Je ne vous fais pas attendre plus longtemps. Bonne lecture.
Chapitre 20
Katara resta stupéfaite, comme foudroyée. Elle n'aurait pu dire combien de temps elle resta figée là, à regarder l'obscurité épaisse de la chambre, cette ombre grise et un peu malsaine qui précède l'aube.
Comment osaient-ils ? Comment osait-il ?
Elle se sentait trahie, ridiculisée et, le plus douloureux pour quelqu'un qui s'entraine depuis plus de dix ans pour atteindre un certain niveau de maitrise, et dont les aptitudes sont reconnues de tous (même de son propre maitre pourtant misogyne au possible), sous-estimée.
Et parce qu'elle était une femme. Pourtant, même Pakku, qui était mort de chagrin quand Mabuba s'était éteinte, avait appris au contact de Katara qu'une femme pouvait être aussi forte et déterminée qu'un homme, et que le « sexe faible » ne l'était que dans la bouche des mâles. Et son vieux maitre l'admirait pour sa technique et ses facultés d'adaptation.
Mais elle se retrouvait une fois de plus dégagée du combat par un arrogant, stupide, prétentieux petit seigneur convaincu de pouvoir se débrouiller sans elle. Comment pouvait-il l'abandonner et l'empêcher de prendre part à l'action ? Elle voulait se battre, bon sang ! pourquoi refusaient-ils tous de le comprendre ?
Refusaient… c'était le mot. Objectivement, tous, et surtout lui, reconnaissaient sa force et son habilité dans les affrontements. Mais dès que le danger pointait, leur orgueil (satané égo !) leur dictait qu'une pauvre faible femme serait mieux à la maison à repriser des bas plutôt que sur un champ de bataille. Ils ne voulaient pas la voir telle qu'elle était, pour ne pas avoir à renoncer à la protéger de leurs bras.
Rrhaaah ! elle bouillait de colère, littéralement ! S'il n'y avait eu sa fille endormie, elle aurait hurlé.
Comment osait-il ?!
Et puis il y avait cette lettre. Ô cette lettre…
Comme si une poignée de mots pouvait tout guérir, tout arranger ! Imbécile ! Comme s'il suffisait d'une vague explication bien tournée pour endormir sa méfiance ! Non ! Elle ne le pardonnerait pas à si peu de frais, plus cette fois ! plus jamais !
Si elle en avait eu le pouvoir, elle aurait brulé ce fichu bout de papier au creux de sa main, elle l'aurait réduit en cendre et elle le lui aurait fait manger !
Et prétendre agir pour son bien ?!
« Reste bien sage, je m'occupe de tout » ? Non ! Elle avait suffisamment entendu ça, elle avait laissé partir assez d'hommes quand une fin plus importante et plus glorieuse les appelait, quand leur devoir les sommait de se lancer dans le combat, seuls, à bort d'une goélette aux voiles si bleues qu'elles semblaient concurrencer le ciel, à bord d'un bison volant qui se fondait en quelques secondes dans les nuages, ne laissant visible qu'un tout petit point orange sur son dos, qui disparaîtrait bien vite dans les nuées. A califourchon sur un zèbre-aigle noir, dans la nuit noire et sans un bruit, fuyant son regard, se prétendant brave mais n'ayant pas le courage de l'affronter, elle…
Comment osait-il !
Et elle lui avait fait confiance, elle s'était laissée aller à réveiller une vielle amitié, une ancienne complicité si durement née, une confiance si douloureusement acquise. Elle balayait tout ça d'un revers de main. Pas de confiance, pas d'amitié ! Il ne méritait rien de tout ça !
Elle avait si mal- ô si mal- parce qu'elle avait baissé sa garde, elle avait vraiment cru qu'ils iraient ensemble à Omashu, affronter le Dai-Li et Azula, libérer Aang de leurs griffes, sauver Toph et la petite Maneka.
Il ne savait que mentir, il était exactement comme sa sœur, comme sa mère ! Toujours des secrets, des cachotteries, des bijoux et des poignards dissimulés et qu'il viendrait tôt ou tard lui planter dans le dos.
Elle voulait le frapper, le griffer, le faire souffrir comme elle souffrait. La vengeance est une médecine. Glaciale.
Elle ne sut ce qui la fit sortir de sa transe enragée. Un bruit du côté de la grange, un instinct, ou le besoin d'arrêter de penser à tout ça, pour ne pas devenir folle.
Elle s'avança, il lui sembla qu'elle se mouvait avec une extrême lenteur, vers la fenêtre. Tout semblait étouffé, comme si on avait posé une sourdine sur sa conscience. La lumière grise et le silence était assommants, déroutants. Peut-être rêvait-elle ?
Elle leva les yeux, lentement, très lentement, vers le paysage, l'horizon où ne tarderait pas à poindre le première lueur du jour, la longue descente qui menait à la plage et le quai de bois qui s'avançait, comme un fil tendu, dans la mer d'huile du bassin de l'Unagi. Et sur le bout du quai, quatre ombres. Deux massives, animales, et deux plus fines, humaines. Et elle aurait reconnu ces deux hommes entre tous.
Et tout redevint clair, la foudre frappa à nouveau, pour la réveiller cette fois. Ils n'étaient pas encore partis.
Elle jeta un bref coup d'œil à son petit ange endormi et se précipita vers la porte, puis vers la plage.
Elle courait comme rarement elle avait couru, cherchant son souffle dans sa détermination. Ils ne pouvaient pas partir sans elle, elle pouvait encore les convaincre- non, elle ne leur laisserait pas le choix ! Elle irait sauver Aang avec eux, elle pouvait les aider, elle voulait agir ! Déjà elle descendait la butte, et reconnaissait leurs traits malgré l'obscurité encore bien présente. Ils discutaient, grimpaient sur les bêtes. Elle accéléra encore, ils ne partiraient pas sans elle ! Elle marchait dans le sable, pieds nus, sur les empruntes des zèbre-aigles, mais ne laissa pas la nature du terrain entraver sa course. Elle atteignait le bout de la passerelle…
Trop tard.
Elle entendit Sokka clamer quelque-chose en levant le poing, et Zuko répondre seulement en donnant l'ordre aux zèbre-aigles de décoller.
« Yip Yip ! »
Déjà les chevaux couraient sur la surface de l'eau et bondissaient de dix mètres, puis quinze.
Katara, portée par la colère, ne laissa pas la déception l'emporter, ne laissa pas la stupeur l'immobiliser.
Quand Appa, obéissant au mot magique, semblait courir sur l'air en le frappant du plat de son énorme queue, et s'élevait comme par paliers avant de filer, il n'y avait plus aucun espoir de le rattraper. Bientôt il disparaissait au-dessus des nuages, abandonnant la terre et ses habitants, pour dominer le ciel. Et il était impossible de la retenir ou le rejoindre.
Mais le vol des zèbres-aigles n'étaient en rien celui du bison volant.
Les zèbres-aigles feraient encore quelques bonds bas et courts avant de véritablement s'envoler. Ils poseraient leur pattes palmées sur l'eau pour prendre de la vitesse, une fois, deux fois, avant d'être hors d'atteinte.
Instantanément, Katara évalua les distances, deux cents mètres, respira, et leva les bras. Ils ne partiraient pas sans elle! Un pont de glace se forma à la suite du quai. Elle patina jusqu'au bout, se propulsant à une vitesse inouïe, et le prolongea encore, fit surgir du bassin des colonnes d'eau d'une quinzaine de mètres de haut. Elle entendit un cri- un grognement.
Ah, vous ne vouliez pas que je vous rattrape ? Il ne fallait pas partir de nuit, dans ce cas…
Pour l'instant, les deux zèbres-aigles montaient dans les airs au dessus d'elle, mais, suivant une parabole presque parfaite, il redescendraient bientôt pour heurter la mer de leurs jambes. Et là, elle les aurait.
Toujours à l'aide de sa maitrise, que sa colère décuplait, elle créa une véritable falaise d'eau, et sa passerelle s'incurva pour atteindre son sommet. Et comme prévu, les animaux entamaient leur descente gracieuse, entre elle et la côte.
Et ils rebondirent sur la vague. Elle hésita un instant à les geler dès qu'ils toucheraient l'eau, mais renonça à risquer de blesser ces pauvres bêtes qui n'étaient en rien responsables de la stupidités des hommes qu'elles portaient. Son hésitation leur permit de passer, si près d'elle, presque à portée de main.
Non !
Elle liquéfia le mur sur lequel elle s'était posée, et la vague énorme suivit les zèbre-aigles, à vive allure. Le rouleau s'écroula et Katara disparut sous la surface, engloutie par les flots.
Katara !
Elle surgit de l'eau devant eux, droite, les bras en croix pour leur barrer la route, portée par une immense colonne d'eau tournoyante, surprenant les chevaux qui ruèrent, désarçonnant presque leurs cavaliers, battant des ailes pour se protéger.
Ils avaient souvent vu l'Avatar s'élever, porté par un boyaux d'air qui tournait sur lui-même comme une mini-tornade. Elle faisait de même, avec son élément, et elle paraissait impitoyable, effrayante.
Elle éleva une plate-forme de glace à leur hauteur pour que les zèbre aigles puissent s'y poser sans se blesser, et s'y laissa tomber à son tour.
Et elle fit face à son frère et Zuko. Deux traitres.
Sokka porta une main à sa bouche et souffla à l'autre homme, comme en aparté
- Je crois qu'elle nous a rattrapés…
Remarques à laquelle Zuko ne répondit que par un grognement frustré, lançant des éclairs avec ses yeux, et Katara le fixait froidement.
Elle voulait lui crier dessus, hurler, l'insulter, le frapper. Rien ne vint. Tout pressait à l'intérieur d'elle et Sokka crut une seconde qu'elle allait tout simplement exploser là.
- On… ferait mieux de rentrer, avança-t-il. Pour régler ça.
Katara et Zuko acquiescèrent, toujours silencieux. Seul se faisait entendre une espèce de grognement sourd, nasal, comme lorsque deux chats s'apprêtent à se battre.
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Tout trois étaient sur la plage, et le silence pesait de plus en plus lourd.
Katara avait commencé par arroser Zuko à grand flots le noyant presque sous les fouets d'eau. Il s'était seulement défendu, faisant s'évaporer les coups qu'il estimait dangereux, comme la rafale de lames de glaces. Il fut soulagé de voir l'aube se lever enfin, affectant instantanément sa maitrise et celle de Katara. La maitre de l'eau, à présent un peu affaiblie, était déchainée, et ne se rendait manifestement pas compte de sa propre violence. Sokka resta à l'écart, hésitant à intervenir, jusqu'à ce qu'il remarque que le maitre du feu avait été touché par une des vaques fines et tranchante comme une lame lancée par la jeune femme. Alors il se précipita sur elle et la maitrisa en lui faisant une clef de bras. Elle sembla reprendre ses esprits une fois à terre, et acquiesça quand il lui demanda s'il pouvait la lâcher sans qu'elle tue personne. Il la retenait toujours par les épaules , l'aidant à se redresser et l'empêchant surtout d'égorger le seigneur du feu (ce qui constituerait un incident diplomatique des plus compliqués à gérer...).
Katara faisait face à Zuko, le regard tellement lourd de reproche, grimaçant presque de dégout. Et Zuko ne la quittait pas des yeux, l'air las et énervé. Quiconque d'autre se serait proprement écroulé sous de tels regards.
- Comment ose-tu !? grogna Katara, enfin.
- Tu le sais très bien, répondit Zuko, presque calmement.
Katara inspirait et expirait trop vite, sifflant à chaque fois. Lui tremblait et serrait les poings, mais son visage témoignait une fois de plus de cette extraordinaire maitrise qu'il avait acquise de son propre tempérament.
- Dis-moi, fit Katara.
- C'était pour te protéger ! éclata-t-il. Mais tu es trop stupide, trop obstinée, trop entêtée, trop bornée pour le comprendre ! On n'obtient rien à discuter avec toi alors ne t'étonnes pas si on ne te dis plus rien !
- C'est avec moi qu'on ne peut pas discuter ? Qui est l'imbécile hargneux qui s'emporte à la moindre frustration !?
- Tu veux que je m'emporte !?
Elle avait envie de lui faire mal, parce qu'elle avait mal. Elle l'avait suivi presque aveuglément jusqu'à Kyoshi, confiante, presque certaine que tout irait pour le mieux, qu'à deux, ils ne risquaient rien, et que sa fille pourrait rester en sureté avec son frère. Mais il avait eu d'autres projets, dont elle ne faisait pas partie. Elle voulait le blesser comme elle était blessée, l'humilier comme elle se sentait humiliée, le frapper à revers, comme il l'avait trahie une fois de plus.
- Les menaces maintenant ! Tu ressembles tellement au crétin de petit prince qui a posé le pied sur notre banquise comme s'il était chez lui et réclamé ce qu'il estimait son dû. Toujours en train de mentir, de planifier, de trahir.
- Oui j'ai menti ! Et tu sais pourquoi ! Tu ne nous aurais pas laissé partir- la preuve, tu viens encore de retarder la mission alors que, bon sang, c'est ton avatar de mari qu'on doit aller récupérer.
- Rien de tout ça ne serait arrivé sans ta malade de sœur et sans ta naïve de…
« Et ta naïve de mère. »
Vas-y, Katara, qu'est-ce que tu attends ? finis ta phrase, chanta une voix dans sa tête, une voix qui ressemblait à celle d'Hama. Tu veux qu'il souffre, tu n'as qu'un mot à ajouter, tu le tiens dans ta main, son cœur n'est qu'un jouet au creux de ta paume. Un mot, un seul malheureux mot et tu refermes sur lui ton poing et l'écrase. Un mot et il souffrira comme jamais il n'a souffert, et pourtant, tu sais si la vie ne l'a pas épargné. Humiliation, trahison, mensonge, douleur. Un mot d'ordinaire si doux qui le brulera comme milles enfers. S'il ne pleure pas son sang, c'est qu'il n'a plus de cœur.
Allons, lance-toi, porte lui l'estocade !
- Ta naïveté.
Elle ne pouvait se résoudre à lui faire endurer ça, malgré la colère qui lui serrait la gorge comme une main de feu, malgré ces deux bêtes yeux d'or qui la fixaient, presque calmement, convaincus de leur droit… Malgré la douleur d'être abandonnée, et de comprendre pourquoi, au fond, mais de ne pas pouvoir s'empêcher de penser comme ça, qu'on la laissait comme si elle était un déchet, une poupée fade et encombrante, qu'on s'en débarrassait pour ne pas qu'elle soit dans les pieds des fiers combattants qu'ils étaient. Mais elle était si fière aussi ! Et forte, oh elle le leur prouverait à chaque fois qu'ils oseraient en douter. Malgré la douleur de rester là, à quai, et de devoir attendre, trois ans, trois mois, trois jours de voir réapparaitre, comme un confetti sur l'horizon, sa monture… où il ne serait pas.
Non, elle ne pouvait pas finir cette phrase. Elle voulait qu'il ait mal, mais de sa main, froide, et de son indifférence. Elle ne se servirait pas de la perfidie de sa sœur et de la trahison d'Ursa contre lui. Elle valait mieux qu'elles.
- Ma… naïveté ? répéta-t-il interloqué.
- Oui, ta naïveté… De… de-heu… D'avoir cru que… le Dai-Li deviendrait inoffensif une fois leur organisation décapitée.
Il la scruta un instant, sceptique, le visage vide d'émotion, blanc, illisible.
- Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-il comme s'ils se croisaient là par hasard.
- Rien, je ne veux rien, répondit-elle, glaciale. Je veux seulement que tout rentre dans l'ordre, et qu'on me laisse agir. J'aurais préféré vivre en paix au temple avec Aang et le bébé, mais il a fallu qu'on brise tout ! Alors maintenant, je veux récupérer Aang et oublier.
Et t'oublier.
- Laisse nous partir Katara, murmura-t-il. Laisse nous ramener Aang et comme ça, ce sera… terminé.
- Je vous accompagne. Inutile d'espérer me retenir ici.
Zuko s'apprêtait à répondre mais Sokka, qui avait entre temps été rejoint par Suki, Hakoda et les enfants, restés en retrait, qui lançaient des regards intrigués au trio, Sokka soupira. La chanson allait être répétée en boucle si personne n'intervenait. Et son expérience musicale dans le labyrinthe avec les troubadours qui entonnaient sans cesse « Passage secreeeeet- Sous la montaaaagne » l'avait traumatisé au point qu'il ne pouvait plus rien endurer qui ressemblât à une rengaine lancinante. Et les disputes de sa sœur avec le maitre du feu répondaient précisément à ce critère.
- Bon, coupa-t-il, rentrons, déjeunons. Katara, tu as une fille qui doit se languir de toi. Zuko, viens par là.
Katara partit, passa à côté du maitre du feu sans même se retourner, l'ignorant délibérément.
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Katara avait retrouvé sa fille, et se comportait avec la même douceur, la même chaleur que toujours. Elle en fit de même avec les fils de Sokka, venu la chercher avant de passer à table, et avec son père qu'elle embrassa comme si elle venait seulement de se réveiller. Elle discuta chaleureusement avec Suki, expliqua qu'elle avait été réveillée par un bruit et qu'elle les avait vu à temps sur le quai. Elle fit remarquer à Sokka qu'elle ne l'oubliait pas, mais ne put se retenir se sourire en coin quand il lui dit que Suki l'avait prévenu qu'elle ne se laisserait pas faire.
Et Zuko nota douloureusement ces petits faits, et qu'elle avait décidé de l'ignorer complètement. Il s'était attendu à sa colère et à sa rancœur, mais il était pour la première fois confronté à la froide indifférence de Katara.
Peut-être qu'avec le temps, il pourrait se racheter à ses yeux, mais pour l'heure, il aurait pu mourir sur place, elle n'aurait pas bougé un cil.
Suki apporta un plat de soupe. Elle servit son beau-père et ses fils, puis Katara qui la remercia avec un grand sourire doux.
Quand la maitresse de maison remplit son bol, Zuko lui dit simplement « Merci ». Et sursauta en constatant que la soupe fumante un instant plus tôt avait gelé dans son bol, celui des autres et même dans la casserole. Leurs verre étaient blancs de givre et la carafe contenait un cube de glace.
Zuko n'était que peu incommodé par ce changement d'état des aliments placés à table, mais les autres, n'étant pas maitres du feu, étaient incapables de réchauffer leur soupe.
Katara les regarda tous, étonnée elle-même, et manifestement désolée.
- Katara… , supplia Sokka.
- Je suis désolée Sokka, je n'ai pas fait exprès, dit-elle en se levant pour quitter la pièce.
Et Zuko aida Suki à réchauffer les bols, et ils mangèrent dans un silence de caveau.
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Hakoda, Sokka et Zuko étaient réunis, assis dans l'atelier de Sokka, entre hommes dans ce lieu d'homme. Suki charriait souvent Sokka à propos des allures macho de son atelier, dont elle s'étonnait de ne pas voir un élégant et puéril « For men only » sur la porte. Ou même « Les filles ça pue, allez jouer à la poupée ailleurs ! ».
Ils discutaient de l'action renversante de Katara. Si Zuko avait dû se raconter la scène, ce mot n'aurait pas suffit. Katara, déchainée et ivre de colère, s'était élancée sans réfléchir et les avait surpris quand ils croyaient ne plus pouvoir être arrêtés. Elle avait été époustouflante. Et terrible. Et terriblement belle.
Il chassa l'image et se replongea dans la conversation.
- On ne peut pas ne pas la prendre avec nous, dit Sokka, et voyant que Zuko allait protester, ajouta : Je ne veux pas apprendre que Kyoshi a été rasée par un raz-de-marée géant quand nous sommes parti. Reconnais que ma sœur sait se défendre.
- Sokka, je n'ai jamais douté des capacités de ta sœur, répliqua le maitre du feu. Je préfère juste la savoir ici qu'à Omashu.
- Ouais, moi aussi. Mais elle ne veut rien entendre ! soupira le guerrier.
- Les jeunes, coupa Hakoda, même si je serais plutôt tenté moi aussi de garder ma petite Katara ici… Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'elle est assez grande maintenant pour prendre ses propres décisions et les assumer. Et que vous êtes bien égoïstes de vouloir décider pour elle. Même si vos intentions envers elle sont honorables et que le vieux père que je suis vous approuve un peu…
- Et sa fille ? rétorqua Zuko. Elle devrait peser plus lourd dans la balance ! Elle n'a pas le droit de choisir si sa mère doit aller se faire tuer ?
- Fils, j'ose espérer que tu ne laisseras pas l'un de ces satanés Dai-Li toucher à un cheveux de ma fille.
Le jeune homme hésita, se sentant traversé de part en part par le regard d'iceberg du chef.
- Si je ne peux pas l'empêcher de se mettre en danger, je peux faire tout ce qui est en mon pouvoir pour la protéger, répondit-il, solennel.
- Ça c'est ce que j'aime entendre !
Il reprirent le plan depuis le début, listèrent les otages (en espérant qu'ils gardent des otages) connus et supposés ; ils constatèrent une fois de plus que l'ennemi restait très mystérieux. Zuko avança l'hypothèse qu'ils disposaient d'un moyen de pression, ou d'une drogue qui poussait leurs détenus aux aveux. Et si c'était le cas,... ils devaient déjà savoir pour Kyoshi.
Sokka retint un cri. Sa femme, ses fils ! Si l'ennemi se dirigeait vers l'île, il devrait être là pour les défendre, constituer l'arrière garde, en somme. Hakoda resterait là aussi.
Zuko et Katara partiraient, selon ce qu'elle avait cru être le plan initial.
Le maitre du feu écrit à son oncle pour l'informer de ce léger changement de programme, et des dispositions à prendre pour protéger Kyoshi et ses habitants.
Et les trois hommes trinquèrent à la liqueur de prunes-d'eau, pour se donner du courage.
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Katara était à genoux près d'une grande bassine dans laquelle barbotait sa fille. Elle chantait doucement pour l'enfant. Elle maintenait la petite tête au dessus de l'eau et caressait la petite mèche de cheveux d'un noir d'ébène.
Suki l'avait rejointe, une heure plus tôt, dans la chambre qu'elle occupait, et lui avait parlé, pas de femme à femme, mais de guerrière à maitre, de mère à mère. Elle avait posé sa main sur son épaule et lui avait confié que, même si elle désapprouvait le départ de Sokka et Zuko, elle n'en était pas mécontente, parce qu'au fond, ça la rassurait de savoir Katara dans l'île, prête à les protéger en cas d'attaque. Et Katara n'avait pas su quoi répondre. Elle n'avait pas pensé que Suki et les enfants n'auraient que les guerrières pour les protéger. Mais les guerrières Kyoshi, merveilleusement efficaces au corps à corps, restaient impuissante face à une armée de maitres des éléments. Et elle les abandonnait en partant…
Sa fille fit un drôle de bruit en faisant vibrer ses lèvres « brrrrrrr », postillonnant. Katara rit avant de remarquer l'ombre derrière elle.
Et de se retourner vivement en entendant couiner l'enfant, grelottant dans l'eau glacée.
- Oh non, c'est pas vrai ! Désolée mon ange.
Elle sortit la petite de l'eau et la serra contre elle pour la réchauffer.
- Oh je suis désolée.
Déjà deux mains, dont l'une portait un anneau noir, étaient tendues vers elles, accueillantes, et entouraient le petit corps de sa fille, pour lui transmettre leur chaleur.
Elle ne lui faisait pas confiance. Plus maintenant. Plus pour elle. Elle le détestait, parce qu'il avait abusé d'elle encore une fois, et l'avait trahie. Mais sa fille… elle savait, elle sentait qu'il ne lui ferait jamais aucun mal.
- Pourquoi je sais que tu ne la blesseras pas ? souffla-t-elle, regrettant immédiatement cette prise de contact.
- Parce que tu me laisses veiller sur elle. Et qu'elle n'est pas assez grande pour m'envoyer paitre.
La jeune femme sentait le regard perçant posé sur elle, et le sourire discret qui devait se dessiner sur les lèvre de Zuko, et ne releva pas la tête. Elle serait froide, distante, indifférente. Quand la petite arrêta de grelotter, Katara l'écarta un peu d'elle pour la regarder, pour s'assurer qu'elle allait bien.
- Ne perds pas le contrôle, Katara, dit Zuko très bas, mais sans murmurer, comme une prière.
Avant qu'elle puisse s'en empêcher, elle levait les yeux vers lui, prête à affronter son regard et ce qu'elle aurait à y lire.
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- Ah vous êtes là !? s'exclama une vois féminine.
Il se retournèrent tous deux pour voir avancer sur eux une tornade rose. Achevant sa roue parfaite, Tai Lee les salua et se jeta dans leur bras, les étranglant presque dans son étreinte.
- Comme ça, on passe à Kyoshi et on ne me rend même pas une petite visite ?!
- Pas… eu… le temps, articula Zuko tant bien que mal.
Il vit Katara rouler des yeux à côté de lui. Elle devenait exaspérante, vraiment.
- Je vous pardonne parce que je vous adore ! éclata Tai-Lee. Oh Katara, ton aura est toute grise… tu te fais vraiment trop de soucis ! Tu vas voir, Zuko va te le récupérer, ton Avatar !
Tai-Lee avait le pied léger, sauf quand elle le jetait dans le plat après un triple salto. Le duo parvint à reprendre son souffle quand elle les lâcha.
- J'y veillerai, je l'accompagne, répliqua Katara.
- Ah ? s'étonna Tai-Lee en lançant un regard intrigué à Zuko.
Il comprenait sa surprise, surtout après la conversation qu'ils avaient eue après la crémation de Mai. Elle l'avait encouragé à porter l'Alliance Morte quand il lui en avait parlé, et elle lui avait confié tout le bien qu'elle pensait de Katara. Il n'avait pas lu la dernière lettre de Mei, par respect, mais Tai-Lee lui en avait parlé. Mai qu'il avait perdue... qu'il n'avait pas su protéger.
- Oui, Katara s'est montrée très… persuasive, ajouta-t-il, cynique.
- Ooh !
Tai-Lee semblait avoir décidé de ne s'exprimer que par interjections, ce qui raccourcit beaucoup la conversation.
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Ils partiraient dans moins d'un heure. Et Katara restait enfermée dans sa chambre avec sa fille. A pleurer. Parce que c'était douloureux de la quitter, et que cette conséquence inéluctable de son départ ne semblait s'être révélée à elle que maintenant.
C'était sa décision, elle l'assumerait.
Et elle embrassait le minuscule front en pleurant, et sa fille la regardait de ses deux billes grises sans comprendre.
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Zuko attendait sur la plage avec les zèbre-aigles, prêts à démarrer. Il avait embrassé toute la petite famille- ou du moins, il s'était laissé embrasser- pour leur dire au revoir. Sokka et Suki l'avaient accompagné jusqu'au quai. Katara n'arrivait pas.
- Tu crois qu'elle a changé d'avis ? souffla Sokka avant de se reprendre : Nan !
- Même si c'était le cas, elle est trop entêtée pour l'admettre, grogna Zuko.
Katara apparut, chargée, avec sa fille dans ses bras. Elle tendit la petite à Suki qui la recueillit gentiment. Elle grimpa sur Ivory, en silence. Zuko, après avoir caressé la petite tête de sa filleule, monta sur l'autre zèbre-aigle.
- On y va ? demanda-t-il
Le quai se couvrit instantanément de givre. Il soupira et ne s'étonna pas qu'un nuage de vapeur s'échappe de ses lèvres et narines.
- Oui, finissons-en, claqua Katara., et vite. Yip Yip !
AN: Voilà le fameux chapitre 20... punaise... j'espère ne pas vous avoir déçu.
Honnêtement, je préparais ce chapitre depuis des semaines. Et votre impatience, votre enthousiasme, vos attentes... m'ont un peu fait douter. Mais je me suis reprise! Et zou, voilà le chapitre tant attendu, tel que je voulais l'écrire.
J'ai réfléchi à d'autres déroulements, où Katara restait coincée sur Kyoshi à ronger son frein et où on suivait Zuko et Sokka... J'ai placé les mêmes dangers sur leur route, les mêmes rencontres et, je dois vous dire qu'ils sont très vite morts tous les deux. Non, Zuko et Katara font une bien meilleure équipe que Zuko et Sokka. xD
Je remercie les nombreuses personnes qui ont commenté le dernier chapitre. Vous avez vraiment réagit, certains avec cœur, et vous m'avez posté des pavés mémorables. Je suis vraiment touchée. C'est vous que j'avais peur de décevoir. Alors n'hésitez surtout pas à rester réactifs. Soyez francs.
Pour le prénom de la petite, Kaya remonte. Et Fanatii'k-Kawaii nous propose le prénom de sa petite sœur "Keyko".
A très vite.
