« Chapitre 2 : Des soins attentionnés ?»
Severus Rogue considéra la scène une bonne minute, ses pensées se bousculant douloureusement dans son crâne, lui causant un léger mal de tête. En effet, qu'etait-il censé faire ? De très nombreuses options s'offraient a lui : il pouvait quitter l'habitation comme si de rien n'était, contacter la police moldue au risque de subir des questions embarrassantes telles que « Avez-vous une idée du pourquoi votre voisin a-t-il été retrouvé sur le dos, ayant perdu connaissance, alors qu'aucune trace de violence n'a été relevée sur lui » ; il pouvait également libérer l'homme de son sort et déguerpir au plus vite, ou encore attendre l'arrivée d'une ambulance, qui, il le savait pertinemment, ne se montrerait jamais. Quant a cette miss je-sais-tout, elle pouvait bien périr dans de terribles souffrances qu'il n'en avait rien a faire. C'était bien fait pour elle.
En observant le corps contusionné de la jeune fille, il ressentit pourtant un léger pincement au cœur en la voyant ainsi étendue sur le sol. Un petit instant, il éprouva même une once de pitié envers Hermione Granger alors qu'il se revit enfant, dans un coin de sa chambre, recroquevillé, attendant le passage de la tempête qui sévissait sur lui et sa mère, et dont son père était responsable. Non, s'était absurde, comment pouvait donc cette sensation de mal-être surgir en lui rien qu'une seconde ?
Cependant, quelque chose le poussa à pénétrer dans la pièce (après avoir soigneusement refermé la porte derrière lui pour éviter d'éveiller les soupçons) et à s'agenouiller devant la griffondor qui respirait paisiblement a présent, malgré ses nombreux hématomes et éraflures, et la quantité déconcertante de sang qui continuait de couler de la narine gauche. Ne sachant quoi faire devant ce spectacle déroutant, il enfonça doucement son index dans l'épaule de la jeune fille en espérant qu'elle allait se réveiller. Mais, après tant d'émotions, elle n'était pas prête d'ouvrir un œil. Soudainement, elle se replia sur elle-même en position fœtale et murmura d'une voix effrayée un faible « A l'aide ! » avant de se tortiller dans tous les sens, une expression épouvantée ayant pris place sur son visage. Severus Rogue, légèrement inquiet (Pouvait-il être inquiet ? Il fut très surpris que ce sentiment lui passe par la tête !) en la voyant se tourner et se retourner brusquement, porta, non sans hésitation, une main fine aux doigts blancs comme un linge a son front. Elle était brûlante de fièvre.
Qu'etait-il supposé faire a présent ? Brusquement, une idée merveilleuse lui vint : il lui suffisait d'appeler Dumbledore, lui saurait sûrement que faire ! Mais il se souvint que le directeur de Poudlard tenait une importante réunion avec Scrimgeour, le nouveau ministre de la magie, sur les mesures importantes à tenir afin de stopper les attaques de Voldemord a travers le pays tout entier. Il ne pouvait tout de même point le couper ainsi de sa discussion, d'autant plus que le sujet de la conversation n'était pas « Comment traiter la carapace des Scroutts a Pétards pour leur eviter l'invasion des divers parasites ? ».
Il se tritura les méninges pendant quelques secondes encore, alors qu'Hermione commençait à s'écrier des phrases sans queue ni tête, gigotant de plus en plus. A cours de solutions, le serpentard dut se faire a l'idée de la porter jusqu'à chez lui, de peur qu'elle ameute les populations avec ses plaintes qui s'amplifiaient au fur a mesure des minutes qui défilaient. Il passa donc, a contre cœur, son bras droit sous sa nuque et son bras gauche derrière ses genoux, avant de la soulever. A sa grande surprise, il s'aperçut qu'Hermione était d'une légèreté incroyable : « Elle ne pèse pas plus qu'une plume », pensa-t-il. Severus Rogue traversa la salle a grands pas et referma la porte derrière lui. Il s'occuperait du moldu le lendemain.
Il parvint chez lui sans encombre. Alors qu'il s'apprêtait a déposer son élève inconsciente sur le divan aux couleurs sombres, celle-ci s'agrippa a sa robe de sorcier et se mit a sangloter a chaudes larmes en laissant échapper dans cri d'effroi : « Papa, sort par la porte de la cuisine ! ». Le serpentard, ne comprenant décidément rien à ses braillements, essaya de se détacher de la sangsue qui pleurait de plus belle. Ne sachant sur quel pied danser, il se contenta de murmurer a voix basse « Détachez vous donc de moi et tout ira bien! » ou encore « Mais lâchez-moi, miss Granger ! ». Malheureusement, celle-ci, que la fièvre rendait incontrôlable, le visage toujours en sang, commença à trembler de tous ses membres en répétant indéfiniment les mêmes rengaines.
Elle finit par lâcher prise, ce qui soulagea clairement le professeur des potions, qui commençait à se demander pourquoi il s'était embarqué dans une telle histoire. Comme s'il n'avait pas pu attendre que quelqu'un d'autres vienne a son secours ! Il examina longuement la jeune fille en nage, se demandant ce qu'elle pouvait bien faire chez son acariâtre de voisin, avant de réagir. De son pas traînant, il se dirigea vers la minuscule salle de bain, de laquelle il ramena une serviette bleu foncé ainsi qu'une petite bassine d'eau dans laquelle trempait un gant de toilette de la même couleur, un pot blanc ressemblant a de la crème et sortit de sa poche une fiole de verre au contenu liquide d'un mauve très clair.
Ce n'est qu'en s'agenouillant près d'elle pour la seconde fois de la soirée qu'il se rendit compte de l'ampleur des blessures. Elle était pleine de d'ecchymoses bleutées, souffrait d'une entaille longiligne partant de sa cheville droite et s'arrêtant en haut de sa cuisse, déchirant son pantalon sur toute la longueur, d'une coupure d'une quinzaine de centimètres sur le ventre, due a un morceau de verre resté dans la peau, ses bras étaient constellés d'éraflures, son visage rouge du sang qui coulait continuellement de son nez et de sa lèvre supérieure, une plaie partant de son épaule et s'arrêtant sous son tee-shirt qui n'était pas déchiré a cet endroit se découpait dans sa peau blême et une profonde écorchure lui meurtrissant la peau de la joue complétait ce tableau digne des urgences.
Le directeur de serpentard se demanda s'il n'était pas préférable appeler un médecin moldu, mais il se ravisa à l'instant. Celui-ci se mettrait à poser des questions auxquelles il ne serait pas apte à répondre, et de plus il se souvint du corps de son voisin gisant de l'autre cote du mur. Et puis de toute manière, s'avérait-il incapable au point de ne pas pouvoir soigner cette miss je-sais-tout ? Cependant, une petite voix à l'intérieur de lui l'implorait d'attendre la fin de la réunion de Dumbledore. Non, il devait absolument la soigner, elle était en danger et sa température poursuivait son ascension. Mais d'où lui venait donc cette impulsion humaniste qui le poussait à s'occuper des plaies de la jeune fille ? De son passé ?
Il s'empara donc du flacon de verre reposant sur la table basse, le déboucha d'un geste de baguette magique et en versa le contenu mauve dans la bouche entrouverte de la gryffondor qui avait fini par se clamer, retenant sa tête en plaçant sa main derrière sa nuque (qui était brûlante et noyée de sueur) pour l'aider a ingérer le liquide. Sur l'étiquette de la fiole, on pouvait lire, rédigés dans une écriture fine et soignée, les mots « Contre la fièvre ». Il devait a tout prix eviter qu'Hermione s'éveille, sous peine d'une probable rechute dans une crise d'hystérie.
Mais des qu'il eut terminé sa tache première, un autre problème assaillit Severus Rogue. Afin de s'attaquer aux blessures de son élève, ce qui était d'une urgence imminente a présent, il devrait…la dévêtir. Décidemment, il attendrait le directeur de Poudlard. Mais soudain, la jeune fille se retourna sur l'autre cote en poussant un gémissement de douleur. Allait-il risquer l'infection des lésions sous le prétexte de déshabiller…une fille de 16 ans ? Ste Mangouste lui traversa alors l'esprit. Non, il était trop dangereux de transplaner dans l'état ou elle se trouvait, il pourrait aggraver la situation.
Appréhendant la réaction de la gryffondor à son réveil, le professeur de potion s'approcha donc un peu plus du corps inerte et entreprit de dégrafer le bouton du jean en lambeaux. Il fit ensuite glisser délicatement une jambe du pantalon après l'autre et parvint à l'en débarrasser sans l'éveiller. La pendule de la salle indiquait 23h34 lorsque le tee-shirt entaillé révéla des sous-vêtements rose pale, s'accordant parfaitement a le teinte claire de sa peau. Le serpentard, que l'intimité offerte par la disparition des vêtements dérangeait, éprouvait un mal fou a garder ses yeux sur cette Hermione dévêtue, dont la fièvre semblait avoir légèrement baissé, ce qui était un bon signe. Mais qu'avait-il donc fait pour mériter cela?
Il s'empara du gant humide flottant toujours dans la bassine, l'essora, faisant couler l'eau de trop dans la cuvette, introduit sa main dans la fente de l'étoffe prévue à cet effet et prit malhabilement le bras droit de la jeune fille, en faisant bien attention d'eviter de lui faire mal. Il lava ainsi à l'eau fraîche le membre sanguinolant dans un geste doux, puis fit de même avec le second. La gryffondor, dans son sommeil, ne put s'empêcher de réprimer un sourire : etait-il du au rêve qu'elle voyait, ou a l'impression qu'on s'occupait d'elle, après des jours d'abandon dans la mansarde imprégnée de saleté ? Rogue, quant a lui, ne savait plus quoi penser de son attitude envers la miss je-sais-tout : faisait-il cela par simple devoir ou dans un élan de gentillesse ? Gentillesse ? Rogue ? Lui-même n'en croyait pas ses yeux ! Qu'est-ce qui pouvait bien l'encourager de soigner Hermione Granger, cette élève qu'il avait tant détestée durant ces cinq années d'études à cause de ses potions dont il n'avait rien à redire. De sa façon de lever le bras bien haut a chacune de ses questions. De son omniscience a toute épreuve.
Quoi qu'il en soit, il rinça consciencieusement le gant et le laissa tremper dans la bassine. Le directeur de serpentard se saisit alors de la serviette marine et entreprit de tamponner soigneusement les bras égratignés de la gryffondor afin de sécher le surplus d'eau formant des gouttes limpides à la surface de la peau de pêche. Des larmes perlèrent au coin des yeux clos de la jeune fille alors qu'elle se retourna face à son professeur, avec une expression de souffrance comme si ses membres bleuis la torturaient. Il répéta l'opération avec ses jambes ou les sévices étaient les plus importants avant d'extraire le morceau de verre aiguisé de la chair meurtrie de son ventre et de rincer les plaies abdominales, celles ou Hermione laissa cette fois-ci échapper des pleurs limpides dans la lumière tamisée de la salle ou il régnait un silence étouffant. L'hémorragie nasale s'était interrompue et il put lui nettoyer le visage inondé de larmes et de sang, ou la coupure à la joue s'avérait relativement profonde. Il épongea de la serviette sèche l'estafilade longiligne du cou frêle après l'avoir préalablement rincée a l'eau claire puis s'empara du pot blanc et entreprit d'étaler l'onguent couleur vert amande sur les plaies dans le but d'accélérer leur résorption et cicatrisation. La jeune fille recommença de marmonner des paroles incompréhensibles en contractant son visage délicat dans la douleur.
Une fois badigeonnée de la substance teintée, le maître des potions quitta la pièce et revint de la chambre avec une chemise noire à la main, dont il enveloppa son élève glacée a présent et animée de tremblements. Mais alors qu'il lui passait le bras dans la manche trop longue, le jeune fille lui agrippa la main dans un mouvement prompt et il fut contraint d'attacher la rangée de boutons luisants de la main gauche puis, quelque minutes plus tard, il s'assoupit a même le sol, bercé par les chuchotements qui s'échappaient de temps a autre des lèvres fines et rosées de la jeune fille, la tête appuyée sur le bord du canapé, les jambes sous la table basse aux pieds effilés, afin d'éviter de l'éveiller en prenant le risque de retirer sa main élancée de l'étreinte des doigts laiteux et fragiles d'Hermione Granger, qui inspirait régulièrement l'air chaud de la salle. Les bougies reposant sur le chandelier a trois branches finirent par se consumer entièrement, laissant place a une obscurité totale.
Chamboulement ?
