Plume à papote

Ne vous êtes-vous jamais demandé comment Rita Skeeter en vint à l'utilisation de la plume à papote ? Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi une journaliste se refuserait de prendre elle-même la plume ?


Chapitre 4 : Bilan et implications


Le bilan se déroula en deux temps : deux séances d'environ une heure et demi chacune. Sarah était réellement aussi douce et attentionnée qu'elle avait semblé être lors de leur première rencontre à la gare de King's Cross. Elle ne se fâchait jamais de ses erreurs, restait toujours attentive aux signes de fatigue, expliquait en quoi l'exercice passé avait son importance et répondait volontiers à toutes questions de sa part.

Pour la troisième séance, soit le retour de bilan, Rita vint accompagnée de ses parents.

Sarah leur expliqua que Rita était en effet dyslexique. Elle leur détailla les différents exercices et les résultats obtenus, expliquant en quoi cela interférait dans la lecture ou l'écriture. Rita compris qu'elle avait une dyslexie mixte, soit une dyslexie à la fois d'origines visuelle et phonologique. Elle avait de la peine à distinguer certaines lettres comme d b p q, certains sons proches comme k et g. Sa lecture était lente et laborieuse. Elle dépensait beaucoup d'énergie dans toutes activités écrites ce qui la fatiguait énormément. Parfois, elle ne lisait pas vraiment les mots écrits mais devinait en un coup d'œil ce qui aurait pu être écrit. Cette technique se révélait souvent efficace, mais pas toujours. A la lecture de logatomes (c'est-à-dire de non-mot), il lui fallait beaucoup de concentration et d'application pour pouvoir déchiffrer les lettres, en faire des sons, assembler les sons et en tirer un mot. Dans ces cas-là, impossible de deviner, puisque le mot, n'existant pas, ne pouvait pas lui être connu.

Rita et ses parents apprirent une multitude de choses ce jour-là. Sarah veilla également à les rassurer : il y avait des méthodes, des exercices pour améliorer tout cela, seulement ça prendrait du temps. Il fallait se montrer patient et persévérant. Mais Rita était têtue : elle voulait y arriver, donc elle y arriverait… et deviendrait une grande journaliste. La plus connue.


Les vacances de Noël passèrent trop rapidement. Rita allait une à deux fois par semaine chez Sarah pour sa rééducation… et ensuite rester papoter avec son amie. Elle devait aussi faire des exercices tous les jours à la maison, avec ces parents. Lecture de non-mots, exercices de discrimination visuelle, phonologie, il y en avait des choses à faire et refaire jusqu'à améliorer un peu son score et passer à un niveau légèrement plus difficile. Ces séances l'épuisaient, mais Rita se refusait de lâcher. Elle y arriverait !

Lorsque la dernière séance avec Sarah arriva, elles avaient scrupuleusement mis en place un programme de rééducation par correspondance pour Poudlard. Mary s'était spontanément proposée pour l'aider à faire ses exercices, puisque la plupart ne pouvaient se faire seul, lorsqu'elles seraient de retour à l'école. Rita ne reverrait Sarah qu'en été, mais elles s'écriraient régulièrement pour évaluer les progrès, ajuster le programme, etc. Il ne restait qu'une seule chose à aborder : le problème McGonagall.

- Ne t'en fais pas, ma chérie, la rassura Sarah quand elle eut enfin le courage de lui en parler. Je lui écrirai dès que tu seras partie. Elle comprendra.

Mais, à son retour en classe de métamorphose, Rita constata rapidement que son professeur n'était en rien compréhensive. A peine eut-elle franchi le seuil de la classe que le professeur McGonagall l'apostropha, une lettre à la main :

- Miss Skeeter, vous viendrez me voir à la fin du cours.

Quand la classe fut terminée, Rita s'approcha, le cœur serré, de son professeur.

- Pouvez-vous m'expliquer ceci ?, demanda avec irritation le professeur McGonagall en brandissant sa lettre.

Rita la saisit d'une main tremblante. C'était l'écriture de Sarah. Belle, ronde et lisible.

« Professeur McGonagall,

Je vous écris en tant que thérapeute à propos de l'une de vos élève, Miss Rita Skeeter, qui est venue passer un bilan durant les vacances de Noël. Miss Skeeter a… »

Mais Rita ne put en lire davantage : le professeur McGonagall lui avait repris la lettre des mains.

- Qu'est-ce que sont ces enfantillages ? Vous n'aviez rien de mieux à faire de vos vacances que de vous trouver des excuses fantaisistes pour ne pas rattraper votre retard scolaire ? (Elle la toisa un instant avant d'ajouter:) Eh bien, cela n'aura servi à rien, Miss Skeeter. Je vous attends dans mon bureau dès ce soir.

Rita n'eut pas gain de cause auprès de son professeur cette année-là. Ni la suivante. Ni même celle d'après. Ses parents et sa logopédiste moldue eurent beau écrire et écrire encore, cela ne changeait rien. Ils finirent par en référer au directeur, et celui-ci mit terme aux séances de rattrapage de grammaire, orthographe et conjugaison du professeur McGonagall. Mais cela ne changea en rien sa perception du problème. Lorsque, à force d'entraînement et de persévérance, Rita pu atteindre un meilleur niveau de lecture et d'écriture, le professeur attribua la réussite à ses cours particuliers et non à la rééducation moldue, alors même que les cours avaient cessé depuis des semaines. Rita ne comprenait pas cette rigidité d'esprit. Mais surtout, elle en souffrait. Pourquoi les sorciers refusaient-ils d'admettre l'origine de ses difficultés ? Pourquoi ? Mary ne savait pas comment réconforter son amie dans ces cas-là. Sarah, elle, écoutait avec bienveillance et expliquait parfois que les moldus aussi ont de la difficultés à ne pas stigmatiser les gens atteints de troubles dys (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie, …). Il est difficile de comprendre la différence, lui répétait-elle avec douceur.