Bonjour ! C'est avec un peu de retard, mais je suis contente de pouvoir enfin poster ce chapitre 7 ! Comme je l'ai indiqué à la fin du chapitre 6, quelques soucis techniques ont retardé un peu la sortie du chapitre et j'en suis désolée.
Du coup je suis doublement stressée en le postant car j'espère qu'il va vous plaire.
Pour me faire pardonner, il est long. (Trop long. Et c'est bien pour ça qu'il a mis du temps à arriver.)
Merci à Griseldis, Wundy, Crazy White Rabbit, Ferry's, Smilefurus, alixlouise et zancrow99 pour vos reviews.
Petite RàR des guests (ni vue, ni connue) :
Ferry's ; Encore merci pour ta review :) Oui, Moblit est vraiment l'homme parfait, il n'y a qu'Hanji pour ne pas s'en rendre compte ! Si Moblit le sait ou pas... Je ne peux rien dévoiler pour le moment. :P Je comprends cette impression, mais malgré les apparences, j'ai tourné toute l'intrigue autour d'Erwin et Levi. Si beaucoup d'auteurs préfèrent se concentrer à 100% sur le couple choisi, j'ai préféré partir sur quelque chose de plus général parce qu'il y a énormément de personnages dans SnK et je trouve cela dommage de se concentrer sur seulement deux dans le cadre d'une longue fiction.
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Survey Corporation, Inc.
VII
Retrouvailles
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Armin avait eu une nuit heureusement paisible, ce qui entre l'inquiétude pour ses parents, la surexcitation de s'être pour la première fois fait un ami ainsi que le repas si particulier d'Hanji n'était pas joué d'avance. Il était réveillé mais pas levé lorsque Erwin était passé le voir au matin, et après un bon petit-déjeuner, grâce aux céréales du si prévoyant Moblit, il avait comme la veille accompagné son parrain à la Survey, faisant sien le canapé et la table basse avec ce calme si peu propre aux enfants de cet âge-là, lisant ou jouant à un jeu sur une console portable que Nifa lui avait donnée ce matin, un prêt de la part d'Hanji. Cela dit, Erwin qui de temps en temps levait les yeux sur lui remarquait bien qu'il était tout de même impatient car le petit blond consultait son portable à tout moment, comme si fixer l'écran ferait passer le temps plus vite.
Finalement, avec presque vingt minutes d'avance sur l'horaire prévu, Erwin avait cédé à cette impatience muette en proposant de partir, au cas où Eren et Mikasa seraient déjà au rendez-vous.
Armin avait acquiescé avec un vif enthousiasme. Plus tard, il avait même violé une des règles de la bibliothèque en y entrant en courant, le livre serré sur sa poitrine. Ça faisait du bien de le voir enfin se comporter comme un enfant de son âge. Il s'était précipité vers les tables qu'ils occupaient la veille, pour les trouver prises par plusieurs étudiants. Il avait fait le tour des rayons et des salles de lecture environnantes mais il avait fallu se rendre à l'évidence : la famille Ackerman n'était pas encore arrivée.
Il était revenu vers son parrain avec une mine pitoyable, sans doute une première alors qu'il était dans une bibliothèque, un des endroits qu'il aimait le plus au monde et Erwin fut frappé, non pas pour la première fois mais d'une manière plus aiguë d'à quel point Armin souffrait en réalité d'être un petit garçon solitaire et sans véritables amis. Il s'entendait bien avec les adultes mais ce n'était bien évidemment pas la même chose. Erwin lui sourit, tentant de lui faire comprendre sa tendresse, ne sachant comment lui expliquer qu'un jour cela changerait et que quand les autres enfants auraient grandi et mûri, il trouverait parmi eux des vrais camarades mais soudain, il y eut une espèce d'éclair châtain et Eren était là, bruyant, vivant, agité, Mikasa le suivant de près, la mine plus calme ; le sourire d'Armin sembla illuminer jusqu'au plafond du vieil édifice.
Petra ne tarda pas à faire son apparition. Erwin allait lui tendre la main mais avec beaucoup de naturel, elle s'approcha et lui fit la bise.
— Bonjour vous deux ! Je vois que nous ne sommes pas les seuls en avance.
— Bonjour Petra, bonjour les enfants.
Les enfants s'étaient salués, avec moins de cérémonie que la veille heureusement, et après avoir fait de même avec les adultes, ils s'étaient installés à une table libre.
— Il faut dire que c'est la première fois, dit Erwin à Petra, qu'Armin s'entend si bien avec un enfant de son âge. Il trépignait d'impatience ce matin.
Enfin, pas vraiment trépigner, rectifia-t-il mentalement, mais il fallait admettre que dans le cadre du comportement habituel de son filleul, celui-ci avait indubitablement manifesté beaucoup d'empressement.
— Eren était pareil, répondit Petra. Armin est son premier ami dans ce pays, jusqu'ici, il n'avait que Mikasa.
Tout en prenant place à une table voisine, les deux adultes discutaient à voix basse en regardant les trois enfants. Eren, tout en regardant les images, parlait très vite, s'embrouillant parfois dans des phrases trop longues et demandant à Mikasa la traduction de certains mots qu'elle lui fournissait toujours sans même avoir besoin de réfléchir.
— Ils ont vraiment l'air proches tous les deux, releva Erwin.
— Oh oui, ils le sont, oui. Depuis le début.
Erwin ne poursuivit pas la conversation. Un sourire doux avait beau se dessiner sur le visage de la rousse, il pouvait sentir une certaine gêne. Cela tenait sans doute au fait que Mikasa était la demi-sœur de Levi. Ça ne devait pas être évident tous les jours d'élever et son fils et sa belle-sœur. Erwin tenta de chasser ces considérations sur l'arbre généalogique et la vie domestique de la famille Ackerman de son esprit.
— Mikasa a l'air très intelligente pour son âge. Elle parle déjà couramment l'anglais ?
— Oui, elle retient tout. Elle a une excellente mémoire.
Erwin se dit que Mikasa faisait à la fois plus vieille et plus jeune que son âge. Il y avait dans ce calme tranquille une assurance presque adulte et à la fois une grande immaturité de tout petit enfant dans cet attachement presque pathologique qu'elle semblait porter à son frère adoptif. Mais sans doute c'était les circonstances qui en avaient décidé ainsi. Erwin se doutait que la situation familiale des Ackerman était particulière. Il avait envie d'en savoir plus mais il ne tenait pas à mettre la jeune femme mal à l'aise. Et puis si la tentation était trop forte, il y avait d'autres moyens de découvrir ce qui l'intriguait. Un moyen avec des lunettes, une hygiène déplorable et une récente passion pour les plantes carnivores.
Erwin écoutait les enfants d'une oreille tout en discutant avec Petra. Le sujet était passé des enfants aux études qu'elle souhaitait reprendre à la prochaine rentrée puis la conversation dériva sur le domaine de la santé dans sa globalité et finalement sur la politique. Plus Erwin parlait avec Petra, plus il s'étonnait d'apprécier avec tant de facilité la jeune femme. Derrière ce visage presque trop juvénile, il y avait un esprit brillant très affûté. Elle possédait une vaste culture et, même si le mot pouvait sembler étrange, comme une espèce de sagesse. Ses opinions étaient exposées clairement, avec des arguments cohérents et elle montrait une grande connaissance sur une très large variété de sujets.
Il y avait pourtant quelque chose de curieux chez elle, dans l'éclat soudain acéré de son regard du reste brun et chaleureux, dans ses gestes qui semblaient parfaitement contrôlés et Erwin se souvenait alors de cette sensation de danger, la veille. Dans un sens, il avait du mal à croire que Petra Ackerman était ce qu'elle déclarait être, une simple mère au foyer désirant reprendre ses études. Elle lui rappelait un chat doux et câlin, mais qui malgré toute sa civilité restait le parent pas si lointain du tigre ou de la panthère.
Tout à sa conversation avec Petra, il n'avait même pas sorti de sa serviette les quelques dossiers qu'il avait apportés, Erwin ne s'était pas rendu compte que le temps était passé si rapidement et il fut très surpris lorsque son alarme sonna pour lui rappeler qu'il était temps de partir s'il ne voulait pas être en retard au rendez-vous avec Uri Reiss.
— Je n'avais pas vu qu'il était si tard. Nous devons y aller car j'ai un rendez-vous que je ne peux pas repousser.
— Oh bien sûr, dit Petra qui sembla aussi surprise que lui. Je n'avais pas vu qu'il était si tard. Et je vous ai même empêché de travailler.
— Je n'y ai pas mis tellement d'empressement, admit Erwin avec bonne humeur et c'était tellement étrange car ces mots, qui auraient pu passer pour une tentative de flirt, n'étaient rien d'autre que l'expression de la vérité, le reflet de cette camaraderie si étrange et rapide entre eux.
— N'empêche, j'aurais dû vous laisser travailler. C'est très bon de votre part je trouve, que vous veniez ici pour Armin alors que vous avez visiblement tant à faire.
— Cela me fait presque autant plaisir qu'à lui. Ça me fait plaisir de voir qu'il se fait des amis.
Erwin en disant cela s'était levé et avait fait signe à Armin pour le faire comprendre qu'ils partaient.
— Déjà ? s'étonna l'enfant.
— Oh, non, encore un peu ! protesta Eren.
— Eren, voyons ! le gronda Petra, visiblement gênée. Désolée Erwin, mais parfois Eren ne se rend pas compte que les adultes ne font pas toujours ce qu'ils veulent...
Elle appuya sur ces derniers mots en faisant les gros yeux à Eren qui détourna la tête, grognant quelque chose en allemand.
— Ce n'est rien, la rassura Erwin. C'est même plutôt une chance qu'ils n'aient pas encore à le savoir.
Petra jeta un regard en coin à ses enfants et eut un petit soupir.
— Oui, c'est une chance.
Il y avait presque du regret dans sa voix mais elle se reprit aussitôt et demanda :
— Demain, même heure ?
Erwin soupesa un instant l'idée. Il ne pouvait vraiment pas se permettre une autre demi-matinée de congé.
— Impossible, j'ai une matinée très chargée, répondit-il en ignorant la mine déçue d'Armin. Mais que diriez-vous d'après-demain ?
— Mais moi je veux demain, insista Eren et cette fois-ci il reçut une petite tape de la part de Mikasa.
— Eren, et la voix de Petra était devenue extrêmement sérieuse, ça suffit à présent. Si tu continues comme ça, je dis à Pisk qu'on ne déjeune pas ensemble ce midi.
— Oh Smeykhl, non ! C'est bon, je ne dis plus rien...
Alors qu'Erwin se disait que Pisk était un nom vraiment étrange, et avec une consonance pas vraiment heureuse, Petra, qui devait sans doute avoir vu son air vaguement étonné, précisa :
— C'est mon mari, son surnom. D'habitude, les enfants sont avec une baby-sitter le midi mais pour une fois, elle n'est pas disponible alors nous déjeunerons tous les quatre.
Erwin eut soudainement comme une sensation de vertige en voyant avec une clarté trop nette Levi sourire comme il avait souri ce jour-là dans le taxi, mais cette fois-ci entouré de cette femme et de ces deux enfants, de sa famille. Des gens qui l'aimaient et qu'il aimait.
Il repoussa ce sentiment désagréable. Ça n'avait pas d'importance. Il regarda Armin qui souriait jusqu'aux oreilles alors que les enfants se promettaient de se revoir le surlendemain. Lui aussi il aimait et était aimé. Et il était ici pour son filleul et pas à cause d'un homme qui, c'était vrai, l'attirait, mais à qui il n'avait parlé que deux fois.
Erwin échangea son numéro de téléphone avec celui de Petra et ils se donnèrent donc rendez-vous pour le surlendemain. Enfin, ils se saluèrent une dernière fois et Erwin prit la main d'Armin en se dirigeant vers la sortie de la bibliothèque.
Comme la veille, Armin ne tarissait pas d'éloges sur son nouvel ami, et sur Mikasa qu'il considérait à présent aussi comme une amie.
— Mais juste comme une amie, précisa-t-il avec sérieux, je ne suis pas amoureux d'elle ni rien.
Erwin, quoique amusé, ne l'écoutait que distraitement, l'esprit revenu sur son déjeuner avec Uri Reiss.
Lorsqu'ils furent dehors, Erwin s'arrêta et fronça les sourcils en posant son regard sur la silhouette assise sur le banc en face. Il l'observa se lever avant de se diriger vers eux d'un pas presque bondissant, tout en retirant ses lunettes de soleil.
— Qu'est-ce que tu fais ici, Hanji ?
— Salut, Armin ! sourit son vis-à-vis en prenant l'enfant dans ses bras pour le gratifier d'un bisou particulièrement bruyant sur la joue. J'ai pensé que ce serait plus pratique pour toi que je vienne chercher Armin ici directement.
Erwin n'y croyait pas une seule seconde mais il n'avait pas envie de questionner Hanji en présence de l'enfant. Il était évident qu'à un moment ou à un autre, cette petite fouine était entrée dans la bibliothèque pour venir les espionner. C'était un peu inquiétant de se dire qu'Hanji avait pu le faire sans qu'il le remarque mais cela voulait aussi dire que Petra n'avait rien dû remarquer non plus. Après la discussion de la veille, son intérêt pour Levi et son infernale curiosité qui poussait le fantasque génie à vouloir tout savoir sur tout, il était évident que Petra Ackerman était devenue quelqu'un de très intéressant à ses yeux.
— Hanji, tu ne peux pas faire ça.
— De quoi ? T'attendre devant la bibliothèque ?
Sa mine était si innocente que si Erwin n'avait pas connu si bien ce spécimen très particulier d'humanité, il aurait presque pu y croire.
— Bref, soupira Erwin, essaie quand même de ne pas retourner au travail trop tard, Moblit est ton assistant, mais c'est toi qui est responsable.
— Chef, oui, chef ! répondit le génie informatique avec un ton moqueur.
— Et toi Armin, même si tu l'aimes beaucoup, rappelle-toi que si Hanji t'entraîne dans ses bêtises, c'est moi que ta mère tuera.
— Merci bien ! rétorqua Hanji avec un air faussement vexé. De toutes manières, les bêtises, on les fera quand même mais c'est juste qu'on ne te le dira pas. Pas vrai Armin ?
Et alors que le petit blond hochait la tête avec beaucoup trop d'enthousiasme, par-dessus sa tête, Hanji articula silencieusement « hamburger » pour au moins rassurer Erwin sur le menu du jour.
— Concentre-toi sur Uri Reiss et ne te fais pas de soucis pour nous. Tout se passera bien. Et puis Armin est assez intelligent pour me sortir de tous les ennuis dans lesquels je pourrais me mettre. Pas vrai Armin ?
Le petit blond prit une mine tout à fait sérieuse et déclara qu'il protégerait Hanji quoiqu'il arrive. Après quelques nouvelles recommandations, qui Erwin le savait, ne serviraient pas à grand-chose, il vit l'autre adulte faire un signe à un taxi qui s'arrêta. Avec Armin, tous les deux s'y engouffrèrent.
— Mais tu sais, dit d'un ton beaucoup plus sérieux Hanji, qui était déjà dans le taxi et avait baissé la vitre pour lui parler, tu ne devrais pas faire ça.
— De quoi ? La Fondation Reiss ?
— C'est ça, prends-moi pour plus débile que je ne suis. Tu sais que je parle de tes petits rendez-vous à la bibliothèque. Ce n'est pas bon. Pour personne.
— On discute seulement pour passer le temps pendant que les enfants sont ensemble.
— Si tu y crois... Mais, Erwin, je te préviens : tout ça finira mal. Et le plus probable, c'est que ce sera toi qui finiras par t'en prendre plein les dents.
Erwin choisit de ne pas répondre, car que pouvait-il dire de toutes manières à ce qui n'était que la continuation de cette désagréable conversation de la veille ? Il sourit à Armin dans le fond en faisant un geste de salut de la main, et avec un soupir ostensible, Hanji donna une adresse au conducteur de taxi, qui démarra. Erwin les regarda partir vers un quelconque restaurant puis il se dirigea vers sa propre voiture. Il ne lui restait plus qu'à aller passer prendre Rico Brzenska et à se rendre au « Rêve de Joseph ». Jusqu'à la veille, il n'avait jamais entendu parler de ce restaurant, qui n'avait visiblement rien à voir avec ceux où se déroulaient les rendez-vous d'affaires, des restaurants où il fallait réserver un an à l'avance et avec des tarifs si prohibitifs qu'un repas équivalait à un salaire mensuel.
La circulation, sans surprise, n'était pas fluide mais ça n'avait rien d'étonnant, la circulation n'était jamais fluide et Erwin l'avait prévu dans son horaire. Tout en écoutant distraitement les nouvelles, il continua de se torturer les méninges pour tenter de s'imaginer ce que Uri Reiss pouvait bien lui vouloir.
Jusqu'alors, il avait toujours rencontré Uri en compagnie de son frère Rod. Cependant, de ce qu'il avait compris, cette fois-ci, Rod ne serait pas présent. Erwin n'aimait pas particulièrement Rod Reiss mais il ne pouvait s'empêcher de se sentir inquiet. Allait-il se retrouver au milieu d'une histoire de famille ? Les trois déesses étaient une raison largement suffisante pour que les liens fraternels se défassent.
Il avait longuement réfléchi afin de choisir qui l'accompagnerait pour ce déjeuner. Mike lui avait conseillé Lynne, mais le chef de la sécurité étant déjà absent, il avait décidé de ne pas réduire plus l'effectif de ce département. Pas qu'il n'ait pas confiance en Gelgar pour gérer seul son petit monde le temps d'un déjeuner – après tout Mike ne lui aurait pas conseillé Lynne sinon – mais il ne le connaissait certainement pas assez pour lui imposer davantage de responsabilités pendant ces courtes heures. Le problème des crises imprévues, c'était justement qu'elles étaient imprévues. Il avait donc décidé d'y aller avec Rico Brzenska qu'il avait contactée la veille.
En se garant dans le parking de la compagnie, Erwin réalisa que Rico travaillait dans le département de surveillance des fraudes aux assurances. Tout comme Levi. Il coupa le moteur de son véhicule et en sortit en essayant de rester concentrer sur sa prochaine rencontre qui ne lui permettait certainement pas d'être distrait. Dans l'ascenseur, par habitude, il appuya d'abord sur le bouton du dernier étage, celui de son bureau. Puis se reprenant, il pressa celui de l'étage où se trouvait Levi. Non, de l'étage où se trouvait Rico Brzenska. Enfin, tout le département des fraudes.
Il resserra sa cravate, qui n'avait pas besoin de l'être, en se sommant de se reprendre, et contemplant son reflet dans la glace se surprit à remettre un peu sa coiffure en place. Ce qui n'avait bien sûr rien à voir avec Levi Ackerman. Il aimait simplement prendre soin de son apparence.
Lorsqu'il sortit enfin de l'habitable et parcourut le couloir, son regard s'attarda un instant sur la machine avant de réprimer un soupir en se disant qu'il était vraiment pathétique et il entra finalement dans la vaste salle du département des fraudes dont le mur du fond était une gigantesque baie vitrée. Il y avait ce vacarme familier des open space. On pouvait entendre les employés parler, taper sur leurs claviers mais également le ronronnement sourd des ordinateurs, celui rythmique des photocopieuses et des imprimantes, le son plus aigu des téléphones. Il se dirigea sans attendre vers le bureau de Brzenska qui, de par son poste, disposait d'une pièce à part.
Erwin frappa à la porte, déjà ouverte et entra sans attendre. Derrière son bureau croulant sous les dossiers dont certains étaient ouverts et dont les feuilles étaient étalées devant elle, Rico était au téléphone et le ton de sa voix trahissait un certain énervement. Elle ne jeta pas tout de suite un coup d'œil à son visiteur mais lorsqu'elle le fit finalement, il y eut une expression de surprise sur ses traits et après trois ou quatre mots et un « je te rappelle » qui sonnait comme une menace, elle salua :
— Bonjour monsieur Smith. Que…
Il y avait une nuance d'étonnement dans sa voix comme si elle ne s'était pas attendue à le voir là. Sans doute aurait-il été plus convenable de la faire appeler mais Erwin pensait qu'il était plus poli de venir la chercher lui-même.
— Oh, mais oui le déjeuner, bien sûr ! s'exclama-t-elle aussitôt, mon dieu, comment ai-je pu oublier ? Je suis désolée, c'est ce dossier qui est arrivé ce matin et Kitts qui...
Elle se tut soudain.
— Kitts qui ? demanda Erwin d'une voix douce, sentant que quelque chose n'allait pas.
Ce n'était pas une surprise : Kitts Woeman était en poste grâce à un contrat en béton négocié avant l'arrivée d'Erwin à la Survey mais c'était selon son avis un incompétent notoire. Seulement, il s'arrangeait toujours pour ne jamais commettre une faute qui pourrait justifier son renvoi.
— Il est malade, il a appelé, s'empressa d'expliquer Rico.
Erwin n'y crut pas une seconde. Il fit une note mentale de dire à Nifa de vérifier si l'homme apporterait un certificat médical. Cependant, il choisit de biaiser. Rico Brzenska était visiblement loyale envers son supérieur, ou du moins n'était-elle pas déloyale, et il ne tenait pas à montrer trop d'intérêt sur cette question de crainte que par scrupule, elle ne le prévienne.
— Quel gros dossier ? dit-il plutôt, sincèrement curieux et intéressé du reste.
— Une collection de vins détruite à cause de l'écroulement d'une partie du plafond... Il y en a pour près de deux millions...
Elle lui tendit un dossier qu'il prit et se mit à feuilleter. Il s'agissait effectivement d'une collection des plus impressionnantes, comprenant mêmes des vins bicentenaires.
— Vous pensez qu'il s'agit d'une fraude ?
Elle hocha la tête avant d'ajouter :
— Mais je dois m'en occuper le plus tôt possible. Entre les analyses et les vérifications des bouteilles...
— Bien entendu.
Erwin se retourna en entendant quelqu'un frapper à la porte. Une pile de dossiers sous le bras, Levi lui resta à l'entrée du bureau en regardant Rico puis Erwin. Levi était vêtu de son habituel costume noir mais il n'en portait pas le veston, et sur sa chemise d'un blanc immaculé, il n'avait pas non plus de cravate. S'il était étonné de voir Erwin, ce dernier fut incapable de le dire, le visage de Levi étant toujours aussi inexpressif.
— Je dérange ?
— Non Levi, ce sont les dossiers que je t'ai demandé ?
Le brun hocha la tête et s'approcha pour les déposer sur son bureau. Erwin fut un instant surpris qu'elle l'appelât par son prénom puis il se souvint qu'Hanji lui avait dit qu'il détestait lui aussi qu'on l'appelle par son nom de famille.
— Autre chose ? demanda-t-il de son ton neutre.
Alors qu'Erwin se disait que Levi était presque aussi petit que sa femme, il réalisa soudainement qu'il le fixait depuis le début. Il tourna alors la tête vers Rico qui jetait un œil à la pile. Il y posa le dossier qu'elle lui avait donné plus tôt.
— Pour le rendez-vous... commença-t-elle en levant la tête vers lui et en tirant sa chaise en arrière, prête à se lever.
— Occupez-vous de ce cas en priorité, l'interrompit-il, il faut tirer ça au clair au plus vite.
— Êtes-vous sûr ? Je veux dire, il était prévu que je vous accompagne et les trois déesses...
En fait, elle avait l'air plutôt soulagée et Erwin qui en tournant les pages du dossier avait vu que c'était elle qui avait fait ce contrat d'assurance supposa que quelque part elle se sentait responsable. Il eut un sourire et dit :
— C'est bon de toutes manières, c'est un rendez-vous informel.
Après tout, il n'avait qu'à monter quelques étages pour aller chercher Lynne. Cela dégarnirait un peu plus le département mais...
— Très bien, monsieur Smith.
Puis vers le brun qui était resté là en attendant qu'on réponde à sa question :
— Oh, Levi, c'est bon, je viserai ça au retour, vous pouvez aller manger.
La vision de Levi entouré de sa petite famille s'imposa à nouveau dans l'esprit d'Erwin. Petra, si intelligente, jolie et joyeuse, Eren riant et parlant trop vite, Mikasa plus calme mais souriant tout de même et corrigeant calmement les erreurs de son frère adoptif… Il se rappela le sourire que Levi avait eu en parlant d'eux. Erwin eut une nouvelle sensation de vertige, la même qu'il avait pu ressentir à la bibliothèque, mais plus intense.
— Non, dit-il.
Il ne parlait à personne. Ni à Levi, ni à Rico, ni même à lui-même. Il parlait à la vie. Non, ce n'était pas juste, ce n'était pas possible. Il venait enfin de reconnaître ce sentiment pour ce qu'il était : de la jalousie.
Non, c'était ridicule, se répéta encore Erwin. Il ne pouvait pas être jaloux, il n'avait pas le droit de l'être. Pour lui, Levi n'était qu'un employé. Il n'aurait dû être que cela.
Erwin se rappela qu'il n'était pas seul et il vit les regards interrogateurs de Levi et de Rico, se rendant compte qu'il avait dit ce « non » à haute voix et sur un ton bien plus brusque qu'il aurait dû l'être. Il essaya de se reprendre, comme si de rien n'était.
— Non, excusez-moi, je réfléchissais. Ackerman, j'ai dit que je venais avec quelqu'un. Pouvez-vous me rendre ce service et m'accompagner ?
Puis, comme il le lui avait dit cette première fois où le hasard les avait réunis pour un déjeuner qui n'aurait pas dû être, il tenta avec un sourire, pour déguiser ce qui était plus un ordre qu'une demande derrière une boutade :
— Cette fois-ci la table est réservée pour quatre personnes.
Maintenant qu'il avait réalisé cette jalousie, il ne pouvait plus se dire que c'était juste l'intérêt qu'Hanji avait manifesté pour cet homme qui le rendait curieux. Il se souvint de ses avertissements qui résonnèrent dans sa tête mais il était trop tard.
— Si c'est sur la note du patron, je ne vois pas comment refuser, dit Levi avec un air pince-sans-rire, montrant qu'il se rappelait lui aussi de cette conversation.
Erwin se retint d'esquisser un sourire complice, ce n'était pas parce qu'il avait réalisé tout ça que cela voulait dire quelque chose.
« Mais pour lui, c'était juste une anecdote curieuse. C'est tout. Tu es ça pour lui, une anecdote curieuse. »
C'était les paroles exactes d'Hanji la veille. Il ne devait pas oublier.
— Je vais chercher mes affaires dans ce cas.
Levi sortit du bureau et Rico regarda Erwin avec un air étrange.
— Vous êtes sûr, monsieur ? Comme vous pouvez le voir, Levi n'est pas toujours très... respectueux dans sa manière de parler.
Elle n'avait bien sûr pas compris que cet échange était une plaisanterie et Erwin ne se sentait pas de le lui expliquer.
— Ça ne me dérange pas, assura-t-il plutôt.
Après tout, ce n'était qu'un demi-mensonge même s'il ne pouvait pas dire à Rico Brzenska que c'était précisément une des choses qui l'attirait chez Levi.
Puis ils discutèrent quelques minutes de cette fraude à l'assurance possible sur cette collection de vins. Quand Erwin sortit finalement du bureau, Levi avait eu le temps de prendre ses affaires et il l'attendait près de la porte en ajustant la cravate qu'il venait de passer autour de son cou.
Alors qu'ils se dirigeaient vers la sortie du département et s'approchaient des ascenseurs, Levi demanda s'il avait le temps de passer un coup de fil.
— Oh, vous aviez sans doute des plans, dit Erwin comme s'il n'était pas parfaitement au courant.
— Ce n'est rien, répondit Levi.
Erwin s'éloigna un peu pour lui laisser une certaine intimité mais il entendit malgré tout la conversation.
— Oy, Petra... Non, j'ai un imprévu au boulot, vous allez devoir bouffer sans moi... Non, rien de grave... Je sais, mais dis au gamin que les adultes ne font pas toujours ce qu'ils veulent... Non, ne t'inquiète pas pour moi... Ouais, emmène-les où ils veulent... Toi aussi, à ce soir.
Erwin étouffa un flot de remords. C'était si étrange de savoir tant de choses sur Levi alors que lui-même n'en avait pas conscience. C'était si étrange de connaître ces deux aspects de sa vie sans qu'aucun de ces deux côtés ne s'en rendissent compte. Il aurait préféré ne pas entendre cette conversation qui ne le rendait que trop conscient du fait qu'il n'aurait pas dû demander à Levi de l'accompagner.
Le brun raccrocha finalement et s'approcha.
— Je suis désolé que vous ayez dû annuler ce que vous aviez prévu, répéta-t-il pour se donner bonne conscience.
— Au moins les gosses n'auront pas à se presser pour bouffer. Et d'ailleurs, où allons-nous ? J'espère que ce n'est pas un endroit trop élégant, dit-il en désignant sa tenue.
— Je crois que crois que ça ira, je n'y ai jamais été. Je sais juste que c'est un restaurant typique de la cuisine du Moyen-Orient.
Ils descendirent non pas au parking mais à l'accueil. Ne connaissant pas le restaurant et n'étant pas sûr que l'établissement disposât d'un voiturier, Erwin préférait s'y rendre en taxi.
La présence de Levi le troublait, ce qui n'était peut-être pas une bonne nouvelle car son rendez-vous si soudain avec Uri Reiss ne pouvait pas être anodin et il avait besoin d'être parfaitement concentré. Et les sarcasmes de Levi qu'il aimait tant étaient-ils appropriés pour un déjeuner d'affaires ? Malgré tout, plus que si cela avait été Rico Brzenska qui excellait dans son travail, il était heureux de l'avoir à ses côtés, d'une joie presque amère car Levi n'était pas là par choix mais par contrainte.
Quant à ce qu'en dirait Mike... Il préféra ne pas y penser pour l'instant.
En bas, le taxi les attendait déjà. Pendant le trajet, Erwin fit un rapide topo de la situation. Ils avaient rendez-vous avec Uri Reiss, de la Fondation Reiss qu'il dirigeait avec son frère Rod. La Fondation était propriétaire d'une collection unique au monde de diamants dont les plus célèbres étaient les trois magnifiques pierres appelés les trois déesses. La Fondation organisait une exposition dans plusieurs villes du pays et si la Survey n'était heureusement pas chargée du transport, elle avait accepté, dans un but publicitaire, d'assurer cette collection et notamment ces trois gemmes uniques au monde pendant la durée de l'exposition dans la ville. Bien sûr, s'il arrivait quelque chose à ces pierres sans prix, la Survey était finie. Mais si tout se passait comme prévu, le coup de marketing serait spectaculaire.
— Qu'est-ce qu'ils ont de particulier ces trois diamants ? demanda Levi.
— Au-delà de leur taille et de leur pureté, ce sont aussi des diamants de couleur. Maria est vert, Rose est bleu et Sina est rose.
— C'est un peu étrange d'appeler un diamant bleu Rose.
Erwin eut un rire silencieux car toutes les personnes mises au courant de ces noms, lui le premier d'ailleurs, avaient fait la même remarque.
Il ajouta quelques détails sur la Fondation en elle-même mais il ne put continuer plus loin son exposé car le taxi était arrivé devant le restaurant « Le Rêve de Joseph ». « Le Rêve de Joseph » n'était pas tel qu'il l'avait cru un restaurant du Moyen-Orient ou même de cuisine israélienne mais un restaurant juif qui mêlait la cuisine séfarade et ashkénaze, comme Erwin le constata en jetant un œil à la carte dehors qui incluait autant de plats de l'Europe de l'est que du Maghreb et du Moyen-Orient.
Ce n'était pas le genre de restaurant dans lesquels les repas d'affaires avaient lieu et une fois de plus Erwin se demanda ce que signifiait cette invitation.
Le local était clair et immaculé, décoré d'une manière curieuse qui mêlait l'art de plusieurs pays mais non sans une harmonie d'ensemble. Il y avait peu de monde et Erwin n'eut aucun mal à reconnaître Uri Reiss. Tout en se dirigeant vers la table, il jeta un coup d'œil discret à sa montre pour s'assurer qu'ils n'étaient pas en retard, ce qui n'était heureusement pas le cas. Ils avaient même quelques minutes d'avance. Uri Reiss et l'homme qui l'accompagnait, un homme grand au sourire de loup qu'Erwin n'avait jamais vu, se levèrent pour les accueillir.
— Erwin, bonjour, dit Uri Reiss avec son habituel sourire aimable. Je voulais vous présenter l'homme chargé de la surveillance des déesses. Voici Kenny Ackerman.
Erwin tendit la main. Ackerman, réalisa une partie de son esprit.
— Bonjour monsieur Smith, le salua ce dernier en serrant sa main avec une poignée vigoureuse et franche. Hey, mais c'est Levi ! Ça alors, ça fait un bail, gamin ! Tu n'as pas grandi mais tu as l'air d'avoir bien changé !
Et Kenny Ackerman se tourna vers Uri Reiss.
— C'est un gentil petit gars. Mon neveu, en fait. Je l'ai pratiquement élevé.
Erwin se tourna vers Levi qui n'avait pas dit un mot. L'homme était pâle, comme s'il venait de croiser un fantôme.
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Merci d'avoir lu ! Cela vous a plu ?
Levi, Erwin crétin, les diamants, Kenny... Sans parler cette chaleur atroce, des soucis techniques...
J'arrive pas à croire que ce chapitre est posté. Mon cerveau est mort !
Je suis encore désolée pour ce retard, vraiment, en voyant les visites grimper hier j'ai vraiment culpabilisé !
J'ai hâte de lire vos réactions, parce qu'il n'y a rien de plus revigorant !
(Merci aux membres de l'APDES qui m'ont encouragé tout du long, vous êtes des perles ! :))
Prochain chapitre : En cours de correction !
Note du 14 Juillet : Il y aura probablement du retard, le FoF fêtait ses 5 ans cette année.
Et j'avais très envie de me consacrer aux 24h d'écriture que les modératrices ont organisé. On ne fête pas ses 5 ans tous les jours !
Je suis donc vraiment désolée ! Et Joyeux anniversaire au FoF !
(Son anniversaire un 14 Juillet, c'est la classe.)
Note du 18 Juillet : Comme je le pensais, il y aura du retard... Des petits imprévus se sont accumulés, le chapitre arrivera dès que possible !
(Grrrr j'aime pas être en retard !)
Note du 12 Septembre : Je suis confuse pour le retard, mais l'écriture du chapitre touche à sa fin, il ne manque que la correction !
Si vous êtes passés par ici avant la publication du chapitre, j'vous fais un câlin virtuel.
