Merci à tous ceux qui ont lu les deux premiers chapitres. Comme cette histoire est en cours de construction, je serais contente d'avoir votre avis pour savoir si je me dirige vers quelque chose qui n'intéresse personne ou si "ça roule" pour vous. Donc n'hésitez pas à laisser vos reviews ;-)


Chapitre trois: douche froide


La maitre de la Terre pénétra en fanfare dans la salle du trône où tous s'étaient réunis pour l'accueillir. Tout dans son attitude tendait à rappeler la fripouille aveugle, mais tout dans son apparence criait qu'elle n'était plus une gamine, mais une femme. Zuko la serra contre lui, puis Iroh

- Aah c'est toujours un plaisir de vous retrouver, dit-il.

- Et le plaisir est partagé, répondit-elle. Votre thé me manquait !

Elle salua Ursa qui s'était avancée et marqua une hésitation en sentant arriver Katara

- Katara, tu es… deux ? Ou alors tu as vraiment mangé quelque-chose que tu n'aurais pas dû…

Katara éclata de rire en serrant Toph dans ses bras. La jeune femme comprit, elle ironisa :

- Ça alors, tu as pris du ventre !

- Je suis enceinte, Toph.

- Oui, j'avais compris… mais je ne le savais pas !

- Je t'ai écrit pourtant…

- Ton écriture est illisible ! railla Toph en se passant la main devant les yeux.

Zuko rit et les invita tous à partager un bon repas dans la grande salle à manger. Mai se leva pour les suivre.

- Ah vous êtes là, M'dame la Seigneure du feu ! lança Toph. Je ne vous avais pas vue !

- Bonjour, répondit Mai d'une voix neutre.

Le repas dura toute l'après-midi et se prolongea une partie de la soirée. Toph raconta ses voyages à travers la Nation du Feu et la Royaume de la Terre, encouragée par Iroh qui aimait ces récits et par Katara qui n'avait pas beaucoup bougé du Pôle sud ou du Temple de l'Air Austral pendant toutes ces années.

- Si vous saviez le nombre de gars qui se battent pour déterrer des tonnes de cailloux sans intérêt !

- Tu dois parler des charbonnages… on se chauffe avec cette sorte de pierre.

- Charbon, diamants, tout ça résonne pareil dans mes petits pieds tu sais ! Mais le plus drôle ce sont ceux qui s'acharnent à creuser juste là où il n'y a rien à trouver, ou juste à côté des filons.

- Que leur dites-vous alors ? Vous leur indiquez l'endroit où chercher ?

- Nan ! Je leur tape sur l'épaule et je leur dit « Tu chauffes ! »

Ils rirent.

L'ambiance se refroidit quand Toph demanda à Katara pourquoi elle avait fait un tel trajet dans son état.

- Aang a disparu, répondit Katara. Il y a plus de huit semaines que je suis sans nouvelles de lui.

Zuko expliqua ce qu'il avait pu apprendre, en évitant bien sur tout ce qui se rapportait de près ou de loin au fait qu'il s'agissait d'un piège. Il dit seulement qu'il soupçonnait les agents du Dai Li. Toph l'écouta attentivement. Katara voyait sur son visage qu'elle sentait le joli mensonge par omission qu'ils venaient de lui servir.

- Si il y a des agents du Dai Li, comptez sur moi pour vous accompagner quand vous irez le chercher ! J'adore corriger les débutants.

Maneka et Mukr entrèrent avec des biscuits et du thé sur de larges plateaux dorés. Iroh complimenta la jeune fille.

- Ma chère, votre thé dégage un parfum enivrant, il me tarde de le gouter.

- J'ai eu le meilleur professeur, sourit-elle.

- Maintenant elle parle ! grinça Mai

Katara lui lança un regard assassin, se redressa et invita son élève à venir s'asseoir près d'elle.

- Viens, Maneka, reste donc cinq minutes. Avez-vous vu les progrès qu'elle a faits ? Elle aura bientôt rattrapé le retard qu'elle a sur l'apprentissage normal. Il se pourrait bien qu'elle devienne un plus grand maitre que moi.

- En effet, elle apprend très vite, ajouta Iroh. Mais elle a tout à gagner en travaillant la précision de ses coups.

- Lady Katara le dit tout le temps, rougit Maneka.

- Oh ne me donne pas du « Lady Katara » ! Katara, ou Maitre Katara si ça t'amuse, mais pas…

- Elle donnera du Lady et du Monsieur à nos hôtes parce que c'est sa place ! râla Mai. Arrêtez tous de lui servir un tel traitement de faveur !

- Oh crois-moi, tu ne voudrais pas des traitements de faveur de Katara ! lança Zuko

- Personne n'en veut ! renchérit Toph.

Iroh et Ursa sourirent sans comprendre l'allusion, Mai se renfrogna. La conversation dévia sur d'autres sujets. Maneka se releva docilement quand la théière fut vide pour aller préparer un peu de thé. Mukr restait en retrait, droit comme un I. Il faisait tapisserie. Toph demanda des nouvelles de tous leurs anciens amis.

- Haru prend vraiment ses responsabilités en tant que chef du village, il sert beaucoup le maintien de la paix dans le royaume de la terre. Il a épousé une jeune fille d'un village voisin. Je n'aime pas tellement sa manière de concevoir le couple : sa femme reste vraiment enfermée chez elle ! Je n'accepterais pas…

- Haru est un nul, coupa Toph. Comment vont Téo et Le Duc ?

- Le Duc a retrouvé les autres Freedom Fighters

- Quel nom romanesque ! s'exclama Ursa

- C'est notre ami de Bah-Sing-Se qui l'a choisi, souffla Zuko à son oncle.

- Ooh, cela ne m'étonne guère, répondit le vieil homme.

- Ils avaient un nouveau projet, aux dernières nouvelles. Ils pensaient créer une ferme ou une sorte d'orphelinat. Longshot et Smellerbee prennent vraiment les choses en main.

Elle sourit avant d'ajouter

- … main dans la main.

- Smellerbee, n'est-ce pas ce char… cette charmante demoiselle que nous avons rencontré sur le bateau ?

- Quant à Téo, il travaille beaucoup avec son père et Sokka. Ils fabriquent toutes sortes de machines auxquelles je n'entends rien. Mais certaines peuvent conduire de l'eau à plus de dix mètres de hauteur, et d'autres font des étincelles ou du vent. Sokka appelle ça un "venteur", je crois.

- Ce sont des espèces de jouets ? demanda Zuko

- Pour les maitres, ça a l'air de gadgets mais pour les non-maitre, ces inventions peuvent être utiles… je suppose. Suki reste beaucoup à Kyoshi mais en ballon ce n'est pas loin du Temple…

- Comment va le Roi de la Terre ? coupa Toph

- Je n'en sais rien. Suki s'occupe de leur trois fils, et elle a…

- Comment va ton père ? l'interrompit Toph

- Bien, très bien. Il ne voyage plus beaucoup. Par contre il est très fier de ses petits-fils dont tu ne sembles pas avoir envie d'entendre parler.

La maitre de la Terre soupira.

- Dis-moi comment vont les trois prodiges.

- Tobekka et Keheko, les ainés, semblent suivre les traces de leur père : ils jouent à se battre avec des bâtons, à grimper partout, à construire des « bidules », à râler. Mais le petit dernier, Meda, est plus calme. Suki se demande s'il ne serait pas un maitre.

- Un maitre de quoi ? demanda Zuko

- De la terre… ou de l'eau. On ne sait pas. La seule fois où on l'a vu maitriser, il jouait avec de la boue.

- Avec de la boue ? s'étonna Ursa

- Oui. Tobekka avait fabriqué tout un système pour irriguer l'eau et Keheko l'a cassé. Ils ont commencé à se battre à coups de mottes de terres trempées. Mais une balle perdue a filé droit sur Meda qui l'a déviée sans la toucher.

- C'est dégoutant, soupira Mai.

- Ce n'est pas très hygiénique, certes. Mais peu importe, il est probable qu'il maitrise l'eau ou la terre, ce qui serait formidable ! Je serais si fière de mon neveu…

- Oh comme je vous comprends ! dit Iroh.

Maneka revint avec un plateau chargé. Elle resservit un peu de thé aux convives. Mukr emporta les plateaux vides.

- Je n'ai toujours pas retrouvé ton collier, dit Toph. Comme c'est une pierre particulière, j'aurais pu la sentir, même de loin. Mais si quelqu'un le porte ou le cache, il n'est pas en contact avec le sol et je suis impuissante.

- Ce n'est rien, je me fais à l'idée de ne jamais le retrouver, répondit Katara en souriant gentiment à Maneka pour la remercier

La jeune fille faisait le tour de la table.

- Vous avez perdu un collier ? demanda Ursa, intriguée

- Celui de ma mère, dit Katara avec un sourire triste. Il avait été gravé pour ma grand-mère par un maitre, au Pôle nord. C'est vraiment un médaillon typique qu'on offre pour les fiançailles. On le grave dans n'importe quelle pierre, mais au Pôle nord, c'est cette pierre-là qui est la plus précieuse.

- Oh je me souviens précisément de votre si charmant médaillon ! s'exclama Iroh. Je n'en ai pas vu de si fins depuis. Il vous allait si bien, cette pierre avait exactement le bleu qui sied à vos beaux yeux.

- Cher Iroh, je suis mariée ! rit Katara avant d'ajouter, pour Ursa : Maitre Pakku avait gravé des vagues sur la face, le dos était parfaitement lisse. On le porte attaché à un ruban, très près du cou.

Elle désigna celui qu'elle portait pour expliquer. Maneka, en la regardant, renversa la théière bouillante et cria de douleur.

- Oh je suis désolée, dit-elle, je vais nettoyer ça…

Katara s'était levée et avait déjà ramassé une partie du thé étalé parterre. Elle s'agenouilla près de la jeune servante

- Tu t'es brulée ! il faut te soigner d'abord !

- Ce n'est pas un problème… dit Maneka, sur un ton d'excuse, en attirant à elle l'eau d'une carafe dont elle s'enroba la main. Elle appliqua ce gant d'eau sur sa brulure et la pièce fut baignée d'une lumière bleue intense.

- Tu es guérisseuse, constata Katara.

- Oui, depuis toujours, fit la jeune fille avec un air tout naturel.

- C'est un pouvoir très rare. Il faudra qu'on le cultive aussi, pendant ton entrainement.

- Vous… vous savez faire ça aussi ?

Katara sourit et se retourna vers la table. Les autres la regardaient, intrigués. Elle dit

- Maneka est guérisseuse.

Le seigneur du feu et sa famille se figèrent d'étonnement, avant d'acclamer cette nouvelle avec enthousiasme. Comment avaient-ils pu ne pas le remarquer en trois ans ? Zuko sembla d'abord surpris mais son visage s'éclaira après quelques secondes et il rit volontiers aux plaisanteries de Iroh.

Il était déjà tard quand Katara quitta la table, en s'excusant. Toph ne tarda pas, ainsi que Iroh et Ursa, à s'en aller trouver un sommeil réparateur. Zuko et sa femme se trouvèrent seul à seule. Mai avait cette expression neutre qui le fascinait autant qu'elle l'exaspérait. Comme il la fixait du regard, elle fronça les sourcils et demanda

- Quoi ?

Quoi quoi ? Il n'avait pas envie de créer une nouvelle dispute, surtout pas après une si agréable soirée. A part son petit coup de nerf adressé à Maneka, Mai avait été charmante, douce comme elle savait être, mesurant chaque mot qu'elle prononçait pour ne dire que ce qu'il était nécessaire de dire, riant comme il était de bon ton de le faire aux plaisanteries de leurs hôtes. Une parfaite maitresse de maison, une parfaite Fire Lady…

- Tu es belle, dit-il.

- Tu es si théâtral !

- Un peu de respect pour les compliments que le Seigneur du feu tente désespérément d'adresser à sa femme, tu veux ! Il pourrait te punir sévèrement pour ce sarcasme déplacé !

Elle lui adressa enfin un sourire. Ce sourire gourmand qu'il adorait, qu'il n'avait plus vu depuis longtemps.

- J'aimerais bien voir ça… fit-elle en penchant la tête un peu sur le côté, en plissant ses yeux gris, l'air vraiment intéressé. Il lui prit la main et l'entraina avec lui et elle semblait ravie de se laisser faire.

…oooOOOooo…

Katara était assise dans le jardin, au soleil, elle jouait avec les vagues à la surface de l'étang. Toph vint la rejoindre et s'assit, jambes croisées, indifférente au fait qu'elle découvrait ses jambes jusqu'au-dessus du genou. Katara hésita mais n'y prêta bientôt plus attention non plus. Toph prenait depuis toujours ses libertés par rapport aux conventions. Devenue femme, il était prévisible qu'elle ne se formaliserait pas avec ces satanées normes de décence.

- Je sais que tu m'as menti, Katara. Mais je ne t'en veux pas.

- C'est un secret… Il n'y a que Zuko et probablement Iroh qui sont au courant.

- Qu'est-ce que vous avez oublié de me dire ?

Katara jeta un œil par-dessus son épaule pour s'assurer que personne n'approchait avant de chuchoter

- Que la disparition de Aang était un coup monté contre Zuko. Et que je…

Elle n'eut pas besoin d'en dire plus, son amie avait vite compris. Sentant que Katara peinait à expliquer qu'elle avait accepté de tendre ce piège à Zuko, Toph la coupa et changea de sujet.

- Ça fait mal… je veux dire, d'être enceinte ?

- Parfois. Mais ce n'est rien à côté du bonheur d'être mère. Tu verras un jour, tu…

- Mouais…

Toph restait penchée en avant, ses mains posées sur ses genoux, avec sur le visage cette expression indéchiffrable, cet air triste, perdu dans le vague de ses yeux qui ne voient pas et toujours ses mèches rebelles comme dernier rempart. Katara reprit la parole, doucement

- Quand j'aurai mon enfant près de moi, je ne serai plus jamais seule. J'ai été trop seule, trop lâche, si longtemps.

- Tu n'es pas seule Katara.

- Alors qui l'est !?

- Moi… je suis seule, tout le temps.

- Oh Toph…

Katara n'avait pas de mots pour dire à quel point elle regrettait que les liens qui les unissaient se soient abimés avec le temps. Elle tendit sa main vers son amie mais celle-ci la rejeta, s'écartant. Toph leva la tête et dit, la voix tremblante (de colère ?) :

- Vous aviez promis ! vous aviez tous promis qu'on resterait soudés, mais votre joli serment n'était valable que par paire? Aang et toi, Sokka et Suki … Je suis aveugle et pourtant c'est moi qui suis toujours sur les routes pour tenter de garder le contact.

- J'étais au pôle sud, seule avec ma grand-mère. Je l'aurais tuée si j'étais repartie !

- Et ces deux dernières années, où étais-tu ?

- J'étais coincée dans un monastère à attendre que mon mari revienne, à tenter de me rappeler ce que j'avais comme projets il y a dix ans d'ici, à me persuader que j'ai fait les bons choix ! Nous avons enfin rétabli la paix, que demander de plus ?

- La paix ! Le monde est loin d'être en paix ! Si tu avais assisté à une réunion de gros commerçants et de vieux conciles comme j'ai dû le faire, tu saurais que la plupart des gens sont sur le qui-vive, qu'ils attendent que ça pète de nouveau. Personne ne croit que le monde est en paix à part toi, Sugar Queen !

Toph écrasait et ravageait en quelques mots tout ce à quoi Katara s'était accrochée pendant dix ans, elle détruisait le joli décor en carton-pâte dans lequel Katara jouait son rôle de gentille et pacifique femme de l'Avatar et la laissait là, au milieu du champ dévasté de ses illusions. Et la plus cruelle des révélations, celle qui balayait toutes ses résolutions, c'était :

- Voilà, Sweetness, j'espère que tu comprends quel monde tu crois préserver en te sacrifiant. Je ne sais pas quel rôle l'Avatar jouait dans ses autres vies, mais dans celle-ci, il joue dans un monde qui a appris à suivre d'autres règles pendant plus de cent ans. Les chefs d'états attendent son approbation mais son autorité est très limitée. Et si tu veux mon avis, c'est une bonne chose : si les rois acceptent de se soumettre à ses décisions, c'est seulement parce qu'il est « le plus fort » et qu'ils en ont peur. Qu'ils se débrouillent sans lui, et la paix sera maintenue même s'il disparaît.

Katara regardait le visage déterminé de Toph, inébranlable, « comme un roc ». Elle-même se sentait si petite, si naïve, si faible. La maitre de la terre ajouta en se levant

- La preuve que l'Avatar n'est pas si important, c'est qu'on l'utilise pour capturer le Seigneur du feu, et non l'inverse. Aang devait achever cette guerre et il l'a fait. Quand on l'aura récupéré, il faudra lui dire qu'il peut se reposer un peu auprès de sa petite maitre de l'eau de femme dans leur joli petit temple suspendu dans ses jolies montagnes.

Toph s'éloigna pour rejoindre Iroh qui traversait les arcades.

- Je ne retournerai pas au temple… chuchota Katara.


AN: J'essaie d'écrire une histoire avec des intrigues amoureuses et politiques qui soit intéressante mais tout ça prend du temps pour mettre les éléments en place. Ça devrait être plus mouvementé dès les chapitres suivants...