Que dire de plus que MERCI à tous pour vos encouragements! Comme je l'ai répondu à plusieurs d'entre vous, je suis assez suprise d'avoir autant de commentaires sur mon traitement 'original' du personnage de Dean. En fait c'est comme ça que je le vois et que je l'ai toujours vu. Brisé et solitaire, entouré de murailles pour que personne ne le voit. C'est juste ma vision et je ne suis pas fermée aux autres interprétations. Quoi qu'il en soit j'espère que vous comprendrez 'mon' Dean car une bonne grosse partie de cette histoire est centrée sur sa personalité.
Une fois de plus, merci à tous!
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Si Demain Vient
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Samedi
Sammy n'en croyait pas ses oreilles. C'était samedi matin et Dean, plutôt que de trainer au lit jusqu'à midi, l'avait réveillé à neuf heures pour aller à la bibliothèque. Est-ce que Sam était en train de rêver ?
« Bon tu l'avales ce pancake ? » demanda Dean impatient.
Sammy était planté devant l'assiette que son frère lui avait jetée sous le nez et n'arrivait toujours pas à croire ce qu'il se passait.
« Christo. » dit-il.
Dean leva les yeux au ciel « Abruti. »
Moins d'une heure plus tard ils étaient dans la bibliothèque. Sammy était aux anges, il adorait les livres. Ca tombait très bien qu'ils soient là d'ailleurs, il venait de finir 'l'île au trésor' de Stevenson et avait absolument besoin de trouver un autre truc à lire ! Il parcourait les rayons, fasciné par les couvertures de toutes les couleurs, les titres bizarres et l'odeur si caractéristique du papier.
Dean quand à lui s'était planté devant les ordinateurs et consultait de vieilles coupures de journaux. Il fut étonné de trouver des occurrences pour Palermo Street, il s'était passé quelque chose dans cette rue. Restait à savoir quoi. Dean fit défiler plusieurs pages de journaux sans rien trouver de significatif. Il n'avait pas d'idée sur la date des événements si événements il y avait. Au bout d'une bonne demi-heure il trouva finalement ce qu'il cherchait.
C'était un petit encart dans les faits divers sur une feuille de chou de 1974.
« Drame au 666 Palermo Street, un homme se suicide par inhalation de gaz après avoir assassiné sa femme infidèle. »
Dean lu avec attention les quelques détails que l'article délivrait en moins de 3 lignes. La seule chose qui coïncidait avec l'histoire de Jasper était la tête dans le four. C'était classique. John avait expliqué longuement ce phénomène aux garçons pour leur apprendre à mener un interrogatoire. Quand une histoire remontait à plusieurs années, les informations obtenues en questionnant les témoins n'étaient pas entièrement fiables.
Plus le temps passait et plus les gens avaient tendance à déformer les faits, les couleurs changeaient, un type enrobé devenait obèse, les distances et le temps s'allongeaient ou raccourcissaient… etc. Plus l'histoire était ancienne et plus l'imagination prenait le pas sur les faits. Surtout si l'histoire se déroulait au numéro 666…
Techniquement le contexte n'était pas propice au développement d'un esprit vengeur. Les suicidés ne restent pas, en tout cas, Dean n'avait jamais entendu parler de l'esprit d'un suicidé. A la limite la femme adultère, mais c'était peu probable. Les crimes passionnels étaient malheureusement fréquents dans ce pays et heureusement leurs victimes ne devenaient pas toutes des machines à tuer post-mortem. En général pour qu'un esprit reste attaché au monde des vivants il fallait vraiment une mort abominable ou une chose très importante à terminer. Dean n'avait aucun moyen de savoir si Katarine Bell, la femme en question, avait une mission à accomplir qui l'empêchait de passer de l'autre côté.
Les chances qu'il y ait un esprit dans cette maison étaient vraiment minces. D'autant plus qu'après avoir scanné encore pendant une heure différents journaux Dean ne découvrit rien qui indique que des gens ait été blessés bizarrement au 666 Palermo depuis 1974. Cependant depuis cette date la rumeur n'avait pas cessé de gonfler autour du drame et la maison n'avait jamais pu être revendue. Aujourd'hui elle était à l'abandon. Evidemment si personne n'y entrait, il ne risquait pas d'y avoir de blessés…
Dean ne savait pas sur quel pied danser. D'un côté tous les indices convergeaient pour lui dire qu'il n'y avait pas d'esprits vengeurs au 666 Palermo, d'un autre côté son instinct de chasseur le titillait. Sachant ce qu'il savait sur les créatures surnaturelles, il n'aimait pas l'idée de voir des gens entrer dans une maison où un drame avait eu lieu. Mais Jasper n'avait il pas dit que c'était une tradition de passer une nuit la dedans ? Si ça se faisait tous les ans et que tout le monde s'en sortait vivant, alors il n'y avait rien à craindre. Dean commençait à se dire qu'il avait tort de s'inquiéter et qu'il allait laisser cette bande de crétins se faire peur tout seuls, quand il tomba quelque chose.
C'était un article qui datait de la semaine dernière. Sur une photo on voyait le maire de Normal serrer la main d'un type avec un casque de chantier. Rien de bien intéressant et Dean aurait rapidement zappé cette page si il n'avait pas vu du coin de l'œil le titre de l'article : « Réhabilitation du quartier de Palermo ». Il parcouru les lignes :
« La mairie de Normal vient de signer un contrat de 580 000 dollars avec l'entreprise E.B.S pour la réhabilitation du quartier de Palermo au sud de la ville. Au total, 45 maisons construites dans les années 60 seront rasées pour laisser place à de nouvelles habitations plus modernes. Le lifting du plus ancien quartier de Normal commencera dès lundi 12 mai. »
Lundi 12, c'était lundi de cette semaine. Les travaux avaient donc commencé depuis 6 jours maintenant.
Ce genre de travaux avait tendance à ranimer les esprits. Si jamais il y avait quelque chose au 666 qui avait été passif tout ce temps, il était forcément réveillé maintenant.
« Merde » souffla Dean dans sa barbe.
Même si tout lui indiquait qu'il n'y avait pas d'esprit dans cette maison, il ne pouvait pas se résoudre à laisser Jasper et sa bande de débiles y entrer. C'était trop dangereux.
La grande question maintenant c'était de savoir comment il allait les empêcher d'entrer.
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C'était officiel, John détestait dormir dans la voiture. Il avait rêvé toute la nuit qu'il était dans une machine à laver. Le bruit incessant de la pluie sur la carrosserie y était certainement pour quelque chose. La veille il n'avait même pas pu trouver une cabine téléphonique pour joindre les garçons et ça l'énervait. Pas qu'il ne s'inquiète particulièrement, mais par principe, il avait besoin d'entendre leurs voix aussi souvent que possible.
Il avait demandé à téléphoner quand il avait prit son petit déjeuner chez 'Poppy's' à Breaving avant de réaliser qu'à 8h du matin un samedi, il allait juste avoir droit à des réponses monosyllabiques et des bâillements. Autant les laisser dormir.
Pendant qu'il avalait un café noir et un bout de donught, John parcourait un paquet d'informations sur le comté de Broodmaker qu'il avait imprimé et photocopié avant d'arriver ici. Si Myers était là pour chasser, John pourrait peut être le coincer grâce à sa proie. Courir deux lièvres à la fois n'était pas chose facile mais il était prêt à le faire.
La route Naptown-Breaving était réputée hantée depuis des années car on y comptait un grand nombre d'accidents. Cependant il n'y avait aucun moyen de remonter à la source de la légende, personne n'avait jamais parlé d'un instant T où tout aurait pu commencer, ni d'une victime 0. Ce que John appelait victime 0 dans son jargon de chasseur, c'était la toute première victime d'une affaire. En général c'était l'esprit lui-même. Si quelqu'un était mort tragiquement sur cette route et qu'il était devenu un esprit qui tue des gens, il était la victime 0, l'épicentre de l'affaire.
Il n'y avait rien dans ce genre.
Pour l'avoir lui-même emprunté de nuit et sous la pluie, John savait que cette ligne totalement droite sur plus d'un kilomètre et juste assez large pour que deux voitures puissent se croiser, était extrêmement dangereuse, fantôme ou pas. 3 morts par an en moyenne sur ce tronçon paraissaient même 'normaux'. Surtout quand on imagine quelle patinoire ça pouvait être en hiver. A priori, en dehors de la légende, rien n'aurait pu amener un chasseur ici. Pourtant, pour qu'un type comme Myers vienne se perdre dans ce trou du cul du monde, il devait forcément y avoir autre chose.
C'est en parcourant d'autres papiers que quelque chose titilla les instincts du chasseur.
1991, un jour de pluie, il y avait eu un gros accident, 7 voitures impliquées, 3 morts, 11 blessés. Rien d'anormal, jusqu'à cette petite ligne en bas de l'article, qui disait que l'un des conducteurs, probablement éjecté au travers du pare-brise, n'avait jamais été retrouvé.
Comment est ce qu'on peut perdre quelqu'un sur une route ?
Il commença à lire en détail toutes les infos qu'il avait sur les nombreux accidents de la route Naptown-Breaving. L'ensemble représentait un dossier épais de deux ou trois centimètres et John doutait sérieusement qu'il ait tous les accidents avec leurs détails référencés là dedans. Il devait y en avoir beaucoup plus et les rapports de police - qu'il n'avait pas - pouvaient détenir des infos capitales. Quoi qu'il en soit, ça lui prendrait facilement deux bonnes heures pour lire en détail ce qu'il avait déjà récupéré via une recherche rapide dans les journaux.
Il commanda un autre café et commença sa lecture en soupirant.
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« Pourquoi !? » s'écria Sammy.
C'était sa question préféré depuis le jour où il avait appris à parler. Dean levait les yeux au ciel à chaque fois qu'il l'entendait.
« Parce que j'ai dis non ! » répondit-il simplement.
« Pourquoi non ? !»
« J'ai autre chose de prévu. »
« Mais pourquoi ! T'avais dis qu'on irait ! »
« Tu pourrais y aller avec tes copains, Michael et Peter ? »
« A la fête foraine ? Dehors après 20h sans toi ? Si t'es prêt à assumer ça devant papa, moi je veux bien. » Rétorqua Sam.
Dean se pinça l'arête du nez en soupirant. « Ecoute Sammy, ce soir c'est pas possible. Je te promets qu'on ira demain. »
« Demain c'est dimanche et dimanche c'est une veille de jour d'école ! » s'écria le plus jeune qui commençait à devenir rouge pivoine. « T'avais promis que tu m'accompagnerais ! »
« Pas ce soir Sam. Je suis désolé. »
« On peut savoir ce que tu vas faire de si intéressant ? »
« Non. »
Sammy serra les poings. Il en avait ras-le-bol que personne ne l'écoute jamais dans cette famille ni ne tienne compte de ce qu'il voulait. Pas de fête foraine ? Soit, mais il n'allait pas laisser son frère s'en sortir aussi facilement.
« Toi non plus t'as pas le droit de sortir seul la nuit. Papa ne va pas apprécier quand il va l'apprendre. » Lança-t-il en observant attentivement la réaction sur le visage de son grand frère. Ce dernier n'eut pas l'air surprit.
« Et comment est ce qu'il l'apprendrait, hein Sammy ? » demanda-t-il.
« Tu avais promis pour la fête foraine et au lieu de ça je vais devoir rester là tout seul pendant que tu fais je ne sais pas quoi avec je ne sais pas qui ! C'est pas juste ! » cria Sam
« Et tu me balancerais ? »
« Oui ! » rétorqua-t-il du tac-o-tac.
« Bitch. »
Cette fois ce n'était leur petit jeu rituel et Dean n'attendait pas que Sam lui réplique le traditionnel 'Jerk'. Sam le savait et croisa simplement les bras sur sa poitrine avec toute la véhémence qu'un gamin de douze ans peut mettre dans cette posture. Il venait de passer en mode 'je boude'. On ne pouvait rien obtenir de lui quand il se mettait dans cet état. Le grand frère savait que le seul moyen de s'en tirer s'était de dire la vérité à son frère. Il attrapa Sam par le bras et l'obligea à s'assoir sur le canapé.
« Ecoute moi bien, je ne sors pas pour aller m'amuser ce soir. Jasper McCormick et sa bande veulent passer la nuit dans une maison qui est soi-disant hantée. Je ne peux pas les laisser faire ça. »
Le petit garçon leva de grands yeux interrogateurs vers son grand frère. Il était toujours en colère mais il était beaucoup trop curieux pour retenir les 100 questions qui lui brûlaient les lèvres.
« C'est une vraie maison hantée ? C'est hanté par quoi ? Pourquoi est-ce que papa n'en a jamais parlé ? Et puis elle est où cette maison ? » Mitrailla-t-il sans reprendre son souffle une seule seconde.
« C'est dans un vieux quartier au sud de Normal. Deux personnes sont mortes dedans il y a longtemps et depuis, elle est inoccupée. Je ne suis même pas sûr qu'il y ait un esprit mais je ne peux pas laisser ces abrutis y aller. »
« Pourquoi est ce qu'ils veulent aller dedans si c'est hanté ? »
« Pour se faire peur. C'est un truc que les gens font… »
« Les gens sont bêtes. » déclara le petit Sammy du haut de ses 12 ans. C'était certainement la phrase la plus censée de toute cette conversation.
Dean acquiesça. « Je sais. Surtout Jasper. »
« Tu vas faire quoi alors ? » Sammy avait déjà oublié qu'il était très en colère contre son grand frère.
« J'en sais rien encore. Essayer de les convaincre de ne pas entrer. »
« Et si ils entrent quand même ? »
« Essayer de faire en sorte qu'ils ne se fasse pas tuer. »
« Tu vas chasser seul ?! » s'écria Sam, horrifié.
« Techniquement ce n'est pas une chasse. Si tout se passe comme prévu personne ne va entrer dans la maison. » Se défendit Dean.
« Ca ne se passe jamais comme prévu ! Papa ne serait pas d'accord ! »
« Sam, je n'ai pas d'autre solution, c'est trop dangereux de les laisser entrer. Et puis je me suis renseigné, les deux personnes qui sont mortes là ont été incinérées, et on a jamais entendu parler de quoi que ce soit de bizarre dans la maison. Je suis sûr qu'il n'y a rien, c'est juste une précaution. »
« Pourquoi tu veux aider Jasper ? Il te déteste ! Il n'arrête pas de dire des choses sur toi… »
« Sam, ce n'est pas parce que les gens sont bêtes qu'il faut les laisser mourir. »
Le petit frère n'était plus du tout en colère et même s'il avait essayé, il n'aurait pas réussi à en vouloir à Dean. Au contraire Sam se sentait ridicule avec son caprice de fête foraine alors que son grand frère était encore en train de jouer les héros. L'altruisme de Dean lui sautait aux yeux de temps en temps sans qu'il ne comprenne vraiment d'où il provenait. La seule personne assez noble pour essayer de sauver la vie du type qui avait passé un mois complet à le torturer, le traiter de tous les noms et à raconter des histoires sur son dos, c'était Dean. Et Sammy n'avait pas le droit d'être en colère après lui pour ça.
Quand il était plus jeune Sam clamait haut et fort à qui voulait l'entendre que son grand frère était un super-héro. Si on lui demandait ce qu'il voulait faire plus tard il répondait invariablement 'Dean' ou acteur (parce que c'était tellement facile de faire tomber tout le monde dans le panneau avec des yeux de bébé chien…). Aujourd'hui il ne restait plus grand chose de ces ambitions là… Pourtant parfois, juste parfois, Sammy se disait qu'il aimerait bien ressembler plus à son grand frère. Être l'homme qu'il était… (mais garder son cerveau quand même, faut pas pousser.)
« Je viens avec toi alors. » déclara-t-il.
« Certainement pas. »
« Soit je viens, soit je préviens papa. »
Dean regarda son petit frère dans les yeux à la recherche d'une faille mais, à douze ans seulement, Sam savait être plus têtu qu'une bourrique. Prévenir son père serait la fin du monde. Si John était sur une chasse et qu'il devait s'inquiéter en plus pour les fesses de son fils ou pire, venir à son secours, il était mort. Sammy serait parfaitement capable de le balancer s'il pensait qu'il était en danger, ce qui était exactement le cas. Il n'avait pas d'autre solution que de capituler. Après tout il avait mené l'enquête, il n'y avait rien dans cette maison…
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Quelques heures et cinq cafés plus tard, John avait trouvé pas mal de choses. La plupart des documents qu'il avait étaient des articles de journaux qui relataient des accidents plus ou moins graves arrivés sur cette fameuse route. En général les journalistes évitaient d'être trop descriptifs sur les détails gores et c'était pourtant ce dont John avait besoin en ce moment. Il avait malgré tout trouvé quelques petites choses intéressantes. 1957, un gamin de 15 ans était parti en vélo de Naptown en direction de Breaving et il n'était jamais arrivé à destination. 1969, une voiture abandonnée avait été retrouvée au beau milieu de la route causant un accident grave. Le conducteur, un habitant de Breaving d'une cinquantaine d'années n'a jamais été retrouvé. 1972, un joggeur de 25 à disparu après avoir été aperçu pour la dernière fois sur cette route. Et il y en avait d'autres.
Au fil des années, John avait découvert pas moins de 13 disparitions mais dans des circonstances tellement différentes et si espacées dans le temps qu'elles n'affolaient ni les chasseurs, ni les autorités. Le seul point commun entre tous était qu'il s'agissait toujours d'un homme. En dehors de ça, tout changeait. Il pouvait avoir entre 15 et 83 ans, être à pied, en vélo, en voiture, impliqué ou non dans un accident. Il n'y avait pas non plus d'heure spécifique, parfois c'était la nuit, parfois dans la matinée, dans l'après-midi ou dans la soirée… Il n'y avait pas plus d'endroit spécifique sur la route, parfois c'était à l'entrée de Breaving, parfois plus proche de Naptown et parfois entre les deux.
Très honnêtement John avait trouvé un schéma potentiellement surnaturel uniquement parce qu'il voulait bien en voir un… Un aucun cas un chasseur n'aurait pu mettre le doigt sur un truc comme ça sans le chercher. Et même avec ces infos sous le nez John n'était même pas sûr d'avoir à faire à une chasse. Dès gens disparaissent tout les jours pour des raisons X ou Y, surtout dans des petites villes comme ça où l'ennui est tellement omniprésent qu'on ne rêve que de fuir.
Mais de toute évidence Myers pensait qu'il s'agissait d'une affaire, il devait certainement avoir des infos que John n'avait pas. Avec ce qu'il avait en main le père Winchester n'avait aucun moyen de savoir de quelle créature il pouvait s'agir.
Un coup d'œil à sa montre, il était près de midi. Il téléphona à ses garçons pour prendre des nouvelles.
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Dans la soirée
Il était 22h quand Dean et Sam arrivèrent devant le 666 Palermo. La maison était à l'abandon depuis les événements de 1974, et ça se voyait. C'était une grosse bâtisse imposante et vieillotte, entourée d'un jardin en friche. Certains murs étaient tagués, comme si c'était le repère des jeunes paumés de Normal. Les fenêtres devaient avoir été brisées à une époque et maintenant elles étaient remplacées par des planches clouées. Par endroits certaines manquaient, des gens devaient être passés par là. Jasper avait dit que c'était une tradition dans cette ville de passer une nuit à l'intérieur pour l'anniversaire. La maison était entourée d'une grille rouillée contre laquelle étaient adossée une bande de 5 jeunes, Jasper et ses trois gorilles, Marcus, Sonny et Shawn et la copine de Jasper, l'horripilante Amanda. Ils fumaient et buvaient de la bière.
« J'y crois pas ! » s'écria Jasper « Weirdo et venu ! Et il est accompagné de mini-geek ! »
Les trois gros bras qui lui servaient de copains se mirent à rire comme des baleines. Sam n'aimait pas du tout qu'on appelle son frère Weirdo et il aimait encore moins qu'on l'appelle mini-geek… mais il avait promit à son frère qu'il le laisserait gérer la situation alors il se contenta se serrer les poings et les dents. Dean semblait complètement indifférent aux surnoms.
« Tu vas oser rentrer dans la maison finalement ? » demanda Jasper.
« Non, et vous non plus. C'est une mauvaise idée, on ne sait pas ce qu'il y a là dedans. »
Ils se mirent tous à rire.
« Oh mon dieu, Jasper, pourquoi est ce que tu voulais absolument inviter cette poule mouillée ? » demanda Amanda en s'accrochant au bras de son copain.
« A dire vrai c'est Sonny qui à insisté. »
« Sonny ! Tu dérailles ! » cria Marcus. « Maintenant on a ces deux guignols sur les bras ! »
L'intéressé haussa les épaules et adressa un sourire gêné à Dean et Sammy. En réalité Sonny avait toujours été lé moins stupide de tous. Lui et Dean avait déjà eu des conversations civilisées et d'ailleurs il appelait l'aîné des Winchester par son vrai prénom. Du point de vue de Dean, Sonny était un bon gars un peu con embarqué malgré lui dans la bande des crétins parce qu'il était aussi haut qu'une montagne et que Jasper estimait que ce serait mieux de l'avoir avec lui que contre lui. Quand on est un grand timide plutôt benêt comme Sonny, on préfère accepter l'invitation à faire parti des gens 'cools' plutôt que de continuer à se faire montrer du doigt et martyriser.
Dean trouvait ça stupide mais il le comprenait.
« Je sais pas, j'me disais qu'il pourrait faire partie de la bande. » répondit Sonny en regardant ses chaussures.
Marcus leva les yeux au ciel « Merde Sonny tu fais chier. Je suis sûr que mini-geek va courir nous dénoncer si on se roule un petit joint. On avait vraiment besoin de ça ? Pourquoi t'as accepté Jasper ?» demanda il énervé.
Sonny regardait le sol, l'air gêné. Dean n'était pas en colère contre lui, au contraire, il était presque touché. Sonny restait une brute sans cerveau mais le fait qu'il veuille l'intégrer à leur bande signifiait quelque chose pour lui malgré tout.
« Parce que je voulais savoir de quel bois notre bon Weirdo se chauffe. » répondit le chef de bande avec un air malicieux.
« Ecoutez-moi, vous pouvez dire ce que vous voulez de moi, je m'en tape, mais n'entrez pas là dedans. »
Marcus approcha jusqu'à être carrément nez-à-nez avec Dean. Il mesurait une bonne tête de plus mais le fils Winchester n'avait pas l'air impressionné du tout. Marcus lui souffla sa fumée de cigarette au visage avant de sourire avec malveillance.
« T'avais peur, alors t'as amené ta peluche ? » dit-il en désignant Sam qui devenait de plus en plus rouge de colère. « C'est trop mignon. »
Dean sourit. Ne jamais leur donner la satisfaction de le déstabiliser. « Au moins le cerveau de cette 'peluche' n'est pas en mousse. » répondit-il en regardant Marcus droit dans les yeux.
Ce dernier aurait frappé si Jasper ne l'avait pas interrompu.
« Attendez, attendez. Peut-être que Weirdo à une bonne raison de vouloir nous empêcher d'entrer, je serais curieux de l'entendre. » Déclara-t-il sur un ton étrange.
« C'est dangereux. La maison est en ruine, ça pourrait vous tomber sur la gueule à tout moment. » Expliqua Dean.
Ils se mirent encore à rire bêtement.
Sam était très impressionné par la façon dont son frère gardait son calme malgré la bêtise insondable de cette bande de crétin. Il restait stoïque face à leurs attaques et continuait d'essayer de les aider.
« Voilà qu'il joue les Samaritains ! » s'écria Amanda en avalant une nouvelle gorgée de bière.
Jasper sourit. « Weirdo, Weirdo… Tu es tellement bizarre. Tu veux nous sauver c'est ça ? »
Dean ne répondit rien, il se contenta de rester debout, immobile à accuser chacun des coups en silence. Jasper s'approcha de lui.
« Tu veux que je te dise ce que je crois ? Je crois que tu es mort de trouille. Je crois que tu pisse tellement dans ton froc que t'a amené ton petit frère avec toi. Je crois que tu as peur des fantômes. Je crois que tu es un raté, que tu l'as toujours été et que tu le seras toujours. On va entrer là dedans ce soir, et si jamais il te prend l'envie de prouver que t'as des couilles, tu viendras avec nous. Mais j'en doute. »
« Espèce de connard ! » cria Sammy en essayant de balancer un coup de pied dans le tibia de Jasper. Son frère le retint et il le manqua de peu.
« Sam ! » Dean se plaça aussitôt en bouclier devant lui.
La bande de crétins se prit d'un grand éclat de rire. « Faut croire que cette petite chose est plus coriace que toi Weirdo ! »
« C'est son petit frère qui prend sa défense, j'hallucine ! » s'écria Marcus en riant.
Dean accusa les moqueries sans rien dire, il était aussi impassible et stoïque qu'un rocher. Il maintenait fermement son petit frère derrière lui. Sam avait envie de tuer tout le monde.
« Allez les mecs, on entre. » déclara Jasper.
« Ne faites pas ça. » tenta une dernière fois Dean.
« Ferme ta gueule. » lança Shawn.
Les deux Winchester regardèrent la petite bande traverser le jardin abandonné et pénétrer dans la maison par l'une des fenêtres du rez-de-chaussée.
« Pourquoi tu les laisse te parler comme ça ! » s'écria Sammy après que Dean l'ai enfin lâché.
« Parce que ça ne sert à rien de se faire exploser la gueule par ces abrutis. Réfléchis avant d'essayer de frapper quelqu'un Sam ! » cria-t-il
« C'est mister 'tire d'abord pose les questions après' qui me dit ça ?? »
« Ca ne marche pas avec les humains. »
Sam soupira. « Bon. On fait quoi maintenant ? »
« Il faut que j'entre. » déclara Dean en regardant la maison.
« Je viens avec toi. »
« Sam. » commença Dean avant d'être interrompu.
« A moins que tu préfère que j'appelle papa pour lui dire que tu es dans une maison hanté, tout seul. »
« Et comment tu vas faire pour l'appeler puisqu'il dort dans l'impala ? »
Sam ne se laissa pas démonter « Alors j'appellerai Bobby. Et quoi qu'il en soit papa finira pas le savoir… et te tuer. »
Dean soupira. « Ok. Ok. Mais tu fais ce que je te dis. C'est moi qui commande, compris ? »
« Oui, chef ! » répondit Sam avec conviction.
« Je suis sérieux Sam, ça peut être dangereux. Pas de coup de colère comme tout à l'heure. Tout ce que je te dis, quand je te le dis, c'est clair ? »
« Comme le verre. »
Dean inspecta le visage de son frère pendant quelques secondes à la recherche d'une faille mais il ne trouva rien. Les deux Winchester suivirent traversèrent le jardin et entrèrent par la même fenêtre que Jasper et sa bande quelques minutes plus tôt.
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TBC
