Chapitre Cinq: des oiseaux, des épées et ça
Les trois jours suivants avaient été si riches en événements que Zuko en avait le tournis.
Il avait reçu encore deux messages de menace portés par des faucons de la même race, et le rapace à chaque fois s'arrangeait pour le mordre jusqu'au sang. Les gardes avaient réussi à en attraper un mais Zuko n'eut pas le cœur de laisser un oiseau en cage et avait ordonné qu'on le relâche
- Il n'est pas responsable de la bêtise de son propriétaire. Je ferai venir le plus jeune des Shu pour lui demander des comptes.
- Voilà qui est ingénieux, mon neveu. Sur les trois générations de Shu, je crois que la dernière est la moins atteinte pas la Langue-de-serpent.
- C'est surtout la moins influencée par Azula. Pyro Shu n'a pas vingt ans, il a encore l'esprit frais.
Les deux parchemins qu'il avait reçus étaient clairs : il n'avait pas sa place sur le trône. Il relisait les messages, attentivement, cherchant un indice- et il sentait de plus en plus clairement la patte d'Azula derrière tout ça.
« Le sang des rois ne suffit pas. »
« Bannir n'est pas punir, c'est spolier. Ton père l'avait compris »
Il ne comprenait pas comment elle pouvait agir sur ces hommes, de là où elle était. Peut-être avait-elle pris des dispositions avant sa défaite ? La connaissant, Zuko chassa cette hypothèse : Azula et son esprit de plus en plus malade n'auraient pas envisagé l'échec- elle avait cru jusqu'au bout à sa victoire et il n'était pas sûr que, dans sa tête, elle ne soit pas convaincue d'avoir gagné.
Le palais royal avait également accueilli trois hôtes de marque : les élèves de Piandao. Ils portaient un message de la part du maitre épéiste à l'attention de Iroh.
- Ah mon cher vieil ami m'envoie ses trois meilleurs élèves. « En ces temps troublés, vous serez, je l'espère, heureux de recevoir le soutiens d'un sujet et d'un ami soucieux de protéger vos intérêts, notre nation et la paix. Je vous envoie pour cela mes meilleurs élèves : Saji, Reiko et Jee. Je n'hésite pas à dire que Jee, malgré son jeune âge, est sans doute l'élève le plus prometteur que j'ai eu, hormis Maitre Sokka, bien entendu- vous remettrez mes amitiés à sa sœur. » Ah, ce cher Piandao, quelle plume ! fit Iroh, achevant la lecture.
Les trois élèves de Piandao étaient alignés et se tenaient droits dans leurs longs kimonos noir et or, pas le moins du monde intimidés par la magnificence de la salle du trône, pas très souriants non plus. Zuko quitta son trône pour inspecter de plus près ces nouvelles troupes. Il avait déjà une vague idée des missions qu'il pourrait leur confier…
Saji était une jeune femme de même âge que Katara, elle portait ses cheveux noirs tirés en arrière et son épée pendant nonchalamment à sa ceinture. Elle ne baissa pas ses grands yeux noirs quand le Fire Lord s'approcha d'elle. A sa droite se trouvait Reiko, la trentaine, l'épée au dos, les yeux couleur d'or et le crâne rasé à part, à l'arrière, une longue tresse. Il devait venir d'une ancienne famille car ce type de coiffures très traditionnelles était tombé en désuétude.
- De quelle famille êtes-vous issu ? demanda Zuko
- Je suis le dernier des Du-Mah-Zon. Et je suis fidèle à ma nation, comme mon père avant moi.
Le message, en décrypté, disait « Je me fous de savoir qui tu es, Fire Lord, et n'espère pas mon obéissance aveugle à tes ordres stériles si je n'en vois pas l'intérêt pour nous tous. » Zuko eut un sourire en coin et répondit
- Parfait, je suis avant tout fidèle à ma nation également. Nous devrions pouvoir agir dans le même sens.
En clair : « Ne commence pas à faire ta tête-de-nœud ou tu n'aideras personne ».
Enfin, le Fire Lord fit face à Jee, le plus jeune des trois. Il devait avoir vingt ans, pas beaucoup plus. Il portait son épée au dos et les cheveux noués en chignon haut ; il ne détourna pas plus ses yeux gris du visage du jeune Seigneur que ses prédécesseurs. En temps normal, songea Zuko, ce genre de comportement est considéré comme le summum de l'impertinence- mais avec Sokka et ses idées bien arrêtées, il avait déjà fait l'expérience des caractères qui plaisaient au vieux Piandao. Il se tourna vers le plus âgé, Reiko, et lui demanda
- Votre maitre vous a-t-il donné des instructions précises ou me laisse-t-il entièrement libre d'user de vos talents à ma guise ?
L'homme hésita un instant avant de répondre
- Nous sommes là pour vous servir, vous pouvez donc nous envoyer où nous serons utiles.
- Je peux vous séparer ?
- Selon les instructions du Maitre, oui.
- Sous-entendu, hors les consignes de Piandao… ?
L'homme sourit. Le Fire Lord n'était pas l'imbécile auquel il s'attendait, il avait vite compris que Reiko ne parlait jamais qu'à demi-mot.
- Je préférerais garder un œil sur Saji. Elle a été blessée à la jambe gauche il y a moins de deux mois et elle reste faible dans ses revers.
La jeune femme, qui ne captait probablement pas le sens caché des propos de son ainé, grogna de frustration de se voir materner de la sorte par un homme qui l'ignorait les deux tiers du temps. Le fils des Du-Mah-Zon tenait manifestement beaucoup à elle, pensa Zuko et le regard entendu que lui lança Iroh confirma cette intuition
- Je suis tout à fait capable de… commença Saji.
- Accordé, fit Zuko. Vous formerez une équipe et je vous confierai dès demain les détails de votre mission. Saji, je vous enverrai Katara dès que vous serez installée, elle peut peut-être améliorer l'état de votre jambe. Jee, vous vous joindrez aux gardes jusqu'à ce que je trouve un défi plus à la hauteur.
Il les regarda un instant et fit appeler une femme de chambre et Mukr
- Si vous voulez vous reposer, Mukr va vous conduire à vos chambres. Si vous voulez vous entraîner, les jardins sont à votre disposition ainsi que la salle d'arme- Sokka la trouvait super…
Les trois épéistes saluèrent le Fire Lord et son oncle et quittèrent la salle du trône en silence. Zuko regarda son oncle qui souriait, apparemment confiant dans la tournure que prenaient les événements.
Il sortit quelques minutes plus tard, décidé à trouver Katara pour lui apprendre la nouvelle et l'informer surtout des parchemins qu'il recevait- il y avait peut-être un lien avec l'enlèvement de Aang- ou alors il s'agissait d'une drôle de coïncidence. Il ne la trouva pas dans les jardins, ni dans l'aile des invités. Il rencontra enfin Toph et Ursa, devant la chambre de Mai.
Il n'avait pas envie de croiser sa femme. Sa douce Fire Lady de la semaine précédente s'était transformée du jour au lendemain en élan-lion prêt à charger à tout moment sans qu'il comprenne pourquoi. Il lança un regard intrigué à sa mère qui avait l'air très soucieux.
- Mai est nauséeuse depuis quelques jours, dit simplement Ursa.
- Oh ? Elle n'est pas malade au moins ? s'inquiéta-t-il, supposant que la mauvaise humeur de sa femme était liée à ces perturbations intestinales- qui pourrait être guilleret dans de telles conditions ?
Enfin, quelqu'un sortit de la chambre. Katara. Elle lança un regard complice à Ursa que Zuko remarqua à peine
- Je te cherchais ! fit-il, un peu ennuyé du lieu et du nombre de personnes autour de lui, toujours concentré sur ce qu'il avait à dire.
- Alors ? demanda Ursa sans se soucier de lui.
- Alors… c'est bien les hormones, dit la maitre de l'eau avec un air expert avant de se tourner vers Zuko et de le serrer dans ses bras. Félicitations !
- Hein, quoi ?
Ursa s'était jetée dans les bras de son fils en s'exclamant « Enfin ! » avant d'entrer en trombe dans la chambre pour aller embrasser Mai. Il ne comprenait toujours pas ce qui se passait autour de lui, mais ça devait être grave pour que sa mère soit aussi affectueuse avec sa femme. Toph, comme à son habitude, sembla avoir lu ses pensées, et dit d'un ton sarcastique
- Héhé c'est amusant, Mai n'aurais pu faire que deux choses pour susciter une telle joie chez ta mère : agoniser et ça.
- Donc elle n'est pas à l'agonie… ? demanda Zuko, saisissant enfin un indice dans ce qu'on lui disait.
Katara le regardait, les yeux brillant et sur les lèvres un sourire affectueux et amusé. Il reprit depuis le début « nausée » « hormones » « ça» et son sou tomba.
- Oh mince alors ! fit-il
- Félicitations ! répéta Katara, en riant
- Ouais, bravo ! éclata Toph.
- Depuis combien de temps ? demanda-t-il
- Un peu moins de trois mois, répondit Katara, médicale.
- Le Seigneur du Feu fête activement le nouvel An, claironna Toph. Qu'on se le dise.
Et il leur sourit bêtement avant de se précipiter dans la chambre.
Katara, suivie de Maneka et Toph, qui était curieuse de rencontrer les « dignes successeurs » de Sokka, se dirigeait vers la salle d'arme. Zuko avait attribué des chambres aux trois disciples, mais elle savait qu'ils n'auraient pas résisté à quelques passes dans la grande pièce. Quand elle y entra, elle fut éblouie par l'intense lumière provenant des baies, à sa droite. Le mur de gauche était couvert de barres et d'espaliers, celui qui lui faisait face n'était qu'un immense miroir- les maitres du feu excellaient dans leur fabrication, songea-t-elle. Le sol enfin, était couvert de tatamis. Les trois maitres s'exerçaient séparément. La jeune fille faisait des flexions, l'homme au crâne rasé boxait un mannequin et le jeune homme semblait méditer dans un coin. Ils s'arrêtèrent tous quand ils remarquèrent sa présence.
- Bonjour, lança-t-elle. Je suis Katara, voici Toph et Maneka.
Ils semblèrent d'abord l'ignorer puis le plus jeune demanda
- Vous êtes la sœur de Maitre Sokka?
- Oui, c'est moi. Je ne l'appelle pas « maitre », mais Sokka est bien mon frère.
Celui qui avait parlé sourit timidement mais les deux autres restèrent stoïques.
- Maitre Piandao vous remet ses amitiés, dit enfin la femme.
- C'est charmant de sa part. Tu dois être Saji. Zuko m'a dit que tu étais blessée à la jambe.
- C'est une vielle blessure… commenta Saji avant de s'asseoir et de laisser Katara s'approcher pour jeter un œil. Une sorte de claquage musculaire, rien de grave…
- Maneka, viens voir ici. Effectivement, ce n'est pas bien grave mais tu n'aurais pas pu t'appuyer autant sur cette jambe que sur l'autre et dans un combat, il vaut mieux pouvoir compter sur tous ses membres, non ?
- Vous pouv…
- Vous êtes aussi familière avec tout le monde ou c'est juste parce que vous vous sentez très supérieure avec votre maitrise de l'eau ? grinça le dénommé Reiko.
Katara resta un instant stupéfaite. L'homme semblait nerveux et elle ne comprenait pas son élan d'agressivité. C'est Toph qui répliqua
- Katara n'est pas « familière », elle est gentille. Toi, tu es irrespectueux de lui parler comme tu le fais !
- Et toc ! lança Jee de son coin
Katara reporta son attention sur la jambe de Saji avant de montrer à Maneka comment poser ses mains. Le jeune fille créa un long filet d'eau qui s'enroula autour de la cuisse blessée et se mit à briller quand elle appliqua ses mains comme son maitre lui avait indiqué. L'épéiste regardait les deux maitres de l'eau avec curiosité et probablement un peu d'appréhension. Quand Maneka se redressa, la jambe était comme neuve. Saji se leva, courut autour de la grande salle. Elle s'approcha de Reiko à qui elle donna un coup de pied en s'exclamant
- Mawashi-geri ! Je n'ai plus aucune gêne, je peux te mettre en pièce quand je veux !
- J'aimerais voir ça !
Et les deux élèves de Piandao commencèrent à se battre à coup de poings et de pieds sous le regard saisi de Maneka.
- Ils font ça souvent, fit Toph. Ce n'était pas une question mais Jee, qui s'était levé, confirma en opinant du chef. Reiko avait soulevé Saji au-dessus de ses épaules et elle lui criait de la lâcher.
- Ils s'aiment bien, constata Toph et Jee approuva à nouveau. Katara rit : le jeune homme n'avait probablement pas remarqué que Toph était aveugle.
- Ta réputation ne t'a pas précédée, cette fois, lança-t-elle à Toph.
- Oh si, se défendit le jeune homme. Maitre Toph est aveugle…
- Alors pourquoi tu fais « oui » au lieu de dire « oui » ? demanda Maneka
- Parce que je sais qu'elle peut sentir que je fais « oui » grâce à sa maitrise de la terre. Sa réputation ne lui fait pas défaut. Et c'est un honneur pour moi de la rencontrer.
- Okay, fit Toph, vous commencez par arrêter de parler de moi comme si j'étais pas là, les jeunes.
Comme Jee ouvrait la bouche pour se défendre, elle le pointa du doigt pour lui signifier de se taire et de son ton des mauvais jours, elle ajouta :
- Ensuite vous vous remettez au travail ! On a un avatar à retrouver alors on arrête de jouer. Puisque tu restes au palais, mon grand, je veux te voir demain matin à la première heure dans les jardins- on va te muscler un peu !
Elle sortit à grand pas suivie de Katara qui riait et d'une Maneka toute saisie.
…oooOOOooo…
Zuko se retourna pour la millième fois. Il ne parvenait pas à dormir. Tout se bousculait dans sa tête : l'Avatar, les messages de plus en plus menaçants, les deux élèves de Piandao en route pour le Pôle nord, et Mai… enceinte ! Il ne savait s'il était heureux ou désespéré par cette nouvelle qui n'arrivait pas vraiment à point nommé- puisqu'on menaçait toute personne avec qui il était lié. Quand il avait rejoint le chevet de Mai, celle-ci avait eu l'air fatiguée et fière. Il l'avait serrée contre lui et caressé ses longs cheveux soyeux en enfonçant son visage au creux de son cou, il l'avait embrassée, lui avait demandé un nombre incalculable de fois si ça allait, si elle n'avait besoin de rien. Et il revoyait la scène avec une intensité telle qu'il se demandait s'il ne s'agissait pas d'une hallucination.
- Ah je savais qu'il fallait être grosse pour attirer ton attention… murmura-t-elle
Elle n'attendait pas de réponse, c'était une boutade, pour couper à l'excès d'émotions qui la traversait- et Mai détestait se sentir submergée par ses sentiments.
- Maintenant je vais commencer à être irrationnelle et caractérielle, ajouta-t-elle sur un ton de menace.
- Tu veux dire… plus qu'avant ? fit-il en roulant les yeux d'un air paniqué.
- Je te déteste, grogna-t-elle.
- Moi non plus, chuchota-t-il en l'embrassant encore...
Mais depuis deux jours, elle restait enfermée dans sa chambre, trop malade pour en sortir. Katara avait tenté de le rassurer, mais il savait que Mai, même si elle faisait une formidable combattante, était de faible constitution. Enfant, elle avait été longtemps malade et les médecins avaient prescrits un séjour en altitude, pour l'air pur, loin des volcans de la Nation du feu. Son père s'était retrouvé gouverneur d'Omashu et ça tombait « bien ». Il lui avait écrit mais elle n'avait pas répondu. Ils ont perdu tout contact pendant son exil et il ne l'a retrouvée qu'après avoir causé la chute de Bah-Sing-Se. Il repensa à leur retour, et à l'air désinvolte et pourtant très entreprenant de Mai sur le bateau… Et maintenant, elle portait leur enfant !
Il se leva, un peu hagard. Il allait être père. Iroh serait toujours là pour le soutenir, pour l'empêcher de devenir… comme Ozai.
Il enfila une robe de chambre et sortit dans les jardins. La lune brillait, parfaitement ronde, et se reflétait dans l'eau de l'étang près duquel une silhouette était agenouillée. Il n'eut pas besoin de s'approcher pour savoir de qui il s'agissait. Katara.
- Bonsoir, fit-elle lorsqu'il parvint à sa hauteur.
- Bonsoir. Tu… tu veux venir faire quelques pas avec moi? Je n'arrive pas à dormir.
Elle rit en se levant et acquiesça avec un grand sourire
- Moi non plus, dit-elle en regardant le ciel. C'est la pleine lune. Ça me fait chaque fois le même effet, je suis incapable de m'allonger avant l'aube.
Comme elle ne semblait pas très stable sur ses jambes, avec son ventre énorme, il lui tendit son bras et elle s'y agrippa gentiment.
Ils marchèrent un peu en silence. Zuko remarqua les ombres des hommes de Shit-Sang sur les toits et la silhouette de Jee, sous les arcades.
- Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on ne risque rien… fit-elle
- Même sans eux, cette nuit, je ne crains pour personne dans ce palais, assura-t-il en la regardant du coin des yeux. A propos, tu vis mieux ce… pouvoir ?
- J'ai eu à m'en servir pour protéger des gens que j'aimais, et pour guérir… Ce que ta mère m'a dit il y a dix ans m'aide beaucoup, encore maintenant, quand je doute je me répète « Ce pouvoir fait partie de moi, le refuser m'empêcherait d'agir », et je vais mieux.
Ils marchèrent encore un peu, côte à côte et silencieux. Katara prenait toujours appui sur le bras de Zuko.
- Tu vas bientôt être père, dit-elle après quelques minutes
- On dirait… je n'en reviens pas encore.
- Tu te feras à l'idée quand Mai aura un bon gros ventre et un petit être qui gigote à l'intérieur…
- J'ai du mal à l'imaginer… tu sais…
- Elle sera parfaite. Et toi aussi.
Il s'arrêta pour la regarder en face.
- Tu crois vraiment ?
- J'en suis sure. J'ai vu comment tu prenais à cœur l'apprentissage de Aang, comment tu le ménageais quand il se trompait ou te blessait… C'est le genre de choses qu'un père doit pouvoir faire…
Zuko baissa la tête un instant, avant de plonger des yeux d'ambre dans ceux, si bleus, de Katara. Il n'avait pas besoin de prononcer « Merci » pour qu'elle l'entende. Elle lui offrit un de ses sourires de petite fille où ses joues arrondies semblaient deux pommes attendant d'être croquées.
- Oh, je vais te montrer les Lunalys - tu vas adorer ! fit-il, comme un enfant très fier d'avoir fait quelque chose de bien.
Il la conduisit en silence jusqu'à un bosquet de fleurs, plus loin dans les jardins. Elles semblaient fluorescentes dans l'ombre des arbres. Leurs corolles d'un bleu intense, larges comme une main brillaient sous l'éclat de la lune. Katara les regarda, émerveillée.
- Les fleurs de lune… J'en avais entendu parler… souffla-t-elle, mais je pensais l'espèce disparue.
- Elle l'était. Mais un artisan dans le sud du pays s'est lancé dans la « reconstitution » d'espèces éteintes…
- C'est magnifique, chuchota-elle en appuyant sa tête sur le bras de Zuko.
Ils restèrent longtemps à contempler les fleurs qui, comme les tournesols suivent la course du soleil, semblaient suivre celle de la lune. Quand il avait rencontré l'artisan Hego, quelques années plus tôt, Zuko l'avait d'abord pris pour un fou puis il avait vu ces fleurs, les Lunalys. Sans trop savoir pourquoi, il avait voulu en avoir un bosquet complet dans ses jardins. Enfin, si, il savait précisément pourquoi mais il chassait cette idée comme on balaie l'air pour éloigner une mouche. Katara soupira à côté de lui et releva la tête. Elle avait déjà le pli du tissu légèrement imprimé sur la tempe. Depuis combien de temps étaient-ils là ?
- Katara… dis-moi…
- Katara, dis-moi… Est-ce qu'il y a eu quelque chose entre nous- à part Aang et tout ça ?
Elle s'écarta de lui, quitte à basculer. Elle tenta de reporter son attention sur le bosquet, sur les fleurs, bleues, intensément bleues.
- Dis-moi, insista-t-il
Elle leva la tête et trouva ses yeux d'ambre flamboyants. Il avait les traits fatigués, les cheveux défaits- alors qu'il arborait toujours son chignon serré et sa couronne d'or, en journée. Il semblait surpris par sa propre question, comme s'il avait compris qu'il se la posait au moment où elle avait franchi ses lèvres. Katara ne savait quoi répondre. Puis elle pensa à la confession de Toph, quelques jours plus tôt et se dit amèrement que les hommes sont probablement tous pareils.
- Je ne comprends pas ta question, Seigneur Zuko, répondit-elle enfin
- Est-ce qu'il y a jamais eu autre chose entre nous que Aang ?
- Non, rien à part Aang entre nous, dit-elle d'une voix douce avant de s'élever sur la pointe des pieds pour venir poser un baiser sur la joue gauche de Zuko. Rien du tout.
Rien à part de l'amitié sincère et une très grande confiance.
Elle s'éloigna à petits pas en se disant qu'elle aurait probablement encore plus de mal que d'habitude à trouver le sommeil et que la pleine lune n'y serait pour rien.
AN: Voilà j'espère que ça vous plait. Ahaha il me tarde d'avoir fini le prochain chapitre!
N'hésitez pas à me donner votre avis, surtout- et pour ça il vous suffit d'appuyer sur le boutons "submit review"- c'est gratuit!
A très vite pour la suite!
