Bonjour ! Comme toujours, je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau chapitre. Je prends un plaisir monstrueux à m'attarder sur les détails. Cela ne semble pas tellement plaire à tout le monde, mais c'est ma façon d'écrire. ^^

Merci à Wundy, Crazy White Rabbit, alixlouise, Ferry's, Griseldis et Smilefurus pour vos reviews.

Petite RàR des guests (ni vue, ni connue) :
Ferry's ; Je ne le prends pas méchamment parce que tu as totalement raison : Hanji est à vomir dans ce chapitre ! Et, c'est vrai, pour une fic Eruri il ne se passe pas des masses de choses sur ce plan-là pour le moment. Concernant Armin, je comprends un peu ta vision du personnage mais il a également conscience de sa faiblesse. Enfin, c'est bien la Comtesse Elisabeth Bàthory. ;-) (Ah, quelle frustration de ne pas pouvoir te répondre en PM ! Même pas une adresse mail ? Je la supprimerai bien sûr de la review pendant la modération, avant d'autoriser sa publication.)

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Survey Corporation, Inc.

VI
Bob l'Éponge et le Beretta


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Le soir venu, Erwin se surprit à fixer à nouveau les portes de l'ascenseur. Il ne restait plus grand monde dans les bureaux de la Survey, et les chances que Levi soit encore là étaient maigres mais il ne pouvait s'empêcher d'espérer qu'il ne le croiserait pas avec un Armin accroché à sa main, enthousiaste à l'idée de passer la soirée avec Hanji et Moblit. Mais Levi n'était pas plus dans l'ascenseur aujourd'hui qu'hier, et après un imperceptible soulagement, il ne resta que le problème actuel : ses invités. Pas qu'Erwin n'eût pas envie de recevoir le duo chez lui, néanmoins il aurait volontiers aspiré à une soirée calme et tranquille. Or, étant donné le dynamisme dont l'olibrius faisait déjà preuve lorsqu'ils montèrent dans la voiture – Moblit les rejoindrait directement chez lui avec les provisions – et tout simplement le caractère d'Hanji, il pouvait déjà prévoir que la soirée ne serait justement ni calme ni tranquille.

Parfois, Erwin se demandait pourquoi il était ami avec cette constante source d'énergie et de stress. Hanji parlait trop fort, souriait d'une manière inquiétante, riait à une blague affreuse puis lâchait, au détour d'une phrase, une idée aussi brillante que révolutionnaire alors Erwin réalisait que c'était justement pour cela qu'il était son ami. Parce que c'était une source d'énergie et de stress, que tout autour de sa personne bougeait constamment et qu'en fin de compte, c'était cela, la vie.

Une fois arrivés à la maison, et sans grande surprise, Hanji prit ses aises comme s'il s'agissait de son propre appartement, envoyant négligemment ses chaussures valser dans l'entrée et s'étalant dans le canapé, dont les livres furent déplacés avec un soin très surprenant quand on connaissait Hanji et soigneusement déposés sur la table basse. Armin, sur son instance, s 'installa à ses côtés et aussitôt la télévision fut allumée et Hanji zappa joyeusement pour choisir au final un programme de dessins animés qui enthousiasmait clairement plus l'adulte que l'enfant.

Dans la cuisine, Erwin observait ses casseroles comme si elles allaient magiquement se remplir et faire apparaître un repas succulent. Il n'était même pas sûr de les avoir utilisées un jour, se limitant habituellement aux plats surgelés ou à emporter. Cela dit, il avait souvent observé Mike cuisiner à l'époque où il vivait avec Mike et Hanji, et ça n'avait pas eu l'air si compliqué. De plus, il avait eu d'excellentes notes en chimie pendant ses études. Allons, ça ne pouvait pas être si difficile et même s'il ratait le plat, Hanji ne le remarquerait probablement pas, Moblit était à peu près immunisé et Armin était trop bien élevé pour faire une remarque.

Non, vraiment, il allait réussir, la seule incertitude, c'était ce que Moblit rapporterait.

Quelques minutes plus tard, un bruit de sonnette annonça l'arrivée du dernier invité, ou plutôt du laquais personnel d'Hanji, qui arriva les bras chargés de sacs d'où sortaient notamment des légumes et Erwin eut un bref instant de panique en avisant des espèces de feuilles vertes un peu allongées qu'il était incapable même de nommer.

Hanji délaissa les aventures d'une éponge jaune à la voix bizarre et vivant au fond de la mer, Armin lui semblait beaucoup plus intéressé par le dessin animé qu'au début et de temps en temps son petit rire s'élevait, et s'accouda sur la barre américaine, tandis que Moblit posait les sacs sur le comptoir et commençait à les vider.

— Je ne savais pas trop quoi faire… Alors je me suis dit un truc simple, expliqua-t-il en posant sur le plan de travail des ingrédients qu'Erwin reconnaissait parfois vaguement et parfois pas du tout. Et puis des lasagnes, c'est toujours bon !
— Des lasagnes ? répéta Erwin, qui ne voyait ni viande, ni sauce tomate, ni rien qui rappela les lasagnes qu'il connaissait.

Moblit leva vers Erwin un regard surpris.

— Vous n'aimez pas ça ?

Moblit vouvoyait toujours Erwin, même si ce dernier lui avait plus d'une fois assuré que ce n'était pas nécessaire.

— Je ne sais pas… cuisiner les lasagnes, admit Erwin.

À ce moment-là, Hanji éclata de rire.

— Ah, ah, tu ne sais rien cuisiner du tout ! Tu crois que je ne t'ai pas vu fixer ta cuisinière en espérant qu'un génie allait sortir et cuisiner pour toi ?

Elle donna une petite bourrade à Moblit :

— Le voilà ton génie, veinard. Je n'avais aucune intention de manger ce que tu aurais préparé. Je parie que tu raterais des pâtes !
— Hanji, l'autre jour tu as fait bouillir des steaks, souligna Moblit en sortant d'un papier sulfurisé plusieurs morceaux de saumon et en s'appropriant la cuisine avec une aisance absolue, bien supérieure à celle d'Erwin qui en était pourtant le propriétaire ; du moins en théorie.
— Ce n'est pas ma faute, à une époque, j'ai voulu apprendre mais dès que j'approchais de la cuisine, Mike me jetait dehors à coup de pied. Contrairement à Erwin, d'ailleurs.

Il y eut une moue boudeuse et enfantine sur ses lèvres mais les yeux bruns brillaient d'amusement derrière les lunettes. Il était tellement évident qu'Erwin se perdait dans sa propre cuisine et, ayant prouvé son point, toute sa personne exultait.

Erwin se rembrunit. D'accord, il ne savait pas cuisiner. D'accord, il n'aurait pas dû prétendre le contraire.

Mais voilà que les expériences d'Hanji lui revenaient à la mémoire, et non, pas la bombe artisanale, mais bien celles réalisées dans les casseroles où Mike cuisinait d'habitude et il voulait pouvoir faire un repas aujourd'hui sans avoir envie de vomir.

« Vous êtes ridicules, avait déclaré Hanji avec aplomb. Et puis l'urine, c'est stérile ! » Les années avaient passé mais Erwin se rappellerait toujours du visage de Mike. Et de cette casserole où l'avant-veille encore, le grand blond avait préparé un excellent chili con carne. Depuis Erwin n'avait jamais plus mangé de chili con carne.

Tandis qu'Hanji gloussait, et appelait Armin pour qu'il vienne aider Moblit, ce que l'enfant fit avec promptitude, Hanji entraîna Erwin vers le canapé. Dans la cuisine, Moblit de sa voix douce et monotone expliquait à Armin comment laver des épinards. Oh, c'était donc des épinards.

À un moment, Hanji avait fouillé dans le bar et avait décidé de se passer de l'autorisation d'Erwin pour se servir un verre de sherry.

— C'était un piège, dit Erwin. Depuis le début, tu avais prévu que Moblit cuisinerait.
— Bien sûr. Je m'en fiche de ça. Je sais déjà que tu cuisines comme un pied. Ce que je veux savoir, c'est comment elle est.
— Qui ? demanda Erwin, qui comprenait enfin.

Voilà pourquoi Hanji avait voulu venir et avait demandé à Armin d'aider Moblit. Erwin avait vu l'appât et aperçut le piège. Il n'avait juste pas compris le but.

— Comme si tu ne savais pas, déclara Hanji.

Bien sûr qu'il savait. Bien sûr qu'ils savaient tous les deux. Erwin se maudit silencieusement. Il aurait dû se méfier ! Armin dans toute son innocence avait parlé. Et Hanji avait tiré les conclusions.

— Armin était si heureux. Intarissable ! Deux amis ! Eren et Mikasa. Des prénoms rares individuellement, mais alors ensemble…
— C'était un hasard, se défendit Erwin, une partie de lui se demandant pourquoi il se sentait tellement sur la défensive et l'autre le sachant parfaitement, ce qui lui était extrêmement pénible.
— Et tu la revois demain…
— Armin revoit Eren et Mikasa, c'est différent.
— Oh, Erwin ! Tu ne te rends pas compte que tu es en train de faire une colossale erreur ! Tu ne m'écoutes jamais d'habitude mais quand…
— Bien sûr que si je t'écoute toujours, intervint-il en fronçant les sourcils. Enfin presque.
— Oui, quand je te parle de mes plantes ou d'un auteur tu m'écoutes parce que toi aussi tu voudrais tout savoir, et quelque part dans ton esprit tordu, tu te dis que ça pourra peut-être servir un jour, mais pas quand je te parle de lui.

Erwin ne réagit pas. Parce que demander qui était lui était ridicule. Et parce que même si tout une série d'arguments lui venait à l'esprit, il savait qu'il ne ferait que se tromper lui-même.

— Dès que je te parle de Levi Ackerman, c'est différent. Tu fais mine de rien mais je te connais trop bien. Il t'intéresse.
— C'est toi qui le colle et qui parle sans arrêt de lui. Et puis, ses résultats sont brillants, fit remarquer Erwin, parce que ça c'était vrai.
— Oui, mais moi je ne l'ai pas invité au restaurant.
— Je ne t'ai jamais dit que je l'avais invité au restaurant, dit Erwin en se levant pour aller chercher un verre dans le bar et se servir non pas un sherry, trop sucré, mais un whisky.

C'est alors qu'il se rendit compte qu'il venait de faire une gaffe monumentale. Il se tourna vers Hanji, espérant que ça serait passé inaperçu. Sans surprise, ce ne fut pas le cas.

Il y avait sur ses lèvres un sourire de loup.

— Je sais. Et je trouve justement ça très intéressant.

Puis le sourire devint plus amer, presque triste. Le regard brun le scannait avec une acuité qu'Erwin détestait parce qu'il avait l'impression que ces yeux lisaient en lui. Parce qu'il savait que ces yeux lisaient en lui.

— Tu comptais garder cette rencontre pour toi, n'est-ce pas ?

C'était une question rhétorique, il le savait. Et cela se confirma moins de deux secondes plus tard lorsque son discours continua pendant qu'il versait l'alcool ambré dans son verre.

— Oui, et lui aussi tu voudrais bien le garder pour toi. C'est pour ça que tu n'as rien dit. Mais pour lui, c'était juste une anecdote curieuse. C'est tout. Tu es ça pour lui, une anecdote curieuse. Erwin, je ne sais pas beaucoup de choses de Levi parce qu'il ne parle pas tellement de lui mais je sais quelque chose et tu dois le comprendre : sa femme il l'aime et ses gosses il les adore.
— Arrête.
— D'accord, tu es tombé sur elle et je veux bien croire que c'était par hasard.

Erwin eut un rire amer. Bien sûr que c'était le hasard. Et bien sûr que Levi Ackerman aimait sa femme et ses enfants.

— Et là, quelle aubaine ! Armin se fait son premier ami ! Ses deux premiers amis ! Alors on se revoit… Et par la femme, on en apprend plus sur le mari.
— Ce n'est pas ça, dit Erwin avec colère. Ce n'est pas ça du tout. Je suis vraiment heureux qu'Armin se soit fait des amis ! Et c'est pour ça que nous avons rendez-vous demain.
— Je te crois. Mais tu penses à plusieurs niveaux Erwin, n'est-ce pas ?
— Elle ne sait même pas qu'il travaille pour moi, son mari !

Hanji secoua la tête.

— Et laisse-moi deviner, c'est pour ne pas entraver l'amitié naissante des enfants ?
— Parfaitement.

Un soupir s'exhala de la poitrine d'Hanji. Erwin but quelques gorgées.

— Ce n'est pas la bonne solution. Il n'est pas pour toi.
— Je n'ai jamais dit qu'il l'était.
— Non, mais tu le penses. Erwin, tu pourrais avoir n'importe qui. Laisse-le tranquille.
— À t'en croire, je vais le poursuivre dans un coin et le violer.
— Non, bien sûr que non. Mais il arrive rarement des choses agréables à ce qui se tient entre ton but et toi.
— Il n'est pas mon but.

Hanji haussa les épaules. Erwin mentait bien d'habitude. Pourquoi l'autre pouvait voir si facilement à travers lui ? Mieux encore que Mike et son flair. C'était parfois comme si tous les deux étaient les deux faces d'une même pièce. Hanji était le génie fou et extravagant. Lui était le génie froid et méthodique.

— Je peux te présenter quelques personnes, si tu veux.
— Non merci.
— Des personnes intéressées. De quoi te changer les idées.

Le ton d'Hanji était tout sauf équivoque et le clin d'œil pas vraiment subtil. Peut-être, songea Erwin. Peut-être. Mais au-delà du manque de temps, l'idée de s'abandonner dans les draps d'une chambre d'hôtel en charmante compagnie ne l'attirait pas tant que ça. Un silence s'installa quelques instants, mais il fut rapidement brisé : Hanji n'aimait pas le silence.

— Et sinon, elle est comment ?

Mais Erwin lui jeta un regard des plus glacials, cette conversation avait vraiment été désagréable et il ne tenait pas à la continuer en s'attardant sur la personnalité agréable et charmante de Petra Ackerman. Voyant sa mauvaise humeur, Hanji eut un nouveau soupir, acheva son verre de sherry et remit le son du dessin animé, qu'ils regardèrent en silence, ponctué des éclats de rires du génie qui semblait trouver désopilantes les aventures idiotes de l'éponge en costume.

Armin n'était pas une excuse pour s'approcher de la jeune femme et par elle de Levi Ackerman. Il n'utiliserait jamais son filleul, et encore moins alors que pour la première fois il s'était fait des amis. Le bonheur d'Armin passait avant le sien mais Hanji avait raison. Et il détestait que, si clairement, des mots aient été posés sur des sentiments qu'il ne voulait pas admettre.

— Pa' ! Hanji !

Armin arriva sur le canapé.

— Les lasagnes sont au four, déclara-t-il. Faut juste que ça gratine. D'après Moblit, j'ai très bien fait les couches des lasagnes.
— Je suis sûr que ce sera délicieux, assura Erwin, qui se leva pour aller mettre la table.

Moblit l'aurait fait, bien sûr, mais déjà Moblit, quoique cuisinant, était tout de même son invité et il aspirait à s'éloigner d'Hanji, de sa perspicacité et de son rire insouciant face à cette émission idiote.

La cuisine était immaculée, Moblit finissait la vaisselle, et Erwin se demanda si cet homme était un humain ou un robot.

— Tu n'as pas besoin de tout nettoyer, dit-il. Et je m'aperçois que je ne t'ai pas offert à boire !
— J'ai l'habitude avec Hanji. Il vaut mieux tout nettoyer tout de suite.

Entre les deux hommes, il y eut un bref moment de compréhension. Ils n'étaient pas vraiment amis, mais ils étaient comme unis par ce lien brillant, inconstant et irritant, qui riait bêtement sur son canapé.

— Qu'est-ce que tu veux boire ? Je crois que j'ai un peu de tout…
— J'ai pris un Chardonnay et je me suis permis de le mettre au frais…
— En veux-tu un verre ? demanda Erwin qui était décidément un hôte exécrable sur toute la ligne, ce soir-là.
— Je préférerai quelque chose sans alcool. Je conduis. J'ai pris du jus de pomme, pour Armin. Ça m'ira très bien.

Définitivement, cet homme était parfait dans son genre.

Lui servant un verre de jus de fruit, et constatant en ouvrant le frigo qu'il y avait du lait et près dudit frigo un paquet de céréales, et il était prêt à le parier, celles qu'Armin préférait, Erwin se dit que quelque soit le salaire de Moblit, il fallait qu'il l'augmente.

Alors qu'une odeur alléchante se répandait dans la cuisine, Erwin mit la table. Et après une dizaine de minutes, ils étaient tous les quatre assis devant un plat doré de lasagnes de saumon et d'épinards. Il y avait aussi de la salade et au four, une tarte aux pommes surgelée cuisait doucement.

Hanji regarda la table et Moblit et secoua la tête d'un air navré :

— Moblit, ce repas a l'air charmant et délicieux, mais il te manque ton tablier !
— Hanji ! s'exclama Moblit qui était devenu rouge.

Ricanant, Hanji leva les yeux au ciel avec une mine faussement innocente et Erwin et Armin échangèrent un regard confus. Sans doute valait-il mieux ne pas savoir.

Les lasagnes furent déclarées excellentes, elles l'étaient d'ailleurs et Moblit assura que c'était grâce à Armin qui avait su parfaitement répartir les différentes couches, et le repas, sinon calme - Hanji était à la fois d'humeur joyeuse et taquine, une combinaison très dangereuse - fut très agréable.

Erwin ignora consciencieusement les piques sur Petra Ackerman et Armin une fois de plus fut invité à raconter sa matinée à Moblit qui ne l'avait pas entendue.

Arriva ensuite la tarte aux pommes, très bonne pour un surgelé, que Moblit agrémenta de crème fouettée. S'il cuisinait toujours ainsi, le taux de cholestérol d'Hanji devrait être astronomique. Une fois le repas terminé, Armin ne tarda pas à montrer des signes de fatigue.

Après une douche, et habillé de son pyjama, l'enfant souhaita bonne nuit à Moblit et Hanji et Erwin l'accompagna jusqu'à la chambre, qui un jour avait été une chambre d'amis, mais qui depuis la naissance d'Armin était devenue la sienne même s'il ne dormait pas si souvent chez son parrain.

Nanaba avait appelé au cours de la soirée, le ton assez éteint et la voix fatiguée, et Armin était un peu agité et inquiet. Prenant un des romans d'Harry Potter dont l'enfant possédait un exemplaire de chaque tome et chez lui et chez son parrain, Erwin l'ouvrit et commença à lire le second, qu'il connaissait parfaitement, bien à son corps défendant. La voiture volante des Weasley n'était pas encore arrivée pour délivrer Harry que la respiration calme de l'enfant indiquait qu'il s'était endormi. Erwin lut encore une page, puis se tut. Armin ne bougea pas, et Erwin se leva, caressa une des mèches blondes puis quitta la pièce le plus discrètement possible.

Dans le salon, Hanji avait repris possession du canapé et jouait avec quelque chose.

— Pour en revenir à notre ami et à sa femme…, dit-elle
— Je t'ai déjà dit d'arrêter.

Sans surprise, ce fut aussi efficace que jeter un verre d'eau sur un feu de forêt. Dans la cuisine, Erwin entendait Moblit remplir le lave-vaisselle.

— Et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres, déclara Hanji sur un ton faussement solennel en le regardant par-dessus ses lunettes.
— Ta gueule, lui dit-il du tac-au-tac en fronçant les sourcils.
— Oh, que tu es vulgaire. J'ai tapé dans le mille.

Il l'ignora et posa son regard sur sa main gauche avant de soupirer. Bien sûr, Hanji en avait profité pour fouiller dans ses tiroirs. Plus exactement, Hanji avait forcé ses tiroirs car, sachant qu'Armin venait, il l'avait rangée dans un tiroir à clef.

— Range cette arme, Hanji.
— Ton Beretta. Toujours. Ça valait bien la peine de t'offrir un Smith et Wesson. Un Smith sans Smith et Wesson, c'est genre une blague triste.
— Je le garde au bureau.
— Vraiment ? Je ne l'ai jamais vu ! Je pourrais le démonter ?
— Hanji, je n'apprécie pas qu'on fouille dans mes tiroirs, que ce soit chez moi ou au bureau. Et de toutes manières, tu le connais par cœur.

Un sourire se dessina sur les lèvres de cet esprit déluré qui ne pouvait dire le contraire et pour cause : Erwin avait peut-être fait le choix de ne plus porter d'arme mais il savait que ce n'était pas le cas de Mike et d'Hanji. Il fallait aussi dire que Mike et Hanji avaient passé plus de temps sur le terrain que lui.

— Ne sors pas ça quand Armin est là, même s'il dort.
— Parrain modèle, va ! Je voudrais bien un café, Moblit !
— Tu en as pris un il y a cinq minutes, intervint Moblit qui arrivait. Tout est propre et à sa place, Erwin.

C'était officiel, Erwin était le pire hôte du monde.

— Moblit, tu n'avais pas à faire tout ça.
— J'ai l'habitude avec Hanji.
— Ah ! Qu'est-ce que je deviendrais sans mon Moblit ? rit Hanji en se levant et en passant son bras autour des épaules de l'homme.
— Tu serais en train de mourir d'inanition dans un coin au milieu de tes ordures, déclara Erwin, sûr de son fait.
— C'est bon, ça ne me dérange pas, dit Moblit en s'écartant.
— Bref, on va y aller. Surtout qu'Erwin n'est guère causant. Mais ne t'inquiète pas, je garderai ton petit secret. Armin est trop mignon quand il sourit.

Hanji lui fit un clin d'œil et Moblit resta impassible. Erwin se demanda s'il savait tout ou s'il ne savait rien, s'il était un confident ou un meuble. Dans quelle case de son cerveau désordonné et génial, Hanji rangeait le jeune homme ?

Est-ce que d'ailleurs, Hanji savait quelle était sa case dans le cerveau de son assistant ?

La pensée le rendait curieusement triste. Depuis qu'il avait fait sa connaissance, il n'avait jamais vu Hanji montrer le moindre intérêt romantique pour personne. Il savait que ça ne voulait pas forcément dire que ça n'existait pas mais…

Non, ce n'était pas ses affaires. Il ne restait plus qu'à espérer que Moblit trouverait un jour quelqu'un de normal et capable de lui rendre son affection. Et qu'il n'en profiterait pas pour démissionner.

Tout en enfilant son manteau, et en discutant de ses princesses, c'est-à-dire ses chères plantes carnivores aux doux noms de tueuses en série cannibales, Hanji déclara :

— Il faudrait qu'on aille au stand de tir à l'occasion, ça fait longtemps.
— Parle pour toi, à chaque fois que Mike te propose de venir avec nous tu n'as jamais le temps.
— Parce que je n'ai jamais le temps. Tu sais qu'un PDG normal fait plutôt du golf pendant son temps libre ?
— Tu sais qu'une personne normale n'a pas besoin d'être menacée pour qu'elle se lave ?

Hanji prit une fausse mine offusquée avant de rire. Puis une fois qu'ils se furent salués, Erwin se retrouva seul dans l'appartement, soudain terriblement silencieux. C'était l'effet Hanji.

Il se sentait terriblement fatigué.

C'était aussi l'effet Hanji. Et puis d'un bon repas. Et de cette discussion qui n'avait pas vraiment eu lieu sur Levi Ackerman. Il lutta contre l'envie d'aller se coucher et décida de se remettre au travail jusqu'à ce que la fatigue ne se fasse trop ressentir. Après tout, le lendemain serait une longue journée et il devait être en forme.

Cela dit, avant de s'installer avec son ordinateur, ses dossiers et une bonne tasse de café, il eut soin de ranger le Beretta dans le tiroir et de le referme à clef.

« La vérité vous rendra libres. »

Oui, il y avait cru. Et même s'il avait quitté ce monde-là, il y croyait encore. Mais cette vérité, il fallait être assez fort pour l'accepter et ce n'était pas le cas de tout le monde.

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Merci d'avoir lu ! Cela vous a plu ?
Je ne pensais pas que cette journée serait aussi longue à traiter, mais j'avais beaucoup de choses à caser mine de rien.
En tout cas, j'ai hâte de vous retrouver pour le prochain chapitre (et de retrouver Levi), maintenant que les bases sont posées ! :)

Prochain chapitre : En ligne le 4 Juillet.
Note du 4 Juillet : Le chapitre 7 est en cours de correction.
Quelques soucis techniques ont causé un peu de retard, mais il sera là aujourd'hui. (Ou demain au plus tard !)