demandait plusieurs fois par jour. Si c'était le cas, cela remettrait en doute toute son éducation… Et s'il n'y avait pas de remède à son mal, sa dyslexie, si c'en était bien une ? Mary avait parlé de rééducation, d'exercices. Rita était un peu perdue. Faire des exercices lui permettrait vraiment de mieux lire et écrire ? Le professeur McGonagall était toujours furieuse contre elle. Elle prétendait que Rita faisait exprès. Mais si son cerveau était différent, si elle était née dyslexique, alors elle pourrait lui prouver qu'elle ne faisait vraiment pas exprès, non ? Enfin, si le professeur McGonagall accordait de la valeur à un diagnostique posé par des moldus…


Rita réfléchissait beaucoup et cela la tenait éveillée jusqu'à tard dans la nuit. Les jours défilaient et le jeudi avant les vacances, alors qu'elle lui tendait sa feuille de « Je doit m'alpiqué d'aventages dans mai reudns ércits. », le professeur McGonagall lui demanda d'une voix inhabituellement douce de s'asseoir.

- Ce pourrait-il que vous ne fassiez réellement pas exprès ?

Rita n'osa pas répondre. Avait-elle mal entendu ?

- Que lisez-vous ici ?

Elle montra du doigt le dernier mot de la phrase sur la première ligne du parchemin.

- « Écrits », professeur.

Sa réponse fit arquer un sourcil à son interlocutrice et Rita se prépara à l'inévitable explosion qui allait s'en suivre, mais au lieu de crier le professeur McGonagall s'excusa :

- Je pense avoir commis une erreur de jugement, Miss Skeeter. Vous ne faites pas exprès, vous n'avez simplement pas intégré les bases. Après les vacances, je vous attendrai à nouveau chaque soir dans mon bureau. Nous reprendrons conjugaison et grammaire jusqu'à ce que vous aillez atteint un niveau suffisant.

Elle plongea son regard sévère dans les yeux écarquillés de Rita.

- Vous pouvez partir.


Dans le Poudlard Express, Mary essaya de calmer son amie.

- Je sais que ça doit être difficile pour toi, mais t'énerver ainsi ne servira pas à grand-chose.

- Mais elle me prend pour un bébé ! Je sais les règles de conjugaison ! Je connais les règles d'accord ! C'est juste que… juste que…

Rita éclata en sanglots. De rage. De déception. D'impuissance. Toutes les tensions accumulées durant le semestre coulèrent à flot sur ses joues roses. Elle pleura recroquevillée dans les bras de Mary, Mary qui lui caressait doucement la tête, dans ce compartiment heureusement vide d'autres élèves.


Arrivées à la gare de King's Cross, Rita était à nouveau déterminée. Elle irait de l'avant et tant pis si le professeur McGonagall était trop bête pour comprendre ses difficultés. Elle ferait ce bilan, elle ferait tous les exercices du monde et un jour elle deviendrait même journaliste.

Rita aperçut sa mère dans la masse de parents assemblés sur le quai. A côté de celle-ci se trouvait son père qui discutait avec une femme qu'elle ne connaissait pas.

- Apparemment, ils ont déjà fait connaissance, lui glissa Mary.

En effet, les parents de Mary et ceux de Rita, qui s'envoyaient des lettres depuis que leur fille les avait informés de sa possible dyslexie, étaient venus plus tôt à la gare pour pouvoir discuter de vive voix des choses à venir. Ils semblaient détendus et simplement heureux de revoir leur fille respective : apparemment la rencontre s'était bien déroulée.

- Tu viendras chez nous, ma puce. On t'attend mardi à 14h. Par poudre de cheminette, il suffit de dire « Aux trois peupliers ! ». Tu verras, tout ce passera bien.

- Merci, madame.

- Oh non, pas de ça avec moi, dit la dame en riant. Tu peux me tutoyer. Et je m'appelle Sarah.


- Dyslexique, hein ?, lui demanda sa mère un peu plus tard, à la maison.

- Ben, je ne sais pas encore. On verra avec le bilan, non ?

- Oui, ma chérie. Cette dame à l'air vraiment bien, ajouta-t-elle songeuse.

- Pour une moldue, tu veux dire ?, demanda Rita avec une pointe d'agressivité.

Sa mère parut surprise.

- Rita, ton père et moi t'aimons. Si tu as des difficultés et que quelqu'un peut t'aider, même quelqu'un de moldu, alors il vaut la peine d'essayer. Nous avons fait nos recherches et c'est vrai qu'aucun sorcier ne s'occupe de ce genre de problèmes. La mère de ton amie a su nous convaincre de son sérieux. Rita, ma chérie, le professeur McGonagall nous a encore écrit hier soir, même elle semble avoir finalement compris que tu avais besoin d'aide… Moldue ou pas, je pense que cette locopédiste a plus à t'apporter que des retenues chaque soir !