Encore une fois je suis très touchée par toutes ces reviews! Merci à tous de prendre le temps de lire et de me laisser un avis, j'espère vraiment que la suite ne vous décevra pas! C'est parti pour le chapitre 2!

Avertissement : J'ai complètement inventé Broodmaker et toutes les villes qui s'y trouvent, si vous êtes un spécialiste de l'état de l'Illinois, vous avez le droit de me détester. En plus je n'ai pas le compas dans l'œil alors il est possible que mes distances soient fantaisistes… Désolée pour le dérangement !

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Si Demain Vient

2

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Vendredi

Le comté de Broodmaker s'étendait sur plus de 280km dans le sud de l'Illinois. On y comptait pas moins de cinq petits villages et le reste était surtout de la lande marécageuse. L'un des contacts de Damien avait aperçu la voiture de Myers entre Naptown et Breaving. Selon la légende, Myers parcourait le pays au volant d'une Aston Martin hors d'âge.

Au départ John avait trouvé cette idée ridicule. Un type aussi mystérieux, un chasseur aussi expérimenté, ne se baladait certainement pas dans la bagnole de James Bond ! C'était un véhicule beaucoup trop mythique et reconnaissable. C'est alors qu'il réalisa qu'il avait les fesses posées sur le cuir d'une Chevy Impala 67 et il préféra fermer sa gueule. L'indice était malgré tout très maigre et personne n'y aurai prêté foi si la route entre ces deux villages n'était pas réputée hantée.

Un gibier éventuel… la voiture… c'était probable.

Il pleuvait des cordes, comme toujours à cette période de l'année dans l'Illinois, et les essuie-glaces de l'Impala luttaient pour faire leur travail correctement. Bien qu'on soit en plein jour, John y voyait à peine à deux mètres devant lui alors qu'il s'engageait sur la fameuse route entre Naptown et Breaving. Il scruta avec attention chacune des trois voitures qui croisèrent son chemin mais pas d'Aston Martin à l'horizon. Pas d'horizon du tout d'ailleurs, il n'y voyait absolument rien. Bien qu'il détestait ça, il roulait très lentement et fut plus que satisfait d'apercevoir le panneau d'entrée de Naptown.

Rapidement il localisa le bar du coin, le seul de la ville apparemment, et se gara devant.

Le parking était archi complet, à croire que quand l'eau coule à flot on s'hydrate à l'alcool dans ces petits villages.

Pas d'Aston Martin sur le parking non plus.

John pénétra malgré tout dans l'établissement. Il avait toujours été un bon traqueur et il était persuadé que si Myers était encore ici, il finirait par le découvrir. Certes d'habitude ses proies n'étaient pas humaines, mais il n'avait pas l'intention de changer son modus opérandi. Ce qui marchait avec des monstres surnaturels devait bien marcher avec un vieux papy. Ces indices étaient plus que minces. La description qu'il avait de Myers datait de plus de 10 ans et elle avait était faite par Elkins, champion du monde de physionomie à retardement qui s'était écrié l'année dernière 'Bobby ? Depuis quand est ce que tu as une barbe ?' alors que l'intéressé ne devait pas s'être rasé depuis sa puberté.

L'intérieur du bar était aussi glauque que l'extérieur, la pluie en moins. Tous les regards se posèrent sur John à la seconde même où il passa la porte. Le silence commença à s'imposer à l'exception du juke-box grésillant qui crachait un vieux standard de REO. Bien joué pour la discrétion John. pensa-t-il. Il avança vers le bar comme si de rien était, sentant glisser sur lui les regards interrogateurs. Petits à petits les conversations reprirent jusqu'à ce qu'un brouhaha de voix assourdissant n'étouffe le pauvre juke-box.

« Ce sera quoi pour toi cheri ? » demanda une femme derrière le comptoir.

Ses cheveux filasses, sa voix, ses doigts et ses dents jaunies trahissaient des années de cigarette intensive. Engoncée dans un débardeur trop petit pour elle, elle se penchait au dessus du comptoir dans une position vulgaire et peu équivoque. John n'aurais pas su lui donner d'âge. Probablement quelque part entre 25 et 35 ans.

« Un whisky. Sec. » Commanda-t-il avec un vague sourire.

Il scanna la pièce des yeux en essayant de distinguer au travers de la fumée, quelqu'un qui pourrait correspondre à la description. Environ 1m85, plutôt mince, voir maigre, malgré l'entraînement physique, des yeux bleus glaciers, des cheveux gris, l'air pas comode… C'était plutôt vague et il pouvait avoir beaucoup changé depuis. Une chose pourtant pourrait permettre de l'identifier plus facilement. Selon Elkins, Myers était du vieux continent, il avait un accent anglais à couper au couteau.

« Voilà un whisky pour le bel étranger. » siffla la serveuse en posant son verre devant John.

La faune féminine dans ce type d'endroits représentait souvent des 'proies' faciles pour quiconque souhaitait se 'détendre' après une longue route ou une chasse éprouvante. John n'avait jamais eu de problèmes de ce côté-là et c'est très mal à l'aise qu'il constatait que son fils aîné marchait dans ses traces. Ils avaient le même sourire, qui faisait tomber les filles comme des mouches, mais Dean avait en plus la grâce de Mary, ce qui en faisait souvent, malgré lui et malgré son jeune âge, une cible de choix pour serveuse nymphomane.

Sam était encore beaucoup trop occupé par la géométrie pour se rendre compte qu'on pouvait s'intéresser à d'autres types de courbes... En même temps, à 12 ans c'était tout à fait normal et John n'avait pas du tout hâte de savoir si Sam dépendait génétiquement de lui de ce côté-là. Il avait bien assez à faire avec un seul tombeur sur les bras.

Il sourit à la serveuse de manière à laisser supposer une ouverture sans pour autant dire 'où tu veux, quand tu veux'.

« Je m'appelle Sheila. Si t'as besoin d'autre chose chéri, tu sais où me trouver. » Lança-t-elle en passant la langue sur ses lèvres.

John hésitait entre se sentir flatté ou gêné. Finalement il préféra mettre de côté tout ce qui faisait de lui un homme normalement constitué pour se focaliser sur la chasse.

« Justement Sheila, j'aurais besoin d'un coup de main. »

Immédiatement la serveuse se pencha lascivement sur le comptoir, dévoilant un maximum de son anatomie coincée dans un débardeur trop serré et lui susurra à l'oreille. « Au sens propre ou figuré ? »

Il en fallait généralement beaucoup pour déstabiliser le père Winchester mais le souffle alcoolisé des mots obscènes contre son oreille le fit vaciller sur son tabouret. Si ça n'était pas le rentre dedans le plus vulgaire et répugnant qu'il n'ai jamais vu, il ne s'appelait plus Winchester. Il était un père de famille respectable après tout. Enfin… Respectable peut être pas, mais père de famille quand même. Veuf par-dessus le marché. De toute évidence, ce n'était pas marqué en travers de son front.

« Euh… figuré… » Baragouina-t-il

Sheila, l'air presque déçu, s'éloigna de lui mais resta suffisamment penchée au dessus du comptoir pour que l'ensemble des clients du bar puissent profiter de la vue.

« Qu'est ce que je peux faire pour toi chéri ? »

Le 'chéri' commençait à l'agacer fortement. Il n'avait jamais été très fan de ce genre de surnoms. Même Mary ne l'appelait pas comme ça. 'Mon amour' à de rares occasions, mais jamais d'horribles 'cheri', 'bébé', 'mamour' ou 'lapin'. Ca lui faisait froid dans le dos.

« Je cherche mon oncle. »

'Oncle' était plus probable que 'père' dans la mesure où John n'était pas trop sûr de l'apparence actuelle du type. Rien que la description d'Elkins d'un homme aux cheveux clairs et aux yeux bleus ne collait pas spécialement avec son air Méditerranéen. Il commença à lui décrire le type recherché en restant suffisamment vague pour les changements qui auraient pu s'opérer en 10 ans.

Quand il mentionna l'accent anglais et l'Aston Martin la fille s'écria :

« C'est le vieux de l'autre fois ! Nom de dieu cette bagnole… une vision de rêve ! »

« Il est venu ici donc ? »

« Oui, pas plus tard qu'hier. Mais il n'est pas aussi grand que tu dis. Je pense qu'il est plus petit que toi chéri.»

« Vous savez où il habite en ce moment ? »

La serveuse perdit immédiatement son sourire et se remit droite comme un i derrière son comptoir. Qu'est ce que j'ai dit ? se demanda John.

« T'insinue que je suis tous les clients chez eux ? Je suis pas une pute ! » S'écria-t-elle, offusquée.

John étouffa le rire ironique qui lui brûlait les lèvres et préféra calmer le jeu.

« Bien sûr que non ! Je cherche juste à retrouver mon oncle, sa femme s'inquiète beaucoup pour lui, il a disparu du jour au lendemain sans rien dire à personne. » Inventa-t-il.

Sheila semblât accepter cette explication, elle s'accouda de nouveau au comptoir, de façon un peu moins suggestive et se mit à rire.

« Chéri, tu peux dire à sa femme qu'elle à bien raison de s'inquiéter. Le vieux ? Il est chaud comme la braise. »

Des tas de pensées toutes moins ragoutantes les unes que les autres se bousculèrent dans le cerveau de John. Sheila continua :

« Quand il est venu hier il cherchait une fille. Et pas n'importe laquelle hein, il en voulait une blonde, 1m80 avec des longues jambes et tout ce qu'il faut là où il faut, si tu vois ce que je veux dire. »

« Comment-ça 'il la cherchait' ? »

« Il demandait à tout le monde si quelqu'un l'avait vue. »

« Et ? »

« Et quoi ? »

« Quelqu'un l'avait vue ? »

« Ouais, la moitié des mecs dans ce bar. »

« Où ça ? »

« En couverture de Playboy ! » et la fille se mit à rire à gorge déployée. « Chéri, si il y avait des bombasses comme ça à Naptown, la ville compterait plus d'habitants. »

John essaya de sourire mais il était toujours très mal à l'aise face à des gens aussi vulgaires et notamment des femmes.

« Est-ce que vous savez si il est toujours à Naptown ? » demanda-t-il finalement.

« Aucune idée. »

« Est-ce qu'il y à un motel dans cette ville ou à Breaving ? »

« Non, mais si tu ne sais pas où dormir chéri, on peut s'arranger. »

John ne savait plus où se mettre. Il n'était pas contre un peu de drague de temps en temps, c'était amusant et flatteur, mais ce rentre dedans lubrique le dépassait complètement. Il décida de tirer sa plus belle cartouche anti-nymphomane.

« Merci, ça ira, je ne pense pas rester longtemps, mes enfants pourraient s'inquiéter. »

Et hop, les enfants ont le même effet sur les femmes dans les bars que du sel sur des démons, ils créent une barrière psychologique. John sourit intérieurement en se demandant ce que Sam et Dean penserait du fait d'être utilisés à ce genre d'usage ! Dean serait bien capable de retourner la situation contre lui.

Quoi qu'il en soit Sheila se montra tout de suite beaucoup moins offensive et reprit ses activités derrière le bar après avoir balancé un dernier :

« Comme tu voudras, chéri. »

Après s'être renseigné auprès d'une source moins obsédée et surtout plus barbue, John apprit qu'il n'y avait aucun motel dans tout le comté de Broodmaker. Cette zone n'était pas vraiment touristique. Il soupira à l'idée de passer une semaine à dormir dans l'impala, il n'avait pas fait ça depuis un bout de temps, et pour être honnête ça ne lui avait pas manqué du tout.

Evidemment ça signifiait également que sa proie pouvait être n'importe où. S'il trouvait l'Aston Martin, il trouvait Myers… s'il était toujours là. Et il y avait autre chose, cette blonde. Si elle existait, elle ne devrait pas être très difficile à trouver dans une ville comme celle là.

Assi au volant de sa voiture, John nota ces quelques nouvelles infos dans un calepin avant de lancer l'autoradio. Dean y avait laissé une cassette de Rainbow. La guitare de Ritchie Blackmore vint faire trembler les vitres de l'impala quand John prit la route en direction de Breaving.

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Sur la fameuse route soit disant 'hantée' entre les deux villes, il ne croisa pas la moindre Aston Martin. Alors qu'il chantonnait sur Light in the black de Rainbow, des gyrophares de police vinrent scintiller dans son retro.

Il n'était pas en excès de vitesse, l'impala n'avait pas de phare cassé pourtant les flics, actionnèrent un coup de sirène pour l'obliger à s'arrêter.

« Et merde » marmonna-t-il.

Pour une fois qu'il n'avait rien fait, l'ironie de la situation ne le faisait pas rire du tout. Il arrêta la voiture sur le bas côté et baissa la vitre. Un flic absolument obèse s'y pencha pour le regarder.

« M'sieur. Je peux voir vos papiers ? »

John acquiesça et farfouilla dans la boite à gant en cherchant la bonne identité.

« J'ai fais quelque chose ? » demanda-t-il innocemment.

L'agent fit une drôle de moue, attrapa les papiers que John lui tendait et dit simplement :

« Contrôle de routine monsieur… Travis. »

John était sceptique. L'agent le regardait de manière suspicieuse. Le père Winchester passa en revu tous les crimes et délits qu'il avait pu commettre dans l'état de l'Illinois. Usurpation d'identité, fraude à la carte de crédit, meurtre de hyène qui pue (mais il doutait que ce soit référencé dans le code pénal)… non, rien ne lui revenait de spécial qui aurait pu mériter d'avoir sa tête sur un avis de recherche comme c'était le cas dans le Delaware et en Oregon…

« Il se passe quelque chose monsieur l'agent ? » s'enquit-il lassé d'attendre que le flic ait finit d'observer son permis sous toutes les coutures.

« Vous êtes du Kansas ? » demanda l'agent.

« Oui. »

« Vous êtes bien loin de chez vous. Qu'est ce que vous faites dans le comté de Broodmaker ? »

« Je me balade, on est dans un pays libre. » rétorqua John qui commençait à en avoir marre qu'on le retienne sans raison.

Le visage du flic resta sans expression et il inspecta la banquette arrière au travers de la vitre.

« Vous voyagez seul ? »

« Oui. »

« Quelle est votre destination ? »

« C'est un interrogatoire ? »

« On reçoit peu d'étrangers par chez nous. Le travail de la police est de s'assurer que ceux qui viennent ne perturbent pas nos concitoyens. »

Vous avez vraiment rien d'autre à foutre… pensa John.

« Je ne vais perturber personne. »

« Bien. » l'agent rendit les papiers à John « Jolie voiture. Une Camaro 75, c'est bien ça ? »

« Ouais, exactement. » lâcha John sur un ton moqueur avant de s'écrier « Hey, monsieur l'agent, je vois que vous êtes plutôt calé en voiture de collection, j'ai vu une Aston Martin sur cette route il y a peu de temps et je me demandais si vous connaissiez son propriétaire ? »

« Aston Martin ? Non, connais pas. Par contre il y a un type, un étranger comme vous, dans une vieille Mercedes. Je l'ai déjà arrêté deux fois sur cette route. Il roule comme un fou furieux. »

« Ah les jeunes de nos jours… » tenta John en espérant que l'agent saisisse la perche.

« C'est pas un jeune, c'est ça le pire ! Il a au moins soixante piges ! En plus c'est un anglais, ces gens là conduisent pas du bon côté de la route. »

Ding Dong fit le jackpot dans la tête de John. Après tout, si le flic confondait une Impala 67 avec une Camaro 75, sa Mercedes pouvait aussi bien être une Aston Martin.

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Dean avait renoncé. Il voulait vraiment faire ce devoir, réussir à écrire quelque chose, mais il ne pouvait pas. Il avait passé la nuit à y penser et il avait passé des heures devant sa feuille blanche. Il ne pouvait pas. Ca commençait à le ronger. Ca le faisait trop souffrir, ce n'était pas normal. Il ne devrait pas se laisser atteindre par des choses comme ça. Il devrait être plus fort. Mais pourtant… comme ça faisait mal.

Perdu dans ses pensées il entendit vaguement que quelqu'un appelait mais ne réagit pas jusqu'à ce qu'on crie carrément dans ses oreilles

« Weirdo(1) ! » cria Jasper McCormick.

Weirdo était le surnom de Dean dans plusieurs écoles au travers des Etats-Unis, comme si tous les gamins du pays s'étaient ligués contre lui. Ca ne le dérangeait pas. En fait rien de ce qui se passait à l'école ne comptait pour lui, ni les notes, ni les histoires de cour de récré. Il avait beaucoup trop à penser dans son quotidien : comment tuer un Wendigo, comment recoudre le bras de son père, comment garder Sam en vie. Il se foutait des surnoms que les gens lui donnaient. Ce n'était pas comme si ils allaient rester longtemps dans cette ville après tout. Normal finirait tôt ou tard en petite tache dans le rétroviseur de l'Impala. Ca n'empêchait pas Dean d'être triste de temps en temps, mais il se ressaisissait vite pour se focaliser sur ce qui était vraiment important, survivre.

Jasper McCormick était l'un de ces Don Corleone(2) des bacs à sable, un gosse de 16 ans qui commandait une troupe de débiles dont le seul but était d'emmerder le monde. Evidemment Dean était une cible facile. Du point de vue de McCormick c'était un timide silencieux qui ne rendait jamais les coups. Ce qu'il ignorait c'est que s'il lui prenait l'envie de riposter il pourrait le tuer à mains nues sans une seule goutte de transpiration. Mais Dean était beaucoup trop malin pour ça. La dernière chose dont sa famille avait besoin c'était d'un coup de projecteur, alors comme la famille passait toujours en premier, Dean jouait profil bas. Toujours. Ca faisait souvent de lui un souffre douleur, mais, ça aussi, il s'en moquait. Il avait été torturé par des bestioles bien plus dangereuses que Jasper McCormick. Tout cela combiné évidemment faisait que Dean détestait l'école contrairement à son frère.

Sammy était sociable et se faisait toujours toute une flopée de copains. Il ripostait quand on l'ennuyait, ce qui arrivait rarement puisqu'il paraissait 'normal'. Son sourire de gamin de douze ans plein de vie séduisait l'assemblée quand les yeux centenaires de Dean qui avaient déjà vu la mort et le sang, mettaient les gens mal à l'aise. Sa démarche l'isolait également. Il n'était pas comme la plupart des jeunes de son âge.

Il n'avait jamais été l'un de ses ados trop grands qui ne savent pas quoi faire de leurs bras trop longs et avancent le dos voûté. Les années d'entrainement avait façonné un homme avant l'heure. Il avait gagné en masse dans le torse et les bras et il se déplaçait avec une grâce et une aisance de prédateur.

Pour fignoler le tableau il fallait lui rajouter une langue acérée comme une lame de rasoir capable d'une ironie et d'un cynisme qui n'avaient rien à faire dans la bouche de quelqu'un d'aussi jeune. Il surpassait John de très loin dans ce domaine. Il s'était formé tout seul au contact des chasseurs, des piliers de bar ou des revendeurs d'armes.

Tout ceci contribuait à l'éloigner encore un peu plus des jeunes de son âge.

« Weirdo ! » répéta Jasper en souriant. « Qu'est ce que tu fous là ? »

C'était la récré et comme d'habitude Dean s'était isolé sur un muret, loin de l'agitation de ses camarades. Il n'aimait pas ce moment, 'la récréation', il avait l'impression qu'on lui mettait un flingue sur la tempe en lui disant 'Amuse toi !'. Il n'avait pas envie d'essayer de se fondre dans la masse, d'essayer de devenir copain avec machin pour être invité à la soirée de bidule. De toute façon, il y avait peu de chance que son père le laisse aller seul à une soirée chez des gens qui n'ont pas la présence d'esprit de saler portes et fenêtre et surtout, il n'avait pas l'intention de s'attacher à des gens qu'il allait quitter du jour au lendemain.

Oh ça ne l'empêchait pas de côtoyer la gent féminine au grand dam de son père qui commençait à regarder Dean d'un drôle d'œil. Quand il avait 15 ans, John avait essayé de jouer son rôle de père et avait rassemblé tout son courage pour aborder le sujet de manière 'pédagogique', uniquement pour se rendre compte que son ado de fils en savait certainement déjà plus long que lui… Dean avait grandit trop vite. Sur tous les plans. Son succès auprès des filles le rendait encore plus détestable pour les garçons de son âge.

« Rien » répondit-il, lassé avant même que la conversation ne commence.

Jasper fit une drôle de moue. « Tu mérites bien ton nom, Weirdo, mais tu sais quoi, je te propose une trêve.»

« Une trêve entre quoi et quoi exactement ? » Demanda Dean en prenant volontairement un air surpris.

Le fait qu'il refuse de rendre les coups n'impliquait pas qu'il ne puisse pas les donner par oral. Il aimait l'idée de faire croire à Jasper qu'il n'avait pas remarqué tous les efforts qu'il déployait pour lui pourrir la vie.

La flèche atteint sa cible et Jasper devint rouge de colère.

« T'es vraiment un cas social ! » s'écria-t-il « Mais je veux bien essayer de sympathiser. Je t'offre une opportunité de rentrer dans ma bande. »

Dean se mit à rire « Faire partie du gang des crétins a toujours été mon rêve, mais désolé Jasper, je ne vais pas pouvoir, je ne voudrais pas rater mon cours de danse classique. » ironisa-t-il.

« Ha ha ha. Tu es drôle. Ecoute, demain soir, c'est l'anniversaire du 666 Palermo. Tout le monde y sera. Si tu viens, tu pourras nous prouver ce que tu vaux et je te promets que je ne t'emmerderai plus jamais. Ni toi, ni ton geek de frère. »

« 666 Palermo ? C'est quoi ça ? » Demanda Dean.

Jasper sourit avec malveillance « C'est vrai que tu es nouveau dans cette ville, Weirdo. Palermo Street, c'est une rue dans le sud de Normal. Dans le temps c'était un quartier résidentiel mais… ça à changé depuis ce qu'il s'est passé au numéro 666… »

« C'est-à-dire ? » questionna Dean dont la curiosité venait d'être piquée au vif.

« Une famille vivait là, le père, la mère et trois enfants. C'était des gens normaux, avec des voisins normaux dans une ville normale qui s'appelle Normal. Un jour, sans raisons, le père à pété les plombs. Quand il est rentré du travail, il a zigouillé tout le monde avec un tisonnier. » Expliqua Jasper en faisant le signe du tranchage de gorge avec sa main. « Ensuite le mec s'est suicidé en se mettant la tête dans le four. Depuis, tous les ans à la date anniversaire du massacre de Palermo Street, il parait que les esprits reviennent. »

« Et vous y allez parce que… ? »

« Allons, Weirdo, ne me dit pas que tu crois ces histoires de fantômes ! C'est une tradition à Normal, il faut passer une nuit au 666 Palermo Street le soir de l'anniversaire. Tu fais ça et je ne t'emmerde plus jamais. Promis. »

« C'est complètement con, Jasper. » tenta Dean.

Il ne s'affolait pas vraiment. Toutes les villes avaient ce genre d'histoires dans leurs placards. Il y avait toujours une maison soit disant hantée quelque part et les jeunes abrutis du village aimait aller s'y faire peur. Si il y avait vraiment quelque chose au 666 Palermo, son père l'aurait su à l'instant même où ils avaient mis les pieds ici et l'esprit serait déjà cramé depuis longtemps. Et puis pourquoi fallait il toujours que ça se passe au numéro 666 ? N'importe quoi. En numérologie démonique ce chiffre n'avait aucune signification particulière, on en avait peur juste à cause d'un gros micmac de traduction d'un texte latin au Vème siècle. Evidemment c'était toujours plus glamour d'avoir un père infanticide au 666 Palermo qu'un Nuu-Chah-Nulth – hyène qui pue – dans le bois d'à côté.

« Aurais-tu peur, Weirdo ? »

Dean leva les yeux au ciel. « Je me pisse dessus. » dit-il avec lassitude.

Il adorait l'idée de ne jamais répondre ce que Jasper attendait de lui.

« Mon dieu, en plus d'être un cas social t'es un poule mouillée ! Mais qu'est ce qu'on va faire de toi ? Tant pis, mauviette, je vais continuer à te les briser comme tu mérites. Si jamais tu change d'avis, on sera tous sur Palermo demain soir à 22h. »

« Fascinant. » rétorqua Dean.

(1) C'est un nom anglais dérivé de 'weird' (bizarre). Wierdo est un nom commun qui signifie en gros 'mec bizarre' en un petit peu plus drôle. Dean appelle Sam 'Weirdo McWierdy' (Bizarre McBizarre) dans The kids are alright et je me suis dis que ça devait s'employer souvent autour de la famille Winchester!

(2) Le parrain

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Le soir venu Sammy raconta en long, en large et en travers sa passionnante journée de classe. Comment Micheal Stark avait avalé du coca par le nez à la cantine, comment Peter Coleman avait réussi à embrasser Lucy -jupe-trop-courte - Baker dans la salle de gym, comment Mr Cramper, prof d'histoire, avait hurlé sur T.J Albright… Sammy avait toujours des tonnes de trucs à raconter quand il rentrait de l'école. En écoutant son frère parler, Dean se demandait comment il pouvait se passer autant de choses en seulement 24h. Si lui devait raconter sa journée, ça se résumerait à 'Je me suis assis sur ma chaise et j'ai attendu que ça passe.'

Les deux frères avalèrent rapidement les pâtes que Dean avait préparées. Sammy remarqua d'ailleurs que son frère n'avait pas beaucoup d'appétit. Il n'avait même pas fini son assiette. Ce n'était pas son genre. Pourtant trop occupé à raconter ses aventures, il ne se pencha pas sur la question. La plupart du temps quand John était là, il écoutait le début et puis semblait de plus en plus lassé jusqu'à ce qu'il se lève de table en disant 'je suis fatigué Sammy, tu me raconteras la suite plus tard.' C'était très énervant. Comme si John se foutait de ce qu'il avait à dire dès l'instant où ça ne comportait pas de fantômes ou de démons. Dean lui, écoutait toujours jusqu'au bout en faisant semblant d'être intéressé.

Plus tard dans la soirée, Sam était plongé dans la 100ème rediffusion de 'l'attaque des zombies' et Dean réfléchissait. Cette histoire de Palermo Street le perturbait malgré lui. Et si…

Et mince. Il fallait qu'il sache. Si Jasper et ses abrutis de copains allaient dans la maison demain soir, il fallait qu'il soit sûr qu'ils ne risquaient rien. Cette histoire de type qui trucide toute la famille sur un coup de tête était absolument ridicule et c'était quasiment la même histoire dans toutes les villes qui se vantaient d'avoir une maison hantée. Pourtant Dean ne pouvait pas se résoudre à les laisser y aller sans savoir.

C'était décidé, demain, il chercherait des infos sur le 666 Palermo.

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TBC