Pour faire plaisir à folleriku.
Chapitre quinze: Toph
Du bois !
J'en ai marre d'être précédée par ma réputation ! Qu'ils me cassent les bras, ça, je pouvais m'y attendre, qu'ils me ligotent avec de la bonne grosse corde d'amarrage comme un saucisson de 45 kilos, c'était le moins qu'ils pouvaient faire pour s'assurer que je ne file pas… mais pas me mettre dans une cage en bois ! Bande de chiens, quand je sortirai de là, ils auront des comptes à me rendre.
Je n'y vois rien, je ne sens rien. Je sais juste que je suis encore sous la terre, dans une grotte. Et ça sent la taupe géante. Super, je me sens moins seule tout à coup.
J'ignore où sont les autres. Maneka doit être enchainée quelque part ; la pauvre p'tite n'arrive pas à la cheville de Katara. Aang… je ne sais pas où il est. Son énergie était déjà très faible quand nous l'avons retrouvé. Mais je sens qu'il est en vie, je dirais, dans un rayon de 200 mètres. Sans certitude.
Et Jee… je crois qu'ils sont en train de le passer à tabac pour qu'il dévoile des informations. J'ai entendu crier. Et ça m'a fait mal.
Tenter d'obtenir les maigres indices pour me localiser m'aide à rester éveillée et alerte. Sans ça, je serais en pleine crise de claustrophobie. Jouer aux devinettes m'empêche de céder à l'angoisse d'être complètement dans le noir.
Un agent du Dai-Li- je l'ai reconnu au petit tac-tac de ses bottes et au grincement des chaines qu'ils gardent sous leurs robes de nonnes- vient de jeter quelqu'un dans ma cage. J'entends « Ouch ! » et la peur se dissipe : c'est Jee.
Il respire difficilement, mais il n'y a pas d'odeur de sang- pas le sien en tout cas. Il se recroqueville dans un coin, il n'a pas envie de parler. Moi non plus, je me sens trop écœurée.
Soudain, il rompt le silence et sa voix est rocailleuse comme s'il avait la gorge extrêmement sèche. Il essaye de se redresser un peu, il doit me chercher des yeux. J'ignore s'il fait jour ou nuit dans la cellule alors je baisse la tête, qu'on soit à égalité : si je ne le perçois pas, y'a pas de raison pour qu'il puisse me voir.
- Ils ont eu Saji et Rei. C'est comme ça qu'ils ont su que le Fire Lord était au courant.
- Mince.
- Ils… ils ont dû me droguer pour que je leur raconte tout ce que je savais. Peut-être qu'ils vont te faire subir la même chose.
- Qu'est-ce que tu leur as dit ?
- Tout ce que je savais. Mais comme je suis très observateurs, je leur ai servi une demi tonne de petits détails sans intérêt alors ils en ont eu marre avant moi. Maintenant, ils savent tout de la déco de la salle du trône où des tactiques de drague du capitaine Rienzo.
- Tu leur as dit pour Kyoshi ?
- Je ne pense pas. Ils m'ont coupé avant. Mais ils vont interroger Maneka et ils obtiendront surement plus d'elle.
Il frissonne. Je commence à regretter ma solitude de tout à l'heure. Je ne sais pas trop quoi dire et être confinée comme ça me met très mal à l'aise. J'ai des envies de meurtre et de ratatouille de Dai-Li. Et j'étranglerai de me propres pieds le salopard qui m'a cassé les bras. L'os doit être brisé. Je ne sais pas comment il a fait ça- je ne me souviens même pas qu'il m'ait touché.
Soudain, Jee parle à nouveau
- Leur saleté de drogue doit encore faire effet… J'ai mal à la gorge mais je veux parler.
- Très bien, parle alors !
- Ils ont eu Saji et Rei… Ils ont dit qu'ils n'avaient rien su obtenir de lui parce qu'un certain Neiro l'avait trop arrangé. J'espère que Saji va bien.
Il a l'air de beaucoup tenir à la fille. Pourquoi ça me noue la gorge ? Ils étudiaient ensemble, ils ont voyagé ensemble. Il continue de parler. Je ne veux plus rien entendre mais les vibrations de sa voix me rappellent à la réalité, le décor prend forme dans ma tête. Je suis un peu moins paumée. Je le relance.
- Tu es… attaché à elle ? je fais, comme si c'était le cadet de mes soucis.
- Béh, à vrai dire, elle est un peu comme une petite sœur. Saji, c'était la petite sœur garçon manqué de tous les élèves. Même Piandao avait toujours un petit sourire rassurant pour elle. On la taquinait beaucoup aussi.
Je plains intérieurement cette fille entourée d'hommes qui lui parlent et la regardent comme un pote. Je ne la connais pas, mais je suis certaine qu'elle a dû espérer d'autres intentions de leur part… Peut-être de la part de Jee ? Je repense à notre brève rencontre dans la salle d'arme… Et à ses efforts pour entrer en contact avec le plus âgé du groupe, celui qui respirait si lentement – Jee l'avait appelé Rei ; une abréviation. L'école de Piandao est une grande famille. C'est le genre de choses qui me rendent nostalgique du gaang et de nos aventures, de notre complicité, parce que je n'ai pas de famille.
- Je crois qu'elle aimerait bien, parfois, que Reiko la voie un peu plus comme une femme et un peu moins comme l'excellente épéiste qu'elle se bat pour être, continue Jee après un instant.
- Et lui, il le sait ?
- Surement… Mais dès qu'elle s'approche un peu trop ou qu'elle parvient à lui faire baisser sa garde, il joue les enfoirés de fils de noble avec ses principes surannés et les soi-disant espoirs que les Du-Mah-Zon auraient portés en lui… et elle pleure sur mon épaule pendant des heures.
- Oh ! Et tu… ?
- J'en remets une couche, que veux-tu que je fasse !? Et il faut avouer que c'est un plaisir d'insulter Rei.
- Ouais, j'ai connu un Prince dans le même genre.
- Ahah… Mais je ne me permettrais jamais de…
- Mais si, vas-y, tu as ma bénédiction. Surtout que c'est à cause de lui et de Sugar Queen si on est dans cette galère !
Il rit un peu. Et le silence revient.
Les heures passent. Je n'ai jamais eu le soleil comme repère, j'ai dû développer mon horloge interne. Et là il va être l'heure de manger. Et ça, c'est pas d'être un maitre de la terre aveugle qui m'a appris à le sentir… c'est de voyager avec Sokka, l'auto-proclamé ventre-à-pattes prêt à avaler -cuit ou cru- tout ce qui en a (des pattes).
Et le gargouillement particulièrement drôle de l'estomac de Jee dont l'appétit peut rivaliser avec celui de notre petit génie des tribus. Ça m'a fait bizarre de le revoir ; bizarre parce que ça ne m'a étrangement rien fait.
Quand je sortirai de là et que j'aurai botté le derrière de l'Etincelle pour lui apprendre à m'envoyer me faire attraper volontairement dans un piège à rat, je m'occuperai de l'apprentissage du petit Mudbender. J'adore ce gamin. Je lui apprendrai deux trois tours qui ne feront pas rire Sokka. Les habitants de l'île n'auront qu'à bien se tenir à leurs éventails.
Jee prend la parole de nouveau. Sa voix est un peu plus posée que tout à l'heure. La soupe immonde qu'on nous a apportée aura au moins servi à l'empêcher de se déshydrater complètement.
- J'en ai marre d'être enfermé. Et j'en ai marre d'être attaché.
- Plains-toi, au moins maintenant ils t'ont laissé les mains devant. Héhé ils étaient pas fiers de devoir nous nourrir à la cuillère comme des gosses.
- C'est facile pour toi, ils t'ont détachée.
- Okay, alors on échange. Rampe jusqu'ici, que je te casse les bras.
- Mouais désolé.
Il y a un nouveau silence, le genre de silence que j'aime pas. Le genre de silence qui arrive quand je suis un peu trop sèche. Souvent, Katara tombe dans ces silences-là. Je déteste sentir que les gens aimaient leurs illusions, qu'elles sont cassées et que c'est ma faute.
- T'en fais pas, va ! Iroh va nous sortir de là.
- Iroh ? Le général ? Pourquoi…
- Vaut mieux que ce soit lui. Parce qu'il sent le thé à trois-cents mètres (et je ne te parle pas de ses sandales) et que je ne risque pas de le confondre avec S… Suki.
- Suki ?
- Longue histoire. Pas drôle.
- C'est pas plutôt le Seigneur du Feu qui devrait venir nous chercher ici ?
- Ouais, mais je risque de m'attirer quelques foudre- au figuré- si je me jette sur lui en criant « mon héros ! ». Il est très demandé…
- Moi, je veux bien être ton héros…
- C'est très sympa de ta part mais tu oublies deux choses : d'abord que tu es enfermé ici avec moi ; ensuite, que je ne suis pas du genre à cirer « mon héros ». Je disais ça pour plaisanter, tu sais, pour détendre un peu l'atmosphère.
- Pas moi.
Mes oreilles ne me trompent jamais alors je sais que j'ai bien entendu.
Quand Jee se remet à parler, son ton me dit qu'il a longuement réfléchi, et qu'il ne veut pas plaisanter. Il s'est approché de moi et il chuchote, déterminé. Au fond de sa voix, j'entends surtout qu'il a peur. Très peur.
- Tu te souviens de la grande maison devant laquelle on s'est arrêtés ?
- Oui. C'était un laboratoire ou quelque-chose du genre.
- Précisément. Mais ce que tu ne peux pas savoir, parce que c'était gravé sur la porte en bois, c'est que c'est le professeur Mend qui dirige les expériences réalisées là. C'est ce même professeur qui avait participé à la découverte des composantes et à dessiner le tableau qui les regroupe par catégories, selon leur nature et leurs compatibilités entre elles. C'est aussi lui dont m'avait parlé Jundoo.
- Et c'est une mauvaise nouvelle parce que ?
- Les classes de Mend portaient toutes le même logo à Bah-Sing-Se. Et ce logo a la forme d'une main qui tient le monde dans sa paume. Ce logo est porté par certains agents du Dai-Li…
- Tu avais eu raison alors, sur le bateau… Oh… J'ai même pas de juron assez fort pour ponctuer ça.
Il se tait. Juste quelques secondes. Mais ça me parait beaucoup plus long. Enfin, dans un soupir il demande
- Je… ça te dérange si je viens plus près de toi.
- Heu non, je réponds avant même d'y penser.
Il rampe pour combler le petit mètre qui nous sépare. Il est vraiment très près ; il passe ses mains ligotées au-dessus de ma tête et je me retrouve entre ses bras. J'ai pas l'habitude de tels contacts. J'ai l'habitude des câlins de groupe, des accolades, et des coups sur l'épaule. C'est comme ça que je montre quand j'ai de l'affection pour quelqu'un.
Mais d'être là, qu'il fasse attention de ne pas écraser mes bras, qu'il m'attire un peu pour que je prenne appui contre son tronc et qu'il repose son menton sur le sommet de ma tête… C'est nouveau. Et c'est bien. Ouais. C'est vachement bien.
- J'ai jamais eu autant envie de me tromper.
Je sens les regrets dans sa voix et je cherche un truc à dire, une boutade, quelque-chose de léger genre « T'en fais pas, l'Estafilade, j'te protège » mais rien ne vient. Rien ne vient à part…
- Reste-là.
Et rien ne compte parce que je sens qu'il sourit, qu'une partie de la tension dans son épaule et son cou semble s'envoler et qu'il soupire, comme soulagé, oh ! si près de mon oreille.
AN: J'attends toujours vos suggestions pour le prénom du bébé. Zuko n'arrivera pas à en trouver un bon tout seul-;-)
