Son cœur battait si vite qu'elle n'arrivait pas à comprendre ce qu'elle ressentait exactement. C'était un mélange d'espoir et de doute. Une partie d'elle espérait que c'était Mickaël parce que ça voudrait dire qu'il était encore en vie. Mais une autre partie d'elle espérait que ce ne serait pas lui parce qu'il viendrait tout remettre en question et elle le refusait alors que son esprit était enfin clair. Elle eut l'impression d'avoir parcouru des kilomètres quand elle arriva enfin au milieu du parc. Elle resta un instant à côté de la fontaine et s'aperçut finalement qu'elle ne savait pas où trouver l'auteur du message dans ce si grand parc. Alors qu'elle réfléchissait, elle sentit une main se placer sur sa bouche et l'attirer vers un banc à l'écart. Elle voulut se débattre mais le « chut » que poussa la personne qui la maintenait sembla la convaincre de se laisser faire. Quand il la lâcha elle se retourna immédiatement vers lui et crut qu'elle rêvait quand elle reconnut ses yeux qui l'avaient séduite. Elle resta un instant à le regarder sentant tout un tas d'émotions l'envahir. Mickaël était là à la fixer, l'air étrangement calme. Quoique étrangement n'était pas le mot puisque même avec la police à ses trousses, Mickaël avait toujours été très calme, ne se laissant jamais envahir par ses émotions. En revanche, en cet instant, Sara ne put contrôler ses propres émotions, et comme 4 ans plus tôt, sa main s'abattit sur la joue du jeune homme dans un bruit sonore. Il tourna la tête vers elle et eut un faible sourire.
Mickaël : Certaines choses ne changent pas…
Il comprit immédiatement que ses paroles venaient d'augmenter la colère de Sara. Mais il se doutait que quoiqu'il ait dit, l'effet aurait été le même. Sara tenta de mettre ses idées au clair pour lui dire quelque chose, mais quand elle y parvint, elle se rendit compte que la colère parlait pour elle.
Sara : Comment as-tu pu ?
Il la regarda ne sachant exactement ce qu'elle voulait qu'il lui réponde.
Sara : Comment as-tu pu revenir ici après 4 ans de silence ? Je te croyais mort Mickaël !!
Il regarda autour de lui et vit que des gens avaient tournés le regard vers eux suite aux cris de Sara.
Mickaël : Sara, s'il te plait peux-tu parler moins fort ?
Elle s'arrêta et le regarda comme outrée qu'il lui fasse une telle demande. Elle jeta un coup d'œil vers la fontaine et vit que plusieurs personnes les regardaient. Il baissa un peu plus la visière de sa casquette. Elle le regarda faire en fronçant les sourcils dans un regard sévère.
Sara : Tu es toujours en fuite ?!
Mickaël : Je le suppose… officiellement je suis toujours recherché ici…
Elle fit quelques pas et posa une main sur son front.
Sara : Ta mort a été annoncée dans le journal il y a deux ans
Mickaël : C'est une ruse de Mahone, pour endormir notre vigilance…
Sara : Mais qu'est-ce que tu racontes ?
Mickaël : Je…
Sara : Non, je refuse d'entendre des excuses ou des explications sur le fait que tu ne m'aies pas donné signe de vie depuis la mort de mon père ! Et tu n'as pas d'excuses non plus à réapparaître maintenant.
Il ne répondit rien. Elle secoua la tête et s'apprêta à dire quelque chose quand son téléphone sonna. Elle vit apparaître le nom de Stéphanie dessus. Elle décrocha.
Sara : Oui ?
A l'autre bout du fil, Stéphanie informa Sara que Meredith et elle l'attendaient.
Sara : J'arrive…
Elle raccrocha et après avoir regardé son téléphone pendant quelques secondes, elle fixa de nouveau son regard sur Mickaël qui l'observait en silence. Il remarqua que le coup de fil avait calmé Sara.
Sara : On m'attend pour…
Elle s'arrêta de parler car elle n'était pas sûre que Mickaël sache qu'elle se mariait demain. Elle fouilla dans son sac et en sortit un trousseau de clef. Elle en détacha une qu'elle tendit à Mickaël. Il sembla un peu surpris mais prit tout de même la clef.
Sara : C'est la clef de mon appartement, celui dans lequel je vivais il y a quatre ans… je… c'est un peu en désordre mais… j'aimerais que tu m'attendes là-bas… j'en ai pour deux heures et demi, trois heures tout au plus. Il faut qu'on parle.
Il regarda la clef. Elle alla pour partir mais se ravisa.
Sara : Ne me déçois pas Mickaël.
Il hocha la tête et elle commença à s'en aller.
Mickaël : La robe te va à merveille.
Elle réalisa qu'il parlait de la robe de mariée. Elle partit au bout de quelques secondes. Mickaël resta un instant à la contempler puis le bruit de sirènes au loin le ramena à la dure réalité de cette ville. Il devait retrouver ses réflexes qu'il avait abandonné au fur et à mesure du temps passé au Panama. Il vissa un peu plus sa casquette sur sa tête et mit les mains dans les poches de son sweat. Bon sang, porter un pull en pareille chaleur était insupportable mais si au Panama, son tatouage passait dorénavant inaperçu, il savait qu'ici ce ne serait pas le cas. Il retrouva l'appartement de Sara sans trop de difficultés. Quand il y pénétra, par la porte cette fois, il se sentit envahi par les souvenirs. Il n'avait passé que deux heures ici, et quatre ans auparavant, mais c'était ici qu'il avait passé le meilleur moment depuis ce… bouleversement dans sa vie qu'avait été la libération de Lincoln. Plus rien n'était pareil, et même s'il aimait sa vie au Panama, beaucoup de choses lui manquaient de son ancienne vie : son boulot d'architecte, les contacts qu'il avait avec ses collègues et ses amis, Véronica, et surtout de pouvoir se balader en T-shirt dans un parc en plein milieu de la ville. Il posa la clef sur la tablette de l'entrée et retira son pull avec la sensation de respirer enfin. Il approcha du salon et vit tout un tas de cartons ça et là. Il ne restait que le canapé, la petite table et… rien d'autre. Il se tourna vers la cuisine et vit qu'un frigo était encore là, probablement en attente d'être enlevé. Il alla s'asseoir sur le canapé et jeta un coup d'œil dans le carton de livres qui était face à lui. Alors qu'il se penchait pour en prendre un, son regard fut attiré par un tas de papiers chiffonnés. Il en vit dépassé une tête d'oiseau. Il la saisit et le corps du petit animal en Origami suivit. Il déplia l'aile et y vit son écriture fine dessus. Elle l'avait jeté. Elle avait envoyé sa promesse parmi les poubelles. Il comprit que la discussion qu'ils allaient avoir ne serait pas de tout repos. Il se leva et alla s'asseoir sur le rebord de la fenêtre pour contempler le paysage.
Sara semblait nerveuse quand elle arriva chez le fleuriste. Elle tenta d'expédier le rendez-vous avec Meredith mais l'organisatrice du mariage était bien trop minutieuse pour laisser Sara faire. Elles passèrent ainsi près d'une heure à choisir la rose la plus parfaite ainsi que tout ce qu'il pouvait y avoir de plus parfait dans cette boutique. Meredith entraîna ensuite Sara et Stéphanie chez la coiffeuse et la maquilleuse. Sara refusa avec obstination qu'on fasse encore un essai de coiffure sur elle.
Sara : Je trouve la coiffure que j'ai choisi parfaite.
Meredith : Vous savez Sara, avec une robe dont le haut est tenu par de fines bretelles, il est beaucoup plus joli de voir des anglaises retombées.
Sara la regarda avec colère.
Sara : Le chignon met parfaitement en valeur le superbe collier qu'Anthony tient à ce que je porte…
Meredith : Mais les anglaises…
Sara : Ca suffit ! C'est MON mariage Meredith ! Vous avez déjà fait changé les narcisses blanches en roses blanches, le glaçage du gâteau en chocolat par du glaçage à la vanille. Et vous avez imposé qu'on mette ces nœuds ridicules sur tous les bancs de l'église ! Laissez-moi au moins choisir ma coiffure !
Stéphanie écarquilla grand les yeux face à cette crise de colère. Meredith sembla elle-même surprise. Elle regarda Sara pendant un instant puis décida qu'il valait mieux ne pas stresser plus la mariée.
Meredith : Très bien…
Elle s'éloigna vers la coiffeuse en murmurant pour elle-même.
Meredith : Heureusement qu'elle est allée en Thalasso hier…
Sara faillit lui sauter dessus quand elle l'entendit mais Stéphanie l'en empêcha. Elle retrouva son calme et s'adressa à Meredith.
Sara : Si vous n'avez plus besoin de moi, je souhaiterais me détendre…
Meredith la regarda avec un sourire faux.
Meredith : Allez-y…
Elle se retourna de nouveau vers la coiffeuse.
Meredith : Elle semble en avoir bien besoin.
Stéphanie entraîna Sara vers la sortie avant qu'elle ne l'écharpe.
Stéphanie : Tu veux que je t'accompagne ?
Sara : Non… je sais que c'est beaucoup te demander, mais est-ce que tu pourrais veiller à ce qu'elle ne change pas encore des choses dans mon dos ?
Stéphanie hocha la tête pour dire qu'elle le ferait. Elle lui tendit la robe qui était enveloppée dans une house.
Stéphanie : Repose-toi tu sembles très tendue.
Sara : C'est le mariage…
Stéphanie : Je viens te chercher à 9h demain ?
Sara hocha la tête et s'en alla. Il était 19 heures quand elle monta dans sa voiture. Elle hésita avant de démarrer. Une sorte d'impatience se mêlait à la peur de rentrer chez elle. Elle était pressée de revoir Mickaël parce qu'elle avait tout un tas de choses à lui demander, mais elle craignait aussi de ne pas le trouver là-bas. La gifle qu'elle lui avait administrée avait peut-être incité le jeune homme à partir. Au bout d'une demi-heure, elle se dit que la seule façon de s'en assurer était d'aller voir. Une fois arrivée devant l'immeuble, elle gara la voiture, prit la robe et monta les marches en ayant l'impression que son cœur allait sortir de sa poitrine à chaque pas qu'elle faisait. Elle glissa le double de la clef de l'appartement dans la serrure et hésita quelques secondes avant de pousser la porte.
