Avatar, last airbender est la propriété de Nick.
Avertissement: ce chapitre contient diverses allusions à l'épisode 316 "The southern raiders", mais rien qui en révèle trop le contenu. Même si dans l'univers de ma fic, Détours prend un peu la place de cet épisode, je n'ai pas voulu complètement l'ignorer. Katara devenant mère, je ne pouvais pas faire abstraction de son passé avec la sienne et cet épisode est malheureusement l'un des seuls (le seul?) de la série qui nous donne de véritables informations au sujet de Kaya (hé oui, on apprend même son prénom!).
Chapitre douze: drames
Zuko était assis au chevet de Katara, encore faible de sa blessure et de son accouchement. Mais heureuse. Elle serrait contre sa poitrine le tout petit être auquel elle venait de donner la vie. Elle n'avait pas souri comme ça depuis des mois… des années. Elle tendit une main vers Zuko qui la prit doucement
- Je suis si contente… dit-elle. Je n'en reviens toujours pas.
Elle n'avait pas été très cohérente depuis son réveil, il s'appliquait à entretenir son sourire pour éviter que ses pensées ne glissent vers d'autre lieux, moins réjouissants. Il fallait qu'elle reprenne des forces et après, il serait temps de lui parler d'Omashu et de ce qui semblait s'y passer.
- J'ai eu neuf mois pour me faire à l'idée, mais c'est seulement maintenant que je me dis « Je suis maman » ! Et d'une magnifique, merveilleuse, adorable petite fille !
Elle écarta d'elle le nourrisson et l'éleva à hauteur de son visage pour la regarder. Le bébé semblait à demi-inconscient, aussi ne réagit-elle pas tellement à ce soudain changement de position.
- Je pourrai lui apprendre à se coiffer comme les petites demoiselles des tribus de l'eau, à cuisiner, à coudre… c'est ma mère qui m'a appris tout ça, tu sais ?
Katara ne parlait pas souvent de Kaya vivante. Quand elle y faisait allusion, en général, Kaya prenait la forme d'un esprit bienfaisant qui veillerait sur elle, qui serait fière d'elle et l'accompagnerait. La douleur de la mort de sa mère, encore bien présente dans le cœur de Katara, semblait l'empêcher d'évoquer les évènements d' « avant » le raid, et donc de se réjouir de tous ces souvenirs si communs et pourtant si précieux.
- Tu crois que je serai une bonne mère ? fit-elle en portant le nourrisson dans le creux de son bras.
- Ça ne fait aucun doute. Je ne comprends même pas que tu te poses la question.
Elle sourit.
Soudain, il y eut beaucoup de bruit dans le couloir, une bousculade et quelqu'un frappa à la porte. Zuko se leva et entrouvrit le panneau sur une jeune servante inclinée qui parut minuscule. Il l'invita à parler et elle chuchota, tremblante :
- J'ai été sonnée par Madame et quand je suis arrivée, …
- Quoi ? la pressa-t-il
- Quand je suis arrivée elle était allongée sur le sol…
- Quoi !?
- Elle est blessée je crois je n'ai pas osé regarder je suis venue tout de suite Oh Monseigneur je vous demande pardon je n'y suis pour rien c'était déjà comme ça quand je suis arrivée !
Il ne l'écouta pas. Elle s'effondra de peur quand il passa la porte devant elle sans même se retourner et courut vers la chambre de sa femme en envoyant des ordres de tous côtés « Faites venir les médecins royaux- Je me fous qu'ils dorment, réveillez-les ! » « Appelez Shit-Sang, je veux que ce palais soit fouillé de fond en comble ! » « Placez des gardes dans l'aile familiale ! »...
Quand il pénétra dans la chambre, il ne vit pas les trois lames plantées dans le mur à côté de la cheminée, il ne vit pas le poignard accroché à la corde qui actionne la sonnette d'appel, il ne vit pas le rouleau de parchemin sur le bureau. Il ne vit que Mai, allongée, trois de ses propres couteaux plantés dans le ventre. Elle avait déjà perdu une grande quantité de sang- plus que son corps pâle ne semblait pouvoir en contenir.
- Mai ! cria-t-il, la voix rauque
- Z… Zuko ?
- C'est moi. Les médecins arrivent, ne t'en fais pas. Que s'est-il passé ?
- Je… Mes lames ! Il les a … désorientées… vers moi.
- Qui ?
- Un Dai-Li- hargh !- je crois…
Il caressait les joues lisses de sa femme, ses cheveux si fins, si noirs, emmêlés, et sa gorge délicate. Elle survivrait. Elle ne pouvait pas mourir. Ils ne pouvaient pas mourir.
- Je vais mourir, dit-elle.
- Ne dis pas ça, tu ne peux pas.
- Ne sois pas si mélodram… dramatique.
- Tais-toi ! Attends que les médecins arrivent.
- Je suis là… fit une voix faible depuis la porte. Je peux la soigner.
Katara s'avança en chemine de nuit, pieds nus et le visage déterminé. Elle s'agenouilla près de Mai et commença à dénouer la ceinture de la noble dame. Elle attira à elle l'eau d'une vasque et s'appliqua à retirer les lames. Mai laissa échapper un hoquet de douleur et Katara s'excusa avant de continuer sa tâche. Mais lorsqu'elle retira la première lame qui s'était logée deux centimètres sous le nombril, le sang se mit à couler de plus belle, son long flot couleur lie-de-vin s'ajoutant à la tache déjà large sur le tapis. Katara écarquilla les yeux et se mit à trembler. « Mai, je suis désolée… le bébé… il n'y a aucune chance qu'il ait… ». Zuko ferma les yeux et tenta de ne pas laisser pénétrer le son dans ses oreilles, d'empêcher l'information d'atteindre son cerveau mais il était trop tard.
Katara baissa la tête, un peu défaite. Ils avaient eu le fils- et au vu des points d'impacts, c'est lui qu'ils visaient. Mais ils n'auraient pas la mère, elle ferait tout ce qui est en son pouvoir pour la sauver !
Elle parvint à retenir le lent dégoulinement du sang et envisagea de retirer la deuxième lame. Mais le résultat fut encore plus catastrophique que pour la première.
- Je ne comprends pas ! gémit-elle
- Qu'est-ce qui se passe ? pressa Zuko
- Elle ne devrait pas saigner autant- il devrait y avoir de la bile partout, mais pas tant de sang ! Oh je suis désolée !
Elle s'effondra un instant, pleurant et tremblant avant de sentir le pouvoir de la pleine lune. Elle avait oublié. Son pouvoir était à son paroxysme, elle pouvait l'utiliser, utiliser la maitrise du sang pour sauver Mai. Elle laissa la puissance apportée par la lune pénétrer en elle ; elle adressa une prière silencieuse à Yue et se remit au travail. En se concentrant, elle vit de l'intérieur les déchirures, les coupures et le sang, toujours le sang de Mai.
Katara tentait désespérément de retenir un peu de sang à l'intérieur du corps de Mai, et de soigner les plaies. Mais Mai était de faible constitution et Zuko comme sa femme le savaient. Mais il refusait de l'admettre.
- Zuko…
Moins qu'un murmure, le souffle de Mai s'éleva et il se pencha pour approcher sa bonne oreille de son visage. Elle articula, malgré les grognements de douleur
- Zuko… il faut… qu'elle arrête.
Le seigneur du feu se redressa et regarda son amie, les bras et le visage maculés, s'acharner dans ses tentatives plus vaines les unes que les autres : la bile et les fluides s'étaient répandus à l'intérieur du corps de Mai et ses joues avaient pris une teinte grise et diaphane. Mais Katara ne voulait pas s'arrêter ; chaque fois qu'elle refermait une fissure, une autre se formait plus loin, et elle n'avait à ce stade refermé qu'une des trois entailles causées par les lames. Les médecins étaient arrivés, ils avaient jeté un œil à la Fire Lady et rendu leur diagnostic muet en fermant les yeux et en fronçant les sourcil- aucun pourtant n'avait osé retourner se coucher. Zuko persistait dans son aveuglement avec autant de conviction que la maitre de l'eau.
- Dis-lui de… me laisser partir, souffla enfin Mai
- Non !
- Elle est épuisée…si elle insiste... Elle va y rester aussi.
En effet, Katara faisait peur à voir. Elle se surmenait, elle allait chercher au fin fond de ses ressources pour soigner sa nouvelle amie et semblait avoir atteint ses limites.
- Non… gémit Zuko
- Ne fais pas… l'enfant, mon Prince… tu es plus solide que ça ?!
Et le seigneur du Feu pleurait, parce qu'il savait depuis plusieurs minutes déjà que sa femme avait raison, qu'en persistant la maitre de l'eau allait se tuer aussi et il ne pouvait pas se résoudre à les perdre toutes les deux dans la même nuit.
Laisse-moi partir.
Il serra la main de sa femme avec une force qu'il ne pensait plus avoir
- Je t'aime, tu sais… souffla-t-il. Et c'était la première fois qu'il disait ces mots-là à sa femme, après dix ans de vie commune. Il lui avait déjà dit qu'il l'aimait, il lui avait déjà montré. Mais toute la subtilité d'une litote et toute l'intensité de deux corps qui s'embrassent ne valaient pas la simplicité de ces trois mots, et il n'en aurait pas trouvé d'autres dans cette situation.
- Vraiment ? fit Mai avec un maigre sourire. Je crois que moi aussi…
Il l'embrassa et ses lèvres semblaient déjà froides. Il releva la tête et dit, d'une voix qu'il ne reconnut pas et avec une fermeté qu'il ne ressentait pas :
- Laisse-la partir.
- Quoi ? Non, je ne peux pas ! Elle a besoin de moi… Je ne laisserai jamais jamais…
Il savait qu'elle refuserait, qu'elle se tuerait à la tâche plutôt que de laisser tomber. Katara n'abandonnerait jamais quelqu'un qui a besoin d'elle.
- Moi aussi j'ai besoin de toi, vivante ! éclata-t-il avant de presque chuchoter. Alors laisse-la partir et va te reposer !
- Mais…
- Katara…
- Bien.
Elle laissa tomber ses bras le long de son corps et ses mains brunes de sang séché à plat sur le tapis souillé. Elle regarda encore un instant le corps écartelé et mutilé de Mai avant de s'évanouir. Les médecins se rendirent enfin utiles en l'emportant dans sa chambre.
Zuko caressa encore la joue de sa femme qui rendait ses derniers soupirs et tentait d'articuler des phrases qu'il devinait plus qu'il ne les entendait ; «C'était pas si mal, de vivre, ça valait la peine » « J'ai été plutôt heureuse à tes côtés » « Au revoir ».
Puis elle se tut. Plus aucun souffle ne franchit ses lèvres, plus aucun battement n'anima son cœur. Et ses iris d'hématite se perdirent dans leurs orbites tandis que le seul homme de sa vie fermait de deux doigts ses paupières blanches.
…oooOOOooo…
Katara reprit connaissance dans sa chambre. Ses souvenirs étaient confus… Une chose était sure :
- Mon bébé ! s'exclama-t-elle
- Je m'en occupe, madame, ne vous en faites pas, répondit une nounou assise près du berceau.
Elle avait les épaules larges et des courbes trop généreuses, ce genre de physique qui donne envie de se faire câliner. Aucun doute : il s'agissait d'une nourrice. Elle posait un œil sage et bienveillant sur la minuscule silhouette emberlificotée dans les couvertures.
Katara se rasséréna et tenta de remettre un peu d'ordre dans ses idées. Comme elle se redressait, une douleur intense lui traversa les côtes du côté gauche et tout lui revint : la salle d'arme, les lames devenues folles… et Mai !
- Mai ?! souffla-t-elle
- Madame, il vaut mieux que vous vous reposiez…
- Comment va-t-elle ?
La nounou avait le regard fuyant, elle sembla soudain très intéressée par les plis dans les couvertures du nourrisson. Elle ne répondit pas tout de suite. Ce qu'il aurait fallu dire était au-delà des mots et c'est son silence qui répondit à la question de Katara.
- Madame, j'ai bien peur que…
- Où est Zuko ?
La femme regarda la jeune mère avec inquiétude mais comprit que toutes ses bonnes intentions n'entraveraient pas la volonté de fer qu'elle voyait dans les grands yeux bleus.
- Si je vous le dis, vous promettez de vous reposer un peu ? avança-t-elle
- Quand je l'aurai vu, répondit Katara en lui lançant un regard sans appel.
La nourrice comprenait déjà mieux à qui elle avait affaire- Mukr n'avait pas exagéré.
- Il est dans la salle d'armes.
Katara bondit hors de son lit en grognant de douleur (« Aïe ! ») et se précipita vers la porte. Elle s'arrêta net devant le panneau et fit demi-tour pour venir se pencher au-dessus du berceau un instant. Son regard se radoucit quand elle arriva aux larges côtés de la nourrice et vit son enfant endormi, serein. Elle soupira et sourit.
- Je ne vous ai pas demandé votre nom, dit-elle d'une voix douce, presque murmurée
- Ce n'est rien, madame. Je m'appelle Izora. Les femmes de ma famille sont les nourrices royales depuis le début de la dynastie.
- Ah, alors c'est de votre faute s'ils étaient tous dingues ?
La nourrice sembla avaler de travers et toussa
- Je plaisante ! s'exclama Katara.
La femme reprit son souffle et sourit. Puis, avec une pointe de fierté dans la voix, elle ajouta
- Je me suis occupée moi-même de l'actuel Fire Lord lorsqu'il était bébé.
- Ah Zuko ! J'oubliais. Vous me raconterez tout ça plus tard.
Ses yeux restèrent encore accrochés un instant au petit être au fond du berceau, elle tendit la main comme pour lui caresser la joue mais se retint à quelques centimètres. Elle se tourna vers Izora et soupira :
- Je vous la confie…
- Bien madame.
Et Katara sortit sans se retourner cette fois. Elle marcha droit vers la salle d'armes. Il faisait encore un noir d'encre dehors, le ciel à présent nuageux couvrait l'éclat de la pleine lune mais la maitre de l'eau en ressentait les effets et la douleur de ses côtes et de ses hanches de dissipa. Elle ne pensait pas qu'elle aurait pu se déplacer avec autant de facilités une autre nuit. Elle n'aurait jamais pu arriver à la chambre de Mai, même si cette action fut vaine, sans ce supplément de force ; elle-même n'aurait pas survécu à son accouchement. Yue s'était montrée très sélective cette nuit...
Comme elle approchait de la salle d'arme, elle fut traversée par une vague de chaleur intense. La nounou ne s'était pas trompée : Zuko devait être dans cette pièce. Et il ne devait pas être de bonne humeur, pour employer un monstrueux euphémisme.
Iroh était devant la porte, triste et tracassé. Ursa était accroupie au pied d'une colonne, ses allures de grande dame évanouies. Katara interrogea le vieux général qui lui répondit
- Mon neveu a laissé son tempérament prendre le dessus. Le seul soulagement que je trouve pour l'heure, c'est qu'il ait choisit la salle d'arme pour laisser éclater sa rancœur, cette fois. Les murs sont ignifugés.
- Oh. Vous croyez que je peux entrer.
- Si vous pensez pouvoir le calmer…
Katara acquiesça et se tourna résolument vers la double-porte. Elle inspira profondément et poussa le panneau.
La température devint insoutenable. Les murs, pourtant constitués de matériaux résistants au feu, étaient noirs de suie. Et Zuko envoyait des jets de feu autour de lui, sans distinction. De son corps même semblait émaner une chaleur de brasier. Il était torse nu- il avait dû brûler sa chemise et sa tunique. À plusieurs reprises, il s'effondra quelques secondes, le visage dans les mains, avant de se redresser en hurlant et de se remettre à lancer des poings de feu à tout va.
Katara avait déjà géré de telles colères, dévastatrices et incontrôlées. Elle savait qu'il suffisait d'une main posée sur une épaule, et d'un regard, pour apaiser la tension quelques instants. Et elle savait surtout qu'Ursa aurait dû être cette main cette nuit. Mais Ursa gémissait comme une petite fille au milieu des colonnades tandis qu'Iroh tentait de gérer la situation avec sa poigne de général, sa sagesse d'amateur de thé et de Pai-sho et surtout son amour d'oncle.
Zuko avait perdu une femme et un fils. Aang était entré en l'état d'Avatar pour moins que ça. Et leurs rages se ressemblaient un peu. Ils perdaient tout contrôle, toute mesure, toute conscience des gens qui les entouraient et les aimaient.
Katara attendit une accalmie et s'avança. Le seigneur du feu tremblait de fureur, son corps dégageant des vagues suffocantes. La maitre de l'eau se sentit fiévreuse dans cette atmosphère accablante mais elle persista.
Zuko s'était redressé dans un cri et s'apprêtait apparemment à lancer un nouvel assaut à son ennemi invisible. Il cherchait à se saouler dans les flammes, à s'oublier d'épuisement. Mais il se ferait du mal, il ne trouverait aucun confort dans la colère et il souffrirait, quoi qu'il fasse. Et Katara ne le laisserait pas s'enfermer dans la douleur.
Ils monteraient tous les deux sur le dos d'Appa à la prochaine pleine lune et iraient chercher une confrontation, une forme de justice. Peut-être une vengeance, si Zuko le désirait.
Mais avant, avant tout, il fallait qu'il se calme, qu'il respire. La jeune maitre de l'eau combla l'espace qui les séparait ; il criait, courbé en arrière et crachait des flammes vers le haut plafond de la salle d'armes, le visage défait, sa cicatrice formant une ombre terrible sur son visage, et l'air desséché et brûlant coupa le souffle de la jeune femme qui pourtant leva une main et la posa sur son épaule.
Il sursauta à ce contact mais ne se retourna pas- il savait que c'était elle. Il se redressa puis, lentement, tomba à genoux, la tête entre les mains. Déjà la température descendait. Katara s'approcha encore, chercha ses yeux. Mais il se détourna d'elle et elle sentait son épaule trembler sous les sanglots. Elle resta là, présente, disponible. L'air déjà se faisait plus respirable, même si la peau sous ses doigts brûlait toujours d'une fièvre intense. Elle avança la main vers la joue de son ami, écarta une mèche de cheveux noirs. Elle était à sa gauche, du côté de sa cicatrice, du côté de son œil incapable de pleurer, mais elle vit la douleur tordre ses traits et elle pleura aussi, enfin, l'amie qu'elle n'avait pas pu sauver.
Comme s'il venait seulement de s'apercevoir de sa présence, il se redressa, la regarda un instant, puis se jeta dans ses bras, enfouissant son visage au creux de son cou et elle posa sa main, gentiment, sur la tête de l'homme, du petit garçon, qui pleurait contre son épaule.
Shit-Sang entra dans la salle d'arme quelque minutes plus tard, suivi de Iroh. Le capitaine des gardes tenait un homme par le col à bout de bras si bien que ses pieds ne touchaient plus le sol. Il portait l'uniforme du Dai-Li- à quelques détails près et avait les mains attachées solidement dans son dos.
- C'est lui, dit simplement l'ancien taulard.
Zuko regarda l'agent avec un dégout, une froideur à faire frémir. Il parla d'une voix sèche et glaciale. L'homme le fixa une seconde avant de détourner les yeux.
- Dai-Li… pourquoi ça ne m'étonne pas?! Tu as de la chance, il y a cinq minutes, je t'aurais brûlé vif. Mais je vais te laisser la chance de parler. Qui t'envoie et pourquoi?
- Si je vous réponds, je devrai vous tuer, fit l'homme.
- C'est une proposition intéressante mais tu n'es pas en position pour marchander. Parle !
- C'est le propriétaire légitime des lieux qui m'envoie.
Zuko et son oncle échangèrent un regard qui disait « Azula ». Un nom répondait à pratiquement toutes les questions. Il n'en restait qu'une :
- Comment t'y es-tu pris pour détourner les lames ?
- C'est très simple, « mon seigneur », répondit l'agent du Dai-Li d'un air sarcastique en bougeant la tête de droite à gauche.
Il y eut un léger sifflement derrière elle et Katara comprit. Rassemblant ses forces, elle leva le bras et retint le mouvement insolent du menton de l'agent. Deux chocs métalliques retentirent tandis que deux sabres d'entrainement tombaient au sol. L'agent écarquilla les yeux, constatant qu'il ne pouvait plus bouger la tête.
- Je n'aime pas faire ça, dit-elle, mais vous ne me laissez pas le choix.
- Yo et San non plus… pourtant... c'est tellement efficace.
Katara relâcha de stupeur la poigne qu'elle avait sur la gorge de l'agent, trop interpellée par ce qu'il venait de dire.
Et comme il était à nouveau libre, le sifflement des sabres volants se fit à nouveau entendre, seulement interrompu par un craquement sonore suivit d'une nouvelle chute des armes : Shit-Sang venait de rompre de sang-froid le cou de l'agent. Il tenait encore la tête entre ses deux immenses mains et le corps flasque et à présent sans vie pendait lamentablement.
Katara se sentit mal, écœurée. Elle chercha appui sur l'épaule la plus proche, qui se trouva être celle de Zuko. Il se tourna vers elle et d'une voix beaucoup plus chaleureuse qu'un instant plus tôt, mais la gorge encore nouée, il lui dit de retourner se coucher, qu'elle avait besoin de repos.
Iroh approuva, lui offrit son bras et la guida à travers les couloirs jusqu'à sa chambre. Il soupira :
- Quel malheur ! Cette nuit, nous devrions festoyer la nouvelle vie, pas pleurer une reine et éliminer un assassin…
- Je n'ai jamais été si heureuse et si désespérée à la fois, Iroh…
Le vieil homme tapota la main de la jeune mère en disant d'un ton apaisant
- Soyez seulement heureuse, laissez le désespoir aux autres.
- Je suis incapable d'ignorer sa douleur… et ma responsabilité.
- Quelle responsabilité ?
Elle leva les yeux vers lui et dit d'une voix timide
- Je n'ai pas su la sauver, Iroh.
Il se tut un instant avant de la regarder avec le regard sévère mais le sourire aux lèvres- une expression particulière qui dit « mes paroles seront réconfortantes mais tu as intérêt à écouter », une expression dont seules les vielles personnes sont capables.
- Mais vous avez essayé. Et vous venez d'apporter un peu de réconfort à mon neveu. Et de nous sauver, probablement. Pour une jeune femme blessée en pleine maternité, vous avez fait un travail admirable. Ah, vous y êtes. Bonne nuit, chère Katara.
Effectivement, ils étaient devant la chambre de Katara. Elle posa sa main sur la poignée et, avant de pousser la porte, elle sourit au vieil homme.
- Merci Iroh. Bonne nuit à vous aussi, si possible.
…oooOOOooo…
Quelques jours plus tard, Pyro Shu se présentait, entouré de sa garde personnelle, aux portes du palais. Le Seigneur du feu l'accueillit comme il accueillait n'importe quel héritier d'une noble et puissante famille de la Nation du Feu.
L'ainé des Shu affichait sa naissance avec une arrogance sans bornes : il portait les habits traditionnels et les couleurs de sa famille, ainsi que leur blason, le faucon à crête blanche sur fond noir- brodé sur l'épaule. Ses pères avaient soutenu Ozai, l'avaient suivi aveuglément dans sa soif de domination du monde et juraient déjà fidélité à Azula avant même que Zuko ne soit marqué et exilé.
Pourtant, Pyro Shu jouait son rôle de noble fidèle à son seigneur, il s'inclina très bas, murmura quelques compliment et toute sa gratitude d'être appelé auprès de son seigneur, ainsi que ses condoléances pour sa bien-aimée femme dont la crémation datait seulement de la veille.
Zuko ne dit rien, il attendait que le fils des Shu cesse son petit numéro de chien-perroquet savant.
L'ainé des Shu en vint alors, dans une dernière révérence, à demander pourquoi il était appelé auprès de Sa Majesté.
Après avoir lentement inspiré et expiré comme seule la pratique de la maitrise du feu peut l'apprendre, le Seigneur du feu demanda :
- N'aviez-vous pas demandé la main de ma sœur avant que son sort ne soit scellé par les nations ?
- En effet… Et je réitèrerai ma demande devant Mon Seigneur… tout en la sachant vaine.
- Vaine, mais pourquoi donc ?
- Bien, je me permets de douter que Mon Seigneur soit prêt à voir sa sœur libérée, ne serait-ce que pour se trouver sous le joug d'un époux.
- Vous ne pourriez pas maitriser Azula, répliqua Zuko, amèrement. J'ai eu récemment de ses nouvelles, apportées par un oiseau qui ne m'a pas mordu, lui.
L'ainé des Shu lança un regard intrigué au Seigneur du feu, apparemment surpris de tout ce qu'il entendait. Zuko n'abattrait pas si tôt toutes ses cartes. Il avait déstabilisé un peu l'homme agenouillé au pied de son trône.
- Est-ce que vous aimez la poésie, Pyro, héritier des Shu ?
- Sa… Sa Majesté me prend au dépourvu. La bibliothèque familiale contient en effet une importante quantité de recueils de poésie, et aux femmes de notre lignée est enseignée la pratique du Haïku.
- Mais vous, est-ce que vous aimez la poésie ?
- Je… Je sais reconnaître un bon poème et un bon poète.
- Je n'ai pas moi-même cette prétention. Citez-m 'en un.
- Ho… heu… le talent du grand Pu-Hishi Korezon est presque légendaire et son « Zenith sur l'Akrezion » est une merveille de régularité et de…
- Et c'est aussi un chant nationaliste, coupa Zuko, qu'on enseignait traditionnellement à tous les enfants de notre pays pendant la guerre.
- Mon Seigneur dit vrai. Mais… puis-je demander à Mon Seigneur…
- Pourquoi je m'intéresse à votre goût ou non pour le sixième art ? C'est bien simple, il se trouve que votre famille m'envoie depuis quelques semaines des vers d'une qualité surprenante.
- Je vous demande pardon, Mon Seigneur, on ne m'a pas averti de tels envois…
- Peut-être que quelques morceaux choisis vous inspirerons plus ?
Iroh, qui avait affiché une expression des plus neutres depuis le début de l'entretient, tendit un petit coffret en bois qui contenait les messages apportés par les faucons à crête depuis plusieurs semaines.
- Mon oncle, vous avez une voix extraordinaire pour les vers, nous ferez-vous l'honneur ?
- Comme il vous plaira mon neveu.
Iroh sortit alors quelques parchemins et les lut avec emphase avant de commenter :
- « Le soleil doit se coucher sur un empire endormi »- somptueux… « Quand ni la poigne ni le gant ne sont de fer, il ne reste rien d'un roi » raffiné… « Une cerise piquée et c'est tout le panier qui est pourri » provincial, n'est-ce pas ? On arrive à mes préférés « Le sang des rois n'y suffit pas » « La chance a su choisir son hôte, destinée à toutes les grandeurs »… Ah, et je suis aussi amateur d'humour alors je ne peux pas ignorer celui-ci « Tous les trônes portent la mention 'siège éjectable' »…
- Il en est de même pour les sièges de mon conseil, soit dit en passant, fit Zuko sur le ton de la conversation.
- Ah, et encore une perle « On ne perd rien de naître du sexe faible si on a un père avisé », ce n'est pas un vers, c'est une maxime ! «Porter le nom de son glorieux grand-père et bientôt, sa couronne »… « Quel tristesse, pour un roi, de n'avoir point de fils »…
- Mon Seigneur… il s'agit là de… de menaces à votre encontre… avança le fils des Shu
- Vous croyez ? Dans ce cas, je devrais sûrement vous mettre aux fers, non ?
- Mon Seigneur… je vous jure que j'ignorais…
- Qu'on m'amène le faucon de ce matin ! coupa Zuko en s'adressant à l'un des gardes.
Quelques secondes d'un silence insoutenable pendant lesquels le jeune Shu n'osa pas même respirer s'écoulèrent. Iroh refermait lentement le coffret tandis que Zuko resta assis, jambes croisées, impassible. On apporta enfin une cage dans laquelle le grand faucon à crête se curait les plumes pour en ôter les parasites.
- Ces messages m'ont tous été livrés par un oiseau tel que celui-ci ; le reconnaissez-vous, Pyro Shu ?
- C'est… c'est l'un de nos oiseaux…
- Alors, je vous écoute. Comment expliquez-vous ceci ? Une simple « coïncidence, peut-être ?
- Il nous en manque… heu. Plusieurs oiseaux ont disparu !
- Je vous rappelle que ma femme a été tuée il n'y a pas trois jours, je ne suis vraiment pas d'humeur clémente.
- Je n'aurais jamais commandité un tel assassinat !
- Mais programmer une évasion…
Pyro Shu soupira, ses épaules s'affaissèrent. S'il était coupable, il sentait qu'il avait laissé trop de preuves traîner derrière lui pour pouvoir encore clamer son ignorance. Et s'il était innocent, il refusait de tomber dans le piège qu'un tiers lui tendait en posant son sceau, le sceau des Shu sur le meurtre de la reine.
- Je… J'ai …
Il chercha ses mots un instant, hésita. Allait-il se défendre ou passer aux aveux ?
- J'ai voulu libérer la Princesse de sa prison. Mon père m'approuvait dans cette initiative. Je… je suis fasciné par votre sœur, Votre Majesté, elle est merveilleuse, mystérieuse, incroyable… et si puissante...
- Vous … aimez ma sœur ? demanda Zuko, incrédule devant le visage extasié de l'homme.
- Plus que ma vie. Mais tous mes plans pour la faire libérer ont échoués lamentablement… elle n'a probablement même jamais su que j'avais fait la moindre tentative.
- Vous… n'êtes pas responsable de son évasion ?
- Elle s'est évadée ?
Zuko se rendit immédiatement compte de son erreur et se reprit
- Un tentative. Un nouvel échec.
- Oh…
- Mais ces évènements coïncident à votre désavantage, Pyro Shu.
- Votre Majesté… Vraiment, je vous supplie de croire que les Shu ne sont pas mêlés à cette tentative ni aux récents évènements survenus au palais. Nous portons le deuil de Lady Mai et de votre fils à naître. Je… je n'ai jamais voulu Azula sur le trône, je vous le jure. Je la voulais pour moi.
- C'est entendu. Je réserve mon jugement- et je vous rends votre oiseau. Assurez-vous que les éléments de cette affaire cessent de pointer votre famille du doigt ou le faucon à crête deviendra le symbole de la disgrâce.
S'aplatissant contre le dais écarlate, l'ainé des Shu se confondit en excuses et en remerciements avant de quitter la salle du trône sur les genoux.
Iroh posa une main bienveillante sur l'épaule de son neveu. Ils espéraient bien plus de cette rencontre. Au lieu d'un aveu, ils obtenaient une confession d'un malheureux et aucun nouvel élément pour expliquer ce qui se passait. En un mot, ils piétinaient.
Mais Zuko s'attachait à sa volonté de trouver le véritable responsable- la responsable- de la mort de Mai pour dominer son tempérament et sa frustration.
…oooOOOooo…
Katara, assise près du berceau, allaitait son tout petit bébé en musant un air des tribus de l'eau « Le vent se lève et l'enfant dort bien au chaud. Il ne craint rien, il ne craint rien. La mer est grosse et l'homme déploie les voiles de son bateau. Il ne craint pas les flots...». Izora insistait pour qu'elle laisse les nourrices du palais, selon elle très consciencieuses et compétentes, s'occuper du petit. Katara persistait à vouloir garder pour elle et près d'elle sa fille.
- Il ne faut pas trop t'habituer aux draps de soie, mon ange, on ne vivra pas toujours comme des princesses, chuchotait-elle en riant
Quelqu'un frappa à sa porte et elle espéra un instant que ce soit Zuko. Mais depuis cette fameuse nuit où tout avait basculé, où elle était devenue mère et lui veuf, elle ne l'avait plus vu qu'aux repas où il se montrait silencieux et pensif. Elle avait vu les blessures à ses mains et il avait reculé vivement quand elle avait voulu les soigner. Elle avait senti la douleur de son cœur mais c'était une insulte à la mémoire de Mai que de suggérer qu'il les apaisât si tôt, de quelque manière que ce soit.
Ursa entra. Elle semblait elle aussi comme détruite par la mort de Mai. Pourtant, de son vivant, elle ne s'était jamais montrée particulièrement attachée à la Fire Lady. C'est de son petit-fils qu'elle portait le deuil et se yeux rouges étaient un maigre témoignage des larmes qu'elle avait versé.
- Katara ? demanda la reine-mère
- Que puis-je pour vous, chère Ursa ?
Comme Katara l'invitait à entrer, la grande dame abimée s'avança jusqu'à la chaise la plus proche et s'assit dessus, silencieuse, avant de demander en plongeant ses yeux d'ambre, si semblables à ceux de son fils, dans ceux de Katara.
- Je… J'aimerais me confier à vous.
Katara resta un instant stupéfaite du ton sérieux et pressant qu'elle avait pris. Quoi qu'Ursa ait à dire, ce ne serait pas drôle. Katara opina du chef, muette.
- Je peux compter sur vous pour garder un secret ?
- Un secret vraiment secret ?
- Il ne faudra le répéter à personne. Pas même à mon fils. Surtout pas à mon fils. Jamais.
- Ursa je ne sais pas si je…
- Il souffrirait de connaître la vérité. Je sais que vous saurez lui mentir si c'est pour son bien.
La jeune femme sentit l'importance de la confession pour la noble-dame et se résigna.
- Bien, je vous écoute.
- Avant tout, pensez à moi comme à une mère. Tout ce que j'ai fait, toute ma vie, je l'ai fait pour mes enfants, en croyant les aider et les protéger.
La grande dame soupira, ferma un instant ses yeux rougis et laissa planer un silence comme mesuré pour rendre les quatre mots qu'elle allait dire encore plus dramatiques, encore plus graves. Pour faire peser tout le poids de son secret et des futurs mensonges sur les épaules de la jeune mère, parce qu'elle ne parvenait plus à le porter seule. Pour faire résonner longtemps l'écho de ces quatre mots dans la pièce et dans la tête de la jeune femme qui serrait son enfant contre son sein. Et quand elle parla, après s'être tue juste le temps nécessaire, ses mots frappèrent Katara comme un coup de poing dans le ventre et la maitre de l'eau se jura de ne jamais jamais laisser le moindre mot de cette conversation parvenir aux oreilles de Zuko, parce qu'il en serait détruit, littéralement. Quand Ursa reprit la parole, elle dit seulement :
- J'ai libéré Azula.
AN: Voilà pour vous un loooooong chapitre. J'ai hésité à le poster en morceaux puis j'ai eu un élan de générosité parce que vous m'avez gâtée en reviews
Je suis vraiment vraiment désolée d'avoir tué Mai. Mais il le fallait. Pour la fic. Mais si vous m'en voulez vraiment, béh... envoyez-moi des tomates numériques en me laissant un petit commentaire!
J'attends vos suggestions pour le prénom du bébé- je ne pourrai pas éluder la question indéfiniment. ;-)
Encore un tout grand merci au nombreux (béh oui, trois, quand même!) reviewer du dernier chapitre:
folleriku - Toph revient bientôt, promis. Et Zutara? Je ne sais pas. Ce ne serait pas très correct d'en parler là tout de suite. (Pauvre Mai, paix à ton âme. Les Zutariens iront danser nus sur ta tombe à la pleine lune...)
Nefer Chan - En fait, ma façon de voir Mai a un peu évolué pendant l'écriture. Mais au fond, si je l'ai faite si "caractérielle" au début, je pense que c'est surtout parce que Zuko et elle en arrivaient à un point où ils ne savaient plus communiquer et où il devait être super chiant parce qu'il s'ennuyait. Je les vois comme ça.
kaly - Je verrai les probablement nombreuses fautes disséminées dans ce chapitre en le relisant demain et j'aurai la flemme de le re-poster corrigé. Je fais la guerre au 's' et à la deuxième personne du pluriel, pour le moment... "C'est les vacances", ça parait valable, comme excuse?
