« Chapitre 5 : Révélations. »
Environ une demi-douzaine de minutes passa avant que Rogue ne reparaisse dans le salon, un plateau vert en plastique aux mains. Il le déposa sur la table basse, à côté d'Hermione qui observait sans vraiment regarder les livres alignés le long du mur peint de blanc cassé, voguant a travers ses pensées. C'est alors qu'elle sentit son professeur s'asseoir sur le bord du divan qu'elle réagit et remonta la couverture, à la même odeur de lessive que le col de la chemise posée sur l'accoudoir, sur son épaule découverte. Elle toisa longuement Rogue, plus fatigué que jamais par la nuit blanche qu'il venait de passer, qui touillait à l'aide d'une cuillère d'argent noircie par les années le liquide verdâtre dans le but de le faire refroidir. Au bout d'un instant d'une longueur indéterminable, il lui tendit la tasse de porcelaine ébréchée d'un mouvement plein de grâce. Hermione s'en saisit en s'arrachant a la contemplation du serpentard aux yeux d'ébène éclatants et aux cheveux graisseux lui arrivant aux épaules dans un carré architectural de précision, hésitant a rompre le silence pesant. C'est ce dernier qui parla le premier, redoutant le flot de question qui n'allait pas tarder à jaillir tel un torrent des fines lèvres de la jeune fille :
« - J'ai mis du miel sur vos toasts, j'espère que vous aimez cela ? annonça le directeur de serpentard sur un ton doucereux ou l'on devinait une once d'hypocrisie.
- Oui, c'est parfait, merci professeur, balbutia Hermione, secouée par la soudaine « gentillesse » que lui manifestait Rogue. Elle s'empara d'un des toasts et y croqua à pleines dents, laissant les marques de ses longues incisives dans le pain de mie grillé. En effet, elle n'avait rien mangé depuis la veille au matin, ce qui faisait d'elle une parfaite affamée.
- Miss Granger, comme je vous le disais il y a quelques minutes déjà, j'aimerais bien apprendre, si possible, la raison de votre présence chez mon voisin, avoua-il, alors que qu'il se souvint de la mort des parents de son élève dont il avait eu vent il y a environ deux heures de ça par la missive de McGonagall.
- Chez votre…voisin ? Comment ça ? Cela signifie donc que mon oncle éloigné est…votre voisin ? répéta la jeune fille, perplexe.
- En effet, mais cela n'explique pas le fait que vous vous trouviez chez lui la nuit dernière, n'est-ce pas ?
- Pas seulement la nuit dernière, mais depuis la semaine passée. En fait, depuis la mort de mes parents… précisa-t-elle »
Des larmes perlèrent aux coins des yeux noisette de la gryffondor, alors qu'elle évoquait pour l'une des premières fois ce décès tragique, mais avant qu'une d'entre elle s'ait eu le temps de rouler sur ses joues soyeuses, Rogue, troublé par les yeux humides de la jeune fille, s'adonna a la contemplation du bout de ses chaussures. Hermione se reprit lentement et poursuivit, après avoir ingurgité une gorgée de thé :
« - Le tribunal m'a confié à cet homme. Si j'avais su que vous habitiez derrière le mur…ajouta-elle sur un ton de regret, la voix tremblotant légèrement.
- Oui, Miss Granger ? fit le professeur de potion, l'incitant a finir sa phrase.
- Oh rien… Rien du tout… J'ai pensé a voix haute, voila tout… bafouilla la jeune fille, embarrassée.
- Je ne savais pas que c'était possible, dit le serpentard en ricanant. Enfin, ce n'est pas le point. A présent, puis-je savoir comment vous êtes vous blessée si gravement ?
- Ah… euh… je suis tombée dans les escaliers, bredouilla-t-elle sans conviction, sachant que son professeur n'allait pas gober le mensonge. Et elle avait raison…
- Les escaliers, bien sur… dans ce cas, je me demande pourquoi j'ai retrouvé votre… oncle stupéfixé, en plein milieu de la piece. Sans doute un elfe de maison égyptien passé par la qui aurait emprunté votre baguette durant votre évanouissement, pendant que vous y êtes ! Me prenez-vous pour un troll, Miss Granger ? rétorqua-t-il violemment, oubliant les conseils de ses collègues, se demandant a l'occasion pourquoi aucune lettre du ministère n'était encore arrivée, lui communiquant l'ouverture d'un procès sous quelques jours, ou pire, un renvoi, puisque les moins de 17 ans ne sont pas autorisés a pratiquer la magie en dehors de l'école. Le directeur de Poudlard avait du arranger l'affaire en plaidant la légitime défense…
- Non, pas du tout, professeur, mais…
- Mais ? Mais vous ne me faites pas confiance, c'est ça ? De toute façon, qui me ferait confiance à part Dumbledore. Vous n'avez qu'à lire la lettre de votre directrice de maison pour vous en rendre compte ! s'emporta-t-il, s'étonnant lui-même en exprimant aussi ouvertement ses sentiments. »
Il se leva brusquement, s'empara de la lettre à l'enveloppe déchiquetée, et la mit sous le nez de son élève, qui l'attrapa et commença sa lecture. Une fois qu'elle l'eut terminée, elle la tendit à Severus Rogue qui se tenait toujours au dessus d'elle, les bras croisés. Une sorte d'aura de fureur se dégageait du serpentard, lorsqu'Hermione reprit la parole, ne sachant guère par ou commencer :
« - Je suis désolée, professeur… je… je… marmonna-t-elle. Rasseyez-vous s'il vous plait. Je ne voulais pas vous vexer, excusez-moi, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Vous me pardonnez ? »
Le directeur de serpentard laissa échapper un grognement d'approbation, puis se réinstalla près de la jeune fille. Celle-ci ne savait que penser de l'attitude du professeur : il était tantôt sévère et cruel, tantôt presque navrant. La gryffondor venait de découvrir une facette cachée de la personnalité de Rogue.
« - Voila, en fait, cet homme est un alcoolique et… disons que j'ai subi sa brutalité pendant près de cinq jours maintenant. Mais hier, il était plus saoul que jamais et la brutalité s'est transformée en sauvagerie, si vous voyez ou je veux en venir. Mais je vous serait reconnaissante de n'en parler a personne, monsieur, synthétisa-t-elle, ce qui calma le serpentard. Je me chargerais moi-même de répondre au professeur McGonagall pour lui dire que vous vous occupez parfaitement de moi, ce qui est le cas. Il se peut que sans votre intervention, je ne serais pas plus en vie à l'heure qu'il est. Je vous dois beaucoup, professeur.
- Ne dites pas d'idioties, Miss Granger, reprit-il de son habituelle voix cassante, ce qui rassura la jeune fille. Comme si ce n'était pas plus simple de dire la vérité ! Enfin bon, le professeur Dumbledore vous a placée sous ma tutelle pour les cinq prochains jours, puisque vous n'avez nulle part d'autre ou loger. Il s'est personnellement chargé de vos fournitures scolaires et c'est lui qui a ramené votre chat ainsi que ces deux objets qu'il a trouvés dans votre ancienne maison, sous une latte de parquet décollée, en espérant que vous les reconnaissiez. »
Il montra la statuette et la clé a son élève, mais celle-ci fit mine de ne les avoir jamais vus :
« - Comment savait-il pour la maison ? demanda-t-elle d'une petite voix.
- Eh bien il a transplané jusqu'à chez vous pour prévenir vos défunts parents de votre état, et eut la surprise de sa vie en la découvrant en ruines, admit-il sur le ton de la conversation.
- Ah… souffla la jeune fille sans conviction, fixant un point indéterminé du mur pour s'empêcher de pleurer.
- Mangez vos toasts avant qu'ils ne refroidissent, s'empressa de suggérer Rogue, n'osant pas croiser le regard de la gryffondor.
- Ils sont très bons, vous savez, ils ressemblent énormément a ceux de ma mère…
Cette fois, une et unique larme coula sur sa joue entaillée, mais elle l'essuya instantanément d'un revers de main, et, au grand soulagement du directeur de serpentard, il put faire comme s'il n'avait rien vu. Il se souvint alors de l'homme toujours profondément endormi dans la mansarde attenante.
- Miss Granger, puis-je faire un rapide saut chez mon voisin… euh je veux dire votre tuteur, pour, si vous êtes d'accord bien-sûr, le soumettre au sortilège « Oubliettes » afin de lui retirer tout souvenir de l'accident de la veille et de votre existence, comme me l'a recommandé le professeur Dumbledore…
- Faites comme bon vous semble, l'interrompit Hermione, sur un ton placide, entre deux gorgées de thé.
- Dans ce cas, je serais de retour dans quelques minutes. Et surtout s'il se passe quoi que ce soit, n'hésitez pas à crier, conclut-il avant de disparaître dans un « pop » sonore, indiquant qu'il venait de transplaner dans la maison voisine, laissant derrière lui une Hermione déstabilisée et dans les nuages… »
Bienveillance ?
