TW : sexisme, peut-être queerphobie, violence, PTSD, personne qui observe quelqu'un d'autre en train de dormir.


Si Sasuke avait vu Hinata combattre Neji à l'examen chûnin, il l'aurait trouvée pathétique.

En même temps, il aurait peut-être admiré son courage face à un garçon si fort. Un garçon qui voulait la tuer. Mais pour lui, le courage était une valeur courante. Ce genre de valeur intrinsèque à l'existence des ninjas. La base même de leur monde.

Il ne félicitait pas Naruto de cette qualité, pas plus Sakura ou d'autres. Il n'était pas fier d'avoir cette capacité lui-même, parce que cela faisait partie du bagage ninja habituel. Alors c'était valable pour Hyûga Hinata aussi. Surtout pour Hyûga Hinata, héritière de son clan.

Si Sasuke avait vu le cœur de Hinata lâcher sous les yeux cruels de son cousin, peut-être aurait-il eu une réminiscence de cette nuit où toute sa vie s'était transformée en cauchemar. Cependant, il était certain qu'il se serait contenté de la trouver faible.

Lui, il était fort et sans faille, il le savait. Il n'y avait guère qu'un Naruto furieux pour le battre. Et encore, il s'en sortait avec un bras en moins et le ventre transpercé d'un Chidori.

Sasuke avait vaincu le diable, laissant Naruto, heureux de son revirement, se reposer un peu. Sasuke avait tué son frère après des années d'entraînement. Il pouvait bien défier le feu des dragons, il pouvait construire et défaire indifféremment, sa puissance était telle que rien ne pouvait l'arrêter.

Sasuke, en cette chaude soirée de juin, avait décidé de songer en s'entraînant dans la forêt de la mort. Il voulait du neuf, mais toutes ses missions, même de rang S, l'ennuyaient. C'était l'inconvénient de la puissance suprême…

C'est alors qu'il aperçut Hinata dans ladite forêt. Avait-elle eu la même idée que lui ? Il était vrai qu'elle était devenue plus forte, une kunoichi talentueuse et de renom, le tout soldé par ses efforts surhumains. Il l'appréciait pour cela, même si c'était sans doute plus pour son silence face au babillage incessant des autres jônins féminines.

Il décida de la taquiner. Il se sentait fort mais avait besoin de se le prouver en permanence. C'était ainsi depuis toujours, depuis sa naissance et celle du complexe d'infériorité qu'il avait toujours éprouvé vis-à-vis de ses frères. Itachi d'abord. Naruto ensuite. Et jamais ce besoin de faire ses preuves, malgré sa puissance révoltante, ne l'avait délaissé.

Quoi de mieux, pour satisfaire ce puéril sentiment, qu'un entraînement avec la si impressionnable mademoiselle Hyûga ?

Sasuke s'avança vers la jeune fille essoufflée qui frappait sans relâche un tronc d'arbre dont l'écorce partait en lambeaux.

« Hé ! Hyûga. »

La brunette marqua une pause. Elle était de dos mais savait très bien qu'Uchiha Sasuke en personne venait de lui adresser la parole. Le jeune homme se dit qu'elle allait directement s'évanouir. Elle se retourna et le dévisagea d'un air interrogatif.

« Ça te tente une petite bagarre ? »

A cette heure de la nuit – bien sûr, c'était la nuit, car le grand Sasuke avait toujours été un homme de l'ombre, et la faible Hinata avait toujours aimé se cacher dans l'obscurité pour ne pas être vue –, la perspective d'un combat pour une personne de bon sens aurait parue stupide. Par contre, pour deux êtres humains qui ne supportaient pas la lumière, c'était une occasion unique. Et puis, Sasuke songeait que, peut-être, la jeune fille pourrait un peu l'amuser.

Sasuke et Hinata se battaient depuis bientôt une heure. La kunoichi s'épuisait vite et facilement, contrairement à l'Uchiha qui avait subi l'intensif entraînement de Naruto, véritable générateur d'énergie. Sasuke savait bien qu'elle ne tiendrait pas longtemps, mais il était parvenu à apprécier les mouvements fluides et gracieux de la jeune femme, très différents, et en cela difficiles à analyser, de ceux rigides et puissants de son cousin Neji. Sasuke aurait brisé des montagnes avec son Chidori étincelant, il aurait résisté aux chaleurs infernales des volcans, il le savait, il était puissant. Alors quand Hinata tomba de fatigue, évanouie, il avança vers elle et la retint juste avant qu'elle ne touche le sol. Une heure et demie pour une petite Hyûga timide, ce n'était pas si mal, et cela lui avait permis de vérifier sa force.

Au fond, Sasuke était heureux de la situation. Il souleva le corps si léger, ne se sentant même pas fatigué, son rythme cardiaque posé, et se dit que décidément, rien ne pouvait l'arrêter.

Redoutant les réactions de la famille Hyûga s'il ramenait leur fille éreintée à cette heure de la nuit – il s'agissait juste d'entretenir de bonnes relations avec les autres clans, lui-même étant devenu l'unique membre et chef reconnu du clan Uchiha –, il l'amena chez lui, la posa dans une chambre et s'apprêta à s'éclipser. Mais il eut le malheur de l'observer un instant, presque attentivement, comme s'il voulait percer le mystère de tant d'entêtement.

Après tout, elle n'avait jamais eu personne à venger. Elle n'avait que peu souffert. Et il ne pouvait croire, trop fier pour le reconnaître, que c'était la toute puissance de Naruto qui avait implanté en ce cœur tremblant une telle volonté. Car cela la mettrait sur un pied d'égalité avec lui-même. Car cela voudrait dire que ce qu'il éprouvait pour Naruto n'était pas unique, le rendant à ses yeux moins précieux. Et ce lien avec Naruto était trop exclusif pour qu'il veuille jamais accepter que le héros ait sauvé, à son image, à peu près toutes les personnes dont il ait jamais croisé la route. Hinata la première. Hinata peut-être même bien avant lui. Hinata qui était le fruit plus que parfait de l'influence que son pair avait sur autrui. Un résultat tant plus parfait que lui qu'il en aurait même été jaloux. N'était-ce pas également pour cette puérile raison là qu'il avait si peu réfléchi avant de l'agresser ?

Le visage pâle de la jeune Hyûga lui donnait une allure fantomatique, ses cheveux bruns relevant cet air apaisé. En réalité, il se demandait comment cette femme pouvait seulement être ninja. Une telle douceur ne valait pas qu'on la souille à coup de cris, de sang et de morts.

Sasuke savait qu'il était fort. Tout le monde en était conscient et le redoutait. Pourtant, elle n'avait pas hésité avant de l'attaquer. Elle n'avait prononcé que quelques mots – prononcé n'était d'ailleurs pas exact puisqu'elle avait plutôt bafouillé –, mais s'était battue de toute son âme. Et ça, il aimait. Se perdre dans une bataille au point d'oublier sa fatigue, sa gêne, ses doutes. Ne devenir qu'une machine à tuer ou à se faire tuer, ne plus exister en tant que soi-même mais en tant que combattant sans nom ni visage, il aimait.

La Hyûga en cet instant représentait une guerrière désespérée. L'aura qu'elle dégageait était poignante. Sasuke se sentit fort de pouvoir la regarder, fort de se dire qu'il était capable de la protéger.

Il garda les yeux fixés sur elle, hypnotisé. Il aurait pourtant voulu s'en aller, se coucher et la trouver inquiète le lendemain matin, de ne pas savoir où elle était, et déçue d'être tombée. Mais il resta, captivé par l'ange blessé posé dans le lit.

Il était fort, Uchiha Sasuke, mais devant la beauté pure et prenante de cette femme, il se sentait impuissant et fade. Devant cet être dont on se demandait s'il était fait de chair, il pouvait devenir incapable d'expliquer l'essence même de la puissance.

Il ne sut pas d'où venait ce mouvement mais il vit sa main, comme attirée par un aimant, se soulever et se poser doucement sur le visage endormi. Hinata eut un léger sursaut et bougea un peu sous la caresse délicate.

Pour la première fois depuis bien longtemps, Sasuke eut peur. Peur qu'elle se réveille, par sa faute. Il ne cessa pourtant pas son geste. Le cœur battant, plus que jamais en combat, les entrailles serrées et plus douloureuses qu'à cause de n'importe quelle blessure, il s'accroupit près du lit. De longues minutes s'écoulèrent tandis qu'il glissait sa main sur la peau blanche de la jeune fille, faisant le tour de ses yeux clos, chatouillant son nez, sursautant d'effroi lorsqu'elle émettait un léger sourire, posant son index sur ses lèvres douces.

Sasuke se releva finalement en secouant la tête et alla rapidement se coucher, prenant la fuite, ses phalanges emplies de l'euphorique chaleur de Hinata.

Hinata se réveilla lentement, calmement, et une incroyable fierté s'empara d'elle lorsqu'elle réalisa qu'elle avait tenu tête à Sasuke. Elle s'aperçut qu'elle n'était pas chez elle, repéra le symbole des Uchiha sur un mur et esquissa un sourire. Sasuke était en fait un garçon plein d'attentions…

Elle passa quelques portes, guidée par une odeur matinale de thé et de brioche. Le brun se tenait appuyé contre une table et buvait un café très noir et brûlant. Il lui intima de s'asseoir sans un regard. Elle s'exécuta à son geste.

« Je… je suis désolée… » commença-t-elle soudain.

Sasuke afficha un air surpris.

Désolée de quoi ? De s'être évanouie ? D'être si faible et si belle ? Il n'y avait pas à être désolée, c'était justement ce qui attirait chez elle, ce qui lui donnait tant envie qu'elle soit près de lui, parce qu'il voulait avoir quelqu'un à protéger, pour se sentir fort lui-même.

« Je… Tu pouvais me réveiller, tu sais, je ne t'aurais pas dérangé, comme ça… »

C'était donc ça. Mais cela, Sasuke s'en moquait, au contraire, Hinata avait été la seule personne à venir dans sa maison sans perturber sa tranquillité.

Il se sentit obligé de la rassurer, comme si la laisser dans cet état d'embarras risquait de détruire le fantasme qu'il s'était créé. Comme si laisser lui-même cet être dont il croyait avoir le droit d'être le gardien revenait à briser ce nouveau lien chimérique.

Il haussa les épaules, nonchalant.

« Bof… Naruto vient toujours squatter ici, c'est affreux. A côté de lui, c'est plutôt agréable d'avoir quelqu'un qui ne gueule pas dès qu'il ouvre la bouche… »

C'était un compliment. Un compliment d'Uchiha, mais c'était un compliment quand même et Hinata rosit.

Sasuke s'assit à son tour et tendit le bras pour prendre un croissant. Hinata fit de même.

Alors, leurs mains se frôlèrent et Sasuke stoppa net. Cette chose qui grandissait en lui, cette illusion stupide qui avait germé durant la nuit ne le quittait pas et, à l'image de cet épisode aux frontières du rêve, il éprouvait de nouveau l'avide besoin de sentir. Sous ses doigts, la peau. Sous ses yeux, la douceur palpitante. Dans son cœur, étreint par ce qu'il s'était contenté d'imaginer comme une évidence passagère, restait le désir d'être pour elle ce géant de papier qu'il s'était figuré devenir, quelque secondes durant, sans retour et sans raison.

Hinata s'apprêtait à s'excuser pour rien lorsque Sasuke continua la caresse involontaire. C'était plus fort que lui. Il lui fallait retrouver le cocon splendide. L'impression paisible dans la pudeur de son invitée. Le délire le poussait vers elle comme cette nuit où, égaré dans un rêve, il avait trouvé un prétexte à vivre plus intensément que jamais. A vivre avec la peur au ventre, la peur de perdre un être moins fort que lui qu'il chérirait pour ce même trait. Cette peur torride qui vous rend invincible et vous consume. Cette raison d'être, cette absence d'ennui, ce Graal qu'est la fugace sensation d'un premier amour.

Enfin, fébrile, inconscient, il saisit maladroitement la main de la jeune femme, dans un geste implacable, d'une grande finesse, qui ressemblait à tout ce que l'Uchiha produisait.

Hinata, troublée, le laissa faire lorsqu'il se leva légèrement pour porter ensuite sa main à ses lèvres.

Il y eut un vide, une hésitation. Le garçon semblait perdu et si sûr de lui... Son visage aux sourcils froncés cachait mal sa panique intérieure. Il était absolu, terrifié, et son envie se lisait dans le moindre de ses mouvements. Hinata était trop étonnée pour faire un geste, mais elle se serait bien gardée de bouger. Une réaction de sa part aurait sans doute rasséréné Sasuke et, malgré le peu de choses qu'elle savait de lui, elle avait deviné quelle révolution s'installait en cette enveloppe trop durcie par la vie.

Il était beau, avec ses longues mèches brunes qui pendaient sans grâce sur son visage allongé et un peu maigre. Il semblait presque souffrir, à cause de la pâleur de ses traits et du frémissement de ses doigts.

Un coup d'œil. Un appel au secours. Un assentiment. Comme si elle voulait voir où il souhaitait se rendre. Comme si la volonté qu'il avait de la faire sienne était acceptée, comprise, invitée à être poursuivie. Et Hinata, de toute son âme, voulut dispenser cette affection que cherchait sans le savoir le transi hébété. Parce qu'elle était de cette nature conciliante et compréhensive. Parce qu'elle ne pouvait s'empêcher de trouver électrisante la façon dont il la regardait. Parce que, malgré le peu de choses qu'ils partageaient, elle avait senti en lui le même besoin que Naruto n'avait jamais remarqué en elle. Elle l'avait compris. Elle avait entendu l'appel de détresse et perçu la terreur du silence en réponse. Elle ne pouvait rejeter pareille supplique. Et elle en avait envie. Attirée par le feu brûlant soudain dans les pupilles d'ordinaire si glaciales, entourée par la chaleur étrange, si surprenante, si inconcevable, elle voulut prouver à Sasuke que lui aussi avait droit à ce privilège dont elle ne saisissait que trop bien l'ampleur.

Combien de fois avait-elle rêvé d'embrasser Naruto, rien que sur la joue où brillait une goutte de soupe miso, rien que sur les cals qu'elle avait l'heur de sentir lorsqu'il saisissait son poignet de sa paume puissante ? Combien de fois s'était-elle dit qu'elle le ferait sur la joue, pendant son sommeil, une unique fois, sachant qu'il lui était inaccessible ? Combien de fois avait-elle envisagé lui demander simplement l'autorisation de poser ses lèvres sur les siennes, ne serait-ce que de les frôler, pour en garder un impérissable souvenir et enfin s'autoriser à l'oublier sans plus de regrets ?

Et il fut trop tard. L'accord donné par les yeux et l'absence de recul permirent à Sasuke d'atteindre sa peau pour l'embrasser doucement, tête basse, ses longues mèches noires cachant son visage, son air grave et la couleur rougeâtre de ses joues brûlantes.

Il savait se battre, Uchiha Sasuke. Il réduirait en poussière la planète entière s'il le voulait, il combattrait même les dieux et sans aucun doute gagnerait, mais il n'était pas fait pour ce genre de chose, il n'était pas habitué… Alors il ne disait rien et gardait ses lèvres posées sur les doigts un peu repliés. La jeune fille reprit finalement lentement possession de sa main lorsque l'homme s'éveilla et la relâcha.

Alors, un grand bruit se fit entendre.

« Sasuke ! Baston ! »

Naruto débarqua dans le salon en hurlant. La première chose qu'il vit fut la jeune Hyûga qui, dans son subconscient, n'avait à peu près aucune chance de se trouver là. Cela le fit sauter aux plus évidentes conclusions et il en ressentit un pincement au cœur. Oh, pas qu'il aimât d'amour cette jolie fille qui le suivait souvent du regard... Non, c'était un mélange de jalousie face au succès de Sasuke, et d'amour-propre blessé par le fait que, une fois de plus, le brun lui volait ce qu'il avait inconsciemment pris pour acquis. Cela lui fut d'autant plus douloureux qu'il n'avait rien à revendiquer en l'occurrence. Il faisait un caprice irrationnel, comme toujours devant l'Uchiha. Et tout ce qui ressortit de cette vague réflexion fut qu'il avait envie plus encore de se battre contre Sasuke.

Le brun le fusilla du regard pour avoir perturbé ce moment de calme, ce moment intense. Il se leva sèchement, détourna les yeux et déclara en se dirigeant vers le jardin :

« Tu peux finir de manger tranquillement, ensuite je suppose que tu devras rentrer. Je me suis bien amusé hier. »

Le ton glacial surprit les deux autres. Il était rare que Sasuke soit si froid désormais. De plus, les sous-entendus de la phrase étaient faits pour conforter la confusion dans l'esprit de Naruto, alors que ce qu'il disait était toujours clair et sans arrière pensée, et Hinata avait accroché sur le mot « amusé ». C'était vraiment vexant. Pourtant, elle comprit immédiatement que l'Uchiha faisait cela pour se donner contenance après son geste, et pour se venger de celui qui l'avait interrompu.

S'il n'avait pas été si calme de nature, il aurait écrasé la terre entière pour passer sa rage. On ne contrariait pas Uchiha Sasuke. Hinata replongea dans son café après avoir murmuré un bonjour à Naruto et lui avoir précisé, les joues rouges, qu'ils s'étaient juste entraînés ensemble.

Sasuke s'élança sur Naruto. Il voulait passer sa frustration sur quelqu'un. Le blond était là, il était à l'origine du problème, et lui en offrait justement l'occasion. Il ne la manquerait pas.

Il était fort, Uchiha Sasuke. Et en plus il était furieux au point de laisser la marque sur sa nuque s'étendre. Il frappait, toujours plus méchamment, abusant de sa puissance, voulant se sentir capable, d'un coup de Chidori, de tuer la lumière elle-même, de vriller le temps.

Il était si fort, Uchiha Sasuke, voyant Naruto lancer un Rasengan pour le contenir, puis recevoir un coup de poing qui le fit valser à l'autre bout du jardin devenu champ de bataille. Le ninja se releva, souriant, excité par la violence de l'autre. Il commençait à se douter des raisons pour lesquelles Sasuke était si nerveux. Lorsque le brun tourna la tête et sembla se troubler un instant devant l'héritière Hyûga qui accourait au bruit, Naruto éclata de rire. Provocation de trop. Et la guerre éternelle reprit de plus belle.

Sasuke appréciait. Il pouvait montrer sa force à cette femme. Il ne savait pas pourquoi, mais cela lui plaisait. En revanche, il tentait de ne pas blesser Naruto. Il savait qu'elle s'inquiéterait pour lui et il voulait savoir son regard posé sur lui, uniquement sur lui et pas sur ce blondinet stupide qui étouffait totalement sa présence si apaisante. Il avait envie qu'il s'en aille, envie de rester seul avec la jeune femme, de rester seul en silence et de s'asseoir dans l'herbe, et de ne plus bouger, et de rester là, apaisé par sa seule existence...

Il était fort, Uchiha Sasuke, mais lorsqu'un instant Hinata poussa un petit cri en voyant Naruto s'écraser au sol, après un coup plus puissant que les autres, il fut légèrement distrait. Assez pour que le tout puissant jinchûriki ait le temps de se relever et de le frapper encore plus fort, juste pour se venger un peu. La belle brune sursauta. Sasuke resta au sol, la mâchoire défoncée par le coup, à moitié évanoui.

Naruto ricana, se gratta la tête d'un air embarrassé et demanda à Hinata si elle ne connaissait pas quelques jutsu médicaux. La jeune fille ne se fit pas prier. Elle s'inquiétait aussi sincèrement pour Sasuke.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, il sentit des mains emplies de chakra sur ses joues. Des mains douces et fines. Puis il vit le beau visage pâle empreint de douceur de Hyûga Hinata.

Elle était faible, Hinata, du moins le croyait-elle. Pourtant, d'un simple geste, d'un simple sourire, elle avait réussi à ravir le cœur de celui qui prétendait ne pas en avoir. Elle était parvenue à lui faire oublier sa force.

Sasuke admira les yeux blancs d'une pureté limpide. Il étudia les traits fins et, comme la veille, cette impression qu'il n'y avait plus que ce visage en ce monde le remplit le bonheur. Il ne se souvenait pas avoir déjà senti son cœur battre de cette façon en dehors d'un combat. Il était fort, Uchiha Sasuke, et c'est ce qui l'avait perdu quand il s'était lancé le défi de conquérir cet ange penché au dessus de lui.

« Sasuke-kun ? Ça va ? » demanda doucement la jeune fille en retirant ses mains, une fois la mâchoire remise en place.

Le brun ne répondit pas. Il attrapa la main de Hinata et la reposa sur sa joue. Il ferma les yeux, sentant ce contact froid mais apaisant, profitant de sentir la jeune fille contre sa peau, et sa main se leva en un réflexe pour donner le même contact sur le visage de la femme.

Tendre. Naruto n'en croyait pas ses yeux. Sasuke avait cet air, ce mouvement, et il était tendre. Naruto avait toujours su que Sasuke était un passionné, de combat, de sentiments forts, oui, mais il ne se serait jamais douté que le brun pourrait aimer aussi de cette façon. Il émit un petit sourire et se pencha sur Hinata :

« Prends soin de lui. »

Puis il partit, laissant le puissant Sasuke au sol, plus fort que jamais parce qu'il venait de conquérir un cœur dévoué et pur, un cœur, qui plus est, qui était pourtant déjà pris, mais un cœur surtout, le seul, qui était parvenu à apaiser le feu de sentiments noirs qui brûlait en lui.

Sasuke entra dans le dojo des Hyûga.

Il avait pris une décision. Il n'avait rien demandé à personne, même pas à elle, et de toute façon il n'y parviendrait pas. Des mois qu'il y pensait, des mois qu'il en était certain. Il était fort mais il aimait et, contrairement à tout ce qu'il aurait jamais pu penser, ce sentiment semblait lui donner encore plus de courage. Il n'en avait pas parlé surtout parce qu'il était certain de ce qu'il devait faire.

On lui ouvrit une porte, il y trouva celui qu'il cherchait. Au fond de la pièce, Neji se tenait adossé au mur, les bras croisés. Il s'agenouilla en face de l'homme et de la fille, bu avec lui le thé préparé, en silence. Lorsque le maître des lieux reposa son bol, attendant que le jeune homme parle, Sasuke leva la tête, regarda le père dans les yeux et fit calmement sa demande.

Hinata leva les yeux, interloquée. Elle croyait sans doute que cette petite cérémonie était une présentation. Elle rougit furieusement, manqua détourner le regard mais, voyant Sasuke si droit face à elle, si résolu, elle choisit de fixer ses pupilles dans les siennes, bien qu'il ne la regardât pas. Cette détermination, elle la connaissait bien. Elle était à l'image de celle de Naruto, à peu près comme tout ce que faisait Sasuke par ses actes, comme si, incapable de reconnaître à quel point il admirait le blond, il avait besoin de ces expédients pour lui montrer son attachement. Il était différent, placide et intimidant. Il faisait tout à son image. Il suivait le même nindô.

Lorsque Hiashi se tourna vers elle, ce fut pour lui demander son avis. Il avait tenu un discours de chef de clan, qu'elle n'avait pas écouté, l'instant d'avant, et terminé par une sorte d'assentiment passif. Puis il avait dit que ce n'était pas à lui qu'un telle déclaration devait être faite, et Hinata était là, tous les regards tournés vers elle, pas même encore en état de parler.

Elle fixait toujours les pupilles sombres de Sasuke, où elle vit poindre cette lueur magnifique qu'y avait déposée Naruto. Celle qui assurait sa droiture, sa loyauté, sa volonté propre. Celle qui disait qu'il était prêt à l'aimer toute sa vie et à la passer près d'elle comme elle avait péniblement rêvé que Naruto le ferait.

Alors les paupières clignèrent une unique fois avant qu'ils se trouvent enfin les yeux dans les yeux. Hinata revit la gênante scène matinale. Elle se rappela de la façon dont il était si aisé, pour elle, d'apaiser la colère de Sasuke. Qu'il n'était pas effrayant ainsi. Qu'il ne le serait jamais pour elle. Qu'il était incroyablement différent quand il la regardait et que ce visage qu'elle seule percevait ne demandait qu'à être aimé. Que c'était le cas depuis cet étrange baiser sur ses doigts. Qu'elle savait quoi répondre à cette demande absolue, comme tout ce qu'était le garçon.

Sans quitter des yeux les prunelles sombres, fière de tenir tête à Uchiha Sasuke, comme pour lui dire que cette puissance qu'il ressentait face à elle était illusoire, mais qu'elle l'acceptait parce qu'elle avait assez d'amour-propre pour ne pas s'en vexer, qu'elle ne cherchait pas à être protégée, mais aimée de même ampleur, elle sourit.

Sasuke regarda la jeune fille qui se tenait timidement devant lui. Sa main se posa sur la joue blanche par réflexe et il se pencha doucement pour voler un léger baiser à Hinata. Il ne souriait pas. Il avait le visage sévère. Toutefois, lorsqu'il regarda dans les yeux sa future femme, l'impression de paix qui se dégageait de lui valut bien tous les sourires du monde. Même ceux d'Uzumaki Naruto qui espionnait, perché sur une branche dans le jardin des Hyûga. Le regard perdu de Hinata se transforma en une fontaine de chaleur et de joie, et elle tendit lentement les lèvres pour réclamer encore un peu de douceur, encore un peu de faiblesse de la part du grand Uchiha Sasuke, de ce géant de papier en lequel elle l'avait transformé.

Fin