Passage obligé par Kyoshi. Bonne lecture. Rendez-vous à la fin pour les notes de l'auteur.

Avatar appartient à ses Grands Esprits Créateurs et à Nick(c)


Chapitre dix-huit: Sokka


Sokka avait passé la semaine entière à scruter l'horizon, attendant impatiemment l'arrivée de sa petite sœur, bien déterminé à l'empêcher d'aller se faire bombarder à Omashu. Zuko était vraiment un nul ! Comment pouvait-il accepter qu'elle l'accompagne alors qu'elle était faible et sans défense et juste- glups !- maman d'un petit bébé ?

Vraiment, il aurait une sérieuse conversation avec le Seigneur-plan-foireux dès l'instant où ce dernier poserait l'orteil sur Kyoshi. A propos de Katara d'abord, de Toph ensuite, et puis de son incommensurable stupidité d'imbécile de maitre du feu. Ça lui ferait les pieds, tiens !

Suki avait bien tenté, avec toute sa pédagogie, de l'en dissuader, mais Sokka n'en démordit pas : lui et Zuko auraient à parler, entre homme. Sérieusement. Et son adorable petite femme avait levé les yeux au ciel, et glissé l'un ou l'autre sarcasme sur son comportement, et sur le fait qu'Hakoda serait sur l'île aussi et que si quelqu'un devait « avoir une bonne conversation » machiste avec Zuko, c'était lui. « Peut-être. » avait rétorqué Sokka et elle lui avait dit « Tu es aussi intelligent que tu es de mauvaise foi, c'est incroyable ! ». Le guerrier n'avait retenu que la première partie de la phrase.

Il trépignait : sa sœur et l'idiot-aux-étincelles n'arrivaient toujours pas et le bassin de l'Unagi restait désespérément vide de tout bateau.

- Calme-toi, ils n'arrivent que dans la soirée, normalement… disait Suki, patiente.

- J'aime pas ça. Mon instinct…

- Ton instinct ne te dit rien du tout, ça fait une semaine que tu fais ta mauvaise tête et j'en ai assez !

Il détourna les yeux de la mer pour regarder sa femme, surpris qu'elle hausse le ton.

- J'ai été si pénible que ça ? demanda-t-il avec le même air penaud que Tobekka quand il avait fait une bêtise.

- Tu n'as pas idée ! Une heure de plus et je te frappais assez fort pour que tu restes K.O. jusqu'à l'arrivée de Katara.

Elle était terrible- et elle pensait ce qu'elle disait. L'homme de tribus tenta de re-visionner mentalement la semaine : attente de Katara- insultes diverses et variées à l'encontre de cet… de Fire Lord- attente de Katara- arrivée d'Hakoda – attente de Katara – jurons sophistiqué inventés tout spécialement pour Zuko- attente de Ka… Ohoh ?!

- Oh ?! Je m'étais pas rendu compte… Tu me pardonnes ?

- Je ne sais pas… dit-elle en ayant vraiment l'air de considérer une offre d'importance capitale. Tu viens de mettre une guerrière en colère- peu en sont revenus vivants…

- Su-u-kii, tu me pardonnes ? mendia-t-il, joueur, et son épouse n'y résista pas, elle quitta son air sévère et sourit de toutes ses dents.

- C'est bon pour cette fois.

Et ils s'embrassèrent un peu, puis un peu plus fort, puis…

- Ah, je vois qu'on dérange, constata une voix familière.

- Kataraaaaaaaaaa ! s'exclama Sokka, libérant Suki pour se précipiter sur sa sœur.

- Bienvenue ! enchérit Suki en se joignant au câlin.

Sokka relâcha son étreinte et regarda sa sœur et Zuko qui restait en retrait, comme toujours lorsque ce genre d'effusion avait lieu. Il tendit au maitre du feu une main amicale et celui-ci serra amicalement le poignet de Sokka, à la manière des tribus. Il n'en fallait pas plus pour mettre le guerrier d'humeur joyeuse. Vraiment, le Fire-naze était en progrès.

Sokka réalisa qu'il oubliait un détail :

- Où est… ?

Katara se retourna et il se retrouva nez à nez avec un minuscule bébé joufflu aux grand yeux gris.

- C'est ton- ta… Ma sœur a un bébé ! Ma toute petite petite sœur a un bébé !

Suki aida Katara à passer sa fille de son dos à ses bras et la regarda comme la quatrième merveille du monde.

- C'est ma fille, dit Katara avec une pointe de fierté genre « J'ai fait ça comme une grande »

- Elle est magnifique, constata Suki en laissant la petite serrer son doigt dans son petit poing rose.

- Je trouve aussi. J'ai été horrible avec les nourrices du palais- je ne voulais pas qu'elles la prennent : j'avais peur qu'elles ne me la rendent pas !

Suki rit, ajoutant que les autres guerrières Kyoshi aussi avaient louché sur ses fils, surtout Keheko qui avait véritablement un visage d'ange, et qu'elle avait eu peur qu'on les lui vole.

Sokka et Zuko restèrent en dehors de cette conversation, échangeant un regard qui disait « Les femmes ! ».

- Et comment s'appelle-t-elle ? demanda soudain Suki.

- Elle n'est pas encore baptisée, répondit Katara. C'est le parrain qui choisit les prénoms.

- Le parrain ? intervint Sokka, intrigué.

Ses enfants n'avaient ni parrain, ni marraine. Pour la simple raison que les guerrière Kyoshi s'étaient à moitié entre-tuées à la naissance de Tobekka quand il avait parlé de ce rôle si important dans sa culture. Pour lui, le titre importait peu, parce qu'il savait que ses amis ne laisseraient jamais tomber ses enfants s'il lui arrivait malheur. Aang, Katara, Toph, même Tai-Lee ou l'Etincelle seraient là. Mais Katara semblait avoir trouvé important de la jouer traditionnel. Pourquoi ?

- Zuko a accepté d'être le parrain, dit Katara avec un grand sourire.

Sokka songea « évidemment, qui d'autre ? »

- Et tu seras « Tonton Sokka », ajouta-t-elle en riant avant de chercher les alentours, intriguée : Mais où sont tes fils ?

- Papa leur apprend à poser des pièges à Sardine-dinde. C'est succulent en ragout.

- Papa est là ?! s'exclama Katara, joyeuse.

- Oui, on lui a écrit quand Ty-Lee nous a dit que tu venais.

Ils commencèrent à s'éloigner de la plage pour remonter vers la maison familiale. Katara et Suki conversaient avec enthousiasme de leur maternité respective. Sokka apprit, en entendant un mot çà et là, que sa femme ne serait pas contre « un quatrième, si ça pouvait être une fille. ». Il reporta son attention sur le jeune seigneur déguisé en paysan.

- Comment êtes-vous arrivés, il n'y avait aucun bateau dans le bassin ? demanda Sokka

- Par les airs, répondit Zuko.

- Mais je croyais que tu avais fait détr- commença Sokka, méfiant.

- Et c'est le cas, tu possèdes le dernier ballon, coupa le maitre du feu, l'air irrité.

- Plus maintenant, soupira Sokka. Bubulle nous a quittés. Je l'ai confié à Jee et Toph et la petite qui-croit-qu'elle-ressemble-à-ma-sœur-mais-j'ai-tout-de-suite-vu-que-c'était-pas-elle. Je ne pense pas que je le reverrai entier.

Zuko fit mine d'être vraiment désolé pour « Bubulle », puis montra les deux animaux incroyables grâce auxquels ils avaient fait le voyage si vite- Sokka s'intéressa surtout à savoir si on pouvait les manger tandis que Suki s'extasiait. Sokka tira les zèbre-aigles jusqu'à un enclos où ils pourraient passer la nuit.

- Parlant de bestiaux, où sont Appa et Momo ? demanda le guerrier, toujours attaché à l'énorme boule de poils qui les avait portés partout à travers le monde et au lémure gourmand et jaloux.

- Appa a disparu avec Aang, répondit Zuko, grave. Et Momo est resté au palais. Il doit être en train de se gaver de sablés-enflammés et de Fire Flakes avec mon oncle.

- Si j'avais à choisir entre voyager avec toi et ma furie de sœur où rester tranquillement à me gaver de sucreries, je crois que je prendrais aussi la deuxième option. A propos…

- Katara t'en a ramené une pleine boîte, de ces sablés.

- Woah ! s'exclama Sokka. C'est vraiment la meilleure sœur du monde. Enfin, déjà comparée à la tienne.

Et Zuko rit jaune en imaginant Azula lui rapporter un panier de spécialités de son voyage au pôle nord…

Ils regagnèrent enfin la maison. Suki disparut en cuisine. Et Hakoda arriva enfin avec ses trois petits-fils. Ils furent accueillis chaleureusement par Katara, qui se précipita pour embrasser son père et ses neveux. Zuko resta à nouveau à l'écart, gardant la fille de Katara dans ses bras. Sokka savait que ce genre de scène ne pouvait se produire dans sa famille de dingues, et il en fut vraiment désolé pour le maitre du feu. Il réalisa que ni Suki ni lui ne lui avaient encore présenté leur condoléances… ça attendrait. Pour l'instant, on faisait la fête, Suki préparait l'une de ses spécialités, ses trois fils lui montraient leurs prises ridicules avec une fierté d'ancien combattant et il les félicitait comme si les deux malheureux lapin-cailles pouvaient suffire à les nourrir pendant cinq ans, Hakoda regardait sa jeune femme de fille avec émotion, et pleurait de joie en découvrant sa petite-fille.
Le Chef de la tribu de l'eau du pôle sud se serait incliné respectueusement face au Seigneur du Feu qui aurait fait de même. Mais le grand-père était face au parrain, et c'est une accolade que partagèrent les deux hommes.

Le repas touchait à sa fin. Tout semblait calme et chaud et doux. Pourtant ils devraient en venir au fait, au sujet qui fâche… à Aang et sa captivité, à la mort de Mai, au plan foireux qui avait peut-être envoyé Toph à la mort –ou pire, à Katara qu'il était hors de question de laisser partir pour Omashu. Sokka préférait attendre que ses fils soient couchés.

Suki apporta le thé à table et Zuko, civilisé, la complimenta pour le repas. Hakoda était entouré des deux ainés, Tobekka et Keheko, eux-mêmes entourés de Sokka et Suki. A droite de Suki se trouvait le petit Meda dont Katara avait semblé un peu déçue d'apprendre qu'il n'était pas un maitre de l'eau- tout en étant, paradoxalement, ravie qu'il soit un maitre de la terre.

A gauche de Sokka se trouvaient sa sœur puis Zuko. Les adultes buvaient leur thé, soufflant pour ne pas se bruler, laissant planer un silence calme, seulement interrompu par la voix fluette du petit Meda :

- Ça fait mal ?

L'enfant avait fixé timidement l'homme à sa droite pendant le repas. Il avait l'air fort, peut-être même plus fort que son père- mais pas plus fort que sa mère parce que ça, c'était pas possible. Et il avait cette marque sur son visage, c'était tout fripé et rouge et ça allait jusqu'à son oreille et son œil paraissait tout petit…

Zuko avala son thé de travers. On ne lui avait plus posé cette question depuis des années- depuis au moins dix ans ! Sokka s'était redressé sur sa chaise- il savait à quel point le Prince était chatouilleux en ce qui concernait sa cicatrice. S'il faisait un geste, il le réduirait en bouillie ! Mais Zuko resta assis et tourna son visage vers le petit garçon

- Non, ça ne fait pas mal, répondit-il calmement. Plus maintenant.

- Comment tu l'as eue ? T'as pas fait ça tout seul ? Ce serait trop idiot.

Tobekka et Kaheko, à peine plus âgés, retinrent leur souffle. Ils avaient déjà appris à tenir leur langue, à ne pas plonger les pieds dans le plats (Suki avait veillé à éviter qu'ils héritent trop de ce défaut de leur père) mais le petit Meda parlait avec la sincérité de l'enfance et posait un regard sans jugement sur le visage brûlé du maitre du feu.

- C'est un homme qui me l'a faite.

- Pourquoi ?

- Parce que je n'étais pas d'accord avec lui. Il voulait faire du mal à plein de gens et je lui ai dit que ce ne serait pas juste. Il a voulu qu'on se batte mais j'ai refusé.

- Mon papa il se serait battu ! dit le garçon, convaincu.

- Je ne crois pas, répondit lentement le maitre du feu. C'était quelqu'un que je respectais et qui me faisait peur. J'avais seulement treize ans, alors même si j'étais courageux, je ne pouvais pas faire grand-chose.

- Ça fait combien treize ans ?

- Heu… à peu près ton âge plus celui de Tobekka.

- Wah, c'est beaucoup ! s'extasia le petit, comptant sur ses doigts, avant de demander : Et quand tu étais assez grand, tu t'es battu contre lui ?

- Une fois… Puis l'Avatar l'a mis en prison pour le punir...

... Et Ozai s'est laissé dépérir comme un chien dans sa cellule.

Suki s'était levée et avait entrainé ses deux ainés, et appela le troisième en disant qu'il se faisait tard, et qu'ils devraient déjà être couchés depuis longtemps. Elle murmura un vague « désolée » et disparut dans le couloir avec ses fils.

Zuko laissa échapper un long soupir et se redressa un peu, offrant un sourire crispé au trio du pôle sud qui le regardait. Katara posa gentiment sa main sur son bras.

- C'est rien, lui dit-il, rassurant. Je ne m'attendais pas à passer à l'interrogatoire… mais ça va.

- Meda est très spontané, expliqua Hakoda. Mais tu as été impeccable, fils. Tu ferais un très bon p-

Hakoda fut interrompu par le regard de Katara. Il avait dérapé. Sokka intervint

- Ouais, on évitait un peu ce genre de sujet pour pas casser l'ambiance mais… Suki et moi voulions te présenter nos condoléances pour Mai. Elle était lugubre et tout, mais elle était sympathique, d'après Ty-Lee du moins, et elle lançait les couteaux comme personne enfin… désolé.

- Merci, Sokka. Votre sollicitude me touche, vraiment.

- Je suis désolé, reprit Hakoda, pour ta femme et pour ma gaffe. Et pourtant, crois-moi, je sais ce que c'est.

Il laissa un temps, ses yeux revoyant l'assaut rapide et inexplicable des Southern Raiders, et le corps de Kaya sur les fourrures. Oui, il connaissait la détresse qui avait dû être celle de Zuko. Sokka sentait ses entrailles se glacer comme s'il courait nu en plein blizzard quand il imaginait sa vie sans Suki, ou sans ses fils, quand il repensait à une perte tellement similaire qu'il avait connue, si jeune. Le seigneur du Feu avait vécu ces deux drames en même temps. Comment avait-il fait pour ne pas devenir complètement fou?

- Et plus tard, si tu parviens à tourner la page, tu feras vraiment un bon père, je n'en doute pas, assura Hakoda.

- Sans rancune, répondit Zuko, souriant plus sincèrement, faisant tourner la bague en onyx autour de son majeur avec l'ongle de son pouce. Et j'espère avoir l'occasion de fonder une famille comme la vôtre. La mienne n'était pas, disons, « exemplaire ».

Sokka ne put s'empêcher de remarquer le regard que Katara et le maitre du feu échangèrent, ou des petits gestes qu'il avait pour elle ou la gamine. Il ne savait pas si les attentions du Seigneur du Feu avaient un autre objectif que d'être juste gentil, ce qui ne collait pas vraiment au personnage, ou s'il espérait obtenir quelque-chose de la maitre de l'eau. Même s'il ne doutait pas de la peine de Zuko, ni de la fidélité de Katara, il savait qu'elle ferait tout ce qui est en son pouvoir pour consoler le veuf. Et ça ne lui plaisait pas, vraiment vraiment pas.

Le lendemain, à la première heure, Sokka se leva et ne fut pas étonné de trouver le jeune Seigneur du Feu dans son salon avec sa nièce dans les bras.

- Je pensais aller courir un peu, dit-il, ça te dit ?

- Courir ? s'étonna Zuko

- Ouais, se chauffer les muscles, faire du sport, transpirer. Courir, quoi.

- Pourquoi pas, je vais rendre la p'tite à Katara et j'arrive.

Cinq minutes plus tard, ils étaient tous deux hors de la maison. Sokka sautillait pour dégourdir un peu ses jambes.

- Tu vas adorer, ça fait travailler la respiration, assura Sokka en décrivant un cercle au-dessus de sa tête avec son coude, faisant un peu craquer l'articulation de l'épaule.

- Youpéé, fit Zuko, sceptique, en imitant malgré tout les gestes de Sokka qu'il connaissait pour les avoir pratiqués lui-même en entrainement.

Sokka lui indiqua une direction puis décrivit le parcours qu'il faisait d'ordinaire.

- On va y aller doucement, surtout si tu n'as pas l'habitude. Après, on verra.

- Okay. Allons-y.

Et ils s'élancèrent dans la descente jusqu'à la mer, longèrent la plage puis le port avant de se lancer dans la côte. Comme Zuko semblait s'être adapté à la course, Sokka accéléra l'allure et constata que le maitre du feu gardait le rythme. Il n'en fut pas étonné. Comme ils couraient côte à côte, le guerrier lança :

- Alors, comme ça, tu es le parrain de ma nièce.

- On dirait, répondit Zuko, platement.

- Tu as accepté tout de suite ?

- Béh, j'ai d'abord été surpris qu'elle me demande ça, à moi. Mais au fond, je suis content.

- Super. Et tu as une idée pour le prénom ? demanda Sokka, insidieux

- Aucune ! admit le seigneur du feu. Je ne connais pas les prénoms courants dans votre tribu, où même ceux que les nomades utilisaient. Et ce serait un peu étrange si leur fille s'appelait Zora, ou Irah, ou Azulynn !

- Ouais, Katara adore torturer les gens.

Ils se turent car ils attaquaient une légère côte qui leur demanda un peu plus d'effort. Mais ce ne fut rien comparé à l'effort fourni par Zuko pour demander

- Aide-moi !

C'était un appel désespéré et Sokka ressentit un plaisir mesquin à le voir aussi désemparé, mais hocha la tête, acceptant de lui venir en aide.

- Ouais, ouais, si tu veux. Mais tu sais les prénoms… Enfin, une des petites du pôle sud, elle devait avoir quoi, huit ans quand tu as débarqué avec ton petit bateau, Kaika, a appelé sa fille Lika. Et Akena, qui va gentiment sur ses vingt ans, a appelé la sienne Kora…

- Uh- c'est obligé, tous les 'k' ?

- Hé, c'est vous les fana du 'z', alors commence pas, tu es en terrain glissant, l'Etincelle !

Zuko grogna, puis, soupirant, demanda

- Mais, si tu avais une fille, toi, comment tu l'appellerais ?

Sokka s'arrêta de courir et fit mine de remonter sa botte jusqu'à son genou.

- Sujet sensible ? demanda Zuko, s'arrêtant aussi de courir mais sautillant pour ne pas refroidir ses muscles.

Le guerrier se redressa et fit face au maitre du feu, le regardant droit dans les yeux. L'éclat froid des iris bleus tentant de trancher profondément au fond des globes dorés.

- Okay, on va discuter. Je vais te répondre et après, j'aurais un truc à te demander.

Le maitre du feu se figea et acquiesça. Sokka reprit son souffle et dit :

- Si j'avais une fille, et si Suki était d'accord… je l'appellerais Yue. Ou Kaya, comme ma mère.

Zuko avala sa salive et regarda le guerrier avec une intensité grave, pesant le poids de l'aveu.

Sokka savait ce que ça pouvait représenter pour lui et se tut un instant. Il remarqua le petit geste nerveux de la main gauche du Seigneur du feu, celle qui portait une bague noire.

- Maintenant, venons-en aux choses sérieuses, lança Sokka comme s'il venait de parler de l'ours du roi de la terre. J'ai un truc à te demander, une promesse, en fait.

- Dis toujours, répliqua Zuko, prudent.

Sokka inspira lentement, et ses yeux toujours ancrés dans ceux du maitre du feu :

- Tu vas me promettre de ne pas prendre ma petite sœur avec toi à Omashu. Elle n'est pas en était d'affronter le Dai-Li. Et… Je ne veux pas qu'il lui arrive malheur, je veux la protéger.

A son grand étonnement, le Seigneur du Feu lui offrit un sourire en coin

- Tu crois vraiment que j'envisageais de faire autrement ? On n'est pas passé par Kyoshi seulement pour avoir des nouvelles de Toph et son escorte, Ty-Lee m'avait déjà assuré qu'ils étaient arrivés saufs jusqu'ici et étaient repartis.

Zuko regarda le paysage un instant. Sokka suivit son regard, mais comme il n'y avait rien d'intéressant, il supposa que le maitre du feu était simplement perdu dans ses pensées.

- Je pensais partir demain à l'aube, et laisser Katara et la petite ici, avec Suki, expliqua-t-il. Il y a deux zèbre-aigles alors, si tu veux venir… ?

Le guerrier éclata de rire et frappa amicalement l'épaule de Seigneur du feu

- Hé tu parles que je veux venir !

Sokka et Zuko discutèrent de ce qu'ils pensaient faire, de ce qu'ils savaient du Dai-Li et d'Omashu. Ils marchèrent jusqu'à l'atelier de Sokka, où le guerrier gardait ses inventions et ses armes.

Zuko lui raconta comment l'assassin de sa femme avait guidé les deux épées.

- Oh, mince ! Ils maitrisent le métal alors ?

- J'en ai peur, admit Zuko.

Ils résolurent de s'équiper d'épées en bois et de couteaux en os, les unes étant très répandues sur Kyoshi, et si moins solides, pas moins efficaces qu'une lame en métal ; les seconds étant de facture typique des tribus.

Sokka aiguisait son nouveau boomerang et Zuko observait avec curiosité les éventails quand soudain, l'homme des tribus lança, léger

- Elle va nous détester.

- Je préfère qu'elle nous déteste tous les deux, plutôt que de la perdre, répondit gravement le maitre du feu avant d'ajouter, après une hésitation, et pour lui-même : je tiens trop à elle.

- Ouais… fit Sokka. J'ai vu comment tu la regardes. Et j'aime pas ça.

- Et je peux savoir « comment » je la regarde, selon toi ? grogna Zuko, irrité par le ton accusateur du grand frère.

- Fais pas l'innocent- hé, on est entre adulte. Et je vais te dire : tu regardes ma petite sœur, qui est jolie comme un cœur, que c'est pas mes yeux de grand frère qui me trompent… Toi, tu la regardes comme… je regarde un plein saladier de Fire Flakes. Et personne ne pose ses vilains yeux pleins d'inavouables intentions sur ma baby sister.

Zuko sembla d'abord surpris par l'image puis se repris, et soupirant, il dit :

- Tu sais quoi, Sokka, toi qui es si observateur, avant de m'accuser, vas donc dire ça à Aang, parce que c'est lui qui l'a mise enceinte, ta sœur. Pas moi.

- Ah ouais, mince. T'as raison

Dans son esprit, même s'ils s'étaient croisés régulièrement et qu'il l'avait vu grandir et murir, le jeune Avatar avait toujours douze ans. Il cachait bien son jeu, avec ses grands yeux innocents et ses airs de moines... Mince alors...!

…oooOOOooo…

Le soir, ils partagèrent un copieux repas et rirent. Katara avait tenté plusieurs fois de demander quand ils partiraient, mais Zuko ou Sokka détournait la conversation ou répondait « demain après-midi » d'un ton évasif. Elle sembla s'en étonner puis se concentra sur sa fille ou ses neveux, discutant joyeusement avec Suki. Sokka agit normalement, Zuko aussi, éludant simplement la moindre question concernant la mission. Et Hakoda, que Sokka avait averti, pour le rassurer, se joignit tranquillement à la conversation, comme si de rien n'était.

Plus tard, quand tous furent couchés, le guerrier confia ses plans à sa femme. Suki parut d'abord outrée, puis compréhensive.

- Elle va vous détester, dit-elle.

- Ouais, répondit Sokka, on en a déjà parlé et on est prêt à courir le risque.

- Elle me demandait encore s'il y avait une nourrice dans l'île, pour que sa fille reste à Kyoshi. Tu sais qu'elle veut se battre. Et je ne peux vraiment pas l'en blâmer. Je me battrais aussi, si c'était toi qui étais retenu là-bas.

- Je sais, mais elle n'est pas encore complètement remise de sa grossesse et tout ça… Il vaut mieux que j'y aille.

- Fais ce qui te sembles le plus approprié, Sokka, soupira Suki, mais n'oublie pas que c'est de Katara qu'il s'agit, et que vous ne la retiendrez pas ici contre son gré.

- C'est pour ça qu'on part dès l'aurore, avant qu'elle se lève.

Et sa petite femme grogna et se retourna, offensée dans son statut de guerrière de savoir que ces deux machos envisageaient de retenir à Kyoshi la formidable combattante qu'était Katara, sous prétexte qu'elle était une femme fragile- ou du moins, fragilisée.

Sokka se releva dans le noir, et sa parfaite connaissance des lieux le guidant, se dirigea vers la cuisine où il trouva un reste de viande qui satisferait amplement sa petite fringale nocturne. Il se léchait les doigts, appréciant toujours cette sauce brune dont il ignorait jusqu'au nom et que Suki faisait avec le poulet-komodo, quand il vit passer une silhouette dans la salle à manger. Il s'avança en silence et reconnut Zuko. Il s'apprêtait à l'appeler pour lui offrir un p'tit verre de saké (ça fait toujours du bien) quand il reconnut une autre forme sur le balcon. Le maitre du feu rejoignit Katara sur la terrasse et la jeune maman se tourna pour lui faire face mais il s'écarta un peu et se détourna. Sokka entendit le rire étouffé de sa sœur, puis les gargouillis du bébé. Il s'approcha sur la pointe des pieds, la chasse lui ayant appris à avancer sans un bruit.

- Ça me gêne, c'est tout ! chuchotait en hâte le maitre du feu.

- C'est ridicule. Tiens, aide-moi à la tenir une seconde.

Sokka vit l'ombre du jeune homme qui obéissait, tendait les bras pour accueillir sa filleule tandis que Katara chipotait quelque-chose à sa tunique. Oh béh ça alors ! couina Sokka intérieurement.

Elle s'arrêta un instant, et regarda Zuko avec la petite dans les bras. Elle s'approcha et Sokka savait qu'elle souriait. Il vit le seigneur du feu balancer un peu l'enfant dans ses bras jusqu'à ce qu'un rot retentisse. Katara pouffa

- Au royaume de la terre, c'est la tradition d'éructer, à table si possible. Les convives qui ne le font pas manquent de respect envers leur hôte et la personne qui a fait le repas.

- Et dans la nation du Feu, il n'y a rien de plus vulgaire. A part cracher, peut-être.

Ils se turent. Sokka restait appuyé contre le mur sous la fenêtre. Il ne pouvait plus se montrer maintenant. Il devrait attendre que le duo retourne se coucher – séparément ! ajouta-t-il mentalement, avec force-

- Tu as réfléchi un peu, pour le prénom ? demanda timidement Katara.

- J'en ai discuté, avec Sokka.

- Et… ?

- Je… je préfère attendre qu'on ait récupéré Aang pour prendre une décision. Comme ça il pourra avoir un droit de véto. C'est… sa fille aussi.

Il y eut un temps qui parut très long, puis Katara répondit :

- Oui. Dans moins de trois jours nous serons à Omashu, c'est ça ? Suki a accepté de garder la petite jusqu'à ce qu'on revienne. Il y a une mère qui allaite dans l'île, Amei, et elle veut bien prendre ma fille en nourrice. J'aime pas la laisser mais c'est plus prudent.

Zuko se tut. Sokka priait intérieurement « Ne lui dis rien, tais-toi, ne lui dit surtout surtout surtout rien ! ». Le seul moyen de laisser Katara en retrait, c'était d'être parti avant qu'elle s'en rende compte. Sokka sentit son épine dorsale se glacer, entendant d'avance les milles gaffes que le Seigneur du feu pouvait faire.

- J'aurais préféré que tu restes avec mon oncle, souffla Zuko. En sécurité.

- Je sais, chuchota Katara. Mais je refuse de rester les bras croisés quand tu te mets en danger… pour mon mari.

- J'ai peur qu'il t'arrive malheur, dit-il. Qui sait de quoi le Dai-Li est capable, à présent.

- Et moi je ne crains rien, tant qu'on se bat côte à côte.

Sokka observa impuissant le geste délicat de la main de sa petite sœur, qui s'éleva lentement, si lentement, vers le visage du maitre du feu, et celui-ci l'accueillit en penchant la tête. Il n'aimait clairement pas ça !

- Et ce qui me rassure aussi, c'est de savoir que s'il m'arrivait quoi que ce soit, tu ne les laisserais pas t'atteindre, parce que je t'ai confié une mission. Tu survivras- pour veiller sur ma fille.

Il acquiesça, baissa la tête vers le petit corps qu'il portait et tendit l'un de ses bras pour y inviter Katara. Elle répondit au câlin, appuyant sa tête sur son épaule. Sokka détourna les yeux, ayant un nœud dans l'estomac comme s'il violait une part de l'intimité de sa sœur, comme si il entrait dans une zone où il n'aurait pas à être. Dix ans plus tôt, il serait sorti de son trou comme un pantin hors de sa boîte et aurait beuglé après le maitre du feu pour qu'il ôte ses sales pattes de sa sœur- sa si jolie, si fragile, si innocente petite sœur. Mais Sokka n'avait plus seize ans, et bien que l'option « grand-frère-furieux-et-hyper-protecteur » semblât toujours séduisante, il dut la chasser de son esprit, par respect pour Katara.

- Allez, mon ange, on retourne se coucher, on a une longue journée demain, entendit-il Katara murmurer à sa fille qui gazouillait.

Il vit la jeune mère passer avec son bébé et disparaître dans le couloir. Il attendit un instant que le maitre du feu la suive mais il resta sur le balcon un moment avant de s'avancer d'un pas déterminé vers la cachette de Sokka.

Sans même tourner les yeux vers la silhouette du guerrier, Zuko dit tout bas

- Ce n'est pas très correct, ça, Sokka.

- 'pas fait exprès, bredouilla-t-il.

- J'aurais aimé qu'il se passe quelque-chose, rien que pour voir ta tête. Mais ta sœur et moi sommes des gens civilisés. On discute gentiment, on ne se saute pas dessus comme des animaux en rut, on n'écoute pas au portes…

- Oh, la ferme ! grogna Sokka, irrité par le rictus amusé du maitre du feu.

Et tous deux allèrent se coucher dans leur chambre respective. Sokka tout contre le corps doux et chaud de Suki qui marmonna « encore une fringale ? » quand il s'allongea. Zuko seul, avec autour du majeur un anneau de pierre glacé, qui semblait pourtant le brûler chaque fois que ses pensées quittaient les lieux tristes des souvenirs de Mai, dont le visage se rappelait sans cesse à lui, et dont il cherchait encore la peau soyeuse dans ses rêves, pour se diriger vers la chaleur et la musique qui habitaient le rire d'une certaine maitre de l'eau.

Le lendemain, avant l'aube, le guerrier et le maitre du feu, harnachés et équipés, sellèrent les chevaux et les menèrent par la bride jusqu'au bout des quais. Ils échangèrent un regard déterminé, chassant la moindre trace de peur.

- Tu es sur ? demanda le guerrier

- Oui, assura Zuko. Et nous avions un marché, de toute façon.

- Ouais mais...

Ça lui avait fait un peu mal au cœur d'entendre sa sœur parler de cette mission. Et de voir la réaction de Suki quand il lui avait appris qu'ils laisseraient la maitre de l'eau à l'écart.

- J'ai laissé un mot pour Katara, pour qu'elle nous déteste un peu moins. J'ai dit que Suki et ton père n'étaient pas au courant.

- C'est sympa. Alors, c'est sûr, on y va ?

- Ouais, on y va.

Et ils grimpèrent sur le dos des zèbre-aigles.

- Omashu, nous voilà, lança Sokka avec emphase.

- Yip Yip !


AN: Voilà, j'avais dit que j'essaierais, et je l'ai fait! Un tout nouveau chapitre tout chaud, rien que pour vous en ce dimanche soir. Hé oui, c'est Noël au mois d'août!

Comme pour Toph, j'ai eu peur que Sokka soit complètement OOC, alors j'ai peut-être un peu tiré sur la caricature, je ne sais pas. Il me semble correct. Enfin, c'est vous qui voyez.

Pour le prénom du bébé, Kaya ou Maya sont en tête pour l'instant. Et j'ai profité de ce chapitre pour en suggérer d'autres à Zuko, par le biais de Sokka. Bien entendu, j'attends votre avis.

Un tout grand merci à ma nouvelle revieweuse (wah, le néologisme qui brule les yeux, m'enfin) miniecool. J'aime bien que vous trouviez ma fic "Woah"... je ne connais pas de plus beau compliment. Et merci également aux habitué(e)s: Zutara-Chan et Fanatii'k- Kawaii.

C'est vous tous qui êtes "Woah!".