Merci à lovetemashika pour ses encouragements. J'espère que cette fic te plait ;-)
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Chapitre Sept: eaux troubles
Katara, Ursa et Toph discutaient, confortablement installées dans les sofas qui meublaient la serre. Le maitre de l'eau avait passé la matinée à l'Infirmerie à entrainer Maneka à guérir ; la jeune fille excellait dans la discipline mais la moindre plaie trop suintante la dégoutait au point de lui faire tourner de l'œil. Toph, elle, partageait des séances d'entrainement avec le disciple de Piandao qui était ravi d'ajouter l'expérience de la maitre de la terre à son enseignement ; Toph avait commencé par lui bander les yeux en disant « Pas de jaloux ! ». Le repos de cet après-midi était donc bienvenu.
Ursa avait expliqué qu'elle entretenait là un petit potager et plusieurs variétés d'orchidées. L'atmosphère y était chaleureuse et agréable et le parfum des plantes était apaisant. Ursa s'était enthousiasmée à l'idée d'être – enfin !- grand-mère et était revenue sur l'amour inconditionnel qu'elle portait à ses enfants- à tous ses enfants. Toph ne comprenait pas qu'elle « aime » le monstre tyrannique, sadique et dangereusement puissant qui lui servait de fille. Ursa avait expliqué :
- Vous savez, chère Maitre Toph, j'appartiens à un monde où on fait rarement un mariage d'amour. Même si c'était un grand honneur d'épouser le Grand Prince Ozai- je n'aimais pas Ozai et il n'était pas aimable-. Je n'ai jamais été « heureuse » d'être sa femme… jusqu'à la naissance de Zuko et Azula. Je n'étais plus une femme, j'étais une mère, et rien d'autre n'avait plus d'importance.
- Mouais… Mes parents espéraient probablement que je ferais un mariage d'intérêt mais ils ont vite compris que je ne me soumettrais pas à ce genre d'arrangements. De toute façon, la moindre alliance enrichirait plus la famille du prétendant que la mienne- qui saurait difficilement devenir encore plus riche- donc ils n'ont pas insisté…
- Vous n'imaginez pas la chance que vous avez de disposer d'une telle liberté…
Toph s'était allongé sur le ventre, pour pouvoir poser une main au sol. Katara était appuyée à l'accoudoir, les jambes croisées repliées sous elle et Ursa avait ces allures majestueuses et respectables de Reine-mère qui avaient marqué Katara dès la seconde où elle l'avait vue, dix ans plus tôt.
Toph avait repris Ursa : elle se rendait bien compte de sa « chance ». Elle sembla hésiter avant de demander
- Si c'est pas trop indiscret… comment vous avez tenu le coup, je veux dire, votre mari était particulièrement peu sympathique…
Toph devait s'attendre à finir mariée contre son gré; bien qu'elle ait démontré sa force de caractère, ses parents étaient capables de lui imposer ça. Katara regarda son amie, surprise de sa capacité à dissimuler ce qui la tracassait vraiment.
- Je vous l'ai dit, j'ai toujours pensé avant tout à mes enfants, répondit Ursa, bienveillante. C'est eux qui ont fait mon bonheur.
- Mouais… mais il a quand même fallu les faire, ces enfants… comment… ? insista Toph, sans formuler pourtant sa question. Ursa semblait saisie, un peu gênée mais elle répondit :
- Oh !? Effectivement, c'est assez indiscret mais… Il est des moments où il faut... penser qu'on fait… son devoir.
- Ou penser à quelqu'un d'autre, fit Katara sur le ton de la conversation.
Quand Ursa et Toph se tournèrent vers elle, elle balbutia
- Enfin je suppose… Beaucoup de fille se retrouvent mariées contre leur gré dans les tribus de l'eau- surtout au pôle Nord… elles en parlent… hem.
Elle fut sauvée par l'arrivée d'Iroh, suivi de Maneka qui portait un plateau avec... du thé et des gâteaux.
- Cher Iroh, vous arrivez à point nommé ! rit Ursa en libérant suffisamment de place sur son sofa pour permettre à son beau-frère et ami de s'asseoir.
- Je n'ai pas pu résister à l'envie de savourer une tasse de thé en aussi charmante compagnie. Mais je vous interromps, vous discutiez sans doute…
- Du bébé ! s'exclamèrent les trois femmes d'une même voix.
- Ah le sujet est sur toutes les lèvres ! approuva Iroh en approchant de son nez expert sa tasse fumante.
- Les médecins royaux s'occupent bien de Mai, à ce que j'ai entendu… avança Ursa.
- Je ne comprends pas pourquoi elle refuse que vous vous occupiez d'elle… soupira Iroh à l'attention de Katara.
- Moi non plus, Iroh, mais je ne m'en offense pas… Elle est entre de bonnes mains. Ce qui est dommage, c'est que Maneka aurait pu apprendre beaucoup en procurant certains soins… tout en apaisant les nausées de la reine. J'essaierai d'aller la voir cet après-midi, peut-être qu'en insistant un peu, elle finira par accepter mon aide.
- Mouais, c'est une vraie tête de mule ! fit Toph
Un silence passa, ponctué seulement par les bruits de la porcelaine sur la table basse et de Toph mâchant goulument un gâteau sec.
- Quand annoncerez-vous publiquement sa grossesse ? demanda Katara, plus pour discuter que par véritable intérêt pour la question
- Nous pourrions l'annoncer d'ici la fin de la semaine, répondit Ursa. Communément, c'est vers les trois mois que le peuple apprend les grossesses royales- surtout dans le cas d'un prince héritier
- Ou d'une princesse… reprit Iroh. En souhaitant qu'elle hérite du charme de sa grand-mère.
Ursa prit des airs timides en remerciant le vieux général. Toph interrompit leur roucoulade :
- Un truc qui m'intrigue… Comment ça se fait que le Seigneur du feu et Mai ont pu rester fiancés si longtemps ? Y a pas de date de péremption pour les fiançailles dans la Nation de feu ?
Iroh rit avant de répondre
- C'est une excellente question. En temps normal, effectivement, le mariage aurait dû avoir lieu dans les dix-huit mois suivants la proclamation publique des fiançailles.
- Mais avec la fin de la guerre et l'instabilité politique du Royaume, les nobles n'ont pas insisté- ils étaient déjà assez contents que le seigneur du feu ait choisi une jeune fille d'une bonne famille…
- Et de votre nation surtout, grinça Katara convaincue que si le Grand prince était revenu de son exil avec une demoiselle de Bah-Sing-Se dans ses valises, ladite demoiselle n'aurait pas été si bien acceptée.
- …et de notre Nation, effectivement, avoua Iroh. Si les peuples ne montrent que peu de réticences à l'idée du métissage, il est malheureusement vrai que les nobles et les rois restent conservateurs et…
- Racistes, coupa Toph
- Ah mesdames je vous adore ! s'exclama le vieil homme. Ursa, quand je vous disais qu'elles avaient du mordant !
Ursa rit et chacun but une gorgée de thé. Iroh reprit, un ton plus bas
- Il faut aussi avouer que les seuls nobles qui auraient trouvé à redire sur l'exceptionnelle longueur de ces fiançailles sont ceux qui étaient fidèles à Ozai et sa fille. Pour eux, Azula demeure seconde dans l'ordre d'accession au trône.
- Plus maintenant puisque Zuko va donner un héritier pour la couronne à sa Nation, souligna Ursa
- Il va être père, rétorqua Katara qui ne comprenait pas que le statut de l'enfant importe plus que l'enfant lui-même.
- De toute façon, je vous prie de croire que Zuko a pris ses dispositions pour empêcher sa sœur de monter sur le trône. Il a déjà nommé plusieurs régents « au-cas-où ».
La conversation repartit sur le thé, les plantes, les affaires courantes puis revint sur les occupations de Katara au temple de l'Air.
- Vous êtes sure que vous ne vous y ennuyez pas ? demanda Ursa.
- Pas le moins du monde. Je regrette d'être loin de chez moi et loin de la mer, mais je ne m'ennuie pas. Beaucoup de gens se déplacent pour venir demander l'aide de l'Avatar. Comme il est souvent absent, je leur apporte mon aide, du mieux que je peux. Il y a beaucoup de blessés, de réfugiés qui viennent chercher son soutien. Toutes ces populations repartent ou… repeuplent les temples et apprennent à cultiver les montagnes- comme le père de Téo l'a fait avec le temple Boréal. Ils sont un nouveau peuple de l'Air, en somme…
- L'Avatar doit être content de voir ces lieux où son peuple vivait à nouveau habités.
- Il a été un peu « bousculé » par les transformations apportées par les nouveaux habitants pour aménager ces temples. Mais les migrants sont, depuis le Réveil de Aang, plus respectueux que le Mécanicien de l'histoire des Nomades de l'Air…
Katara fut interrompue par l'arrivée d'un Zuko ennuyé et concerné dans la serre. Il demanda à lui parler. En privé.
Zuko guida Katara jusqu'à la chambre qu'elle occupait depuis trois semaines déjà. Elle avait compris à son regard qu'il n'apportait pas de bonnes nouvelles et qu'il n'en dirait mot avant de s'être assuré qu'elle était en lieu sûr. Et contrairement à son habitude, elle n'avait pas insisté.
C'était leur premier face à face depuis la pleine lune. Katara ne savait toujours pas quoi penser de ce qu'ils s'étaient dit cette nuit là- rien de dramatique, mais quand même, intriguant...
Il lui céda le passage pour qu'elle entre devant lui dans la pièce et l'invita à s'asseoir sur le lit. Il était resté debout, très solennel, à mi-chemin entre Katara et la porte. Elle le regarda. Le tracas donnait à ses yeux un éclat intense, celui qu'ils avaient quand son seul but était de capturer l'Avatar, cette lumière qui disait : rien ne m'arrêtera. Et Katara eut peur de reconnaître cet éclat dans les yeux devenus depuis si amicaux et si doux.
Il se racla la gorge, discrètement, avant de parler
- J'ai reçu une lettre de Meng. Aang est à Omashu. Il a apparemment réussi à échapper à ses détenteurs-
Katara attendit avant de laisser la joie l'envahir : si Aang avait été libre, Zuko n'aurait pas eu ces airs graves.
- À moins que ceux-ci n'encerclent la ville comme je le soupçonne. Auquel cas cette liberté est plus qu'un leurre. Il y a probablement un sens caché à la lettre que j'ai reçue- mon oncle saura le déchiffrer.
La maitre de l'eau était ballotée par ses émotions : Aang semblait en lieux surs- entre les mains délicates et concernées de Meng…fallait-il s'en réjouir ? Pourraient-ils libérer Omashu- après tout ils l'avaient déjà fait ! Et surtout pourquoi Zuko semblait-il aussi ennuyé de lui annoncer ce qui au fond n'était pas une « si » mauvaise nouvelle ?
- Il est blessé. Aang s'est enfui en étant encore sous l'effet des drogues qu'ils lui ont injectées… Il est tombé de son planeur.
La voix sourde de Zuko mit longtemps à porter son message jusqu'au cerveau de Katara. L'information était claire mais elle semblait opaque, indéchiffrable et l'esprit de la jeune femme de l'Avatar était imperméable à ces mots, saturé. Elle resta silencieuse quelques interminables secondes avant de lever des yeux interrogateurs vers Zuko et de trouver son regard qui confirmait ses paroles. Il semblait souffrir plus d'avoir à lui transmettre cette nouvelle- à elle- que de la nouvelle elle-même.
- Aang est blessé ? croassa Katara, la gorge serrée
Il opina du chef
- Il est tombé de son planeur…
Il acquiesça encore
- Et c'est grave ?
Il hésita avant de dire
- Il semblerait. Tous les médecins d'Omashu sont à son chevet mais…
- Je dois y aller, le coupa-t-elle.
Il savait qu'elle dirait ça- il la connaissait et c'était pour ça qu'il hésitait tant à lui parler de la lettre de Meng ou même des faucon-messagers qui le becquetaient tous les matins depuis deux semaines. Katara allait se jeter dans l'aventure et se battre et mordre comme une canne-tortue pour défendre les siens. Mais cette fois, il ne pouvait pas la laisser faire.
- Non, tu n'iras pas.
- Comment ?
- Tu n'iras pas à Omashu maintenant. Pas dans ton état.
- Qu'est-ce qu'il a, mon état ?!
- Tu es enceinte jusqu'aux yeux, voilà ton état.
- Je peux très bien me défendre !
- Je ne pense pas. Tu tiens à peine debout, il est hors de question que je…
- Hors de question ? Il est hors de question que je reste ici pendant que Aang est à l'agonie !
- Et je suis sûr qu'il préfère te savoir en sécurité.
- Comment je pourrais rester ici alors qu'il a besoin de moi ?
- En pensant un peu à votre enfant !
- Qui n'aura pas de père si tu ne me laisses pas aller soigner Aang !
Elle s'était levée et tentait de forcer le passage jusqu'à la porte mais Zuko s'était placé dans l'embrasure. Elle tapait nerveusement d'inutiles coups de poings sur son buste et il ne recula pas d'un centimètre.
- Laisse-moi passer ! Laisse-moi passer ! Laisse-moi passer !
- Non.
Elle recula de plusieurs pas. Il eut peur un instant qu'elle se jette sur lui avec de l'élan mais elle reprit son souffle avant d'essayer d'argumenter…
- Tu ne peux pas me retenir ici contre mon gré, je ne suis pas l'un de tes sujets.
- Dommage, parce que je n'ai précisément pas le droit d'enfermer mes sujets dans leur chambre. Droit que je m'octroie quand il s'agit de mes amis.
- Aang va mourir si tu ne me laisses pas aller l'aider. Il est blessé… qui peut le soigner mieux que moi ?
- Quelqu'un qui serait capable de rejoindre Omashu sans accoucher en cours de route !
Elle était dans une colère noire- non seulement parce qu'il l'empêchait d'aller secourir son mari, qu'il la retenait là de force mais surtout parce qu'au fond, elle savait qu'il avait raison. Elle ne pouvait pas traverser un hémisphère au huitième mois de sa grossesse. Mais elle avait besoin de se défouler, de cracher sa hargne, d'essayer encore de forcer le passage, et de lui faire mal, à lui, qui entravait sa volonté et qui la regardait avec ses airs si supérieurement concerné.
- Tu veux qu'il meure, grinça-t-elle.
Elle pouvait le gifler, le mordre, le pincer, le givrer sur place… mais comment osait-elle dire une chose pareille ? Il savait qu'elle le regretterait dès qu'elle serait calmée mais ça n'effacerait pas ces mots-là- c'est le genre de paroles qu'on ne peut pas reprendre.
- Tu ne penses pas ce que tu viens de dire, avança-t-il.
- Au fond tu n'as pas changé, tu veux toujours la tête de l'Avatar sur un piquet. Tu iras danser sur la tombe de ton père avec!
Elle tremblait de rage, lançait ses dernières bravades, mais elle tirait juste et elle faisait mal.
- Tu as regagné ton honneur, que te manque-t-il ? Ooh, je vois… Ne serais-tu pas un peu jaloux de l'Avatar ? Aang a tout ce qu'on peut souhaiter : la puissance, des amis fidèles partout à travers le monde, une famille disparue depuis bien longtemps- grâce à ta famille, soit dit en passant- et, Ooh !, il m'a, moi.
- Tu dis n'importe quoi, Katara. Tu ne me mettras pas en colère à si peu de frais.
- Tu crois ?
Elle s'était approchée dangereusement, féline. Elle avait un petit rire sans humour, froid, dont Azula n'aurait osé rêver. Elle posa sa main, délicatement, sur l'épaule de Zuko, caressa gentiment sa poitrine qu'elle avait martelé un instant plus tôt.
- J'avoue que tu domines en force, pour l'instant. Mais je peux avancer d'autres arguments, miaula-t-elle.
- Katara, va t'asseoir, je vais chercher une solution pour Aang…
Elle ne prêta pas la moindre attention à ce qu'il disait. Elle était toujours plus proche- terriblement proche…
- Allons, chuchota-t-elle en lui caressant la joue, tu ne peux pas me refuser ce que je te demande… Laisse-moi passer…
N'y tenant plus, il l'attrapa par les poignets et la traina, hurlante, jusqu'au large lit au milieu de la pièce. De force, il la fit s'asseoir dessus avant de reculer jusqu'à la porte.
- Ne joue pas à ce jeu-là, Katara. Nous n'avons rien à y gagner.
Sur ce il claqua la porte, la ferma à double tour et la maitre de l'eau se retrouva seule.
Ce n'est que tard dans la soirée que Zuko parla de la lettre à son oncle. Il avait passé plusieurs heures dans la salle d'arme à laisser exploser sa frustration et toute la tension retenue pendant son entrevue avec Katara. Il se souvenait qu'elle pouvait avoir une langue de rat-vipère quand elle se sentait coincée, mais pas comme ça. Elle avait dû être franchement en colère pour oser… S'il avait réagi à l'impulsion, comme il le faisait d'habitude, il se serait retrouvé avec deux morts sur la conscience ! Et il préférait ne pas penser à ce qu'il aurait fait s'il s'était laisser aller à ses autres instincts que la jeune femme, sure de ses atouts, avait su stimuler pour obtenir ce qu'elle voulait. Là encore, il était surpris par son audace.
Il parla de la colère de Katara à son oncle (en omettant bien entendu sa dernière stratégie- qui avait mis ses nerfs à plus rude épreuve que la première, à vrai dire) qui le félicita pour son sang-froid avant de reporter son attention sur la lettre de Meng. S'il y avait un code à déchiffrer, il le trouverait, dût-il y passer la nuit.
Zuko trouva Shit-Sang qui patrouillait dans les arcades. Il ordonna qu'on poste un garde à l'entrée de la chambre de Katara. Il avait appris à se méfier du caractère de la jeune femme comme de la peste et il se gardait surtout de la sous-estimer.
…oooOOOooo…
Il marchait dans un jardin. Les haies étaient taillées, les arbres apportaient une ombre bienvenue sur les allées baignées de soleil. Ce jardin lui était à la fois familier et étranger. Familier parce qu'il ressemblait à pratiquement tous les jardins bien entretenus de la Nation du feu. Etranger parce que chaque bosquet, chaque méandre du petit chemin pavé l'angoissait, chaque sous-bois étant la plus parfaite cachette pour un agresseur, et chaque clairière le lieu donné pour un guet-apens. Mais il se promenait dans ces jardins en affichant un royal dédain pour la peur qui le tenaillait et un très noble désintérêt pour la profusion de plantes qui l'entourait. Il arriva bientôt à une aire dégagée, pavée, au milieu de laquelle se dressait, droite, digne, implacable, Mai. Il se sentit heureux et rassuré de trouver enfin un visage connu dans ce lieu insolite et oppressant.
Il s'avança vers la fine silhouette de la noble dame qui lui tournait le dos. Mais plus il s'approchait, plus elle semblait s'effacer. Quand il parvint à sa hauteur et posa une main chaude et affectueuse sur son épaule, lui faisant face, lui parlant déjà, vraiment heureux de la rencontrer par hasard dans cet étrange parc, il sentit contre sa paume le contact glacé et rugueux du grès. Il regarda un instant le visage de pierre, inexpressif, et les yeux vides et froids. Il avait vraiment cru que c'était Mai, de loin… Son cœur se contracta, comme de désespoir. Il s'éloigna à reculons, gardant toujours à l'œil la statue immense, impériale, qui avait les traits de sa femme.
Il se mit alors à pleuvoir, légèrement d'abord, puis ce fut le déluge et il perdit l'équilibre, perdit de vue le doux visage de grès, quand il fut submergé par une énorme vague.
Il se força à ouvrir les yeux, sous l'eau. Il voyait clairement, comme à l'air libre, mais la lumière était comme verdâtre, comme dans les catacombes de Cristal. Il reconnut au loin la silhouette de Mai et s'en approcha à la brasse, ménageant son souffle. La statue était toujours là, plantée, imperturbable comme la femme dont elle mimait les traits délicats. Il tendit la main vers la joue de grès mais celle-ci commença à se dissoudre dans l'eau, se dissipant en panaches de sables mus au gré des courants.
De stupeur, il cria, perdant son souffle. Il tenta désespérément de rejoindre la surface- mais quelque chose le retenait au fond de l'eau, la statue lui agrippait la jambe. Il paniqua, se sentit chavirer, perdre connaissance.
C'est alors qu'une autre silhouette apparut, trouble. Elle semblait nager, flotter, manifestement plus à l'aise que lui dans cet élément. Elle arriva à lui, les bras tendus, accueillants, et s'enroula autour de lui avec affection avant de prendre son visage entre ses mains à la peau hâlée, si chaude, si suave.
Le manque d'air ne tarda pas à faire son effet, lui brouillant la vue, entravant ses mouvements, alourdissant ses jambes.
Alors la sirène l'embrassa, dans une étreinte ferme et déterminée, ses cheveux flottant, se confondant avec l'élément aquatique ambiant, et caressant les joues et la nuque du jeune homme. Les yeux clos, il sentit son corps regagner toutes ses capacités. Il voulut la remercier mais déjà il avait refait surface...
... Dans son lit, trempé de sueur. Quel rêve étrange. Il ne parvenait déjà plus à s'en souvenir en détail. Il y avait un jardin, un baiser salvateur et… deux grands yeux bleus.
Le lendemain, Iroh confirma les doutes émis par Zuko.
- Je crois que tu as raison de suspecter un leurre. Certaines phrases le laissent penser. « Nous sommes bien encadrés » ou « Je doute qu'un intrus puisse pénétrer Omashu sans embuche »… Et ce cher Bumi a bien entendu glissé un avertissement. Tu avais bien reconnu le code, je te félicite
- Merci mon oncle.
- Tu as une solution… ? Si la santé de l'Avatar est en danger, il faudrait peut-être contacter les guérisseurs du pôle nord…
- C'est Katara qu'ils attendent. Ils ne laisseront personne d'autre approcher Aang.
Iroh laissa échapper un soupir. Vraiment, la situation leur échappait. Il y avait d'abord eu l'enlèvement de l'Avatar, puis les faucons et leurs messages de menace quotidiens, l'absence de nouvelles des deux élèves de Piandao et maintenant… Le vieux général ne cèderait pas si facilement à la panique, il devait y avoir une solution.
- Elle était furieuse, hier… quand j'ai refusé de la laisser partir, commenta Zuko, perdu dans ses pensées.
- Elle manque d'occupation…
- Elle n'aurait pas été enceinte, nous en serions venus aux mains !
- Si elle n'avait pas été enceinte, tu n'aurais eu aucune raison de la retenir. Je me trompe ?
- Mouais, bien vu…
Le Seigneur du feu grogna, comme toujours son oncle posait sur les évènements un regard sage et distant. Lui était si furieusement impliqué, si émotionnellement sollicité qu'il ne parvenait pas à faire complètement la part de choses.
- Le déjeuner était très triste, ce matin. Nous avons plein d'amis en visite au palais, et je me retrouve à déjeuner en tête à tête avec ta mère. Pas que cette situation fût désagréable- du tout !- Mais si ta femme ou toi pouviez vous joindre de temps à autres aux repas…
Zuko grogna de nouveau en levant les yeux vers son aïeul. Le vieil homme posait sur lui ce regard exigeant des premiers entrainements à la maitrise du feu, ce regard qui dit « ne te surmène pas ». Zuko avait atteint l'âge où il comprenait que cette attitude était pour son bien mais le jeune homme en lui persistait à grincher et à refuser de se soumettre. Il allait être père, par tous les esprits, il se comporterait comme un adulte, envers et contre son tempérament.
Ils passèrent la matinée à passer leurs options en revue, en plus de gérer les affaires courantes- et contrariantes- de son royaume. Quand midi sonna, le jeune Seigneur du feu suivit son oncle pour le repas.
Katara était restée dans sa chambre toute la matinée. Elle envisageait plus que sérieusement d'y passer également l'après-midi et la soirée quand Maneka vint l'inviter, de la part d'Iroh, à se joindre au repas.
Toph l'attendait dans le couloir et tandis qu'elles marchaient lentement, Katara se rendait compte de la stupidité de ses éclats de la veille. Elle n'était manifestement pas en état de regagner Omashu. Elle aurait difficilement atteint les quais du Grand Port National sans tomber en syncope. Elle se promit de s'excuser auprès de Zuko pour ce qu'elle avait dit… si elle trouvait le courage de remettre ça sur la table…
- Alors, Aang est blessé ? demanda Toph, comme si elle s'informait des prévisions météorologiques.
- Oui. Il est tombé de son planeur en tentant d'échapper aux agents qui le retenaient… d'après Meng.
- Je lui avais dit qu'il fallait être fou pour utiliser un bâton à voile pour voler- on n'est jamais aussi bien qu'avec les deux pieds sur terre. Qu'est-ce que tu comptes faire ?
- Si ça ne tenait qu'à moi, j'irais. Mais je ne peux pas. Le Seigneur du feu estime que je ne suis pas « en état »…
- Il a raison.
- Mais il faut bien que quelqu'un aille le soigner. Je doute que les médecins d'Omashu soient d'une grande efficacité ! Je dois y aller- je dois le soigner… Je l'ai déjà ramené une fois, je peux recommencer…
- Sauf si tu te tues en route, Sugar Queen.
- Je ne peux pas le laisser comme ça.
Maneka qui avait suivi l'échange et était demeurée silencieuse jusque-là intervint alors :
- Moi je peux y aller.
Katara se retourna et observa son élève avec stupeur et satisfaction.
- Je ne te laisserai pas t'aventurer là-bas toute seule.
- Qui dit qu'elle sera seule ? coupa Toph. C'est ce qu'on a trouvé qui ressemble le plus à une solution…
Elles entrèrent toutes les trois dans la grande salle à manger du palais où Zuko, qui présidait, entouré d'Ursa et Iroh les attendaient. Mai, une fois de plus, ne s'était pas joint à la table.
Katara s'assit à côté d'Ursa, en face de Toph. Elle réfléchit à la proposition de Maneka, sa si jeune élève qui, au fond, lui ressemblait plus encore de caractère que d'apparence. Elle leva les yeux vers sa disciple et reconnut la détermination dans son regard. Toph approuvait sa décision, elle l'accompagnerait. Katara prit la parole :
- Je vais aller à Omashu pour soigner Aang, parce que les agents qui ceinturent la ville s'attendent à me voir. J'irai…
Elle voyait déjà Zuko ouvrir la bouche pour lui couper la parole, Ursa lancer un regard intrigué à Iroh, le vieux général adopter un air de désapprobation, et Toph avaler de travers.
- Mais ce ne sera pas moi… ajouta-t-elle en lançant un clin d'œil à Maneka.
RM: Voilà. On va un peu quitter le palais royal de la Nation du Feu pour suivre l'expédition de Toph et Maneka et...? dans le(s) prochains chapitres. J'espère que vous avez soif d'un peu d'action- moi j'en ai marre qu'ils bavardent!
Toph est un personnage pas toujours facile à cerner sans s'éloigner trop du caractère (OOC comme disent les anglophones, n'est-ce pas?!)- en espérant que je n'ai pas déjà trop débordé (?)- je n'ai reçu aucune plainte à ce sujet donc je suppose que ça passe (mais comme toujours, n'hésitez pas si vous avez une remarque).
Je vais prendre un peu de temps pour m'assurer que ça s'emboîte bien- et adapter le point de vue du narrateur... bref... à très bientôt!
