« Chapitre 4 : Père Noël et clé de bronze. »

Lorsque Dumbledore parvint devant la maison des dentistes, il dut faire face a un élément qu'il n'avait pas prévu : la demeure était en cendre. Un incendie semblait l'avoir ravagée toute entière, ne laissant que certains pans de mur debout. La pelouse avait jauni sous l'effet du feu, des fragments de tuiles, de charpente et de briques calcinées jonchaient le sol, si bien que le directeur eut du mal à se frayer un passage jusqu'à l'endroit où devait se tenir la porte d'entrée avant le terrible incident. Il pénétra dans l'habitation en ruine en faisant bien attention d'éviter les objets carbonisés au fur et a mesure de sa progression, mais il ne put enjamber un miroir roussi par les flammes, qu'il brisa en mille morceaux. Sept ans de malheur, la journée commençait bien ! C'est dans ce qui devait être la salle de séjour qu'il aperçut, caché aux milieu des décombres, un chat zébré qui l'observait attentivement de ses yeux jaunes. Pattenrond vint se frotter a la robe de sorcier verte aux lunes dorées du vieux sorcier et le suivit a chacun de ses pas, ayant manqué de compagnie depuis la semaine dernière.

Dumbledore se demandait dans quelles sombres circonstances la maison avait-elle pu brûler, et si Hermione était au courant. En tout cas, pas une trace de ses parents, qui devaient loger a l'hôtel en attendant de retrouver un domicile. Dans ce cas, que pouvait bien faire la gryffondor chez le voisin alcoolique de Rogue ? Mais un détail attira son attention, et il s'arrêta de réfléchir a Hermione durant un instant : une latte de parquet légèrement soulevée. Il la retira avec précaution et devina, au fond d'une excavation savamment creusée, une statuette immaculée représentant un Père Noël rouge et blanc et, posée a côté, une longue et épaisse clé de bronze déformée. Supposant que les objets voudraient dire quelque chose aux yeux de son élève, il s'en empara, les plongea dans sa poche et replaça la section de bois sur la planque qu'elle recouvrait jusqu'à présent. N'ayant fait aucune autre découverte intéressante, il sortit de la propriété en escaladant les montagnes de choses en tout genre noircies et partiellement voir entièrement réduites en cendres. Sa randonnée terminée, le directeur de Poudlard se retrouva dans le jardin ravagé et aperçut un hibou prendre son envol avant de disparaître dans les cieux qui commençaient a l'éclaircir. Pattenrond se rua sur l'oiseau, mais ce dernier ne formait déjà plus qu'un point parmi les traînées de nuages. Une lettre frappée du sceau de Poudlard reposait à quelques mètres de lui, parmi les brins d'herbe secs. Sur l'enveloppe parcheminée, on pouvait lire :

Melle H. Granger

Maison noire de cendres encore fumante

5, avenue des Pervenches

Londres

Il ramassa la lettre qu'il glissa également dans sa poche, avec une pensée pour son école, puis transplana, le chat aux pattes arquées dans les bras, jusque chez Severus Rogue, laissant la rue déserte à son calme, ou l'horizon se teintait déjà de rose orangé.

Le serpentard veillait toujours la jeune fille qui dormait paisiblement, la poitrine s'élevant puis s'abaissant tranquillement au rythme de sa respiration, quand Dumbledore pénétra dans la pièce négligée. Il déposa Pattenrond sur le sol, qui fila rejoindre sa propriétaire. L'homme en noir, devinant que le chat appartenait a son élève, sa cape bruissant a chacun de ses pas, conduisit son supérieur dans sa cuisine et s'affaira a la gazinière dans le but de lui offrir une tasse de thé. Dumbledore s'installa, comme s'il se trouvait chez lui, sur une chaise bancale au dossier gris et déposa sans faire de bruit ses trouvailles sur la petite et tout aussi bancale table dont le plateau en résine semblait prêt de se décoller des pieds de métal blanc écaillé :

« - Voici ce que j'ai trouvé sous une planche du parquet de la maison de Miss Granger, annonca-t-il. Au fait, j'oubliais : la maison a apparemment été incendiée. Et les parents d'Hermione étaient bien évidemment introuvables, poursuivit le directeur de Poudlard.

Severus Rogue considéra longuement les objets avant de réagir.

« - Pensez-vous que les parents de Miss Granger sont…morts ? s'enquit-il, hésitant a prononcer le dernier mot.

- Je n'avais pas encore exploré cette éventualité, mais il se peut en effet qu'ils aient péri dans l'incendie de leur propre demeure. En tout cas, veuillez s'il vous plait donner ces effets personnels a Hermione Granger, il se peut qu'elle les reconnaisse, ajouta Dumbledore en buvant une gorgée de thé.

- Parce que vous ne comptez pas l'emmener chez les Weasley dès son réveil ? demanda Rogue, qui ne comptait pas garder la jeune fille avec lui jusqu'à son retour a Poudlard.

- Mon cher Severus, les Weasley sont en vacances en Roumanie en compagnie de Charlie, quant à l'oncle et à la tante de Mr Potter, ils ont assez de Harry. Non, je pensais vous la laisser jusqu'à la rentrée, puisqu'elle n'a nulle part d'autre ou loger. En ce qui concerne votre voisin, je suggère de le soumettre au sortilège « Oubliette », afin qu'il ne se rappelle pas de cet abominable accident et qu'il poursuive sa vie sans aucun souvenir de l'évènement, proposa le célèbre directeur, sans laisser le serpentard l'interrompre.

- Bien, professeur, grogna-t-il dans un signe d'approbation, n'osant pas contredire Dumbledore qui semblait préoccupé et épuisé a présent.

Un silence imposant s'installa dans la pièce, régulièrement entrecoupé de bruits de tasses et de soucoupes. Rogue observait avec curiosité la figurine et la clé, et Dumbledore semblait perdu dans ses pensées, les yeux vides de leur habituelle lueur malicieuse. Soudain, le directeur se leva, repoussant sa chaise contre le mur de l'angle :

« - Severus, je vous laisse aller rejoindre Miss Granger, qui ne va sans doute pas tarder à ouvrir l'œil. Je vous fais confiance pour vous occuper d'elle comme il se doit, et surtout ne la laissez pas seule dans la maison, insista l'homme à la robe vert sapin. Si jamais il ne se passe quoi que se soit, n'hésitez pas a me contacter, et dites lui que c'est moi qui possède sa liste de fournitures et que je me charge de les acheter pour elle, puisqu'il faut lui éviter tout déplacement jusqu'à son rétablissement. Sur ce, je vous souhaite une bonne journée, conclut-il en sortant de la pièce étriquée, se dirigeant vers la sortie.

Rogue se saisit des objets, rejoignit comme voulu la jeune fille, sereine, la jambe gauche dépassant de le couverture, baignée du faible rayon de lumière que laissait entrer le rideau dégradé, et les déposa sur la table basse. Puis il marcha en direction de sa vaste bibliothèque, choisit un bouquin épais dont le titre, inscrit en gros caractères dorés, laissait en deviner long sur le genre de lectures du professeur de potion. Il s'installa dans un fauteuil en velours capitonné de couleur bordeau aux boiseries ternes dépareillé au reste du mobilier, attendant le réveil de la gryffondor. Soudain, un hibou frappant du bec au carreau incrusté de poussière le sortit de sa lecture passionnée. Surpris par ce courrier, il ouvrit la fenêtre dans un grincement sonore et détacha de la patte du hibou grand duc une enveloppe indiquant son adresse. Il se rassit dans le confortable siège, la décacheta et déplia la lettre, rédigée dans une écriture longue et penchée, a l'encre noire, plats et déliés minutieusement marqués :

Cher professeur Rogue,

Albus Dumbledore vient de m'avertir de l'état actuel de Miss Granger. Etant une élève de ma maison, je souhaitais m'assurer qu'elle était en de bonnes main, et que vous vous occupiez de ses plaies de votre mieux. Sachez qu'en cas de problème je serais disponible a venir vous rendre visite dans les plus brefs délais. Je sais que vous n'avez aucune idée des circonstances dans lesquelles elle a été blessée, mais dès que vous en apprenez plus sur la question, veuillez avoir l'obligeance de m'en informer par courrier. Quant a ses parents, je viens de contacter la police moldue qui m'a confirmé le pire : ils sont bien morts, comme vous l'envisagiez.

Transmettez dès son réveil mes vœux de rétablissement à Miss Granger, et surtout ménagez la : pas de brusqueries ni d'imprudences. Elle risquerait d'en subir les conséquences dans un futur proche ou lointain, et, je peux vous l'assurer, je vous le ferais regretter à ma façon.

Avec mes salutations les plus distinguées,

Minerva McGonagall.

« Non mais pour qui elle se prend, cette vieille chouette déplumée !? » jugea aussitôt le serpentard dans sa tête. « Si elle pense que j'ai peur d'elle et de sa revanche à deux noises, elle se fourre le doigt dans l'œil ! ». Furieux contre le professeur de métamorphose, il envoya violement la lettre s'écraser contre le mur, ce qui provoqua Pattenrond qui s'élança d'un bond agile vers le projectile, et se mit a déchiqueter l'enveloppe de coups frénétiques de griffes. « Intelligent, le chat ! » remarqua pour lui-même Severus Rogue a voix basse, dans un rictus méprisant. La gryffondor, visiblement indisposée par toute cette agitation, se retourna précipitamment vers le dossier du canapé. Le professeur de potion se tira du fauteuil pour aller voir s'il avait réveillé la jeune fille, mais celle-ci avait toujours les yeux clos et dormait profondément. En vue d'éviter de faire plus de bruit, il quitta la salle de séjour pour se réfugier dans son laboratoire, qui ressemblait étrangement a sa salle de classe a Poudlard, comportant des étagères poussiéreuses ou reposaient des bocaux remplis de formol, contenant des créatures a l'apparence visqueuse et particulièrement effrayantes. C'était cependant de loin la pièce la mieux entretenue de la mansarde, même si la paillasse croulait sous les très nombreuses fioles transparentes, remplies ou non, aux étiquettes jaunies, confondues pêle-mêle parmi des cristallisoirs, des éprouvettes, des pipettes, des récipients de verre en tous genres. Les ustensiles semblaient dater de quelques décennies, et remplissaient également les tiroirs de bois qui ne fermaient pas correctement. Un placard au coin de la piece était plein à craquer de flacons de toutes les tailles, et le sol carrelé aurait tout de même bien eu besoin d'un petit coup de balai.

Le directeur de serpentard s'installa sur une chaise de bureau a roulettes de plastiques noires et aplaties, qui tournaient avec peine, et s'attaqua a la préparation d'une nouvelle potion de son invention, maints livres disposés devant lui en équilibre contre la cloison dont la peinture se détachait en copeaux sous l'effet de l'humidité. On voyait bien a l'expression de son visage qu'il se trouvait dans son élément, passionné par les liquides bouillonnants en laissant échapper des chaudrons des vapeurs scintillantes tantôt parfumées tantôt colorées, mélangeant des liquides aux vertus mystérieuses, dégainant de temps a autres sa baguette d'ébène en murmurant des paroles inaudibles, absorbé par son travail.

Hermione, de son côté, ouvrit un œil après l'autre, collés par le sommeil. Elle constata qu'elle se trouvait toujours allongée sur le sofa comme lors de son premier réveil, et se souvint des paroles et surtout de la présence de Rogue, son détesté professeur de potions. Elle n'avait aucune idée de la raison pour laquelle elle se trouvait la, ni même de combien de temps avait pu s'écouler depuis son arrivée. Sans doute quelques heures puisque le soleil avait rejoint son trône royal dans le ciel azur. Elle tenta de se lever mais ses blessures et contusions lui tiraillaient la peau et une douleur aigue s'emparait d'elle a chacun de ses mouvement. C'est alors qu'elle s'aperçut de la présence de Pattenrond, lové à ses pieds, ronronnant paisiblement. Rassurée de savoir que quelqu'un l'avait retrouvé, elle se promit de remercier la personne dès qu'elle apprendrait son identité. Se demandant ou était passé le directeur de serpentard, elle se décida de l'appeler, dans l'espoir qu'il ne soit pas sorti :

« - Il y a quelqu'un ? Professeur Rogue ? héla-t-elle de sa voix enrouée. »

Le serpentard, entendant l'appel désespéré de la jeune fille, détacha son regard du chaudron ou la potion avait pris une teinte rose bonbon, qui jurait affreusement avec sa couleur de peau, puis se rendit de son pas traînant près de son élève étendue sur la causeuse, frêle et blême, sa tignasse de cheveux bruns plus enchevêtrée que jamais.

« - Eh bien vous voila enfin réveillée, Miss Granger ! Il est neuf heures passées et vous lambinez encore affalée dans ce canapé ! soupira Rogue sur un ton de dédain.

Il se souvint alors malgré lui de la lettre de McGonagall, reposant sur le sol, tailladée de longues traces de griffes, et se reprit, suivant le conseil du professeur de métamorphose, mais surtout ceux de Dumbledore qui lui avait recommandé de traiter la gryffondor avec douceur. Il se reprit donc, parlant d'une voix se voulant rassurante et faussement enjouée :

« - N'essayez pas de bougez ou vous risqueriez d'aggraver vos lésions. Restez allongée, je reviens dans quelques minutes, je vais vous préparer un thé, et, si vous avez de la chance, un toast ou deux, annonça l'homme.

- Professeur, avant que vous partiez, puis-je vous poser une question ? s'enquit Hermione d'une voix faible et rocailleuse.

- C'est déjà fait, mais vous pouvez recommencer, si vous voulez, répliqua Rogue.

- Voila, pourrai-je juste savoir ce que je fais la ? demanda Hermione sans faire attention a la réponse de son professeur.

- Ca, vous me l'expliquerez vous-même à mon retour ! conclut Rogue avant de disparaître dans l'embrasure de la porte menant à la cuisine. »

Rancœur ?