Avatar, Last Airbender est la propriété de ses créateurs et aux gens qui ont plus d'argent et qui ont aidé lesdits créateurs à réaliser cette série époustouflante.
Notes de l'auteur en bas de page (hé oui, comme ça je ne casse pas les pieds de ceux qui n'en ont rien à faire de mes bavardages...)
Chapitre dix-neuf: Abandons
Quinze semaines plus tôt
Katara se réveilla en sursaut en entendant le cri déchirant provenant de la chambre voisine. Elle se précipita et trouva Aang, endormi, remuant et transpirant. Il devait faire un cauchemar ou être entré en communication avec les esprits. Son corps réagissait toujours étrangement, car il restait étroitement connecté à son âme- ce qui n'était pas le cas quand Aang entrait en transe et rejoignait « effectivement » le monde des esprits. Et comme à chaque fois, elle ignorait s'il valait mieux le réveiller où le laisser dans cet état. Si les esprits l'appelaient et prenaient la peine d'entrer en contact avec lui, c'était qu'ils avaient un message à délivrer, probablement important, non ? Et si elle l'extirpait de son rêve avant qu'ils ne lui révèlent leurs informations (sans aucun doute capitale pour la survie de l'humanité) ?
« Trucs d'Avatars », songea-t-elle en prenant, comme à son habitude, place sur la petite chaise qui, en plus du lit un d'un coffre en bois, meublait seule la chambre de Aang. Elle posa gentiment sa main sur le front de Aang et il sembla s'apaiser. Elle resta là, comme chaque fois qu'il faisait ce genre d'incursions somnambules dans la sphère suprasensible.
Elle avait un peu froid, mais préférait rester là.
Le lendemain, en se réveillant à l'aube, il la trouverait endormie sur sa chaise et la gronderait gentiment, en lui disant que ce n'est peut-être pas bon pour le bébé.
Mais elle ne bougea pas. C'était la première nuit qu'il passait au temple depuis des semaines, elle se faisait un devoir de la partager avec lui, même s'il n'était pas « spirituellement » présent. Elle attendrait. Elle attendait depuis des mois déjà de retrouver cette douce candeur dans les grands yeux gris de son mari, cette indicible adoration, ce profond respect. Mais tout ça, tout ce qui l'avait poussée à répondre à ses attentes, semblait se dissiper. Elle lisait la bienveillance, l'intérêt profond, l'amitié, l'honnêteté… Tout ce qui faisait de Aang un être bon et généreux, tout ce qui la poussait à l'aimer autant. Tout ce qu'elle partageait avec la moindre créature vivante sur cette terre.
Même amoureux, il restait si… Avatar.
Elle avait rencontré à nouveau cette lumière dans son regard quand elle lui avait appris qu'elle était enceinte. Il parut d'abord étonné, parce qu'ils avaient très peu… enfin, il restait malgré tout fidèle à certains principes que les moines lui avaient inculqués. Mais ensuite, oh, il l'avait contemplée avec tellement d'amour, de reconnaissance, et d'espoir qu'elle se revoyait dix ans plus tôt, surplombant les murs de Bah-Sing-Se (même si elle avait toujours détesté cette ville, le cadre restait attrayant et magnifique sous le soleil couchant… une image idyllique du genre de celles qu'on peint sur les couvertures des livres pour enfants), l'approchant enfin, renonçant à ses doutes, décidant de se laisser aller, espérant ressentir le grand frisson si elle répondait, cette fois, au tendre baiser du garçon.
Mais c'est surtout une sorte d'attente qui le faisait trembler de joie : si leur enfant était un maitre de l'air, l'équilibre serait restauré, finalement. Et il ne serait plus le dernier, il ne serait plus seul.
Au fond d'elle-même, Katara éprouvait des sentiments mitigés, paradoxaux : elle espérait tout comme Aang, ramener les nomades à la vie et était prête à offrir son ventre à cette noble cause, mais elle était aussi la dernière maitre de l'eau de pôle sud, puisque Hama était morte une nuit sans lune. Elle nourrissait l'espoir de mettre au monde un petit maitre de l'eau- ou une petite maitre de l'eau, puisqu'elle parvenait presque à « voir » son bébé grâce à sa maitrise (la technique demandait encore à être peaufinée). Mais elle n'osait pas en parler à Aang. Pour la première – non, peut-être pas la première, mais presque- fois de sa vie, le jeune Avatar témoignait une envie égoïste. Et une pointe de narcissisme, peut-être, puisqu'il se voyait avec un fils maitre de l'air.
Il se remit à gigoter, comme tentant d'échapper à une menace invisible, et transpira de plus belle, malgré l'air frais dans la pièce. Katara se redressa et posa doucement sa main sur le crâne rasé de son mari, et ne fut pas surprise de voir ses tatouages briller un instant avant qu'il ouvre les yeux.
Aang était déjà levé, habillé, équipé de son planeur. Il avait encore les traits engourdis de sommeil, mais il avait le regard déterminé. L'Avatar était de retour !
- Que se passe-t-il ? insista Katara
- Rien, ne t'en fais pas, je serai de retour dans moins d'une semaine, répondit-il avec un sourire feint.
- C'est ce que tu as dit la dernière fois. Et tu as disparu plus de deux mois.
- Je t'ai écrit… se défendit-il
- Ce n'est pas la question, rétorqua-t-elle.
Ne voyait-il pas qu'elle se languissait, seule dans ces montagnes arides ? Ne comprenait-il pas qu'elle se morfondait d'inquiétude chaque fois qu'il partait ? Ne la connaissait-il pas assez pour savoir qu'elle voulait prendre part à l'action ? Mais qui croyait-il avoir épousé, au juste ?
- Je veux venir avec toi, dit-elle.
- Impossible. C'est trop dangereux.
- Qu'est-ce que c'est, cette fois ?
- Ce n'était pas clair. J'ai l'intuition qu'un grand danger pèse sur Omashu et que Bumi adoptera de nouveau l'un de ses djinns improbables et ne fera rien. J'ai senti la terre trembler, craquer. Comme si elle s'effondrait sous la ville.
Ses prémonitions manquaient désespérément de précision.
- Un tremblement de terre ? résuma-t-elle
- Quelque-chose dans ce goût-là.
- Laisse-moi t'accompagner ! Je pourrai me rendre utile, drainer la terre, irriguer, soigner les blessés…
- Non, Katara. C'est trop dangereux. Et tu n'es pas en état.
- Aang…
Elle en était à près de vingt-cinq semaines de grossesse. Mais elle se sentait parfaitement apte à maitriser l'eau, combattre. Ou à soigner, s'il ne restait que ça. Mais elle deviendrait folle s'il l'obligeait à rester coincée dans ce temple, entourée de montagnes infranchissables- pas prisonnière, mais presque.
- Non Katara, c'est vraiment trop dangereux.
- Mais on a déjà affronté un tremblement de terre, ce n'est rien.
- Pas de cette ampleur. Et tu sais que ça fait partie de ma tâche en tant qu'Avatar, et de mon héritage. Et j'aurais trop peur pour le bébé. Même Roku n'était pas de taille contre la toute-puissance de la nature. Si elle se déchaine, je ne ferai pas le poids. Je maitrise les éléments, mais je ne les domine pas…
Dans la tête de Katara, cette sempiternelle conversation résonnait creux. « Blah blah laisse-moi venir » « Blah blah avatar-esprits-bouge pas de là je reviens blah blah ». Ils s'étaient déjà disputés à ce sujet cent fois. Mille, peut-être. Elle n'était pas faible, elle était capable, et déterminée. Ah, il était loin le « je ne pourrais pas y arriver sans vous ». Aang, en acceptant finalement son statut d'Avatar, avait jeté un autre regard sur sa mission. Une mission solitaire.
- Je veux être utile, Aang. Il n'y a rien à faire ici.
- Je peux te déposer sur Kyoshi, si tu veux, répondit-il, souriant comme s'il lui proposait une pomme grenade à moitié prix.
- Tu ne comprends vraiment pas !? s'emporta-t-elle. Je veux t'aider, ce n'est pas la mer à boire, enfin ! Je veux partager tes aventures, voir du monde, te protéger… et tu me laisses en retrait comme une pauvre fille sans défense… et sans attrait.
Elle se sentait seul, et ses grands yeux gris d'une gentillesse impitoyable la scrutaient sans jamais la comprendre. Cherchaient-ils seulement à comprendre ?
- Mais non, c'est pas ça du tout. C'est pour te protéger tu le sais.
- Oui je sais. Mais ça ne me plait pas. Si tu avais besoin d'aide ? Je ne serais pas là. S'il t'arrivait malheur, je n'en saurais rien !
Il sembla heurté, puis hésitant. Enfin, il dit, pesant ses mots :
- Après, quand tu auras accouché… mais pas maintenant. C'est trop risqué.
- Je ne suis pas sure que j'aurai encore envie de te venir en aide.
Aang grimaça, puis s'approcha de sa femme pour la serrer tendrement contre lui. Il était si maladroit, parfois. Mais elle aimait toujours la douce chaleur de ses bras, leur côté universellement rassurant, accueillant. Les seuls gestes qui lui étaient réservés exclusivement, ceux qui étaient vraiment doux, vraiment intimes… ils ne les partageaient que rarement, soit parce qu'Aang était absent, soit parce qu'il était abstinent. Elle avait accepté et compris qu'il restait un moine de l'air, après tout, et que leur mariage n'avait de valeur qu'aux yeux de la tribu de l'eau, le mariage n'étant pas de coutume pour les nomades. Elle vivait avec un tiers d'homme, un tiers d'Avatar et un tiers de moine. Comment se redécouperaient les proportions pour que sa fille ait un père, là était toute la question.
- Je dois y aller, soupira Aang, redevenu un peu plus homme.
- Laisse-moi t'accompagner, supplia-t-elle.
- Tout ira bien, ne t'en fais pas.
- Tu sais que c'est impossible.
Il s'écarta d'elle et sourit de son sourire large qui le rajeunissait chaque fois de plusieurs années.
- Je t'aime. Tout se passera bien.
- Je te crois et je ne te crois pas.
- Je suis un moine, je n'ai pas le droit de mentir, rappela-t-il.
- Et tu es aussi un homme, parfois.
Il sourit puis redevint sérieux.
- Je dois y aller, répéta-t-il, et c'était l'Avatar qui s'exprimait.
Katara soupira puis relâcha complètement son étreinte. Pars. Pars, si c'est ce que tu veux. Laisse-moi encore.
Elle avait appris à le laisser partir, à sacrifier ce lien au profit du monde, de l'équilibre.
Deux semaines plus tard, elle recevait un étrange colis : une caisse en bois épais percée de nombreux trous.
Elle l'ouvrit et y découvrit Momo, drogué, empoigné par un gant de pierre, mais vivant, et une lettre. Les termes d'un marcher, une menace.
Du chantage.
Et une mission qui la dégoutait au plus haut point.
Ce matin-là, alors que le soleil n'était pas encore levé, elle ouvrit les yeux. Elle avait dû entendre un bruit de pas, ou son instinct de mère lui rappelait de veiller sur sa fille, à peine âgée de trois semaines, qui couchait dans l'ancien berceau des fils de Sokka, à quelques centimètres d'elle seulement. Elle s'en approcha pour vérifier que la petite n'avait besoin de rien. Elle ne remarqua d'abord rien d'anormal, le petit ange dormait paisiblement.
Puis un détail attira son regard, et les yeux bleus s'écarquillèrent de stupeur en reconnaissant, tout contre le petit corps, un mince rouleau de parchemin autour duquel était noué un ruban rouge et or.
Katara,
(ô si chère Katara),
Je sais que tu me détestes.
Parce que je suis parti, et que je t'ai laissée en plan.
J'écris ces lignes que tu ne liras peut-être pas, et je sais que j'ai mis en péril notre amitié, et la confiance que tu avais en moi. Que je t'ai trahie, encore, en quelque sorte.
Mais si je t'ai mise à l'écart, si j'ai pris cette décision, si je suis prêt à sacrifier notre entente, ce n'est pas sans raison. Même si je doute, un peu.
D'abord, tu m'as confié une « mission », celle de veiller au bonheur et au bien-être de ta fille. Et c'est ce que je fais en m'assurant que sa mère reste en vie. Nous savons tous les deux ce que c'est que de perdre sa mère, de l'appeler en vain, de la chercher et de ne trouver que des ombres, et d'oublier peu à peu son visage, la couleur de ses yeux… Je ne veux pas ça pour ta fille. Elle aura sa mère auprès d'elle, pour la voir grandir.
L'autre raison est plus égoïste : je veux te savoir en sûreté, vivante. Je ne suis bon à rien quand je m'inquiète pour toi, et Azula t'a déjà prise pour cible une fois. Je peux renoncer à ta compagnie et à ta présence, aussi précieuses soient-elles... pour assurer ton existence. J'accepte de te perdre… pour ne pas te perdre. (Ah non, je parle comme mon oncle !)
Quand tu liras cette lettre, ton frère et moi serons en route pour Omashu, avec l'espoir d'en revenir vivants, avec Aang, Toph et les autres.
Si nous ne revenions pas… Restez sur Kyoshi, surtout. Ne quittez pas l'île. Mon oncle prendra les dispositions nécessaires pour le reste. C'est prévu.
Ne déteste pas Sokka. Ne reproche rien à Suki et Hakoda, ils n'ont pas eu leur mot à dire.
Aime ta fille, fais qu'elle te ressemble.
Zuko.
AN:
- Voilà, encore un chapitre que je n'avais pas vraiment prévu d'écrire mais qui s'est un peu imposé à moi. J'espère qu'il vous aidera à prendre votre mal en patience jusqu'au chapitre 20 (oh punaise, VINGT? déjà?)
J'étais en fait en train de réfléchir au chapitre suivant quand j'ai réalisé que vous ne saviez rien de ma vision du couple Kataang, dix ans après, ou presque. Et la colère de Katara (à laquelle vous vous attendez tous et j'espère ne pas vous décevoir :-p) me parait plus riche sachant que ce n'est pas la première fois qu'on l'abandonne.
- Pour le prénom de la fille de Katara, Maia prend une avance non négligeable. Mais d'autres propositions m'ont été faites aussi je vous rappelle les prénoms en lice (en espérant ne pas en oublier):
Yue
Maia (Maya)
Kaya (qui, apparemment, signifierait Roche, et serait plutôt un prénom masculin, dans je ne sais quel patois asiatique perdu. Merci à prenses556 pour la précision ;-)
Lika
Hama
Ronak (proposé par prenses556)
Lana (proposé par Zell)
Voilà, n'hésitez pas à donner votre avis (pour Maia, tapez 2 au 444719, pour Hama tapez 3! xD)
- Un tout grand, un énorme, un super maouss méga avataresque merci aux nombreux reviewers des précédents chapitres. Retours atteint 30 reviews grâce à vous. C'est le record francophone! (Bon, on est encore loin des 9000 reviews de Fandomme, mais on va rester modeste dans nos ambitions, hein?!)
prenses556 - je ne sais pas combien de chapitre il y aura. Je dirais pas plus de trente, mais si d'autres chapitres inattendus me tombent dessus... je ne sais pas. Mais j'espère ne pas bâcler la fin. Et ne pas vous en frustrer non plus en disparaissant dans la jungle du web sans laisser de trace...
Zell - merci beaucoup- plus j'avance dans l'histoire, plus je suis à l'aise avec mes choix "stylistiques". Parce que je sens que ce n'est pas seulement ce qui est raconté mais aussi comment c'est raconté qui vous plait et vous parle. Et ça me touche, vraiment.
Nefer - Héhé, le conte de Zuko a surtout un sens métaphorique. C'est mon opinion sur la fin de la série, en fait. (mais chut!)
folleriku - "abasourdie"? Carrément?! Tu es complètement barge mais ton enthousiasme me plait vraiment. Et ta foi en Zutara est exceptionnelle. En ce qui concerne les faux espoirs... bah, je ne peux rien révéler.
Et merci encore à minniecool, j'espère que ce chapitre t'a plu ;-)
A très très vite!
