On ne perd rien à le rappeler: Avatar, le dernier maitre de l'air est la propriété de Nickelodeon. Je ne revendique aucun droit sur l'histoire ou les personnages.
Aah je voulais écrire ce chapitre depuis longtemps! J'aime beaucoup Toph et j'ai vraiment essayé de la montrer sous son "meilleur jour" c'est-à-dire un peu sèche, sarcastique, implacable et ... sensible.
J'espère que vous l'aimerez aussi. Et que vous aimerez Jee.
Ceux qui ont lu Détours y trouveront plusieurs allusions dans ce chapitre.
Ceux qui ne l'ont pas lu... Je vous aime quand même, allez!
Chapitre huit: Jee
Etre l'élève le plus prometteur-selon Piandao lui-même- depuis l'incontournable Sokka a ses avantages. L'un d'entre eux est probablement, en plus d'arpenter la voie du sabre et de profiter chaque seconde de son enseignement, de porter l'uniforme et le blason du maitre épéiste, qui inspire un certain respect aux hommes et une adéquate curiosité aux femmes. Un autre avantage est de se trouver, de temps à autres et par l'influence du maitre, en contact avec les Plus Grands de ce monde, comme le Fire Lord, qui vous paye une croisière Porte d'Azulon-Omashu en première classe. Et le dernier avantage que Jee relevait était, sans hésiter, les charmantes demoiselles qu'il devait escorter.
L'une était jeune, habillée et coiffée à la mode de la tribu de l'Eau du Pôle sud et portait un ras-de-cou unique, témoin de son statut de femme mariée.
L'autre avait la vingtaine et était époustouflante de confiance en soi, elle avançait d'un pas décidé malgré son handicap.
Maneka et Toph s'étaient portées volontaires pour une mission de sauvetage que tout le monde savait être un guet-apens. Pourtant elles affichaient une détermination sans égale. Si elles partaient toute deux pour venir en aide à l'Avatar, c'est surtout pour une amie commune, l'épouse de l'Avatar, le grande Maitre de l'eau Katara de la tribu du Pôle Sud, dont Maneka portait les attributs distinctifs pour mieux leurrer leurs potentiels agresseurs.
Jee comprenait qu'on se jette dans la gueule du hibou-loup pour l'honneur, pour la gloire, pour Agni, mais par amitié… peut-être qu'au fond ces deux choses ne différaient pas tant les unes de l'autre.
Ils approchaient du port. Ils embarqueraient sur un bateau civil, pour passer plus inaperçus. Ils feraient escale, après quatre jours de navigation, à l'île de Kyoshi, avant de repartir pour rejoindre Omashu par la mer puis les terres, trajet qui devrait durer approximativement trois jours, s'ils avaient de la chance. Jee se pensait né sous une bonne étoile.
Alors qu'ils approchaient de la mer, la maitre de la terre ralentit l'allure alors que la jeune maitre de l'eau accélérait. Jee ne put retenir une toux sarcastique.
- Toi, ne me cherche pas, l'Estafilade
- Oh je ne voudrais surtout pas m'attirer l'animosité d'un grand maitre de la terre…
- Le plus grand maitre de la terre du monde.
- Mouais…
- Dis-le, tu sais que c'est vrai.
- Vous avez déjà affronté le Dai-Li ?
- Ouais. Bah ils sont doués mais ils ont du progrès à faire.
- Mais dites-moi alors, pourquoi l'Avatar est toujours retenu à Omashu ?
- Ne me vouvoie pas quand tu m'insultes, blanc-bec.
Le bateau qui les attendait à quai était un astucieux alliage des technologies de la Marine du Feu et des voiliers des tribus de l'eau. Ce type de bateau se développait et leur nombre croissait. Jee savait que ces embarcations à la fois plus solides et stables que les esquifs à la merci du vent et des marées de Tribus et plus maniable et plus adaptée à l'élément qu'elles tentaient de sillonner que les vaisseaux massifs de la Navy étaient dues au génie d'un seul homme. La fierté d'être considéré comme son digne successeur par son maitre l'emplissait de fierté.
- C'est Sokka qui a dessiné ces horreurs, ces engins de tortures, ces rafiots de malheurs ! Il appelle ça une goélette. Un vrai poète dans le sadisme !
- Je les trouve superbes… Quel profil !
La jeune maitre de l'eau s'était arrêtée pour les attendre, elle encouragea son ainée
- Maitre Toph, ne trainez pas tant ! Ce ne sont que des bateaux
- Et ils sont parfaitement conçus pour flotter. Avec ça, on sera surement à Kyoshi à temps, nous allons fendre les vagues !
La maitre de la terre s'était agrippée au bras du jeune homme, une main sur la bouche à la seule évocation du fait de…
- Naviguer… burp ! Je déteste ça. Je crois que je déteste encore plus ça que de voler à dos de bison !
- Mais enfin, pourquoi ? s'exclama Maneka
- Hem… qu'est-ce qui t'échappe dans « Maitre de la terre aveugle » ?
La jeune fille retint un hoquet de surprise face au ton cinglant de Toph. Jee n'avait pas envie de jouer les diplomates mais…
- Les femmes ! Maitre Toph voit grâce à sa maitrise de la terre. Sur l'eau, elle est…
- Inutile, sans défense, aussi efficace qu'un maitre de l'eau en plein désert… tu saisis l'image ?
- Ah je suis désolée, je ne savais pas.
- Bah, je suis une grande fille. On va monter dans ce fichu bac et aller récupérer Aang comme ça je pourrai vite revenir ici faire savoir à Katara que je la déteste !
Ils étaient face au navire baptisé « La sirène ». Jee souligna l'absence totale d'originalité du nom avant de pousser Toph sur la passerelle.
- Quand il faut, il faut… soupira-t-elle
- Si vous continuez de vous plaindre, je vous porte.
- Je ne me plains pas… c'est le domaine de notre bien-aimée Fire Lady et je ne voudrais pas empiéter sur ses plates-bandes. Je m'exprime. Nuance.
Le capitaine, un homme qui devait avoir environ vingt-cinq ans, les accueillit. Il portait ses cheveux noirs en un long catogan et affichait un sourire orgueilleux et suffisant. Il fit une pirouette et se planta devant eux. Tout dans son attitude disait « Je domine sur mon bateau ». Jee se dit amèrement qu'ils allaient sans doute s'entendre à merveille… Heureusement que le voyage jusqu'à Kyoshi ne durait que quatre jours !
- Ce type est imbu de sa petite personne… j'en mettrais mon pied au feu.
- Et vous le sentez à…
- Sa démarche.
Quand Maneka monta sur le pont, le visage du capitaine se transforma, son rictus arrogant ne devint qu'adoration. Il se précipita vers la jeune fille.
- Katara ? Oh ça alors Katara tu n'as pas changé !
Le premier test pour la fausse Katara. Toph grinça de dents, Jee s'apprêtait à quitter le voilier en vitesse au cas où Maneka ne parviendrait pas à jouer son rôle. Quand la jeune maitre de l'eau commença à balbutier, ses deux accompagnateurs partagèrent une seule pensée : C'est fichu. Après moins de cinq heures de voyage, Back to the Palace. Le Seigneur du Feu allait adorer.
- Ooh ! fit-elle. Je ne t'avais pas reconnu. Tu as l'air… plus… moins… Tout ça !
- Je ne te le fais pas dire. Les choses changent en dix ans. Je t'avais dit que j'aurais mon propre bateau.
- Et je te félicite. Dis-moi où mes amis peuvent…
- Tu as raison, je manque à tous mes devoirs ! Bienvenue à bord de la Sirène. Je suis le capitaine Rienzo.
Il commença un speech sans intérêt que Jee n'écouta pas- délibérément. Mais Toph n'en perdait pas une miette et semblait trouver la situation des plus amusantes- au point que son mal de mer anticipé n'était déjà plus qu'un lointain souvenir.
Ils étaient assis sur le pont arrière. Maneka regardait l'océan et la Nation du Feu qui disparaissait à l'horizon. Elle devait commencer à avoir peur de ne pas rentrer. Toph, toujours agrippée au bras de Jee, ricanait. Jee se demandait comment une femme comme elle pouvait ricaner. Elle dut sentir le regard interrogateur qu'il lui lançait parce qu'elle s'arrêta.
- Quoi ?
- J'ai loupé quelque-chose de drôle ?
- Si tu avais écouté les babillages du Capitaine… Et encore, il faut connaître Sugar Queen et notre Seigneur l'Etincelle pour trouver ça amusant. Faudra que j'en parle à Suki…
- Racontez-moi…
- En gros, il y a dix ans d'ici, nous avons plus ou moins perdu de vue Katara et Zuko- ils se sont fait enlever pendant une mission, rien de grave puisqu'ils nous ont retrouvés après. Mais on n'a jamais su ce qui s'était passé pendant les dix jours qu'ils ont mis à remonter de Ir-Aze jusqu'au temple de l'Air… Et apparemment le capitaine les as croisés à ce moment-là.
- Ah ?
- Je vais mener ma petite enquête. Ça lui apprendra à me tirer les vers du nez !
Jee ne comprenait décidément rien et prit le parti de ne pas insister.
Le voyage s'annonçait rapide et sans encombre. Jee salua son étoile et les Esprits.
Rienzo avait raconté au moins quinze fois comment il avait fait la connaissance de Katara- récit que Maneka approuvait à grand renfort de « tout à fait » « Oh oui j'avais oublié ce détail » « tu n'as pas changé ! ».
Toph semblait prendre un malin plaisir à fouiller le récit- que le capitaine avait manifestement assaisonné d'exploits personnels fictifs. Il ignorait qu'elle détectait les mensonges.
- J'ai appris que le balafré s'était marié à une noble de la Nation du Feu, s'exclama Rienzo.
- Le balafré… ? s'étonna Maneka, regrettant immédiatement cet élan de curiosité qui pouvait ruiner leur couverture.
- Le prince banni- désolé. Quel snob, abandonner une perle rare, une sirène, pour une poupée de palais! Mais je t'avais prévenu qu'il ne te méritait pas. Tu semblais si attachée, j'ai eu mal au cœur pour toi quand j'ai appris son mariage… Enfin, au moins tu es libre, désormais… ?
Le rictus de Toph s'élargit encore tandis que Maneka tentait d'expliquer au capitaine qui lui faisait les yeux doux qu'il se trouvait qu'elle soit mariée à l'Avatar – hé oui! Rienzo cacha mal sa déception et ajouta, comme pour lui-même mais suffisamment fort pour que tout le monde entende « Les plus gros poissons sont toujours pris ».
…oooOOOooo…
Tout guerrier vous le dira, l'attente avant le combat est insoutenable. Même une connaissance parfaite de l'ennemi et une victoire pratiquement garantie n'empêchent pas le doute de s'insinuer dans l'esprit du combattant prêt à passer à l'action. Et Jee s'était embarqué pour sept jours d'attente interminable. « Deux jours de passés » se répétait-il, et cette litanie supposée l'encourager à tenir bon ne faisait qu'accentuer son malaise. Deux jours d'ennui et d'introspection mêlée d'extrapolations nébuleuses.
Deux jours entiers pendant lesquels le doute ne se contenta pas de se faufiler comme un serpent et de grignoter les bords de sa confiance en lui : l'incertitude se rua sur lui et l'engloutit comme un chien-alligator sur un poulet-souris. Il réalisa qu'il n'était absolument pas préparé à affronter le Dai Li, même accompagné de l'auto-proclamée (mais personne à ce jour n'a formulé d'objection) plus grande maitre de la terre du monde, il craignait d'âtre surpassé- en nombre du moins- et de faillir à sa mission. Il n'avait aucune connaissance du terrain ou de l'ennemi et il se reprochait ce manque de prévoyance qui rendait vaine toute anticipation. En cas de pépin, ils seraient coincés. Fichus.
- Hey mon grand, je peux savoir pourquoi tu trembles comme une feuille ?
- Oh maitre Toph, je ne vous avais pas vue.
- Tu fais frissonner tout le bateau avec toi ! Si je finis à la flotte, je compte sur toi pour me servir de bouée.
- Avec plaisir.
Il la regarda s'asseoir nonchalamment à côté de lui. Il y avait vraiment quelque chose d'apaisant dans la présence de la maitre de la terre, quelque chose qu'il ne s'expliquait pas. Il s'enquit de ses maux de ventre
- Oh mais il ne faut pas t'en faire pour moi ! dit-elle avec un air moqueur. J'ai un peu le mal de mer mais ça ne m'empêchera pas de te botter le derrière si tu me cherches.
- Je m'informais, fit-il, évasif. Comment vous avez su où me trouver ?
- Hé le corps de ce bidule flottant est en métal. Et le métal…
- C'est de la terre.
- Correct !
Et pour démontrer ce qu'elle avançait, elle ôta de son bras un bracelet en métal noir qu'elle fit flotter à quelques centimètres au-dessus de sa main avant de le modeler à sa guise en étoile, en sphère impeccable, en une énorme mouche métallique. Jee la félicita, impressionné. Elle détourna modestement la tête.
Il réfléchit un instant. La jeune femme à côté de lui semblait à la fois parfaitement attentive et supérieurement indifférente au monde qui l'entourait. Malgré sa présence, il avait l'impression de pouvoir agir comme s'il était complètement seul- non pas parce qu'elle ne s'en rendrait pas compte mais parce qu'elle s'en fichait. Il se laissa aller dans ses pensées, reprenant où il en était resté avant l'interruption bienvenue de la maitre de la terre. Une nouvelle vague d'angoisse faillit l'envahir à nouveau. Pour se calmer, il se focalisa sur les aspects pratiques de leur mission.
Ils arriveraient aux portes d'Omashu comme si de rien n'était ; les mains dans les poches, et demanderaient à voir l'Avatar. Si Maneka jouait sa part correctement -et à voir comment elle avait berné le capitaine Rienzo, elle ne devrait pas avoir trop de mal à tenir le rôle- ils devraient pouvoir atteindre Aang, le soigner, récolter un maximum d'information et repartir. Le Seigneur du Feu Zuko avait été clair- et le général retiré Iroh avait approuvé- l'Avatar serait probablement entouré d'agents du Dai Li déguisés. Toph et lui ne devaient tenter aucune action pour le délivrer, ils ne pouvaient pas prendre le risque d'être capturés eux aussi. Ils devaient repartir le plus vite possible pour Kyoshi et de là informer le Lotus et le Seigneur du Feu de la situation. Ils aviseraient ensuite.
- On va les avoir. On va récupérer mon pote Doigts-de-pieds Dorés et le rendre à sa gentille femme.
- Vous avez l'air confiant.
- Ouais- toujours ! dit-elle, le visage fendu d'un sourire goguenard. Et arrête de me vouvoyer !
- Sinon… ?
- Sinon je t'encastre dans la coque de ce bateau- tu vas avaler tellement d'algues que tu regretteras de pas être un maitre de l'eau !
Il rit avant de demander, sérieusement
- V… tu es le seul maitre du métal ou il y en a d'autres ?
- Je suis le seul que je connaisse. Mais il est probable que d'autres aient tenté leur chance.
- Le Dai Li pourrait… ?
- Nan ! Une chose qu'il faut savoir sur le Dai Li, c'est que c'est jamais qu'une bande de maitres de la terre un peu stupides qui suivent aveuglément le moindre ordre qu'on leur donne. Ils n'ont aucune initiative personnelle.
- Mais si leur ordonnait de maitriser le métal ?
Elle sembla surprise puis considéra l'option plus attentivement, ennuyée.
- Alors nous serions dans une sacrée merde- et jusqu'au cou, dit-elle amèrement. Il leur faudrait probablement des années, mais les plus doués y arriveraient.
Elle hésita.
- Mais quand on maitrise le métal, on ne doit pas penser en maitre de la terre. Le métal n'a pas tout à fait la même structure que la roche ou le sable. Pour le maitriser, il faut comprendre qu'il réagit plus comme l'eau. Un état liquide très maniable et un état solide résistant. Je ne pourrais pas le maitriser aussi facilement si je n'avais pas passé tant de temps avec Katara.
Jee laissait son esprit vagabonder. Né dans la nation du feu, il ne s'était pas tellement intéressé aux autres maitrises étant jeune. Mais depuis qu'il avait rejoint l'école de Piandao, il savait que tout en ce monde était lié, étroitement connecté et que toutes les maitrises formaient un tout symbolisé par l'Avatar. Il avait d'abord été subjugué par la polyvalence et la capacité d'adaptation des maitres de l'eau, par la violence et l'efficacité du feu mais depuis peu, ses réflexions le ramenaient souvent à considérer la maitrise de la terre comme la plus utile et la plus dangereuse de toute. Entre de mauvaises mains, elle pouvait broyer, enterrer, étouffer un corps sans effort. Et ce n'était pas ces considérations qui l'effrayaient le plus…
- Tout est lié… dit-il après un temps.
Toph leva vers lui ses yeux de jade brumeux, attendant qu'il continue, sentant qu'il avait encore une question qui le tracassait- et que la perspective de membres du Dai Li aptes à maitriser le métal n'était rien par rapport à ce qui lui traversait l'esprit.
- Les membres de l'université de Bah-Sing-Se ont, après de longues et très scientifiques observations, recensé ce qu'ils appellent les « composantes ». Selon eux, ces composantes peuvent se retrouver indifféremment dans l'eau, la terre, ou l'air… en plus ou moins grand quantité. De même que certaines composantes favorisent ou entravent la combustion des matériaux- et donc la maitrise du feu.
Il avait rencontré un étudiant de l'université trois ans plus tôt, Jungoo, qui lui avait expliqué les travaux de recherches en cours. L'un d'eux était consacré aux composantes chimiques.
- Une équipe a démontré que l'une des composantes qui constitue le charbon se retrouve aussi dans le diamant.
- Ouais ça me parait évident, fit Toph.
- Ils ont appelé ce composant le Carbone.
- Jusque-là je te suis… mais je vais te laisser finir.
- Ce composant se retrouve aussi dans les plantes et dans les êtres vivants en général… et donc… dans le corps humains.
- Où tu veux en venir ?
- Tu crois qu'il serait possible… pour un maitre de la terre suffisamment puissant et focalisant son entrainement de…
- Non !
Elle avait compris. Il se sentit soulagé de ne pas avoir à formuler cette hypothèse qui le taraudait depuis des mois… des années. Le poids qui lui écrasait les épaules, la boule qui lui serrait la gorge se dissipaient parce qu'il avait pu exprimer la crainte de se voir matérialiser un fantôme qu'il ne pourrait pas affronter s'il se présentait- libéré parce qu'il avait pu en parler à un maitre de la terre aussi expérimenté qu'elle.
Mais Toph ne partageait pas ce soudain apaisement- elle entrait seulement dans une caverne… non, dans un désert au sol si sec qu'il s'effritait au moindre pas. Elle ne pouvait percevoir ni les contours ni l'excitation du monstre auquel elle faisait face.
- Non ! répéta-t-elle. Je ne crois pas- je ne veux pas croire- qu'une telle maitrise soit possible.
Le déni. Il avait envisagé cette solution mais la créature de cauchemar l'avait retrouvé et rongeait sa conscience. Il voulut argumenter mais la maitre de la terre s'était levée
- On ne peut pas maitriser un corps humain !
Pas sans un surcroît de puissance comparable à l'effet de la pleine lune sur les maitres de l'eau…
Jee tenta de la retenir, il lui demanda pardon- Agni sait pourquoi il ressentait une sorte de culpabilité à avoir osé penser qu'une telle maitrise était possible- une telle entrave à la liberté, une si brutale abolition de la volonté d'une personne, un tel irrespect de la vie propre et du droit –fondamental- de chacun de disposer de son propre corps.
Elle se retourna, la voix sourde, grondante comme un tonnerre lointain :
- Tu n'en as parlé à personne ?
- Non ! se défendit-il. Je ne pouvais pas laisser ça tomber dans n'importe quelles oreilles- ç'aurait été comme mettre mon épée entre n'importe quelles mains !
- Bien.
Elle sembla se radoucir- dans la mesure où Toph pourrait paraître « radoucie », évidemment. Ses épaules étaient moins hautes, ses muscles moins tendus, sa mâchoire et ses poings desserrés.
- Je… Je savais que je pouvais te faire confiance.
D'abord elle s'arrêta nette, sa bouche formant un 'o', avant de lancer, crâneuse
- Ouais mon CV est noir de recommandations chaleureuses. J'ai des relations. Je t'ai dit que j'étais pote avec le Seigneur du feu ?
- C'n'est pas ça… j'ai senti que je pouvais t'en parler.
- J'ai aussi de bon contact avec l'Avatar, mais ne le répète pas.
Et sur cette bravade, elle s'éloigna et disparut dans la coursive. Jee resta seul, pensif.
Le capitaine annonça qu'ils arriveraient en début de soirée à Kyoshi- peut-être à temps pour dîner.
Jee regarda la mer et le soleil déjà éclatant malgré l'heure matinale. Plus que quelques heures sur ce satané rafiot – à présent il partageait le sentiment de Toph concernant la goélette- à supporter cet imbécile de capitaine qui draguait sans vergogne une jeune fille prétendue mariée mais –en fait- pas en âge de l'être. Il n'était pas un homme de l'eau. Regarder l'étendue insondable ne lui donnait pas le vertige, ne le transportait pas en un frisson d'excitation à l'idée de la multitude de secrets qui pouvaient s'y trouver, à l'abri de la convoitise des hommes. Il voyait du bleu. Et le bleu n'avait pas grand intérêt à ses yeux. Il se sentait de plus en plus séduit par le vert- plus rare, plus dur, plus mystérieux…
Soudain, alors que La Sirène ralentissait pour ne pas s'échouer sur l'un des nombreux bancs de sables qui jonchaient les fonds marins dans cette région, il aperçut un petit bateau- Il ne le quitta pas des yeux jusqu'à être sûr qu'il les suivait. En effet, l'esquif ralentit à son tour pour rester en deçà de la ligne d'horizon, invisible avant de réapparaître brièvement quand la Sirène reprit de la vitesse.
- Oh, Cap'taine ! appela-t-il
Le Capitaine ne jugea pas utile de répondre par lui-même et fit signe à l'un des membres de l'équipage. Un très jeune homme se pointa. Il devait avoir la peau sensible au soleil et à l'air marin parce que sa peau était écarlate. Ses cheveux lui tombaient sans cesse devant les yeux et, quand il avait les mains occupées, il était obligé de jeter sa tête en arrière- mouvement particulièrement violent et ridicule- pour regarder devant lui. Jee et Toph l'avaient remarqué la veille et avaient beaucoup ri à ses dépens. Jee se sentait un peu honteux alors il s'obligea à être d'une gentillesse rare avec le malheureux garçon.
- Vous savez s'il y a beaucoup de bateau qui vont à Kyoshi en cette période ? demanda Jee, mielleux
- Surement pas, répondit le garçon d'un air d'expert. L'Unagi hiberne alors ils n'ont pas tellement de touristes. Il ne doit pas y avoir des masses de plaisanciers à Kyoshi en cette saison.
- Et des marchands ?
- Là on est plus nombreux mais les autres navires sont de plus gros tonnage. Des cargos de Royaume de la terre ou des vaisseaux de l'armée du feu aménagés pour le transport…
Le garçon expliqua qu'ils étaient les derniers en partance pour Kyoshi avant une semaine- et que c'est pour ça qu'ils les avaient attendus au port à la demande expresse du général Iroh. C'était tout ce que Jee avait besoin d'entendre.
Il chercha des yeux Maneka et la repéra, empêtrée dans l'étreinte du capitaine.
- Mane… KATARA ! cria-t-il.
La jeune fille, trop heureuse d'avoir enfin un prétexte pour s'éloigner de sa sangsue, se précipita pour rejoindre Jee.
- Je peux vous aider ? demanda-t-elle avec espoir.
- Tu vois le bateau là-bas ?
- Où ? … Ah oui !
- J'ai toutes mes raisons de penser qu'il nous suit. Est-ce que par hasard tu n'aurais pas- sous la main- un maitre de l'eau capable disons… de légèrement le faire changer de cap ?
- Oh si ! Je suis un maitre de l'eau ! Mais il est très loin, j'arrive à peine à le distinguer… Je peux essayer.
Jee avait observé les séances d'entrainement de la jeune fille avec la maitre Katara dans les jardins du palais. Elle se montrait particulièrement talentueuse- surtout comme guérisseuse, mais manquait cruellement de confiance en elle. Si elle parvenait à dévier la course de leurs chasseurs, peut-être gagnerait-elle cette foi nécessaire ?
Elle prit position : le tronc droit, les jambes légèrement écartées, face à la mer. Elle tendit les bras, ses mains incurvées, suivant le va-et-vient des vagues. Tout son corps sembla bientôt onduler avec les flots. Elle avait suivi et accompagné l'eau, maintenant elle allait prendre le contrôle. Maneka se concentra puis, dans un mouvement fluide qu'elle répéta, comme agrippant l'air autour d'elle et l'attirant à sa hanche, encore et encore, les doigts écartés comme des griffes douces, comme si elle voulait peigner l'eau.
Au loin le petit bateau se mit à tourner sur lui-même, lentement, bancal, comme une toupie en fin de course. Sans un dernier mouvement gracieux, Maneka s'arrêta et constata le résultat. Elle sourit- de ce sourire à la fois satisfait et suffisant- qui la faisait terriblement ressembler à son professeur.
- Bravo ! dit-il en posant sa main sur l'épaule de la jeune fille qui laissa échapper un soupir de soulagement. Je savais que je pouvais compter sur toi.
- Je sais, dit-elle, la voix encore hachée par l'effort. Mais moi je ne le savais pas. Merci Maitre Jee.
Elle le salua dignement et s'en retourna à sa cabine.
- Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Tu aurais pu te contenter de lui demander d'accélérer la course de notre bateau de quelques nœuds, ils ne nous auraient pas rattrapés… grinça Toph.
- Ah oui… mais où était le défi ?
Elle ne lui répondit pas mais lui décrocha un bon coup de poing bien serré en plein biceps.
- Ah mais tu es folle !? Je vais avoir un bleu… Tu viens d'endommager une arme de pointe ! Je suis un maitre épéiste, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué… et pour utiliser mon épée, j'ai un peu besoin de mon bras ! Si le Dai Li attaque, je serai incapable de vous protéger !
Elle était restée à quelques pas de lui, les bras croisés et le visage barré par son inoubliable rictus, complètement hermétique aux plaintes du jeune guerrier mais… amusée par une étrange ressemblance.
Dans quelques heures, ils arriveraient à Kyoshi.
AN: Prochain chapitre très bientôt (je me ruine les yeux pour vous!)...
J'espère que vous avez aimé ce chapitre- c'est l'un des plus longs mais je n'aurai plus l'occasion de centrer la focalisation sur Jee (à moins qu'on ne me fasse changer d'avis...) alors je voulais avoir un peu creusé son caractère et entamer un petit quelque chose...
Bref. J'aimerais beaucoup avoir votre avis parce que je pense garder le même procédé- au moins jusqu'à ce qu'on retourne au palais- et là Ahaaaah...
;-)
Un grand merci benji. Toph Rocks... mais j'aime aussi quand elle tangue!
