« Chapitre 6 : Les pizza des miracles. »
Lorsque le professeur de potion pointa le nez chez lui après avoir opéré sur la mémoire de son toxicomane de voisin, qui s'était éveillé brusquement de son long sommeil en se tâtant le sol de ses mains engourdies, comme a la recherche d'un quelconque objet, il retrouva son élève lisant un bouquin a la couverture anthracite et a la tranche dorée aux feuilles du précieux métal. Ce livre n'était autre que celui qui lui avait fait retourner la maison sans dessus dessous la veille.
« - Miss Granger ! héla-t-il, ce qui fit sursauter Hermione qui ne s'était pas encore rendu compte de sa présence. Puis-je savoir ce que vous faites avec cet ouvrage ouvert à la page des potions de force ? Est-ce maladif ou juste impulsif chez vous de fouiner dans les affaires des autres sans leur accord?
- Professeur, je viens de le trouver sous le coussin du canapé, alors j'ai pensé que je pourrais le consulter pour m'oc…
- Assez ! interrompit-il, impassible. Je ne veux pas de vos explications, et à vrai dire, je m'en contrebalance ! Rendez-le-moi immédiatement ! ordonna le serpentard, en tendant le bras.
- Mais professeur, ce n'est pas de ma faute, plaida la jeune fille, blanche comme un linge, en remettant le livre à un Rogue fulminant de rage.
- Ah oui, j'oubliais : les bouquins s'ouvrent tout seuls devant vous ! Parfois, je me demande si vous n'avez pas du jus de citrouille en guise de cerveau, Miss Granger ! »
Sur ce, il replaça le pavé d'écrits dans la bibliothèque et disparut dans son laboratoire. La gryffondor, étonnée du comportement agressif de l'homme en noir, se retourna face au mur en esquissant une grimace de douleur, réfléchissant a la réaction d'Harry et de Ron s'il la retrouvaient allongée sur le divan miteux de Rogue, en sous-vêtements, et qui plus est tailladée de lésions plus profondes les une que les autres. Elle aurait voulu leur envoyer un hibou pour leur dire combien ils lui manquaient et qu'elle avait hâte de les retrouver pour une nouvelle année scolaire, mais elle doutait que le serpentard la laisse faire, surtout dans un tel état de irascibilité. Elle attendrait la rentrée afin de leur faire part de toutes ses aventures, ce qui lui semblait être la meilleure solution. Son professeur ne reparut que quelques dizaines de minutes plus tard, l'onguent de la veille dans la main droite et un livre dans l'autre, l'air beaucoup moins furieux. Avait-il regretté de s'être emporté contre la pauvre blessée a qui il était arrivé tant de malheurs ces derniers jours ?
« - Je vous apporte un peu de lecture, miss Granger, vous devez vous ennuyer. C'est votre livre de potion pour cette année, fit-il en lui tendant l'ouvrage, le regard concentré sur le sourire que lui adressait Hermione. J'ai pensé que cela vous ferait plaisir de prendre un peu d'avance sur les autres. Et en voyant votre mine réjouie, je crois que je ne me suis pas trompé, ajouta-t-il. La jeune fille aurait juré avoir aperçu un clin d'œil furtif sur le visage ridé et épuisé de Rogue.
- M… merci professeur, balbutia-t-elle, surprise par cette subite réconciliation, si l'on pouvait appeler ça comme ça.
- De rien, Miss Granger. Maintenant, si vous pouviez vous découvrir pour que je puisse appliquer sur vos plaies ce merveilleux onguent (il leva la main, lui montrant le pot blanc) qui aidera votre organisme à cicatriser plus rapidement…
Le jeune fille parut gênée par le requête de son professeur, mais finit par s'exécuter, repoussant le plaid sur le côté du sofa.
- Voyons, ne vous recroquevillez pas ainsi ! Je vous signale que si je ne vous en avait pas tartiné hier, vous seriez dans un état bien plus catastrophique que cela ! reprit le serpentard, histoire de mettre en confiance son élève, ce qu'il n'avait jamais fait auparavant. »
Hermione, rouge comme une pivoine, se détendit cependant un peu, et laissa Rogue s'occuper de son corps meurtri. Il était difficile de savoir si, lui aussi, éprouvait une certaine gêne a l'idée de parcourir du bout des doigts les courbes régulières de la gryffondor, mais une chose était sure : il s'y prenait mieux que madame Pomfresh elle-même, pensa Hermione, surprise par la virtuosité dont faisait preuve le professeur de potions. « Il aurait sans aucun doute fait un très bon guérisseur à Ste Mangouste. »
« - Monsieur, est-ce que vous avez déjà envisagé une carrière de guérisseur ou est-ce un don, demanda cette dernière, intriguée.
- Qu'est-ce qui est un don, Miss Granger ?
- De badigeonner les gens d'onguent malodorant ! répliqua la jeune fille, amusée par la réponse innocente mais sincère du directeur de serpentard.
- Ah ! s'exclama-t-il, réprimant un sourire lui plissant délicatement les coins de ses fines lèvres. »
Et, pour la première fois de sa vie, Hermione avait entrevu ne serais-ce qu'une ombre de sourire de la part de son professeur. Ni hypocrite ni forcé, ce signe de félicité représentait presque un évènement a mentionner dans le livre des records. C'est fou comme cette simple réaction humaine rajeunissait le serpentard de nombreuses années. La jeune fille grava cet instant presque magique dans les méandres de son crâne, priant littéralement le ciel pour que cela se reproduise sous peu. Il était tellement agréable de voir se dessiner les fines rides d'expression au coin des ces yeux habituellement éteints, s'emplissant d'une telle chaleur qu'elle aurait pu faire fondre tous les glaciers du monde entier, rendre joie de vivre aux plus démunis, faire chanter allégrement les rossignols en plein hiver… Aux yeux de la gryffondor, ce sourire était cent fois plus efficace que tous les onguents de l'univers.
« - Pour tout vous dire, avant de poser ma candidature au poste de professeur de potion, j'avais postulé pour devenir guérisseur, mais ils ne m'ont pas accepté sous le prétexte que… je demeurais un Mangemort malgré mes aveux, avoua-t-il, embarrassé.
- N'empêche que je suis certaine que vous auriez fait du très bon travail dans cette branche de la médecine. Je trouve tout de même dommage que de simples préjugés brisent une carrière. Mais bon, vous vous rattrapez dans l'enseignement, c'est l'essentiel ! admit-elle, troublée par cette révélation.
- Oh, vous savez, avec le recul, je pense que je ne regrette pas cette profession, même si parfois il est vrai que d'apprendre à une bande de cornichons l'art des potions n'est pas aisé, surtout lorsque Mr Londubat commence a faire exploser un chaudron après l'autre, poursuivit-il en continuant d'étaler la substance vert amande d'une main experte. »
La jeune fille éclata d'un rire cristallin se répétant en écho sur les parois de la pièce.
« - Il ne faut pas en vouloir à Neville, le pauvre, il fait de son mieux, mais il a une peur bleue de vous et de cet « Evanesco » dont vous faites si souvent usage. Il se mélange les pinceaux et finit par oublier la moitié des ingrédients, se retrouvant avec des liquides saugrenus…
- Je ne vois pas ce qu'il y a de si effrayant a cela : il suffit de respecter les consignes et je le laisserais tranquille ! Il panique trop facilement et n'a de toute façon aucun don dans la fabrication des potions, l'interrompit Severus Rogue, concentré sur le bras droit de son élève, ses longs cheveux noir de geais chatouillant l'épaule de sa « patiente » sans qu'il ne s'en rende compte. »
La gryffondor appréciait grandement qu'on s'occupe d'elle, après ces cinq jours d'abandon dans la mansarde de son tyran, ces cinq jours de pleurs, de lamentations, de coups, de sous-alimentation, ces cinq jours d'enfer. C'était vraiment une chance que son professeur l'ait trouvée a temps, et elle n'osait même pas imaginer ce qui aurait pu lui arriver si elle était restée un jour de plus en compagnie de son prétendu oncle, cloîtrée entre quatre murs, enfermée dans ces pensées, comptant patiemment les jours qui la séparaient de la rentrée, retourner a Poudlard étant devenu sa lubie, son seul espoir.
Une fois l'onguent appliqué, la pendule sonna midi et le ventre d'Hermione commençait à gargouiller, quémandant une ration de nourriture. Le serpentard, comme ayant usé de ses pouvoirs en légilimancie, proposa à la jeune file de déjeuner :
« - Miss Granger, avez-vous faim ? Il est midi, et personnellement, je commence à avoir un petit creux. Cela vous dit de commencer votre lecture pendant que je vais me débattre avec mon armée de casseroles ? proposa-t-il.
- Je vous aiderais bien si j'en avais le pouvoir, mais malheureusement j'éprouve un mal fou rien qu'a me lever… mais je vous promet que je me rattraperais des que mes membres voudront bien soutenir mon poids, professeur, répondit Hermione, riant aux éclats pour la seconde fois de la journée.
Le serpentard, ne pouvant guère se payer un elfe de maison pour effectuer les taches ménagères, se mit à cuisiner un met dont la jeune fille reconnaissait l'odeur, mais impossible d'y attribuer un nom. Cela sentait à la fois la tomate, le fromage fondu, le jambon… et il était sûr qu'elle ne mettrait pas la main dessus en lisant comment préparer du Félix Felicis, l'élexir de la chance, qui s'avérait cependant horriblement compliqué a préparer. Ayant obtenu un « Optimal » à ses BUSE de potions, elle allait en effet avoir le privilège d'être une des seuls, et même éventuellement la seule à pouvoir poursuivre les cours avec le professeur Rogue en sixième année, puisqu'il n'acceptait dans sa classe que l'élite des élèves, « le Grand Cru », comme il disait. La merveilleuse senteur continuait d'emplir la maison, de s'imprégner à l'air ambiant, de titiller les narines de la gryffondor qui ne savait toujours pas quelle surprise elle devait s'attendre :
« - J'espère que je ne l'ai pas fait trop cuire, c'est bien la première fois que je touche a de la pâte a pizza…
- De la pizza ! s'écria avec ravissement Hermione. C'est mon plat favori !
- Eh bien écoutez j'ai bien fait mon choix ! En fait j'ai exploré un livre de cuisine moldue pendant cinq bonnes minutes avant de porter mon dévolu sur cette fameuse et délicieuse pizza, d'après ce qu'il en disent dans le bouquin… expliqua Rogue a la jeune fille en extase devant les assiettes.
- Qui est bon en potions est bon en cuisine ! proclama-t-elle après avoir goûté à la succulente tarte italienne, les yeux étincelant comme si elle se trouvait devant le dîner du réveillon de Noël. »
Et toute la journée se déroula dans la bonne humeur. Hermione rassura le professeur McGonagall qui se faisait tant de soucis à son égard en lui rédigeant une longue lettre comme quoi tout se passait pour le mieux du monde dans la mansarde de l'Impasse du Tisseur, malgré ses contusions dont elle ne traita toutefois pas les raisons. La jeune gryffondor venait de découvrir un homme attentionné derrière la façade froide et méprisante de son professeur, qui se révélait bien plus accessible et plaisant que sa première impression. Elle ne vit pas passer les heures et c'est ainsi que la nuit, une nuit de pleine lune étoilée, s'abattit sur les environs. Rogue, qui n'avait pas fermé l'œil depuis plus de 24 heures tombait de sommeil et alla se coucher prématurément, laissant son élève prendre ses aises sur le sofa et s'endormir a son tour.
« Un flacon d'encre brisé sur un parchemin nacré suffit à créer une pénombre parsemée d'astres bleutés. »
