Chapitre 8
Je la regardais de loin, sans rien dire. Je n'osais pas lui parler. Avant le drame, elle était lumineuse, un vrai soleil dans les couloirs froids. Plusieurs garçons voulaient la fréquenter, mais comme était la fille du moine Supérieur Uesugi, aucun n'osait se déclarer.
Et moi, je l'enviais, tout en l'admirant… Elle était jolie, intelligente, généreuse, populaire… Je croyais que le monde entier serait à sa portée, si seulement elle le voulait…
Puis, le drame est arrivé. Terrible et aux conséquences affreuses. Sa mère était morte.
-Eh ? Où est Uesugi ? On ne l'a pas vue depuis plusieurs jours…
-Tu ne sais pas, Anno-chan ? Elle a quitté l'école.
-Ehhhhhh ?
-On dit qu'elle a quitté l'école parce qu'elle voulait prendre soins de ses frères… mais on sait tous que c'est parce qu'elle échouait ! Elle n'était pas assez intelligente pour les études ! Le mieux pour elle serait encore de trouver un bel idiot prêt à l'épouser…
Elles se mirent à rire, et je les regardai s'éloigner avec horreur. Ces filles, elles disaient autrefois être ses amies, non ? Alors pourquoi disaient-elles du mal d'Uesugi, à présent ? Je ne comprenais pas…
Lorsqu'un soir, je vis des jeunes de l'école se moquer d'elle, qui marchait dans la rue avec des sacs d'épicerie, un petit garçon aux cheveux noirs agrippé à son chandail en la suivant et en l'appelant oka-nee-san, je leur jetai un regard noir. Ils se contentèrent de rire et de s'éloigner.
Bien sur, une petite boulotte blonde sans vraiment de talents ne peut pas faire peur à quelqu'un, surtout pas à des adolescents idiots qui croient drôle de se moquer des gens…
Durant tout ce temps, Uesugi avait gardé l'air impassible et froid, marchant la tête droite et d'un pas ferme.
C'était ce que j'admirais tant chez elle. Quand elle croyait fermement à quelque chose, il n'y avait rien pour la faire changer d'idée.
-Uesugi-san !! Attend !! S'il te plait !!
-Oka-nee-san ! La fille là elle veut te parler !
Et le gamin s'approcha de moi, ses grands yeux bruns me détaillant avec suspicion. Il croisa les bras.
-Tu veux dire quelque chose de méchant à ma oka-nee-san ?Je te laisserai pas la faire pleurer ! Parce qu'Eiri et moi, on est les chevaliers de Mika-nee-san ! On va la protéger de tous les méchants qui veulent la faire pleurer ! On va protéger la belle princesse !
J'eu un sourire.
-Ne t'en fais pas, Uesugi-kun… Je ne veux pas faire pleurer ta sœur.
Puis je levai les yeux vers elle, qui me regardait froidement.
-Uesugi-san… Je… Je suis désolée… Pour tout… Pour votre mère…Pour ton départ… Pour les moqueries des autres… Moi, je crois… Je crois que tu as raison de rester avec tes frères ! Ils sont encore petits, ils ont besoin de toi… Personne n'a le droit de se moquer de toi pour ça ! Alors, s'il te plait… Ne les écoutes pas !
Et je penchai la tête, les joues rouges. J'avais peur qu'elle pense que je me moquais aussi d'elle, et qu'elle ne soit sarcastique avec moi.
-…Merci, Anno-chan…
Je relevai la tête pour voir un petit sourire sur ses lèvres, et de la douceur dans son regard. Puis, elle fit signe à son petit frère, qui me fit un signe de la main avant de suivre sa sœur.
Elle disparut de ma vie, alors qu'elle venait pourtant d'entrer dans mon cœur…
Je ne la revit que des années plus tard, lorsque je fis la connaissance de Ryuichi et de Tohma, et que nous décidâmes de former Nittle Grasper. Pour fêter l'événement, Tohma avait invité sa fiancée, et je la reconnue facilement. C'était bien ma Uesugi-san, celle que j'avais laissé partir avec son petit chevalier. Très bientôt, Seguchi Mika…
Autant j'admirais Tohma pour son génie, autant je l'enviais pour le bonheur qu'il ignorait.
Elle ne me reconnu pas, pourtant. J'avais bien changé, du moins, de l'extérieur… J'avais perdu beaucoup de poids en faisant du sport et en surveillant mon alimentation. Mes cheveux d'un blond quelconque était maintenant d'un lilas pétant, et je savais pour avoir surpris plusieurs fois des regards admiratifs que je correspondait maintenant aux critères de beauté. Elle ne pouvait pas reconnaître… De plus, le nom Anno était plutôt commun. Et elle n'avait jamais su mon premier nom…
Nous sommes rapidement devenues amies. En public, elle portait toujours ce masque froid que je lui avais connu plus jeune. Une fois les portes closes, elle redevenait ce soleil éblouissant que je croissais dans les couloirs de l'école.
Un bruit me fit sursauter, et je vis mon ravisseur valser contre le mur, K tremblant de rage le couvrir de coups, et le visage inquiet de Mika.
-M…Mika ?
Elle éclata en sanglots, et bientôt je l'imitai alors qu'elle me serrait contre elle. Quelques instants plus tôt, je sentais encore la brûlure en moi de ce fou, et maintenant, sans transition, c'était la fraîcheur et la douceur de Mika qui m'enveloppait.
Lorsque je me retrouvai incapable de me lever, c'est K qui me souleva. J'eu peur un instant, mais c'était K… C'était ce gros nounours que je pouvais appeler à n'importe quelle heure, parce que j'étais saoule ou en danger, parce que j'avais une bonne nouvelle ou encore pour parler, et pleurer que jamais Mika ne m'aimerait. Lui qui avait tout compris depuis ce soir-là, au bar, où mon regard n'avait pas quitté Mika de toute la chanson.
Mika prit place dans la voiture, et K m'instala près d'elle. Appuyée contre ses cuisses, je finis par m'endormir, rassurée, les mains de Mika caressant doucement mes cheveux, frôlant mon visage.
Lorsque je m'éveillai, K me portait dans ce que je reconnu comme étant les escaliers menant à mon appartement. La porte s'ouvrit, et je vis Tetsuya assit à la table, un portrait de moi sur la table, tenant son front entre ses mains. K me déposa, et Mika serra ma main.
-N…Noriko !!
Tetsuya fit un pas vers moi, mais j'éclatai en sanglots, et me raccrochai à Mika, l'appelant, désespérée. Elle me serra contre elle, me rassurant que tout irait bien. Je surpris le regard triste de Tetsuya, puis il remarqua la façon dont je me serrais contre Mika, et une lumière de compréhension sembla traverser son regard. Avait-il compris… ?
-Je suis heureux que tu sois de retour, Noriko… Je… Je comprends que ce soit difficile pour toi de revenir. Je vais aller passer quelque jour chez ma sœur… Le temps que tu te réhabitue à la vie ici… Uesugi… Je peux te demander de prendre soin d'elle ?
Mika hocha la tête, et je remarquai que K était déjà parti. Tetsuya emplit une valise, me fit un sourire triste puis s'éloigna vers la porte.
-Je comprends, maintenant…
-T…Tetsuya ?
Il se tourna et me fit un sourire triste.
-Je comprend pourquoi nous deux, c'était voué à l'échec… Bonne chance, Noriko…
Et il sortit. Les larmes me vinrent aux yeux. Je n'avais jamais voulu le blesser… Je croyais vraiment qu'avec des efforts, j'arriverais à l'aimer… Mais il n'y avait que Mika, et ce, depuis trop longtemps… Beaucoup trop longtemps… Avant même que je ne sache ce que l'amour voulait dire.
Cette nuit-là, Mika du dormir dans mon lit, car je ne voulais plus la lâcher, de peur que le fou ne revienne… Du moins, c'était ce que je disais… Mika avait passé l'une de mes chemise de nuit, et j'étais collée contre elle, écoutant les battements de son cœur.
-Noriko… Arrête…
-Quoi ?
-Ta main…
Sans m'en rendre compte, j'avais commencé à caresser sa hanche par dessus le tissu de la robe de nuit.
-Je sais que tu as besoin d'être rassurée, mais là, tu en fais trop…
Doucement, je remontai vers son cou, y déposant des baisers.
-Noriko, arrêtes !
-Mika… J'avais tellement peur… Tellement peur de ne plus te voir… De ne jamais pouvoir te dire la vérité…
-De quoi tu…
Elle ne pu finir sa phrase car mes lèvres se posèrent contre les siennes. Après un moment de surprise, elle répondit à mon baiser et, hésitante, posa une main contre ma taille.
-Mika… Je t'aime…
Elle eut un sourire un peu troublé. Elle ne me fit pas part de ses sentiments ou de l'absence de ses derniers, mais juste le souvenir de son baiser me permit de trouver le sommeil, collée contre elle, les battements de son cœur comme berceuse.
