Dans le précédent chapitre, Severus s'est réveillé et a appris par le majordome, Edwin Jarvis, que Stark avait fait don de son sang pour les sauver, Harry et lui. Désormais, Harry est tout autant son fils que celui de Stark.


Chapitre 6

Un nouveau départ

Il se passa de l'eau sur le visage et leva la tête pour croiser le regard de son reflet dans la glace. Le miroir de la salle de bain lui renvoyait une image plutôt pathétique et esseulée de lui-même. Il y avait longtemps qu'il s'était regardé dans une glace, évitant toujours de se confronter à sa laideur. Des années de harcèlement de la part des maraudeurs avaient inévitablement eu des répercussions sur son estime de soi. Ils avaient réussi à lui faire croire qu'il était tellement moche que c'était pour cette raison qu'il finirait sa vie, seul, sans amour et sans famille. Pour cette raison qu'il avait perdu Lily sans avoir pu la retenir.

Était-ce aussi pour cela qu'il lui arrivait tellement de malheur. Depuis sa naissance, il multipliait les ennuis sur ennuis. Que ce soit à l'Impasse du Tisseur ou à Poudlard, il n'avait aucun répit. Tout le monde le détestait et s'acharnait à lui faire du mal tandis que lui, tout ce qu'il ait jamais demandé sur cette terre, c'était d'être accepté au moins une fois et peut-être même, d'être aimé.

Une larme glissa sur sa joue et le jeune maître des potions rendit les armes. Il était las de se battre. Il n'en pouvait plus de cette vie qui le mettait sans arrêt à genoux. Il était épuisé d'être désolé pour tous les malheurs qui s'abattaient sur lui quand il n'avait rien fait pour le mériter.

Il savait qu'il aurait dû se suicider à la fin de sa cinquième année après avoir compris que jamais un adulte ne prendrait partie pour lui. Que même aux portes de la mort, personne ne le choisirait car il était indésirable. Dumbledore lui avait bien fait comprendre qu'il serait toujours seul et qu'aucune personne saine d'esprit ne s'inquièterait de son misérable sort.

Les choses auraient pu être nettement mieux en étant mort. Lily serait toujours vivante et aurait été là pour protéger et élever son fils. Lui, il n'en était pas capable.

Un torrent de larmes se déversa et il tomba à genoux sur le carrelage gris de la salle de bain, ses mains recouvrant son visage.

Severus était tellement perdu dans son chagrin qu'il ne remarqua jamais la présence du professeur Xavier au seuil de la salle de bain.

— Vous ne devriez pas avoir une si piètre opinion de vous, Severus.

Le maître des potions sursauta brusquement et se tourna vers l'homme assis en fauteuil roulant qui le regardait avec compassion.

— Qui êtes-vous et que faites-vous là ? Ne vous a-t-on jamais appris à frapper à une porte ? lança le maître des potions d'un ton sec.

— Je crains que les coups portés à la porte n'ait été entendu et je me suis permis d'entrer sans votre autorisation car je m'inquiétais pour vous. Je suis Charles Xavier mais l'on m'appelle Professeur X et je suis ici pour vous, répondit le mutant.

— Pour moi ? Je n'ai besoin de personne !

— Nous avons tous besoin de quelqu'un, surtout vous, répliqua Charles.

— Et qui pensez-vous être pour me dire ce dont j'ai besoin ou pas ? Vous ne me connaissez pas. Maintenant, je vous prierais de sortir d'ici.

Charles s'avança lentement vers le jeune homme qui se releva et jeta un regard dédaigneux au mutant. Il n'avait pas sa baguette sur lui mais ne se sentait pas menacé par l'homme en fauteuil en roulant car ce dernier était vieux et handicapé. Il lui était impossible de lui faire du mal, pas comme l'américain qui avait tenté de le violer dans cette ruelle sombre. Le souvenir de cette agression le rendit nauséeux et il se retourna pour vomir ses tripes.

Cette agression était encore une preuve qu'il ne méritait pas de vivre et qu'il était inutile de s'acharner à survivre quand le monde entier s'échinait à le faire souffrir.

— Vous devez cesser de penser ainsi. Vous méritez de vivre et d'être heureux. Personne sur cette terre n'a le droit de vous faire souffrir.

Severus se retourna si vivement qu'il sentit le sol tanguer sous ses pieds et fut soutenu par la main du mutant qui remarqua son léger vacillement. Il retira sèchement la main de l'homme de son bras et mit une certaine distance entre eux.

— Qui êtes-vous ? exigea-t-il de savoir d'une voix menaçante.

— Le prof…

— Qui êtes-vous vraiment ? le coupa durement Severus.

— Je suis ce que l'on appelle un mutant. Je suis un télépathe.

Severus écarquilla brusquement ses paupières et une lumière apparut presque aussitôt dans son esprit.

— Professeur Xavier ?! Vous êtes… vous avez violé mon esprit !

Et là, il comprit comment ces moldus avaient pu connaître l'existence du rituel qu'il avait effectué pour éloigner Harry de l'Angleterre. Un télépathe. Il avait été découvert par un télépathe qui avait certainement violé son esprit pendant son inconscience.

— Sachez que je suis sincèrement désolé pour mon intrusion, s'excusa Charles. Monsieur Stark a fait appel à moi car lui et ses employés ne savaient pas comment vous venir en aide. Vous étiez un homme aux portes de la mort, de surcroît enceinte. Il fallait vous sauver à tout prix et comprendre comment votre état était-il possible sans l'ébruiter car vous aviez demandé à monsieur Stark de ne point vous conduire dans un hôpital.

— Il l'a tout de même fait !

— Il vous a conduit dans une clinique qui appartient à sa famille et où les médecins sont tenus au secret absolu, dit Charles. Aucun d'entre eux ne révèlera votre grossesse, vous pouvez me croire. Monsieur Stark s'est assuré de leur silence. Il n'y a que des personnes de confiance qui connaissent votre état. Vous n'avez en aucun cas trahi le secret de votre communauté.

— Je constate que vous vous êtes bien renseigné sur moi, ironisa Severus.

— Sachez que je suis le seul à détenir ces informations sur vous et que je n'ai transmis que le strict nécessaire à monsieur Stark pour pouvoir vous venir en aide. J'ai été dans votre esprit qu'avec la permission de votre enfant car pendant votre inconscience, il a été un féroce protecteur.

Severus sentit une chaleur naître au creux de son ventre, d'entendre dire qu'Harry avait veillé sur lui. Il caressa son ventre tout en voulant transmettre à l'enfant toute sa gratitude. Une vague de magie, douce et bienveillante, traversa son corps et il fut soudain apaisé. Il n'était peut-être pas seul, finalement.

— Vous n'avez pas besoin de traverser cette épreuve tout seul, Severus, reprit Charles.

— Je n'ai pas besoin de votre aide, grogna le sorcier.

Charles lança un regard septique au sorcier.

— Nous avons tous besoin d'aide, surtout quelqu'un dans votre état. Vous savez que vous risquez de mourir, vous et l'enfant, si vous ne permettez pas à monsieur Stark de vous donner son sang. Je sais que cette situation ne vous plaît guère mais sachez qu'aucun d'entre nous ne vous veut du mal. Nous souhaitons être là pour vous épauler et vous soutenir dans cette épreuve.

Charles fit légèrement avancer son fauteuil vers le maître des potions, préservant toujours une distance de sécurité pour ne pas effrayer le sorcier qui venait de vivre un épisode traumatisant dont il mettrait du temps à s'en relever.

— Non seulement nous serons là pour vous et l'enfant mais nous veillerons aussi à votre sécurité. Qui que ce soit sont ces personnes qui vous pourchassent, nous les éliminerons, ajouta-t-il.

Severus ricana avec mépris et se drapa dans une robe de chambre avant de se retourner vers le professeur.

— Vous me protègerez ? D'eux ? ricana Severus. Vous avez sûrement un don de télépathie mais cette différence face à eux ne vous sera d'aucune utilité et vous ne me connaissez pas alors pourquoi risqueriez-vous votre vie pour nous ?

Severus était dubitatif et n'était certainement pas stupide pour croire aux belles paroles du mutant. Il savait que personne ne s'attarderait à lui venir en aide. Encore moins à se sacrifier pour lui. Sa vie n'avait aucune valeur par rapport à celle des autres. Il l'avait durement appris pendant son enfance.

— Ô enfant ! s'exclama Charles d'un air désolé et compatissant.

Charles qui avait vu dans l'esprit du jeune sorcier savait toutes les souffrances qu'il avait eu à affronter pour devenir l'être si peu de confiance qu'il était aujourd'hui. Il savait que le jeune homme avait été brisé et qu'il faudrait plusieurs années avant que Severus ne reprenne confiance en lui. Mais par-dessus tout, seul l'amour serait capable de panser les plaies de son cœur.

— Je ne serais pas seul. Anthony, Jarvis, Miss Potts, Monsieur Rhodes, mes étudiants ainsi que les professeurs de mon école et moi-même serions prêts à vous protéger de ces personnes qui souhaiteraient vous faire du mal à vous et à Harry. Ces sorciers que vous craignez et que vous avez fui ne pourront pas vous atteindre ici car vous êtes en sécurité. Je vous donne ma parole, vous ne craignez rien à nos côtés.

Severus ne l'admettra jamais à haute voix mais il était touché par les mots du vieil homme. C'était la première fois qu'une personne souhaitait s'assurer de son bien-être et de sa sûreté. Il n'avait jamais été assisté par qui que ce soit, étant obligé de survivre par lui-même. Et puis, voilà qu'un beau jour, il faisait la rencontre de moldus un peu particulier qui chamboulaient sa vie et la mettait sens dessus dessous en quelques heures à peine.

— Et si nous descendions prendre ce petit-déjeuner ? Qu'en dîtes-vous ? proposa Charles. Vous devez sûrement être affamé.

— Je…

Severus fut interrompu par le gargouillement de son ventre et un rouge aux joues trahit sa gêne.

— Allez ! l'encouragea le mutant. Je n'ai pas pris de petit-déjeuner avant de venir ici et je crois ne plus avoir l'habitude de longs voyages, l'estomac vide.

Il tendit la main au maître des potions qui la regarda un instant, hésitant à prendre cette main qui marquerait le début d'une nouvelle vie. Il baissa les yeux vers le visage du professeur et croisa le regard chaleureux de Charles.

Il était seul et savait en tout état de cause qu'il avait besoin d'aide pour assurer la survie du petit être qui grandissait en lui. Sans le don de sang du Stark dont on lui rabâchait les oreilles depuis son réveil, lui et son enfant seraient peut-être morts à l'heure qu'il est.

Il céda et prit la main du professeur.

— En êtes-vous sûr et certain, monsieur ? Ce que vous nous demandez est assez singulier et… hum… euh…

— Ce que mon confrère essaie de dire, monsieur Stark, c'est que si vous signez ces papiers, vous et les entreprises Stark courez au devant de nombreux risques, dit l'un des avocats.

— Monsieur, s'il vous plaît, prenez le temps d'y réfléchir. Parlez-en à monsieur Stane, lui, pourra certainement mieux vous convaincre de ne point sombrer dans une telle folie ! lança un autre.

— Je vous interdis strictement d'en parler ou d'en souffler un seul mot à Obie, gronda Tony. Je suis l'unique dirigeant de Stark Industries et prends des décisions sans avoir à rendre de compte à Obadiah. Il n'est ni mon père ni le PDG des industries Stark.

— Mais monsieur…

— Stop ! coupa Tony, agacé. Passez-moi ces papiers, que je les signe et que nous n'en parlons plus.

L'un des avocats poussa un long soupir avant de finir par remettre les documents demandés. Tony les parcourut brièvement avant de s'emparer d'un stylo et de les signer. Il remit les papiers à Pepper qui était assise à ses côtés et qui avait été silencieuse durant toute la réunion.

— Tu n'as rien dit, fit-il remarquer. Tu désapprouves toi aussi ?

Pepper rangea les papiers dans une mallette et la referma avant de se tourner vers son patron.

— Vous voulez mon avis sincère sur le sujet, monsieur Stark ?

— Euh… oui… bien sûr, répondit-il, dérouté par la question de la rousse.

Pepper se leva de son fauteuil et domina le jeune milliardaire de quelques centimètres.

— Je pense que vous avez fait un excellent choix, monsieur Stark, répondit Pepper. Et que vous devriez certainement en avertir monsieur Snape pour ne pas qu'il soit surpris plus tard.

— Peut-être plus tard.

— Comme vous voudrez, monsieur.

Pepper s'excusa auprès de lui avant de prendre congé et de retourner travailler à Stark Industries. Les avocats s'en allèrent eux-aussi mais pas sans avoir émis quelques protestations au sujet du contrat qu'ils avaient dû rédiger à la hâte aujourd'hui et que Tony avait signé contre leur avis.

Tony quitta la salle de réunion et trouva Rhodey en train de l'attendre à l'entrée, adossé contre le mur.

— Alors ? demanda son meilleur ami.

— J'ai signé, répondit le milliardaire en passant une main dans sa chevelure.

Rhodey se redressa et passa son bras autour des épaules du scientifique.

— Je suis sûr que tu fais un très bon choix.

— Mes avocats ne semblent pas le penser, souffla Tony. Ils pensent que je suis en train de commettre une grossière erreur.

— Parce qu'ils ne connaissent pas toute l'histoire, dit Rhodey. Peu importe ce qu'ils pensent à ce sujet, le plus important c'est que tu assures le patrimoine de ta famille. Tu ne le regretteras pas.

— Ouais, mais je ne suis plus si sûr de moi à ce sujet. Peut-être me suis-je précipité dans ma décision.

— Hey, Tony, le calma Rhodey. Tu fais le bon choix, okay ? Si je pensais sincèrement que tu fonçais droit dans un mur, je t'en dissuaderais et te casserais même une jambe ou deux pour t'empêcher d'aller plus loin.

Tony éclata de rire et tapota le militaire sur l'épaule.

— J'apprécie, rit le scientifique. C'est vraiment super de savoir que tu ferais ça pour moi.

— Je parlais au sens figuré comme au sens propre, mon pote, l'avertit Rhodey.

— Je le sais et c'est ce qui me touche le plus.

— De rien, mon pote.

— Je suis désolé de vous interrompre une fois de plus, messieurs, mais monsieur Snape et le professeur Xavier sont en train de prendre le petit-déjeuner. Souhaiteriez-vous vous joindre à eux ? demanda le majordome.

Tony échangea un regard avec son meilleur ami avant de secouer la tête.

— Il serait préférable de laisser notre belle au bois dormant avec le charmant professeur pour l'instant, dit Tony. Je parlerais avec lui un peu plus tard.

— Bien, monsieur.

Et sur ce, Jarvis se retira pour aller poursuivre son service dans la salle à manger.

— C'était un choix raisonnable, lui fit remarquer Rhodey. Tu deviens de plus en plus raisonnable depuis ce matin. Devrais-je m'inquiéter ou porter un toast à ce soudain changement ?

— Certainement les deux.

Tony s'éloigna de Rhodey et se dirigea vers son laboratoire. Il fut suivi par son meilleur ami qui affichait une mine curieuse.

— Je pense que cet accident a changé quelque chose en moi, Rhodey, dit Tony en servant un verre d'alcool au pilote et pour lui, un simple verre d'eau.

Il remit le verre de whisky à Rhodey et alla se poster devant l'une des baies vitrées du laboratoire.

— J'ai failli tuer un homme et pendant ce temps où il a été dans le coma, j'ai prié n'importe quel dieu pour que lui et l'enfant survivent. Je me suis surpris à chercher la foi en moi et à vouloir vraiment me racheter, se confia le scientifique. En quelques semaines, je me suis attaché à ce minuscule être qui vit en cet homme et tu sais quoi, j'ai même imaginé être le père de ce gamin. Je me suis vu en train d'apprendre la science à ce petit bout, à le regarder évoluer dans ce laboratoire et à effectuer ses premières inventions. Je me suis vu en train de lui permettre de s'amuser à démonter Dum-E.

Le robot qui était en train de nettoyer le laboratoire se cogna contre un meuble et émit quelques sons.

— Je suis en train de te faire un honneur en te laissant être démonté par mon fils, lança Tony.

Le robot émit d'autres sons.

— Tu préfères quoi ? Que fasse don de toi à des apprentis sorciers ou à l'héritier Stark ?

Le robot renchérit avec d'autres bips et Rhodey qui assistait à la conversation entre le créateur et la création ne put se retenir de rire.

— Si tu continues comme ça, c'est plutôt à la casse que tu vas finir, pauvre tas de ferrailles. Maintenant range-moi tout ton bordel, si tu ne veux pas que je fasse de toi une machine à café.

Dum-E reprit son travail et comme toujours, il finit par se prendre quelques fils qui traînaient par là. Tony secoua la tête, un sourire en coin aux lèvres.

— Alors, qu'est-ce que cela fait d'être un futur papa ? l'interrogea Rhodey.

Tony lâcha un soupir.

— Je ne sais pas, Rhodey. Je ne sais plus où j'en suis et même si j'essaie de me projeter, il y a plusieurs paramètres à prendre en compte. C'est un homme et je ne sais pas comment nous surmonterons tout ça ni comment je pourrais expliquer au monde que j'ai un enfant. Ils voudront tous savoir qui est la mère.

— Le monde n'a nullement besoin de connaître les détails de ta vie privée, dit Rhodey.

— Mais ils sont pratiquement au courant de tout, protesta Tony.

— De toutes tes frasques, corrigea son ami. Il suffit tout simplement de confier tes apparitions publiques à l'équipe de communication de Stark Industries et tout se passera bien. Et tu n'as pas besoin d'annoncer au monde que tu auras un fils dans peu de temps. Nous pourrons garder secrète son existence ainsi que celle de Severus aussi longtemps que possible.

— Tu crois ?

— Bien sûr, assura Rhodey. Pepper, Jarvis et moi-même serons là pour prêter mains fortes et éloigner les journalistes de ta vie familiale. Nous te créerons un personnage public pour qu'il ne puisse pas interférer avec le Tony de la maison.

— Je ne sais pas si c'est une bonne idée, hésita le milliardaire.

— Mais si, le persuada le militaire. Ils n'y verront que du feu et personne ne se doutera jamais que le play-boy Tony Stark est en fait un père de famille, stable et très aimant.

— Je ne suis pas quelqu'un de stable ni de très aimant.

— Tu le deviendras avec le temps, rétorqua son meilleur ami.