December 22sd
Le Poudlard Express avançait inexorablement. Maussade, Anoki profitait des derniers instant de magie autorisée pour avancer dans la couture de sa robe de bal.
Xénophilius et Andy devisaient sur des sujets vaseux du type Enormus à Babille, Ronflac cornus et autre Joncheruines. Sans oublier les interventions à la limite de la vénération de la jeune anglaise concernant la prochaine conférence de Borage.
Peter geignait à propos d'un obscur surnom que lui avait donné les maraudeurs. Là s'arrêtait la population du wagon. James, Sirius et Rémus avaient choisi de s'installer à part.
"-Non mais franchement, avoue que Queudver, c'est... Ca peut porter à confusion tu vois ? C'est moyen... Pas très flatteur, tout ça...dit l'épais garçon un peu gêné.
-Pas pire que Cornedrue, à mon humble avis." renchérit Andy avant de se replonger dans son manuel avancé des potions.
"Non, mais quand même, c'est plus viril quoi...
-Ou alors il a un certain amour pour le jaune et ne passe plus les portes à cause de ses cornes, tout est question de point de vue..." conclu Thwaite avec un haussement d'épaules indifférent.
"Moi, j'aime bien le jaune..." ajouta Xenophilius l'air rêveur et avec un temps de retard.
Anoki était en colère. Très, très en colère... Elle ne s'était pas extirpée d'Inde, de sa propre famille pour s'entendre dire de la part d'un Loup-garou avec une nette tendance au mélodrame qu'elle pouvait aller se faire voir ailleurs.
C'était inadmissible. C'était stupide. Inutile. Humiliant. C'était...
Un défi personnel.
Voilà, tout était dit. L'autre velu éthéré n'aurait plus aucun argument valable à lui exposer. Elle l'aurait. D'une manière ou d'une autre.
Soupirant en pensant aux nuits blanches de travail ingrat qu'elle avait devant elle pour terminer sa robe à la manière moldue, elle rangea son matériel de couture et sorti un manuel d'une provenance modérément licite emprunté à Andy en l'ouvrant directement au chapitre de la métamorphose animale, le regard résolu et brillant.
Son amie la suivit du regard et poussa un long soupir résigné.
Anoki la trouvait étrangement radoucie depuis la nuit de jeudi. Non, pas radoucie, mal-à-l'aise. Elle se tortillait parfois sur sa chaise au point qu'Anoki crut bon de lui demander si elle avait des vers. Elle jetait des regards alentours comme si elle avait le bureau des aurors à ses trousses dès qu'elle se déplaçait. Elle regardait rarement Anoki dans les yeux et sa répartie, bien que toujours nettement supérieure à celle de leurs condisciples de l'école avait perdu en mordant.
Ce n'était pas grand-chose, au fait. Rien qui n'eut pu être détectable de l'extérieur. Mais Anoki commençait à la connaitre suffisamment pour le remarquer. Qui plus est, sa confusion était perceptible par la jeune indienne, malgré les solides murailles que son amie avait appris à ériger autour de son esprit.
Anoki aurait tout le temps d'enquêter durant les vacances...
Une armada de frères et sœurs, d'oncles, de tantes et de petits cousins bruyants les attendaient à leur arrivée en gare de Whitby. Seuls manquaient manifestement les chefs de famille.
Elles avaient retrouvées Daphne - boudeuse comme à l'accoutumée - et Niall à la sortie du Poudlard Express et étaient montées à bord du Magicobus. Une première expérience pour Anoki, que le traumatisme hanterait encore bien des années plus tard.
Le trajet fut inconfortable, surtout à cause de l'odeur de bouse de dragon qui se dégageait d'une des malles des lycéennes (la jeune indienne avait TOUT essayé, rien ne venait à bout de cette puanteur) et du style relativement sportif du conducteur, mais animé grâce à la très complète description de la victoire d'Appleby Arrows sur les Kenmare Kestrels dans laquelle Niall s'était lancé. Il les gratifia aussi de son interprétation très personnelle et légèrement trop obscène pour un garçon de son âge de "Beat back those bludgers, boys, and chuck that quaffle here" , l'hymne des supporters de Puddlemere United.
Ils avaient de là transplané jusqu'au cottage familial, coincé dans les terres entre Whitby, qui s'enorgueillit d'offrir le meilleur fish and chips d'Angleterre, et Robin Hood's Bay, qui n'a malheureusement pas grand chose à voir avec le célèbre brigand d'opérette.
La maison d'Andy était formidable. La magie et la vie y étaient omniprésentes, en dépit du deuil que la famille affrontait encore.
C'était un corps de ferme d'apparence modeste quoique charmant, dont le cottage principal avait été agrandi magiquement pour accueillir les festivités. Une véritable armée de bonshommes de neige barrait la porte principale, et les invités durent faire le tour pour entrer par le côté sud et la véranda menant à la cuisine, où ronronnait le four à bois et dormait d'un oeil le vieux chien de berger.
Anoki découvrit plus tard en faisant le tour du propriétaire avec son amie le côté nord du jardin, où se dressaient le pigeonnier, qui hébergeait les poules au rez-de-chaussée et les chouettes à l'étage, et la grange, de laquelle sortait un bêlement continu et rassurant. Elle eu aussi à expérimenter pour son plus grand malheur les seules toilettes du cottage, qui trônaient dans un appentis séparé en deux dans la seconde moitié duquel des bûches et différents outils étaient stockés, et où de trop nombreuses araignées venaient trouver refuge durant le rude hiver.
A l'intérieur, Cybele n'avait pas lésiné sur la décoration : un immense sapin couvert de bougies se dressait au milieu du salon, et toute la maison croulait sous les guirlandes de houx, de gui et de feuilles de chêne, ce qui, comme Andy l'expliqua à Anoki, était l'attirail de rigueur pour fêter Yule.
La confection de gâteaux à la cannelle et à la cardamome semblait être une activité extrêmement prisée, presque autant que de les déguster en jouant à la bataille explosive ou aux bavboules près de la cheminée.
Ceci dit, la lande sous la neige, battue par tous les vents, n'offrait pas un climat très hospitalier, et mêmes les gnomes de jardin n'osaient pas pointer le bout de leur nez dehors. Il était donc interdit de voler, et faire le tour de l'étang en patins à glace n'était pas follement excitant pour des adolescentes.
Andraste s'ennuyait à mourir, et se demanda presque si elle n'allait pas partir en avance au manoir des Potter quand son père, que l'animation et le vin d'ortie semblaient au moins raviver, raconta pour la quinzième fois l'alliance contre nature des Thwaite de Staithes et des Oakby de Ravenscar, sorte de conte shakespearien dont il était le héros.
La grande-tante Idris, une vieille chouette qui avait l'air d'avoir deux-cent ans et qui c'était prise d'une affection inexplicable pour Anoki, renchérissait toujours sur la grandeur de la lignée des Oakby, dignes descendants des puissants sorciers scandinaves bien qu'ils n'apparaissaient plus sur le registre des sang-purs depuis plus d'un siècle, et avaient été définitivement déclarés personae non gratae quand cette même Idris avait crée la Société de soutien aux cracmols. Elle pouvait déblatérer des heures durant - tant qu'on l'approvisionnait en liqueur - sur la beauté romantique de la côte anglaise, connaissait toutes les histoires de tavernes que personne ne voulait vraiment entendre et ne tarissait jamais d'insultes très créatives envers les vingt-huit familles sacrées particulièrement à l'encontre des Rosier, des Macmillan, des Bulstrode et des Black.
Andraste se réveillait brutalement de sa maussade apathie à chaque mention du dernier nom, ce qui avait tendance à l'agacer profondément elle-même.
La famille du côté paternel - les Thwaite, donc - n'était pas présente, mais il était prévu qu'ils viennent pour "la journée des Moldus" la veille de Noël, durant laquelle toute magie était prohibée et les Oakby essayaient tant bien que mal de parler sidérurgie, pêche au gros, dessins animés et Manchester United.
Anoki était plus habituée à une sorte de dignité silencieuse, ou à l'indifférence habituellement réservée aux femmes dans le cercle familial. Quant à la magie, bien que venant d'un milieu de sorciers, l'état de cracmols de la majorité des occupants de la maison Naranayin rendait en comparaison celle des Thwaite tout à fait remarquable à ses yeux.
Pour elle, tout était exotique, nouveau et propice à de petites exclamations ravies qui n'auraient pas dépareillé dans la bouche d'une enfant de cinq ans. Elle se moquait éperdument que son amie la regarde avec des yeux horrifiés et que les petits cousins gloussent sous cape.
Elle fit la connaissance d'Evander, le seul frère étant passé par Gryffondor et qui était fort, fort charmant, de Cybele, la productrice de lisier draconique, et se rendit compte que Daphne était beaucoup moins insupportable que sa soeur le laissait entendre. Sa vénération sans limites pour Sirius Black avait le don fascinant d'énerver Andraste qui répliquait à chaque remarque flattant les yeux si gris du jeune homme que Daphne "finirait dans l'aile Janus Thickey de Ste Mangouste avec sa psychose obsessionnelle érotomane", et cela était extrêmement amusant pour sa compagne indienne, étant donné que l'obsession semblait être un trait familial.
Anoki s'inquiétait juste de ne pas avoir prévu suffisamment de cadeaux pour tout le monde. Elle avait heureusement une bonne provision de laine qui serait nécessaires à la confection de bonnets fantaisie pour les plus jeunes et de coton pour réaliser des napperons et cols pour les matriarches. Des écharpes devraient suffire aux messieurs.
Non, décidément, Anoki ne dormirait pas beaucoup les nuits à venir...
Nous sommes désolées pour cette longue interruption! On va essayer de repasser à une publication mensuelle, et on espère que vous aurez plaisir à suivre les aventures de nos deux insupportables adolescentes.
