Chapitre 2
Je la regarde câliner Saki, et ne peut m'empêcher d'être attendrie par ce spectacle. Dès que Mika la voit, elle gâte ma fille comme pas possible… Elle est faite pour être mère, pourquoi Tohma ne comprend pas ça ?
J'aimerais avoir ce spectacle sous les yeux chaque jour. Voir les deux femmes de ma vie jouer et se faire des câlins comme elles le font présentement. Le petit chien s'approche pour se coucher sur les genoux de Mika, qui se met à rire. Saki s'étend par terre, sur le ventre, et appuyée sur ses coudes, regarde le chiot. Narita relève la tête et lèche le nez de ma fille, qui se met à rire.
Mika relève la tête pour me regarder, et ses yeux brillent, rieurs. Si seulement elle pouvait se parer plus souvent de bonheur. Elle est si belle ainsi.
Puis, c'est l'heure de retourner à la maison. Saki colle une dernière fois sa tatie Mika, caresse la tête du chien puis sort attendre sur le palier. Mika me sourit, me serre dans ses bras, m'embrasse sur les joues puis me souhaite une bonne fin de soirée. Son regard est coquin.
Elle ne peut pas savoir que depuis longtemps, Tetsuya ne me touche plus. Je n'en ai vraiment pas envie. Elle sait que notre couple va mal, mais elle ne sait pas pourquoi… Je ne peux pas lui dire que c'est parce que son souvenir me hante et que je ne peux plus me laisser toucher par cet homme, pourtant mon mari, alors que c'est son existence à elle qui me fait vivre.
Ce soir-là, je raconte une histoire à Saki avant de la mettre au lit, et elle me demande avant de s'endormir si on pourrait aller plus souvent chez Mika. Elle veut jouer avec le petit chien, et rire avec sa tatie. Mon petit rayon de soleil, si ça ne serait que de moi, tu la verrais tous les jours, Mika. Tu la verrais tous les jours car elle vivrait avec nous deux. Elle serait là, comme moi, lorsque tu fais des cauchemars, et tu viendrais nous rejoindre le matin pour te coller entre nous deux, taquine. Mais ça ne tient pas que de moi…
Lorsque je rejoins le salon, Tetsuya est assit à son bureau et corrige des copies de ses élèves. Je m'assoit sur le canapé pour allumer la télévision. On annonce le concert des Nittle Grasper pour la fin du mois, et je souris. Bientôt, je serai à nouveau sur scène. Sentir l'euphorie, l'amour des fans, c'est quelque chose dont je ne me lasserai jamais. Si je devais un jour les tenir pour acquis, il serait temps de changer de métier.
Je sursaute lorsque mon mari prend place à côté de moi. Je ne l'ai pas sentit approcher, perdue dans mes pensées.
-Vous allez encore être occupés, avec ce concert…
-Mmm…
-Quand est-ce que tu grandiras, Noriko ? Vivre de musique ainsi…
Bien sur, parce que môsieur est plus âgé et professeur, il se donne le droit de me traiter en gamine…
-Jamais. La musique, c'est ma vie. Mais tu ne peux pas comprendre… Rien ne t'as jamais passionné.
-Faux. J'ai déjà été dévoré de passion pour une jeune femme adorable et rieuse. Avec les années, elle est devenue plus réservée, moins accessible. Et elle n'a pas su alimenter cette passion. Je n'ose plus éprouver de passion pour rien, de peur de changer de façon négative l'objet de cette passion.
Ça y est. Il essaie quoi ? De me culpabilisé, maintenant ? Je n'ai pas besoin de ça pour savoir que je suis une mauvaise épouse, merci.
-Je vais dormir…
Il se penche pour m'embrasser, et je répond sans enthousiasme. Il le remarque bien vite, comme il remarque tout depuis maintenant des années.
-J'aimerais bien savoir ce qui a changer… Nous étions si heureux, après la naissance de Saki… Enfin. Je m'étais promis de ne pas vivre dans le passé.
Il se lève et part vers la chambre. C'est vrai… Lorsque Saki est née, je croyais pouvoir réussir à aimer cet homme. J'y ai vraiment cru. J'ai essayé de toutes mes forces durant les trois premières années de Saki. Mais c'était peine perdue… Il n'y a que Mika dans mon esprit. Mika dans mon cœur.
-Encore des lettres de fans, Noriko ?
Je me tourne vers Mika, après m'être penchée dans le réfrigérateur pour prendre deux pina colada. Après que le merveilleux Toto ait arraché une oreille de Kumagoro et que Ryuichi ait fait une crise monstre, Tohma avait décidé d'écourter la journée afin d'amener notre chanteur et son lapin chez un couturier.
Je m'étais aussitôt éclipsée pour appeler mon amie, et l'inviter à venir à la maison. Elle regardait alors la pile de lettres sur le bureau.
-C'est la rançon de la gloire, fis-je en plaisantant.
-On les lit ? Ça va être drôle. Ils te marquent toujours des conneries.
-Si tu veux.
Et nous voilà assises en indien sur le canapé, un pina colada dans une main et une pile de lettre chacune dans l'autre.
-Écoutes celle-là, glousses Mika. « J'aimerais me perdre dans le puits de vos beaux yeux bleus et me noyer dans votre âme, chère Noriko, déesse de mes nuits. »
-Génial, surtout si on sait que sous mes verres de contact mauve, j'ai les yeux verts… Et celle-là, écoutes ! « Votre corps de nymphe est un paysage des plus magnifiques pour mon pinceau impatient. »
-Ohhh, inspiré, celui-là !
Pourtant, je fronce les sourcils en continuant la lecture de cette lettre.
« Votre corps s'ouvrira pour moi comme une fleur au soleil, et je serai heureux d'être celui qui l'arrosera avec abondance. Votre corps nu reposera sur un hamac et alors que je fouillerai votre petite fleur fertile tout en embrassant vos seins à la blancheur du satin, vous ne pourrez retenir des gémissements de bonheur qui feront trembler vos monts et vallées comme un tremblement de terre orgasmique. Vous en redemanderez, encore et encore, et je serai heureux de vous enseigner toutes les manières de stimuler votre fleur, belle Noriko, violette oubliée par un cultivateur non-attentionné.
Vous l'ignorez, belle Noriko, mais vous m'appartenez.
Bientôt, vous me reviendrez.
En attendant, rêvez à moi, belle chérie
Votre maître depuis le début de l'univers. »
Mika lit par dessus mon épaule, je le sais. Une fois la lettre terminée, Mika me serre contre elle, épouvantée.
-C'est affreux ! Ce type est un fou ! Imagine qu'il t'enlève, ou un truc du genre !
-Mais non, voyons… C'est qu'un pauvre type. J'ai souvent des lettres comme celles-là… Bien qu'habituellement, ce soit plus cru. Ils sont plusieurs à s'imaginer me faite l'amour, mais aucun n'essaiera jamais. Et puis avec tous les gardes du corps que l'on a…
Mika est à peine rassurée… et malgré mes paroles, je ne le suis pas non plus.
Surtout le soir venu, lorsque je vais chercher Saki à la garderie de l'école… et que j'ai l'impression d'être suivie. Je dois rêver.
Ça ne peut pas être vrai.
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Et voilà... L'intrigue est en place...
Merci à Chawia et Isaac de vos reviews ! Chawia, on se reparle sur le fofo ; )
