Merci encore à tous pour les reviews! Désolée pour le cliff... et malheureusement je ne reprends pas dessus... méchante moi même, je sais, je sais...

Certains pourront penser que je zappe un peu vite l'action mais le but de la fic n'était pas vraiment là, je voulais surtout exploiter la psychologie des personnages.

Voici l'avant dernier chapitre de cette histoire.

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Si Demain Vient

7

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Chapitre 7 : Dimanche

« Allo ? »

« Hey, Bobby, c'est Damien. »

« Tiens donc, ça faisait longtemps. »

« Ouais, j'appelais pour prendre de tes nouvelles, tu me manquais. »

« Prend moi pour un con. Qu'est ce que tu veux ? »

« Est-ce que tu sais où est Winchester et où je peux le joindre ? »

« J'ai l'air d'être sa mère ? » grogna le chasseur

« Maintenant que tu pose la question, il y a peut-être un air de famille… »

« Damien. » coupa sèchement Bobby.

« Ok, ok. En fait je suis tombé sur un truc bizarre et j'aurais vraiment besoin d'en parler à Winchester. »

« Aux dernières nouvelles il était dans la même ville que toi, dans l'Illinois. »

« Ouais je sais, mais il est parti il y a quelques jours dans le comté de Broodmaker et il ne m'a donné aucun numéro pour le joindre. »

« Typique de John. » remarqua Bobby dans un soupir.

« Je pensais qu'il avait pu te contacter. »

« Et ben non. C'est quoi ton truc bizarre ? Je peux peut-être aider. »

« Des gamins. »

« Pardon ? »

« Tu m'as compris. Je chassais un démon à Normal et je suis tombé sur deux gamins dans une maison. Je ne sais pas trop quoi en penser. »

« Et t'as besoin de Winchester pour quoi exactement ? »

« Ben… le plus jeune m'a dit que son père était chasseur. Dans un bled comme Normal, je le saurais si il y avait d'autre joueurs dans la partie. Il n'y a que moi et John… et aux dernières nouvelles, j'ai pas de gamins. Putain, t'aurais du le voir Bobby, c'était John en miniature. Et l'autre… je ne sais pas, il parlait comme lui. Enfin voilà, tu vas me prendre pour un dingue mais… »

« T'as le nom des gosses ? » demanda soudainement Bobby.

« Je crois que le plus petit s'appelle Sammy. L'autre je sais pas. »

Il y eut un grand silence à l'autre bout de la ligne.

« Allo ? Bobby ? T'es toujours là ? »

« Quel âge les gamins ? »

« J'en sais rien, j'y connais rien en gamins moi ! On va dire peut-être 15 et 10 ans, quelque chose comme ça. »

« Et merde… » Lâcha Bobby.

« Quoi ? Ne me dit pas que j'avais raison ? Si ? »

Silence à l'autre bout de la ligne.

« Putain ! Mais t'étais au courant ? Et pourquoi on me dit rien à moi ? Merde ! C'est quoi ce bordel ! Tu vas m'annoncer que t'as des gosses toi aussi ?! Merde Bobby ! Il y a autre chose que je devrais savoir !? » Tempêta Damien.

« Elkins à un chat. T'es content ? »

« Va chier. »

« Je vais y penser. Est-ce qu'ils vont bien ? » Demanda Bobby avec une pointe d'anxiété dans la voix.

Damien laissa un blanc au téléphone pour bien souligner sa colère mais fini par répondre malgré tout.

« Ben pas vraiment… le démon les a pas mal amochés. John à deux gamins… Sans déconner j'arrive pas à le croire… »

« Amochés comment ? »

«J'en sais rien, je suis arrivé, j'ai tué la bestiole, j'ai appelé l'ambulance et je suis parti. Il y avait pas mal de sang… »

« Ils sont à l'hôpital ? »

« Ouais. »

« Ok. Faut que tu les fasses sortir de là, on n'a pas besoin des services sociaux. »

« Quoi ? Non mais tu te fous de ma gueule ! Tu crois pas que c'est à Winchester de s'occuper de ça ?! »

« Si mais il n'est pas là. Je ne peux pas venir je suis en plein milieu d'une affaire, alors en attendant, tu prends le relais. »

« Est-ce que j'ai l'air d'une putain de nounou ?! »

« On a pas d'autre choix Damien alors tu fermes ta gueule et tu fais ce que je vais te dire ! »

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« Sam ? » regarde par ici répéta une nouvelle fois le docteur qui essayait de braquer une lampe dans les yeux du cadet des Winchester.

« Je veux voir Dean… » Murmura-t-il en réponse.

« Je sais. Mais ce n'est pas possible pour l'instant, les docteurs sont en train de s'occuper de lui. Tu veux bien regarder par ici ? »

Sam s'exécuta avec réticence. Le médecin examina ses yeux et posa une main apaisante sur son épaule.

« C'est bien mon garçon. Tu as juste un bras cassé. On va te poser un plâtre et dans un mois, tu seras comme neuf d'accord ? »

« Et Dean ? » demanda-t-il.

Le docteur soupira. « Je ne suis pas son médecin, Sam, je n'ai pas suivi son dossier. Mais de ce que j'ai vu et entendu quand ils l'ont amené, c'est assez superficiel. Quelques côtes cassées et quelques coupures, je n'en sais pas plus pour l'instant mais j'essaierai de me renseigner. En attendant, il faut que je prévienne tes parents, ils doivent être très inquiets… »

Le garçon baissa immédiatement les yeux vers le sol, il n'avait aucune idée d'où pouvait bien se trouver son père et il savait qu'il valait mieux éviter de le dire s'il ne voulait pas se retrouver dans une famille d'accueil. Avant qu'il n'ait le temps de formuler un mensonge, quelqu'un parla à sa place.

« Je suis leur oncle. »

Le docteur et Sammy jetèrent de grands yeux étonnés vers le nouvel arrivant. Le jeune garçon reconnu le chasseur qui les avait sauvés.

« Que s'est il passé ? » demanda Damien qui jouait son rôle d'oncle inquiet à la perfection.

Le médecin dévisagea Sammy « C'est bien ton oncle ? » demanda-t-il

Damien lui adressa un clin d'œil discret. Sam hésita une seconde. Qu'aurais fait Dean dans la même situation ? L'homme les avait sauvés, c'était un chasseur, il devait forcément être dans le camp des gentils, non… ?

« Oui. » répondit-il d'une petite voix.

« Damien Stein. Je suis le frère de leur mère. » Dit-il en tendant une main amicale vers le médecin qui la lui serra.

Damien ressemblait autant à John qu'un chat ressemble à un chien. Si John finissait par arriver, c'était plus prudent d'être de l'autre côté de la famille.

Le médecin commença à expliquer à Damien l'histoire cousue de fils blancs que Sammy avait raconté. Au départ il n'avait pas menti, il avait parlé de la légende du 666 Palermo. Il avait aussi dit qu'ils y avaient passé la nuit avec des copains pour se faire peur. C'est après que l'histoire prenait une tournure plus… mensongère. Après tout il n'allait pas leur dire qu'un démon possédait Sonny Alberton depuis des semaines pour réussir à piéger son frère dans le but ultime de faire tomber son père…

Donc il avait raconté une histoire de type louche, qui trainait autour de la maison, un rôdeur. Le mec avait finit par entrer et tuer tout le monde - c'était affreux, il n'avait pas envie d'en parler, blablabla.

L'hôpital avait aussitôt dégainé une batterie de psychologues mais ils n'avaient pas le droit de lui parler sans l'accord préalable de la famille qui, de toute évidence, n'était pas là. Ah si, tonton Damien venait d'arriver.

Sam se disait qu'ils avaient rarement atteint un niveau de crédibilité aussi faible… En même temps c'est difficile de justifier quatre cadavres. Surtout quand ils ont tous été tués de manière si différente.

Damien raconta à son tour un bobard de chasseur, le père était partit pour un voyage d'affaire et il gardait les gamins en attendant, blablabla. Les chasseurs étaient très forts en 'blablabla', c'était une compétence presque aussi indispensable que de savoir viser. Il avait faillit faire péter sa couverture en se trompant de prénom '… Sam et Dan…' mais Sammy s'était mit à tousser comme un forcené à ce moment précis et le médecin ne remarqua rien.

Le docteur apposa le plâtre sur le bras du jeune Winchester et quitta la pièce en promettant d'aller chercher des infos sur Dean. Damien et Sammy se retrouvèrent seuls et un long face à face silencieux commença. Chacun observait l'autre de haut en bas.

« Vous êtes qui exactement ? » demanda Sammy.

« Damien Conrad. Je suis un ami de ton père. Enfin, je crois. »

« Vous croyez ? »

« T'es vraiment le fils de Winchester ? »

Sammy dévisagea Damien comme pour y chercher la trace d'un piège.

« Ca dépend. » répondit-il mystérieusement.

Damien haussa les sourcils en surprise. « Ca dépend ? Comment ça, 'ça dépend' ? »

Sammy regarda discrètement autour de lui pour repérer les issues.

« Christo. » lança-t-il.

Le chasseur fut d'abord complètement surprit et sa mâchoire manqua de tomber sur le sol. L'étonnement passé, il se mit à rire à gorge déployée. Sammy l'observait toujours, comme s'il allait lui sauter dessus à chaque instant.

« Oh putain… pas de doute ! T'es un winchester ! Nom de dieu, j'arrive pas à le croire ! »

« Si vous êtes un ami de papa, pourquoi est ce qu'il n'a jamais parlé de vous ? » demanda Sammy, toujours circonspect.

« Si tu es le fils de ton père, pourquoi il n'a jamais parlé de toi non plus ? Je crois que John est juste complètement paranoïaque. » Expliqua Damien.

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Si John était paranoïaque à certaines occasions, parfois il voulait se foutre des baffes tellement il était aveugle. Aujourd'hui, c'était exactement ça. C'était un de ces jours pourris où il aurait vraiment préféré rester au lit….

Allongé face contre terre dans la boue du marais, à demi-conscient, il parvenait malgré tout à se maudire de n'avoir pas sentit le piège. Débile, John, D.E.B.I.L.E.

Il n'était pas vraiment out, il était surtout dans les vapes, incapable de coordonner ses mouvements, incapable d'en faire surtout. Au bout d'un moment il sentit quelque chose sur sa joue. C'était désagréable, il aurait voulu frotter mais il n'arrivait pas à retrouver le nerf qui contrôlait la main. Il le sentit encore, et encore, et encore. C'était comme des petites piqures. Il se força à ouvrir les yeux. Le simple fait de lever les paupières constituaient un effort.

Il vit d'abord l'herbe humide au travers de sa vision embrumée, puis le ciel. Il était gris, presque noir. Il pleuvait. Les gouttes tombaient comme une myriade de petites aiguilles sur sa peau. Ce n'était pas bon signe. Myers n'était pas là. En même temps son champ de vision se résumait à environ un mètre sur un avec 90 pour cent d'herbe au milieu…

La pluie ravivait doucement ses muscles groggys. Il pouvait presque sentir ses orteils. Heureusement qu'il n'avait pas bu ce whisky… Il entendit vaguement des pas proches de lui. Dans l'herbe mouillée cela donnait un sinistre flop flop qui se rapprochait toujours plus. Du coin de l'œil il perçu la présence de quelqu'un debout près de lui. Il avait le visage à moitié enfoncé dans la boue et son seul œil disponible avait oublié de faire la mise au point.

La personne s'agenouilla et passa doucement une main sur son visage. C'était agréable. Il se laissa aller à accepter ce geste tendre. Il oublia qu'en temps normal il fallait casser le bras de celui ou celle qui se permettait ça. C'était trop agréable, c'était trop tendre, et il en avait trop besoin.

La personne s'allongea sur le ventre, tout comme lui et tout contre lui. John se retrouva nez à nez avec elle. C'est quand il vit son visage que ça fit le plus mal parce qu'il se rendit compte qu'il avait presque oublié. Il avait oublié la couleur exacte de ses yeux, la douceur de ses doigts sur sa peau, cette expression dans son regard, ses petites rides charmantes aux coins des yeux. Il avait oublié et se maudit encore.

« Hey, John. » murmura-t-elle dans un sourire.

Ca il n'avait pas oublié. Ce sourire là. Il le revoyait presque tous les jours sur le visage de Sammy. Le sourire qui illumine une pièce, le sourire qui fait fuir la tristesse et battre le cœur un peu plus vite.

« Hey, Mary. » répondit-il.

Elle continuait de lui caresser tendrement le visage et c'était merveilleux. C'était comme si ces douze années de chasse, de sang et de violence n'avaient jamais existées.

« Tu as l'air fatigué. Ferme les yeux et laisse-toi partir. Arrête de lutter. » Murmura-t-elle sur la voix la plus suave.

John ne répondit rien. Il se contenta de la regarder et d'essayer de tout mémoriser, comme si elle allait disparaître à nouveau.

Ca sentait l'herbe mouillée. Il adorait cette odeur, mais il ne savait plus pourquoi. Quelque part dans son cerveau il y avait une petite boîte remplie de choses dont il ne voulait plus se souvenir. Remplie de choses qui faisaient trop mal. L'odeur de l'herbe sous la pluie en faisait partie. Il ne savait plus pourquoi et il préférait ne pas s'en rappeler, ce serait moins difficile à remettre dans la boîte.

« Ferme les yeux. » souffla-t-elle en apposant un baiser sur ses lèvres.

Ca non plus, il n'avait pas oublié. Et ce n'était pas Mary. Son cerveau se désembua en un instant, comme si l'instinct du danger venait de s'éveiller. Sa Mary sur ses lèvres n'avait jamais eu ce gout d'eau croupie.

Avant qu'il n'ait le temps de faire quoi que ce soit il se retrouva submergé. L'eau était partout, au dessus, en dessous, autour. Elle s'infiltrait dans ses poumons quand il essayait de respirer et elle lui brulait les yeux.

Il était en train de se noyer. Pendant une seconde, une toute petite seconde il considéra l'idée de simplement fermer les yeux et d'attendre que sa vraie Mary ne lui ouvre les portes du paradis.

Ne soit pas stupide John, vu toutes les conneries que tu as faites dans ta vie, t'es pas près de voir la couleur de la robe de Saint Pierre. Il devait se battre, lutter encore, lutter toujours. Si ce n'était pas pour lui, au moins pour les garçons. Ils ne méritaient pas de perdre leur père même si leur père avait plusieurs fois mérité de les perdre eux.

Il agitât les bras et les jambes autant que ses membres groggys le lui permirent. Quelque chose le retenait au fond. Il se débattait avec tout ce qui lui restait de force et de rage. La prise lâcha soudainement et il se sentit remonter. Au bout d'interminables secondes où il avait commencé à voir sa vie défiler devant ses yeux, il émergea et prit une profonde inspiration.

Les yeux fermés, il resta un moment à surnager dans les eaux troubles du marais en essayant de reprendre son souffle.

Quand il regarda autour de lui, il ne vit rien. Pas de sirène, pas de Mary, pas de Myers. L'eau semblait calme, mais ce n'est pas à un vieux singe qu'on apprend à faire la grimace. Plus c'est calme, et plus ça a de chances de mal finir…

Il nagea jusqu'à la rive, qui ressemblait plus à un tas de boue qu'a une rive d'ailleurs, et rampa sur la terre ferme. Il ne faisait pas encore suffisamment confiance à ses jambes pour le porter. Pourtant elles devraient fonctionner, parce qu'il avait quelques comptes à régler. Un surtout.

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Myers était trempé jusqu'à l'os quand il arriva enfin à la Cadillac. Il était recouvert d'une sorte de liquide jaunâtre. Le sang des sirènes est donc jaune pisse, bon à savoir. La créature était particulièrement moche, accessoirement. De toute évidence, la sirène n'avait jamais vu le 'Ariel' de Walt Disney. C'était plus du genre Alien de Cameron. Encore une fois Hollywood était totalement à côté de la plaque.

Steven Myers était content. C'était la satisfaction du travail accompli. Un coup de couteau en acier trempé dans le cœur, et hop, 200 ans de disparitions vengées. Hum… c'était triste pour Winchester. Mais c'était un dommage collatéral qu'il était tout à fait prêt à accepter. C'était ça la chasse.

Il s'engouffra dans sa Cadillac en fredonnant God Save The Queen. On est anglais où on ne l'est pas… L'hymne envahissait sa gorge à chaque victoire sur une créature. Il sourit en y pensant et s'apprêta à mettre le contact. C'est alors qu'il sentit le froid glacial d'une lame contre son cou.

« Tu partais sans moi ? » Souffla John dans son oreille.

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« Damien Conrad ? Jamais entendu parler. » Marmonna Dean en jaugeant l'intrus qui avait pénétré dans sa chambre.

« Dean Winchester ? Jamais entendu parler non plus, mais hey, la faute à Johnny. » Rétorqua Damien en levant les mains en défense.

Le médecin était revenu quelques minutes plus tôt avec de bonnes nouvelles. Dean était réveillé et il allait relativement bien. Les plus importantes de ses blessures étaient deux côtes cassées et le sternum fendu mais aucun organe n'avait été touché. On comptait pas moins d'une vingtaine de coupures sur ses bras et son torse, mais rien d'important. A peine sept points de sutures sur le flanc droit. Il avait connu pire.

Quand Sam était arrivé dans la pièce Dean était sous une telle dose d'antidouleurs qu'il avait sourit bêtement sans même remarquer le type à l'allure bizarre qui l'accompagnait. Sam s'était blottit, contre son grand frère en ayant toutes les peines du monde à éviter les 36 tuyaux qui y étaient rattachés.

Quand Dean avait finalement remarqué l'intrus et que celui-ci s'était présenté, il s'était montré plutôt sceptique.

« Sammy, combien de fois je t'ai dit de te méfier de… »

« J'ai dis Christo ! » coupa le plus jeune

« Il a dit Christo. » confirma Damien.

« Pourquoi est ce que mon père vous enverrait alors qu'on ne sait même pas qui vous êtes ? » demanda-t-il sur un ton qui aurait fait honneur à tous les meneurs d'interrogatoire du FBI.

« C'est pas lui qui m'envoie. C'est Singer. Bobby. Vous connaissez Bobby ? »

« Je veux lui parler. » ordonna Dean.

Le ton autoritaire fit mouche. Damien sourit. « Vous savez, j'aurais très bien pu vivre sans avoir deux John miniatures de plus dans ma vie. »

« Personne ne vous à demandé de venir, et encore moins de rester. » cracha Dean.

« Aussi charmant que papa, non vraiment, c'est un plaisir. Winchester mon vieux, comme tu vas devoir me rembourser pour ça. »

Dean ne lâcha pas l'intrus des yeux, le foudroyant littéralement du regard.

« Bon, c'est pas que je n'aime pas notre petit face à face, mais Singer m'a demandé de vous sortir de là et j'ai tendance à considérer que ce serait plus judicieux de faire ça avant que les flics n'arrivent. »

« Je. Veux. Parler. A. Bobby. » Répéta Dean sans lâcher Damien des yeux.

Ce dernier leva les yeux au ciel et lui tendit son téléphone portable.

« Fait vite. »

Une demi-heure plus tard ils étaient dans la planque de Damien, un squat au nord de la ville. Malgré tous les regards assassins et les menaces de mort, Damien avait porté Dean jusqu'à son lit. « C'est ça où tu rampes ! » avait il hurlé.

Le chasseur avait ensuite fait un nouveau check up des blessures de Dean, toujours sous le poids d'un regard venimeux. Les points de suture avaient lâchés et il dû les refaire. A sa grande surprise il eut tout de même droit à un 'merci' quand ce fut terminé.

« De rien. » répondit-il.

« Vous habitez à Normal ? Vous êtes un chasseur depuis longtemps ? Depuis quand est ce que vous connaissez papa ? Comment est ce que vous l'avez connu? Pourquoi est ce qu'il n'a jamais parlé de vous ? » Demanda Sammy sans jamais respirer.

« Wow. » répondit simplement Damien en regardant Sam avec de grands yeux.

« Il fait ça tout le temps. » expliqua Dean en jouant les blasés « Le mieux c'est de ne pas répondre jusqu'à ce qu'il reformule. »

« Ha ha. » rétorqua Sam sans humour « Je suis mort de rire. »

Damien ne pu s'empêcher de sourire. Il côtoyait rarement des gamins, voir jamais. C'était marrant.

Evidemment pour lui c'était toujours aussi bizarre de les imaginer avec Winchester. Dans sa tête John était le même genre de solitaire que Bobby, en plus noir et plus tourmenté. Le genre de mec qui n'attire pas vraiment la sympathie au premier regard. Il se demandait quel genre de père il pouvait bien être. John était la dernière personne qu'il imaginait avec des gosses. Non, vraiment… quoi que… peut-être…Et c'est là qu'il réalisa que ce mec avait 'papa' marqué en travers de la gueule. Comment avait il pu être aussi aveugle ? En y repensant maintenant Damien revoyait John dans certaines situations… comme la fois avec le Black Dog, quand cette saloperie lui avait déchiqueté la jambe, qui était resté à lui tenir la main toute la nuit ? Qui envoyait-on toujours en première ligne quand l'affaire concernait des enfants, qui savait leur parler, les rassurer ? Qui devenait rouge de colère à la simple mention d'une Strigha ? Qui lui avait un jour demandé un remède contre la varicelle ??

« Alors ? » demanda Sam qui s'impatientait.

« Euh… non j'habite pas ici. J'ai pas vraiment de chez moi, je voyage pas mal. Je suis dans le milieu depuis environ 11 ans. C'était quoi ensuite la question ? »

« Depuis quand vous connaissez papa ? »

« 3 ans. On à chassé plusieurs fois ensemble. Il est impressionnant quand il s'y met… »

« C'est le meilleur. » souffla Dean dans un sourire.

Damien nota malgré tout que sa voix était fatiguée. Le gamin avait vécu pas mal de choses aujourd'hui, il avait l'air crevé et son frère aussi.

« Ouais, il est doué pour mentir aussi. »

Il n'obtint aucune réponse et fit semblant de bailler.

« Bon les mecs, je sais pas vous, mais moi je suis crevé. Je vais aller piquer un somme sur le canapé. »

« Attendez » appela Dean. Il attendit que Damien le regarde droit dans les yeux pour demander « Le démon que vous avez tué, vous savez qui c'était ? »

« C'était un démon, c'est tout ce que je sais. Je ne leur parle jamais assez longtemps pour leur demander leur nom. »

« Vous savez pourquoi il était là ? »

« Non, pourquoi ? »

Dean regarda une seconde Sammy qui s'était endormi à ses côtés.

« Il était là pour papa. C'était un piège pour lui. Il pensait qu'en nous attrapant nous, il le tiendrait lui. »

Damien regarda ce gosse de 16 ans lui parler avec la même intensité qu'un chasseur ayant vu trop d'horreurs. Le désespoir et la tristesse dans ses yeux faisaient peine à voir.

« C'est pour ça qu'il ne dit rien. Il ne ment pas vraiment, il ne dit pas tout. » Expliqua Dean toujours enclin à justifier les actes de son père.

« Dean, je connais John depuis assez longtemps pour savoir que c'est quelqu'un de bien. Complètement siphonné, certes, mais quelqu'un de bien malgré tout. Ce qui me vient le plus spontanément en parlant de lui c'est sa capacité à tout faire pour protéger les gens qui comptent pour lui. Et il vous protège plus que tout, je comprends ça. »

Dean acquiesça il resta quelques secondes comme ça, l'air grave jusqu'à ce qu'un sourire vienne illuminer son visage. « J'y crois pas une seule seconde. » dit-il l'air malicieux.

« C'est le 'spontanément' ? Pas crédible, hein ? »

Dean secoua la tête « Pas du tout. »

Damien fit claquer sa langue « Ouais, c'est ce que je me suis dit en le disant. Que penses tu de : 'c'est ce qui me vient le plus spontanément en parlant de John APRES le fait qu'il soit borné, qu'il ait un caractère de chien, qu'il soit toujours en train de gueuler ou de râler, ou les deux en même temps et qu'il chante atrocement faux par dessus la radio quand il croit que personne ne l'entend ?' »

« La j'y crois. »

Les deux se prirent d'un grand éclat de rire avant que Damien ne demande une fois de plus à Dean de dormir et ne quitte la pièce.

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Il allait devenir complètement dingue. C'était au moins la 10ème fois que John appelait à la maison et que personne ne répondait. Il était 20h, les garçons devaient être là. Il devait leur parler. Après cette journée, il devait les entendre, savoir qu'ils allaient bien. La tonalité incessante à l'autre bout de la ligne lui vrillait l'estomac. Quelque chose n'allait pas, il le sentait.

Au bout du onzième essai infructueux il se résolu à faire quelque chose qu'il avait évité pendant des années. Il composa un autre numéro sur le téléphone.

« Allo ? » dit une voix endormie.

« Damien, c'est John. »

« John ! Toujours vivant ? Ca fait plaisir que t'appelle de temps en temps. » Répondit le chasseur sur un ton ironique.

« Ecoute, j'ai pas trop le temps là. Il faut que tu me rendes un service. »

« Quel genre ? »

« Je voudrais que tu passes chez moi. »

« J'ai comme qui dirait un empêchement, là tout de suite. »

« J'en ai rien à foutre ! » cria John avant de réaliser qu'il s'énervait contre la seule personne qui pourrait l'aider. « euh…excuse moi, je suis un peu à cran en ce moment. »

« J'avais pas remarqué. »

« C'est vraiment important Damien, je ne te le demanderais pas sinon. »

« Je sais. Dis donc Johnny, j'ai une question pour toi : un gosse de 16 ans, dans les 1m80, plutôt baraqué, cheveux clairs, yeux verts, ça te dit quelque chose ? »

John en eut le souffle coupé. Il du respirer lentement plusieurs fois avant de pouvoir demander « De quoi tu parles ? »

« Il est accompagné d'un gosse plus jeune, 12 ans, environ 1m60 qui aurait grand besoin d'une coupe de cheveux ? Tu situes ? »

Le sang de John ne fit qu'un tour. Ce n'était définitivement pas le moment de lui faire des coups comme ça.

« Damien, qu'est ce qu'il se passe ? » demanda-t-il sur un ton inquisiteur.

« J'arrive pas à croire que tu ne me l'ai jamais dit ! Merde, on se connaît depuis 3 ans ! J'ai mis ma vie entre tes mains mec, et toi tu ne me dis même pas que t'as deux gamins. Comment t'as pu… »

« Ta gueule ! C'est pas le moment. Comment ils vont ? Qu'est ce qu'il se passe ? » Demanda le père Winchester, mort d'inquiétude.

« C'est une longue histoire. Ils sont chez moi. »

« Si tu leur fais quoi que ce soit je t'arrache les yeux. » cracha John avec toute la hargne qui lui restait.

« Oh la, oh la. Du calme. Personne ne va arracher les yeux de personne. Comme je te l'ai dit c'est une longue histoire et je suis trop crevé pour t'écouter hurler au téléphone. Pour te la faire courte, je chassais un démon et quand je l'ai coincé, il était dans une maison avec deux gamins. J'ai buté les gamins et sauvé le démon… euh, non, l'inverse. Enfin tu m'as compris quoi. Putain j'ai sommeil. Au passage, quelle surprise d'apprendre que c'était les tiens, de gamins. »

« Ils sont blessés ? Dis-moi qu'ils n'ont rien… »

« Je peux pas vraiment te dire ça. Quelques fractures, rien de grave. Ils vont bien John, t'inquiète pas, je veille sur eux. »

John se pinça l'arête du nez entre le pouce et l'index. Il ferma les yeux aussi forts que possible et quand il les rouvrit ils étaient pleins de larmes.

« Je veux leur parler. » dit-il au bout d'un moment.

« Ils dorment. Ils ont eut une longue journée. Ramène plutôt tes fesses par ici. »

« Ok… je pars tout de suite. »

« Au fait, ça a été avec Myers ? »

« Hum. » fut la seule réponse du père Winchester avant qu'il ne raccroche.

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Ne vous en faites pas, vous connaitrez le fin mot de l'histoire avec Myers dans le prochain et dernier chapitre!

TBC