De nos jours :
Elle tenait entre ses mains le journal du jour. Elle était assise sur le canapé et parcourait attentivement chaque article pour voir si on ne donnait pas de ses nouvelles. Elle se disait chaque jour qu'elle devait arrêter de faire ça parce qu'il y avait maintenant deux ans que Mickaël avait officiellement été déclaré mort et que rien ne pouvait le ressusciter. Il était vrai qu'on n'avait jamais retrouvé son corps ni même celui de Lincoln, mais elle se disait que s'il ne lui avait donné aucune nouvelle ça ne pouvait être que parce qu'il n'était plus de ce monde. La dernière fois qu'il l'avait contacté s'était environ trois mois après son évasion. Il avait appris que son père s'était suicidé et avait voulu lui montrer qu'il était là malgré tout. Il lui avait dit qu'il y avait eu quelques petits obstacles qui s'étaient dressés devant eux et qu'ils n'avaient pas encore atteint leur but. Il espérait quand même y arriver rapidement et il lui avait promis encore une fois de revenir la chercher dés que tout serait calme. Sara avait espéré longtemps qu'il le ferait. Et puis l'annonce de sa mort lui était parvenue et elle avait dû se faire une raison. Anthony, son avocat avait été là pour elle dans ces moments là. Une fois de plus devrait-elle dire puisque c'était grâce à lui qu'elle s'était sortie du pétrin judiciaire dans lequel elle s'était fourrée en voulant aider l'homme qu'elle aimait. Quand il lui avait demandé de l'épouser six mois auparavant, elle avait eu une sorte de pincement au cœur. Au fond d'elle, elle avait toujours espéré finir sa vie avec Mickaël. Seulement elle était réaliste et Anthony était l'homme idéal. Alors elle avait dit oui. Et d'ici trois jours elle serait désormais Mme Weber. Elle savait qu'il serait un époux parfait et elle ne doutait d'ailleurs pas qu'il rendrait sa vie aussi belle que possible. Alors qu'elle était plongée dans ses pensées, quelqu'un approcha d'elle en silence et lorsqu'il fut derrière elle, il l'embrassa dans le cou. Elle sursauta puis eut un sourire quand elle vit de qui il s'agissait.
Sara : Anthony…
Il fit le tour du canapé et s'assit à côté d'elle.
Anthony : Je vois que tu as vu l'article nous concernant, dans le journal.
Elle baissa les yeux vers le journal qui était replié.
Sara : Oui…
Il la dévisagea un instant.
Anthony : Tout va bien ?
Elle hocha la tête.
Sara : Je suis un peu nerveuse à cause du mariage…
Anthony : Il ne faut pas. Tu sais bien que Meredith Miller est la meilleure organisatrice de mariage.
Elle eut un sourire crispé.
Sara : Je sais, elle veut tellement que tout soit parfait, qu'elle me tape sur les nerfs…
Il lui caressa le cou.
Anthony : Plus que trois jours… J'ai hâte que tu sois ma femme.
Sara : Oui, moi aussi.
Elle se leva.
Sara : Je vais aller finir de préparer mes affaires.
Il se leva à son tour et se plaça face à elle.
Anthony : Tu tiens toujours absolument à ce qu'on ne dorme pas ensemble les trois prochaines nuits ?
Elle lui sourit.
Sara : Ca nous permettra de mieux savourer notre nuit de noces.
Il l'embrassa dans le cou.
Anthony : Je suis persuadé que je l'apprécierais tout autant si on faisait l'amour toutes les nuits jusqu'au mariage.
Elle le repoussa légèrement.
Sara : Je tiens à ce qu'on soit en pleine forme ce jour là. Et qui plus est, il y a encore pas mal de choses à faire dont Meredith exige ma présence.
Anthony : Comme ?
Sara : Elle tient à ce que j'aille en Thalasso demain pour me relaxer. Et la journée de vendredi sera consacrée à l'essayage de la robe et aux derniers essais de coiffure… bien que la coiffure que j'ai choisie soit parfaitement prête.
Il sourit.
Anthony : Elle connaît son job.
Sara : Elle n'aime surtout pas les chignons et espère bien me faire changer de coiffure à la dernière minute. Heureusement que Steph' est là.
Stéphanie était l'amie de Sara depuis six ans. Elles s'étaient perdues de vue, puis la médiatisation du procès de son amie avait donné envie à Stéphanie de la revoir. Sara en avait été soulagée parce qu'elle avait pu lui confier ses problèmes de cœur. Stéphanie avait bien compris le geste qu'avait pu faire Sara par amour pourtant elle l'avait incitée à saisir l'opportunité d'oublier Mickaël dans les bras d'Anthony.
Anthony attrapa sa mallette.
Anthony : Et tu comptes faire quoi aujourd'hui ?
Elle le regarda l'air sévère. Il comprit qu'il avait oublié quelque chose. Il tenta de se rappeler quoi. Elle le fixa, attendant qu'il se souvienne. Quand elle vit qu'il ne s'en rappelait pas elle secoua la tête.
Sara : On doit choisir les photos cet après-midi. Ne me dit pas que tu as oublié ?
Une grimace se dessina sur son visage. Sara savait bien ce que cela signifiait. Qu'il avait bel et bien oublié et qu'il avait prévu autre chose.
Anthony : Je plaide l'affaire Spilman à 14 heures… je ne peux pas annuler.
Elle le regarda visiblement très fâchée.
Sara : Et je fais quoi moi pour les photos ?
Il s'approcha pour lui donner un baiser mais elle s'écarta.
Anthony : Voyons Sara ne fait pas l'enfant, je n'ai pas le choix.
Elle détestait quand il la traitait comme une gamine. Elle avait tout de même 33 ans et bien qu'il en ait onze de plus qu'elle, il n'avait tout de même pas l'âge de son père et encore moins de lui parler ainsi.
Sara : Si ce mariage n'est pas suffisamment important pour toi, on peut toujours demandé à Meredith de tout remballer !
Anthony : Sara… je veux me marier avec toi ! Est-ce si important que je sois là pour choisir ces photos ? Tout le monde sait que les gens ne regarderont que la mariée alors choisis en fonction de celles sur lesquelles tu te trouves jolie.
Sara : Les trois quarts des invités font partie de ta famille et de tes amis… ce n'est pas à moi de faire tout le boulot !
Anthony : Cette affaire est importante, Gary Spilman est aussi innocent que tu l'étais. Tu imagines si j'avais dû annuler ma plaidoirie à ton procès pour quelque chose dont ma présence n'était pas vitale ?
Ca y était, il avait réussi à l'énerver. Anthony avait parfois tendance à être trop prétentieux et c'était un défaut que Sara supportait mal. D'autant plus quand on savait que la modestie était l'une des qualités qu'elle préférait chez Mickaël. Elle lui lança un regard glacial et alla dans la chambre dont elle claqua la porte. Anthony s'en approcha mais n'osa pas l'ouvrir sentant que sa future femme avait atteint les limites de la colère. Il parla à travers la porte.
Anthony : Sara, je t'en prie, ne me fait pas la tête… pas si peu de temps avant notre mariage… je t'aime trop pour ça. Si ça te tient vraiment à cœur, on peut appeler le photographe pour lui demander de reculer un peu le rendez-vous et je ferai mon possible pour accélérer le verdict.
A l'intérieur, Sara écoutait les paroles de son futur époux et se sentit soudain ridicule. Elle ouvrit la porte avec une mine de petite fille. Il la regarda tel un papa qui se retenait de rire alors qu'il devait gronder sa fille. Elle leva son regard vers lui.
Anthony : On fait comme ça ?
Elle secoua la tête pour dire que non.
Sara : Je vais m'en sortir… va à cette audience et innocente le.
Il lui sourit. Elle se mit sur la pointe des pieds et lui donna un baiser sur la bouche.
Sara : On se voit samedi ?
Anthony : Si j'arrive à tenir jusque là… Tu vas me manquer.
Il la serra contre lui. Puis elle se recula et lui sourit.
Sara : Pense à la lune de miel.
Il lui déposa un dernier baiser et s'en alla. Elle le regarda partir puis retourna dans la chambre pour finir son sac. Sara allait passer ses derniers jours de célibataires dans l'appartement qu'elle avait habité pendant des années. Il y avait quelques temps qu'elle n'y vivait plus, mais elle n'avait pu se résoudre à le vendre jusqu'à ce qu'Anthony trouve un acheteur. Il en prenait possession dans une semaine et Sara voulait en profiter jusqu'au bout.
La journée passa rapidement et Sara fut heureuse de retrouver le calme de son petit appartement. Elle se plongea sous une douche tiède qui la détendit et enleva cette pellicule de sueur que la chaleur de la journée avait déposée sur elle. Elle entreprit ensuite de mettre en carton les quelques bibelots qu'elle n'avait pas emportée avec elle huit mois auparavant, depuis qu'elle avait emménagé dans la luxueuse demeure d'Anthony. Cette même demeure où devait se dérouler la cérémonie. Tout était couvert de poussière et Sara décida de trier ce qu'elle allait garder ou non. Elle savait que certains objets ne seraient pas du goût d'Anthony. Il avait déjà revendu bien des meubles qui appartenaient à Sara parce qu'il assurait qu'ils n'allaient pas avec le style de leur maison. Alors qu'elle rangeait depuis une bonne heure tout en écoutant de la musique et en s'empiffrant de raisin, Sara s'attaqua à sa bibliothèque. Elle prit plusieurs livres qu'elle rangea dans un carton. Elle vit alors quelque chose tomber par terre. Elle se pencha et fut troublée en saisissant le petit oiseau en Origami qui venait de tomber d'un livre sur la vie de Ghandi. Elle déplia une des ailes et vit l'écriture de Mickaël dessus : « je te le promets ». Elle sentit ses yeux se remplirent de larmes, mais elle décida de ne pas les laisser couler. Non, elle ne pouvait pas penser à lui. Elle savait que si elle le faisait, elle serait envahie de remords et se sentirait coupable. Et pourtant, quand elle regarda encore l'objet en papier, se fut de la colère qu'elle sentit monter en elle. Cette promesse il ne l'avait pas tenu, et bien que se soit probablement parce qu'il était mort avant, Sara ne pouvait s'empêcher de se dire qu'elle avait été bien naïve d'y croire. Parfois elle se disait que Mickaël n'était venu ce soir là que pour prendre ce qu'il désirait et qu'il avait bien dû en rire en le racontant à son frère. Et puis bien souvent, elle se mettait à penser à ce regard qu'il lui avait lancé en lui disant qu'il l'aimait et à ce moment là elle se disait qu'il ne pouvait pas avoir menti. Son cœur se serra en songeant qu'elle le trahissait un peu en épousant un autre homme. Elle chiffonna l'oiseau et le lâcha dans la poubelle qui était à côté d'elle. Il était mort et si tel n'était pas le cas, elle avait encore moins à se reprocher d'avoir continuer à vivre son existence.
Elle se coucha finalement une heure plus tard et s'endormit comme un bébé. La journée du lendemain, Sara la savoura. C'était sans doute la première fois depuis des semaines qu'elle réussissait à se détendre. Il faut dire que les mains expertes du masseur y étaient pour beaucoup. Stéphanie, que Sara avait suppliée de l'accompagner, regarda son amie qui semblait pourtant un peu songeuse.
Stéphanie : Dis-moi Mme Weber, tu sembles bien songeuse…
Sara ouvrit les yeux.
Sara : Non, je savoure le moment présent en me disant que dés que je serai sortie de cet endroit, Meredith va me tomber dessus pour me parler de tel ou tel problème…
Elles sourirent toutes les deux.
Stéphanie : Plus que deux jours…
Sara perdit son sourire.
Sara : C'est bien ça qui m'affole. Le mariage approche à grands pas, et je ressens de plus en plus ces horribles picotements qui me font me demander si…
Stéphanie : Si tu as pris la bonne décision ?
Sara fit signe au masseur qu'il pouvait arrêter et s'enroula dans sa serviette avant de s'asseoir sur le rebord de la table de massage.
Sara : Je n'arrête pas de me dire que ma vie aurait pu être totalement différente. C'est comme si on était dans un de ses films où l'on voit que la vie d'un même personnage est différente suivant les décisions qu'il a prises.
Stéphanie se redressa à son tour voyant que Sara semblait très incertaine.
Stéphanie : Il est mort Sara… la seule chose qui aurait pu être différente c'est que tu pourrais ne plus être de ce monde toi aussi.
Sara : J'aurais peut-être pu empêcher ça.
Stéphanie la fixa.
Stéphanie : Non… tu n'aurais pas pu.
Sara : Et s'il n'était pas mort ?
Stéphanie : Dans ce cas pourquoi ne te donne-t-il pas de ses nouvelles ?
Sara baissa les yeux. Stéphanie et elle avaient déjà eu cette conversation et à chaque fois elles en arrivaient à cette même conclusion : que Mickaël soit mort ou non, Sara ne pouvait rien faire.
Stéphanie : Tu as pris la bonne décision en menant cette vie là… je te l'assure.
Sara eut un sourire.
Sara : Oui, et puis au fond, ce n'est pas vraiment comme s'il m'avait laisser un quelconque choix à faire puisqu'il ne m'a pas demandé de venir avec lui.
Stéphanie se leva et vint s'asseoir à côté d'elle pour la prendre par l'épaule.
Stéphanie : Il a certainement fait ça pour te laisser une chance de vivre une vie normale… Prends cette revanche pour lui et soit heureuse. Je suis persuadée que s'il t'aimait autant qu'il te l'a dit, c'est ce qu'il voudrait.
Sara hocha la tête.
Sara : Tu as raison…
Après cette discussion Sara se sentit beaucoup mieux et tous ses doutes s'envolèrent. Aussi, elle affronta sa dernière journée de célibataire plus sereinement malgré le fait que Meredith était plus que stressante. Sara trouva donc un moyen de l'éloigner d'elle lors de la dernière séance d'essayage de sa robe et y alla seulement avec Stéphanie. Elle enfila sa robe et s'admira dans le miroir en se disant que ce jour allait être merveilleux. Stéphanie la regarda.
Stéphanie : Tu es magnifique.
Sara : Merci.
Elle se tourna et s'adressa à la couturière.
Sara : Vous pourriez juste réajuster un tout petit peu la bretelle ?
La jeune femme s'exécuta alors que le téléphone de Stéphanie sonnait. Une fois que la bretelle fut réajustée, la couturière s'éloigna laissant Sara s'admirer. A un moment, une des vendeuses s'approcha et lui tendit quelque chose.
La vendeuse : On m'a demandé de vous remettre ça.
Sara baissa les yeux vers la main que lui tendait la femme et sentit son cœur s'accélérer. Elle saisit lentement l'oiseau en Origami et le regarda fixement alors que la vendeuse allait pour repartir.
Sara : Qui vous l'a donné ?
La vendeuse : Un homme qui portait une casquette.
Sara se tourna vers la vitrine pour essayer d'apercevoir la personne qui aurait pu donner ce message à la vendeuse mais elle ne vit rien. Elle ne pouvait pas croire que c'était Mickaël. Il était mort. On était certainement en train de lui tendre un piège pour essayer de savoir si elle avait toujours des contacts avec lui. Elle s'assit. Non, ce n'était pas possible que se soit ça puisqu'il était mort. Elle se décida à ouvrir l'aile et y reconnut dessus l'écriture de Mickaël. Sa tête lui faisait mal et son cœur était en train de déchirer sa poitrine. Elle lut plusieurs fois le message « Retrouve-moi dans le parc en face ». Stéphanie raccrocha son téléphone et vint vers Sara qui referma le poing pour qu'elle ne voie pas l'oiseau. Devant la pâleur du visage de son amie, Stéphanie s'approcha d'elle.
Stéphanie : Ca va ? Tu es toute pâle ?
Elle redressa la tête vers elle.
Sara : Heu… oui, je me suis juste sentie un peu oppressée.
Stéphanie : Tu veux que je desserre ta robe ?
Sara semblait toujours dans ses pensées.
Sara : Heu… oui.
Stéphanie s'exécuta et baissa la fermeture dans le dos de Sara. Celle-ci se redressa d'un coup.
Sara : Stéph' j'ai… j'ai encore quelque chose à voir, mais j'aimerais y aller seule. Ca ne te dérange pas si on se retrouve plus tard ?
Stéphanie fronça les sourcils.
Stéphanie : Enfin, Meredith nous attend dans une demi-heure chez le fleuriste.
Sara alla dans la cabine pour se déshabiller.
Sara : Je vous rejoins là-bas.
Elle sortit une minute plus tard de la cabine, vêtue d'un débardeur et d'un pantalon en toile blanc.
Sara : Tu peux prendre la robe ?
Elle alla pour s'en aller.
Stéphanie : Sara tout va bien ?
La jeune femme se retourna vers son amie et esquissa un bref sourire.
Sara : Oui…
Elle sortit de la boutique et se dirigea vers le parc qui se trouvait en face.
