Avatar, Last Airbender n'est pas ma propriété. Dommage?

C'est ce que mon banquier dit aussi xD

Bon, assez bavardé...

Chapitre 21


J'apprendrais les souffrances, j'apprendrais les brûlures
Pour le miel d'une présence, le souffle d'un murmure.
J'apprendrais le froid des phrases, j'apprendrais le chaud des mots
Je jure de n'être plus sage, Oh je promets d'être sot !

Tout mais pas l'indifférence, Tout mais pas ce temps qui meurt
Et les jours qui se ressemblent, Sans saveur et sans couleur…

(J-J. Goldman)


Elle lui ferait regretter.

Chaque instant, chaque milliseconde écoulée depuis qu'ils s'étaient envolés sur les dos des zèbre-aigles, il avait senti la tension grandir, et le regard soit indifférent soit lourd de reproches de Katara. Il avait eu le malheur de lui parler deux fois. La première, il se retrouva figé avec sa monture en contact avec l'océan ; la seconde, la fine pluie qui les entourait s'était transformée en grêle. Il résolut donc, par instinct de survie, de ne pas insister d'avantage.

Mais ce silence lui pesait. Ce n'était pas dans son caractère de prendre sur lui et de supporter les attaques glaciales et les soupirs exaspérés sans riposter. Encore un coup bas et il lui montrerait de quoi le Seigneur du Feu est capable, et Agni en soit témoin, il aurait tout fait pour se dominer avant d'en arriver là !

Ils survolaient à présent une région boisée du Royaume de la Terre. Les cîmes des arbres découpaient des dents de scies noires dans le ciel orangé. C'était un régal pour les yeux : le soleil, comme une grosse pomme d'un rouge presque sanguin dardait de ses rayons de plus en plus bas la grande forêt, et éclaboussait des éclats écarlates sur les nuages et les feuillages épais des chênes centenaires et les troncs maigres des sapins.

« L'orange est une si horrible couleur… »

« Tu es si belle quand tu hais le monde. » .

Ces souvenirs ressurgissaient sans cesse dans son esprit sans qu'il parvienne à les écarter. Mais il ne voulait pas se laisser aller à la nostalgie et à la peine. Il ne laisserait pas ses faiblesses le distraire.

Entre Katara qui le faisait bouillir et lui donnait envie d'exploser en une rafale de poings de feu, et Mai qui le faisait souffrir et lui donnait envie d'éclater en sanglot… il se sentait très déstabilisé, et incapable de réaliser l'une ou l'autre chose, au risque de blesser l'une accidentellement, et de rejoindre l'autre rapidement.

Il tenta de se focaliser sur leur mission, sur Azula, sur le manque d'information concernant leur ennemi et ce dont il était capable.

Et sur ces maudits chevaux qui le ballotaient en tous sens !

Le vol des zèbres-aigle était rendu mal-aisé par le relief et la flore abondante : s'il leur était facile de simplement rebondir sur l'eau avant de filer en ligne droite pour bondir à nouveau, sept lieues plus loin, ils avaient d'avantage de difficultés dans un environnement aussi encombré. Ils zig-zagaient entre les troncs et semblaient perdre de la vitesse. Leur faible hauteur de vol les obligeaient à rester parfois sous la voûte des feuillages où ils ne pouvaient pas déployer complètement leurs ailes. Zuko en avait des haut-le-cœurs.

- Trouvons une clairière pour la nuit, dit-il, la température chutant instantanément quand il parla.

- Oui, reposons-nous, Aang attendra, cracha Katara, cynique.

La tigresse imbuvable et agressive qu'il détestait refaisait surface. A choisir, préférait-il ces agressions sous la ceinture ou son silence impitoyable ?

- Oh Katara, ça devient-…

Elle détournait déjà la tête, montrant clairement qu'elle n'était pas disposée à converser avec lui. Il l'aurait prise en otage, elle n'aurait pas été plus froide !

Il tira les rennes de sorte que le zèbre-aigle comprenne qu'il devait se poser. Ebony prit la tête, suivi d'Ivory.

Ils plongèrent plus profondément sous le couvert des arbres, là où l'ombre était permanente.

Soudain, un rugissement rauque se fit entendre. Un puma-dogue, tapis dans les feuillages, venait de se jeter vers le zèbre-aigle blanc et noir, apparemment affamé, et semblant considérer Katara comme un casse-croute valable.

La créature fauve et feu aux mâchoires puissantes avait bondi, toutes griffes dehors, ses dents tranchantes, sourire démoniaque dans la nuit diurne de la forêt, prêtes à venir s'enfoncer autour de la gorge de Katara. La jeune femme cria, levant les bras pour protéger son visage, ne songeant pas un instant à chercher sa gourde, et le zèbre-aigle rua.

- Katara !

Le puma n'atteignit jamais sa proie. Ebony l'avait percuté de son aile immense et le monstre dégringolait de branche en branche sans parvenir à se rattraper. Il irait s'écraser trente mètres plus bas. Mais l'étalon l'y suivait, son aile droite, de laquelle il avait frappé le canifélin était tordue, luxée, et il avait beau battre l'air de son membre intact, il ne parvenait plus à se maintenir en hauteur.

Zuko comprit que l'animal ne s'en sortirait pas s'il restait sur son dos. Il dégaina ses sabres et de jeta vers l'arbre le plus proche. Plantant les deux lames dans l'écorce, il parvint à retenir sa chute. Il se maintint là le temps de s'assurer que Katara était toujours bien sur le dos d'Ivory et qu'Ebony atterrissait sans dommage.

D'un mouvement habile, Zuko sortit l'une les lames de son encoche et, s'aidant de l'autre, se balança jusqu'à une branche, un peu plus bas. Il songea un instant à se laisser glisser jusqu'au pied de l'arbre, mais ce mouvement lui sembla un peu tape à l'œil et il y renonça. Et il aurait dû fendre l'écorce de l'arbre sur une belle longueur, inutilement. Vraiment, depuis quand l'écologie l'emportait-elle sur l'élégance ?

--

Katara descendit du dos d'Ivory, et la jument s'avança au trot jusqu'à Ebony qui hennissait de douleur. Le bec blanc s'enfonça dans les plumes noir, et le mouvement parut étrangement tendre, presque humain à Katara.

- On va devoir marcher un peu, dit Zuko qui venait de descendre de son arbre.

Il venait une fois de plus de prouver qu'il se débrouillait très bien tout seul, qu'elle n'avait vraiment pas à s'inquiéter pour lui. Ça tombait bien : elle était déterminée à se désintéresser de son sort. Il n'était rien de plus qu'un allié temporaire, un vague connaissance. Peu importait qu'il soit le Seigneur du Feu, les titres ne l'impressionnaient pas. D'ailleurs, elle était en aussi bon termes avec Arnook de la Tribu de l'Eau du Pôle Nord et avec le Roi de la Terre. Il n'était rien de plus pour elle.

Elle ne se fatigua pas à lui répondre et le suivit en silence jusqu'à une clairière. Là il attacha les bêtes à un arbre, leur laissant suffisamment de mou pour qu'elles ne se sentent pas coincées, alluma un feu et déroula son sac de couchage.

Katara s'avança vers le zèbre-aigle blessé et commença à étudier l'angle douloureusement obtu qu'avait pris son aile. Elle ne savait pas si elle pourrait soigner ça : son pouvoir agissait sur l'eau présente dans le corps, elle pouvait ressouder des chairs, dissiper des hématomes, soigner un organe, éliminer un virus. Mais si les os ou les articulations étaient touchées, elle était impuissante. Elle pourrait au mieux soulager un peu la douleur de ce pauvre animal en apaisant ses muscles.

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Katara travaillait gentiment sur l'aile du zèbre-aigle, empêchant le liquide transparent de dégouliner le long des plumes brillantes de l'animal. Elle le détestait, par sa faute… alors pourquoi ne parvenait-il pas à la quitter des yeux ? pourquoi se laissait-il aller à cette fascination tendre qui le prenait chaque fois qu'elle soignait, inondant les environs d'un douce lueur bleue ? Pourquoi l'Alliance Morte semblait prendre vie et se rappeler à lui, comme s'il manquait à son devoir de veuf et déshonorait Mai… ?

- On va devoir trouver un éleveur de chevautruches. Souvent ils savent comment les soigner… avança Zuko, en voyant le tracas sur le visage de Katara, et son soupir de défaite face à une blessure qu'elle ne pouvait pas réparer.

- Pas nécessairement. N'importe qui qui ait un minimum de connaissance en chiropractie animale devrait faire l'affaire… répondit-elle calmement, en laissant pourtant lui échapper toute l'eau qu'elle maitrisait.

Zuko avait appris, pendant ces trois années en mer, à remboiter une épaule. Mais il en connaissait les muscles et ne risquait pas de faire plus de dégat en agissant. Il ignorait tout du fonctionnement d'une aile, et la moindre erreur pouvait rendre la pauvre bête incapable de voler.

La nuit commençait à tomber, et le petit feu de camp qu'il avait allumé était à présent la seule source de lumière. Il fit un peu de thé, une habitude héritée de son oncle.

Il avait sorti une carte de son sac et tentait de localiser leur position. Mais l'épais feuillage rendait les étoiles invisibles. Il parvenait cependant à se situer, dans un rayon de dix kilomètre. Cette forêt lui était familère mais il ne parvenait pas à se rappeler en quelle circonstance il avait été amené à traverser cette région.

- Demain, soupira-t-il, avant de devoir réchauffer le thé de sa tasse, devenu un glaçon ambré.

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Katara ne parvint pas à s'endormir. La pleine lune approchait. Et sa fille lui manquait plus qu'elle ne voudrait l'admettre. La forêt était pleine de petit bruits inquiétants : des craquements de branches, le sifflement du vent dans les feuillages, les cris d'oiseaux nocturnes, et un ronronnement.

Elle se redressa vivement et vit deux yeux d'un vert fluorescent à la pupille verticale briller dans le noir.

- Encore toi, sale bête ! souffla-t-elle en empoignant sa gourde qu'elle déboucha d'un geste adroit.

Le puma-dogue bondit. Mais cette fois elle était prête, et envoya d'un fouet d'eau valser la créature contre un arbre. Les zèbre-aigles se cabrèrent, réveillés pas le bruit. Comme le monstre attaquait à nouveau, Katara le frappa encore, le faisant gémir.

- Dégage, saleté ! Vas-t'en !

La bête n'obéit pas, et s'écrasa contre la terre, prête à bondir encore. Mais lorsqu'elle sauta, elle heurta de plein fouet un dôme de glace crée par la maitre de l'eau tout autour de la clairière. Les arbres les plus proches tombèrent en poussière, vidés de leur eau. Grognant et râlant, le puma-dogue fit plusieurs fois le tour du bouclier, et se lassa de cette proie si récalcitrante.

Katara soupira de soulagement en la voyant partir et se recoucha, attendant le sommeil.

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Ils marchèrent longtemps, le lendemain, sans atteindre aucun village, aucune route, ni aucune trace de vie humaine. Il avait perdu l'habitude de telles randonnées et ses pieds le lui rappelaient. Mais les cloches et les cals n'étaient rien comparées au silence de Katara. Mais Zuko songea à l'étrange dôme sous lequel il s'était réveillé… Elle l'avait protégé, au même titre que les zèbre-aigle, mais quand même.

Le jeune homme avait grimpé au sommet d'un arbre avec l'agilité d'un primate et repéré des fumées, vers l'est. Mais loin. La carte confirma la présence d'un petit hameau dans les environs. Ils ne l'atteindraient pas en une journée de marche, ils devraient encore perdre un jour.

En fin d'après-midi, il atteignirent le lit d'une petite rivière. Zuko s'éloigna pour laisser suffisamment d'intimité à Katara, devinant qu'elle aimerait s'y baigner. Il attacha les zèbre-aigles à un arbre, et appuya son front contre le tronc. Toute cette histoire commençait vraiment à le fatiguer. C'était le mot : il n'avait même plus la force d'être en colère ! Rien ne se passait comme prévu, ils perdraient encore au moin une journée entière à chercher un chiropracteur pour l'aile d'Ebony, Katara l'ignorait complètement et les seules réactions qu'il obtenait d'elle étaient ces passages de l'état liquide à solide de toute forme d'eau présente dans un rayon de quinze mètres lorsqu'il lui parlait- réactions qui étonnaient la maitre de l'eau, échappant apparemment à son contrôle et à sa volonté. Zuko n'était pas particulièrement surpris des effets de la colère de Katara : quand lui s'énervait, sa rage était brûlante et sauvage ; la rancœur de la maitre de l'eau agissait comme son exacte opposée : glaciale et silencieuse. Mais elle ne pouvait pas se permettre de perdre le contrôle comme ça- elle était bien trop puissante pour s'autoriser de réels écarts, elle était un danger pour elle et pour les autres.

La jeune femme réapparut, propre, fraiche, avec une fleur superbe piquée dans ses cheveux, au-dessus de son oreille. Un fois la surprise d'une telle coquetterie passée, Zuko regarda la fleur de plus prêt : ses longs pétales froissés étaient d'un blanc de nacre, et le cœur de la corolle était du plus pur magenta.

Zuko s'élança vers elle et arracha vivement la fleur de ses cheveux. Cette femme le rendrait dingue !

- Mais tu es malade, qu'est-ce qui te prend !? ragea-t-elle

- C'est du jade blanc ! grogna-t-il en lançant la fleur le plus loin possible. C'est toxique !

Il frotta ses mains sur sa tunique, espérant qu'il ne se retrouverait pas dans le même état que son oncle lorsqu'il avait bu une infusion de cette plante nocive. Voilà pourquoi cette maudite forêt lui était familière !

Il se retourna vers Katara qui se grattait la joue, l'air toujours abasourdie par le comportement de jeune homme. Il attrapa le visage de la maitre de l'eau entre ses main.

- Qu'est-ce qui te pr- ? Aïe !

Déjà l'oreille et une partie du front de la jeune femme s'étaient couverts d'une plaque rouge douloureuse au toucher- et urticante. Il empêcha la jeune femme de lever les mains jusqu'à sa figure.

- N'y touche pas, indiqua-t-il, ce sera pire. Tu peux te soigner ?

- Pas sans eau, répondit-elle.

Elle se dirigea, hésitante, jusqu'à la rivière. Zuko la suivait de près. Elle ne pouvait pas soigner sans eau ?

- Pourtant, dit-il presque pour lui-même, la nuit où ta fille est née, tu t'es guérie sans eau, je veux dire… spontanément.

- Je ne pense pas… répondit Katara, penchée vers le cours d'eau, constatant les dégâts causés pas la plante.

La plaque gonflée s'étendait à présent sur toute sa joue et jusqu'à l'arrête de son nez et une partie de son cou. Elle se retrouvait avec une marque fort semblable à celle que Zuko portait, il ne pouvait pas ne pas le remarquer, et apprécia moyennement l'ironie de la situation. Et à voir l'expression de la jeune femme tandis qu'elle se mirait, elle avait du le constater aussi. Ses doigts suivaient le contour de son œil endolori, doucement.

- C'est étrange… dit-elle, sortant de ses pensées le maitre du feu. Je crois que c'est elle qui nous a guérie, cette nuit.

- Elle ? ta fille ?

- Oui… je n'étais pas consciente alors je ne pouvais rien faire, et les médecin m'ont dit que je m'étais soignée « de l'intérieur ». Je crois que c'est elle qui nous a sauvées.

- Mais… comment ?

- C'était la pleine lune, peut-être qu'elle a agit d'instinct. C'est comme ça, le bébé… rien n'entrave leurs pouvoirs.

Sa voix avait retrouvé toute sa douceur, parce qu'elle parlait du fruit de ses entrailles. Zuko sourit en pensant qu'il restait encore un sujet qu'il leur permettait d'entrer en contact. A une époque, c'était le bien-être de Aang … aujourd'hui, c'était sa fille. Leur fille.

- Mais si elle a le pouvoir de guérir, ça veut dire… commença-t-il

- Qu'elle n'est pas un maitre de l'air, acheva Katara, platement. Ce sera une déception pour lui… mais on ne fait pas des enfants à la carte !

Il ressentit une certaine amertume dans le ton de la jeune femme. Même s'il s'interrogeait sur ce que sa vie avait pu être avec Aang et le couple improbable qu'ils formaient, il avait toujours eu la discrétion de ne pas s'en mêler. Mais il la voyait en peine à l'idée de ne pas offrir à son mari l'enfant qu'il espérait. Ça ne ressemblait pas à Aang, de se montrer égoïste ou exigent comme ça. Et ça ne ressemblait pas à Katara de se soumettre.

- Dis-moi… commença-t-il

- Quoi ?

- Je… je reste son parrain ?

Elle le regarda, un peu confuse, puis répondit, froide.

- Bien sur. Contrairement à d'autres, je ne reprends pas une parole que je donne.

Ignorant le sarcasme et le givre sur les rives, il souffla seulement

- Merci

Elle se redressa enfin et la plaque rouge s'était dissipée, sa joue retrouvant sa couleur de terre brulée.

- Il me faudrait des herbes spéciales pour empêcher les plaques de revenir, dit-elle.

- Je crois qu'on peut trouver de l'aide par-là.

En espérant que la jeune herboriste et sa mère vivaient toujours dans la région… Il songea amèrement qu'elles ne seraient sans doute pas aussi disposée à lui venir en aide, après qu'il se soit montré si ingrat. Mais il avait de quoi repayer mille fois la dette qu'il avait envers elles.

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Ils arrivèrent bientôt à une maison traditionnelle en bois, dont la large terrasse ouvrait sur la pièce de vie. Il y avait du bruit et de la lumière à l'intérieur, à peine étouffé par les parois en papier de riz. Une famille vivait là, apparemment heureuse.

- Je suppose que ça sert à rien que je te demande de rester là… ? souffla-t-il à Katara qui ne lui répondit pas.

Il s'avança jusqu'au pied de la terrasse et appela « Oh oh ! »

Un homme massif et barbu sortit et domina Zuko de toute sa hauteur.

- Bonsoir, dit-il avant de remarquer les bagages et les chevaux. Oh… Passez votre chemin, je n'héberge pas les voyageurs.

- En fait, je voulais savoir si Song habitait encore ici, lança Zuko, qui avait passé une heure à tenter de se rappeler le prénom de la jeune fille.

- Song, cette petite chienne ? Non, elle vit plus haut dans la montagne.

Zuko sursauta en entendant la façon dont ce type parlait de la jeune herboriste, qui, si son souvenir était juste, était la gentillesse même. Le type jeta un œil derrière lui, vers sa petite famille, et chuchota pour que seul Zuko puisse l'entendre.

- Mais tu la trouveras plus facilement au port de Huwon, c'est là qu'elle « travaille ». T'as qu'à suivre la rivière.

- Oh, bien… Merci.

Katara le regardait, intriguée. Il lui répéta ce que l'homme avait dit. Ils attendraient demain pour rejoindre Huwon et y trouver de l'aide pour le zèbre-aigle et des médicaments pour Katara.

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Katara se réveilla avec le visage en feu. La plaque urticante s'était à nouveau étendue sur toute la partie gauche de son visage. Elle devait avoir du polen de cette fichue fleur plein les cheveux et dans les pores de sa peau, si bien que sa maitrise ne pouvait pas empêcher les plaques de renaitre.

Zuko la regardait, l'air désolé, mais sans dégout. Pourtant elle devait être défigurée !

- J'ai repéré Huwon sur la carte, on devrait y être avant midi, dit-il gentiment. Song a fait des miracle pour mon oncle- et il ne s'était pas contenté de toucher la fleur.

La curiosité la tenaillait, et elle sentait que l'anecdote pouvait être amusante. Mais elle se tut, se leva, emballa ses affaires et tapa du pied en attendant qu'il soit prêt lui aussi.

Comme il l'avait dit, il atteignirent rapidement la ville de Huwon et son port, située au confluent de la petite rivière et d'un large fleuve navigable. Il y entrèrent, un peu hésitant. L'ambiance était étrange, comme si la population qui vivait là était en sursi, attendant de pouvoir aller vivre ailleurs. Entre les pêcheurs et les marins, des anciens soldats de la terre, imbibés d'alcool, dont l'uniforme en lambeaux rappelait l'ancien statut, et des marchand qui semblaient prêt à vendre père et mère pour le moindre profit… Zuko se rapprocha machinalement de Katara en constatant qu'il n'y avait que très peu de femme dans cette ville sordide. Elle lui lança un regard noir et deux bouteilles explosèrent dans un étal, leur contenu ayant doublé de volume en se transformant en glace.

- Junior ? demanda une voix féminine, derrière eux.

Zuko se retourna vivement et reconnut difficilement la jeune fille- devenue femme- qui lui faisait face. Song, comme il s'en souvenait, portait des vêtements amples et avait les joues rondes. Mais elle avait grandi, ses traits s'étaient affinés, et elle portait une robe d'un vert lumineux, presque craiard, largement décolletée, qui laissait tout deviner de son anatomie. Le genre de robe que portaient les femme « de petite vertu » comme disait son oncle. Il en avait vu suffisamment lorsqu'il vivait entouré de marins pour comprendre la signification d'un tel accoutrement.

- Song ? demanda-t-il, incertain.

- Ah je savais que c'était toi ! Tu es plutôt… reconnaissable. Comment va ton oncle Douillet ?

- Bien bien… mais, heu… toi ?

- Oh moi ça va, répondit-elle, nonchalante avec un sourire forcé.

Et le regard qu'il posa sur les vêtements qu'elle portait fit fondre son masque. Elle détourna les yeux, honteuse.

- Mais… comment ?! demanda Zuko, sans oser poser la question.

Sa mère et elle étaient herboristes, elles vivaient bien, possédaient des chevautruches et une grande maison, elle étaient généreuses et ne manquaient que d'un père… Comment la petite Song s'était-elle retrouvée dans une telle condition ?

- Oh… viens par ici.

Il hésita, et s'écarta pour que la jeune femme voie Katara qui le suivait de près.

- Je voyage avec ma… cousine, Rubea, expliqua-t-il.

- Ah ? Qu'elle vienne aussi. Je suis Song.

- Enchantée, répondit Katara, l'air ennuyé.

- Je devrais pouvoir faire quelque-chose pour votre intoxication au jade blanc aussi, rit la jeune femme avant de lancer un regard sévère à Zuko, comme s'il était responsable d'avoir laissé Katara toucher la plante alors qu'il en connaissait les effets.

Song les conduit en dehors de la ville et le long d'un sentier en pente jusqu'à une minuscule maison de bois. Katara reconnu le confort austère des igloo : rien n'était là qui ne soit pas absolument nécessaire. Zuko, lui, semblait encore plus triste pour la pauvre Song. Elle leur offrit un siège et du thé, et commença à appliquer gentiment la pommade sur le front de Katara.

- C'est ici que je vis. Le gouverneur Lud a « réquisitionné » notre maison et nos serres, peu avant la fin de la guerre. Et maman a été envoyée en renfort pour soigner les blessés d'un régiment de soldats de la terre, du côté de Bah-Sing-Se. Elle… n'est jamais revenue.

- Je suis désolé, dit Zuko.

Vraiment, il avait mal au cœur pour la jeune fille si sincère et innocente qu'il avait rencontrée lorsqu'il était devenu un fugitif. Et il se plaignait de sa vie ?! la pauvre Song avait perdu ses deux parents, tout ce qu'elle possédait, et se retrouvait réduite à vendre ses charmes aux marins puants et alcooliques de Huwon pour gagner de quoi subsister.

- Après, j'ai cherché à me marier, parce que je ne pouvais pas subvenir seule à mes besoin… mais… personne n'a voulu de moi.

- Pourquoi !? s'étonna Katara, qui trouvait la jeune femme charmante, malgré son visage durci par trop de malheurs et ses épaules voutée pas la défaite.

- Comment vous expliquer… ? commença l'herboriste devenue fille de joie, fixant Katara. Vous avez entendu parler de la cicatrice du Seigneur du feu ?

Katara écarquilla les yeux de stupeur puis se reprit et acquiesça. Song lui donna le petit pot de crème.

- On dit que c'est une marque, continua la jeune femme. On dit qu'elle représente le châtiment de son père.

- C'est la marque du Prince banni, corrigea Zuko, cinglant.

Il sentait sur lui les orbes bleus de Katara, mais n'osait pas la regarder. Son thé était gelé.

- Oui, et il devait en avoir honte, ajouta Song, en tout cas, d'après ce qu'on raconte. J'ai une cicatrice un peu semblable…

- Sur ta jambe ?

La brulure sur le mollet gauche de la jeune femme n'avait rien à voir avec sa cicatrice- même si la blessure avait dû être douloureuse, elle la marquait seulement comme une victime de plus de cette guerre absurde.

- Quand je t'en ai parlé, il y a dix ans, j'ignorais ce qu'elle pouvait signifier… et si nous avions pu garder notre maison et notre clinique, ça n'aurait pas eu d'importance. Mais quand j'ai cherché un époux pour veiller sur moi, et que je me suis présentée à la marieuse… elle m'a chassée. A leur yeux, je ne suis qu'un jouet pour soldat du feu, une petite chienne.

Et comme elle disait ça, elle retroussait sa robe jusqu'à son genou, puis plus haut, jusqu'au milieu de sa cuisse. Zuko avait détourné les yeux mais Katara n'avais pas su, n'avait pu chasser l'image. La cuisse blanche de la jeune femme était marquée d'une main écarlate, dont on reconnaissait parfaitement les contours.

- Le soldat qui m'a brûlée voulait que je sois marquée, et qu'aucun fils de la terre ne veuille de moi… pour femme.

Elle avait commencé à redescendre sa robe sur sa jambe, mais Katara l'arrêta et posa sa main sur son genou. La maitre de l'eau hésita. Elle avait peur de donner de faux espoirs à la jeune femme, mais elles ne perdraient rien à essayer

- J'ai des pouvoirs de guérison, dit-elle. Je sais que normalement, on ne peut pas soigner une cicatrice, mais c'est la pleine lune cette nuit… et mes pouvoirs seront décuplés.

Zuko frémit en l'entendant répéter ces mots et cette offre qu'il avait laissé passer. Il espéra que Katara ne se surestimait pas, et qu'elle pourrait agir sur la marque de la jeune femme.

- Vous… vous croyez que la marque peut disparaître ? balbutia Song, n'osant y croire.

- Je peux essayer, répondit Katara, prudente.

- Oh, ce serait merveilleux. Comment pourrais-je jamais vous remercier !?

Katara s'apprêtait à dire que ce n'était rien, vraiment, mais Zuko la coupa.

- En acceptant l'un de nos chevaux, en dédommagement pour celui que je vous avais volé. Et notre soutien… pour quitter cet endroit.

Katara ne dit rien pendant qu'il expliquait que la bête était blessée et que, même si on la soignait, il lui faudrait plusieurs jours avant de pouvoir reprendre la route. Ils étaient attendus à Omashu et ne pouvaient pas s'encombrer d'une monture handicapée de la sorte.

La théière éclata. Et Katara sortit en trombe de la maisonnette.

- Excuse-nous- souffla Zuko avant de suivre la jeune femme à l'extérieur. Song haussa les épaules et sourit l'air de dire « sa cousine ? mon œil ! ».

--

Il se lança après elle. Katara descendait la colline, jusqu'à un étang, la petite maison de Song hors de portée de voix, il l'interpella,

- Katara, reviens !

- Ne me dis pas ce que je dois faire ! cria-t-elle, et la marre se couvrit d'une épaisse couche de glace. Zuko regarda le verglas s'étendre sur toute la petite clairière.

- Vraiment, il faut que tu maitrise ta colère… avertit-il. Tu ne peux pas simplement tout geler sur ton passage dès que je m'approche de toi ! Surtout avec la pleine lune.

- Je sais ! lança la maitre de l'eau, et la surface de la marre craqua. Laisse-moi.

- Non.

Il n'aboyait pas comme d'habitude quand il s' énervait, il y avait autre chose dans sa voix, elle était plus profonde, plus appuyée.

- Laisse-moi !

L'herbe et les arbres étaient blancs de givre et de la vapeur de forma quand elle cria.

- Je croyais que tu ne voulais pas que je te laisse, mh ? fit-il, narquois.

- Pourquoi tu me suis ?

- Pour que tu me dise ce que tu me reproches, à la fin ! Pourquoi tu agis de manière aussi inconsidérée !?

Elle lui tournait le dos, fuyait son regard. Il savait qu'elle caressait l'idée de le transpercer de lames de glace. Soudain, elle se retourna et trouva ses yeux

- Pourquoi tu veux lui donner Ebony ?

Il resta un instant désarçonné par la question puis entreprit d'y répondre

- J'ai volé leur chevautruche pour mon oncle et moi… il y a dix ans. Et le zèbre-aigle nous ralentirait trop. On ne l'abandonne pas, on le confie à quelqu'un de bien. Et quand il sera rétabli, elle pourra l'utiliser pour quitter ce trou.

- Mais… et Ivory ?

Vraiment, il ne voyait pas où elle voulait en venir, pourquoi le sort de ces bêtes l'intéressait tant que ça.

- On en a besoin pour arriver à Omashu. Ce sera moins rapide, mais ce sera mieux qu'à pied. Mais je ne-

- Tu ne peux pas les séparer !

- Quoi ?

- Hego.. ce qu'il a dit… Tu n'as pas le droit de les séparer !

Il voulait lui dire que ce n'était pas si grave que ça, qu'il ne fallait pas en faire un iceberg, que ce n'étaient que des animaux, après tout. Mais la jeune femme semblait accorder à ces bêtes des sentiments humains.

- Ils doivent rester ensemble, poursuivit-elle. Ils sont compagnons, ils sont un couple, tu ne peux pas- tu n'as pas le droit de les séparer ! Tu n'as vraiment pas de cœur ! Tu ne comprends rien à rien !

Il était dépassé. La jeune femme en avait trop vu ces derniers temps, elle s'en trouvait fragilisée, et sa sensibilité exacerbée, à fleur de peau. Cet évènement anodin prenait des dimensions colossales pour elle. Elle avait commencer à tambouriner la poitrine de Zuko de ses poings elle était au bord des larmes. Il l'attrapa par les poignets.

- Enfin, Katara, reprends-toi !

Elle le regarda, saisie. Il respira profondément. Il allait devoir se montrer patient et pédagogue… on aurait tout vu !

- Ecoute, on va garder Ivory jusqu'à Omashu, et après, on la relâchera.

- Mais…

- Quand elle sera libre, et qu'il sera guéri, elle pourra venir le rejoindre. Ils se retrouveront toujours.

Elle sembla se calmer, et la température remonta un peu pour atteindre la normale. Il la lâcha. Ils restèrent un instant, plantés là, figés, chacun un peu perdu dans ses pensées.

- Katara, je…

- Je dois y aller.

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La Lune, parfaitement ronde, apparut très tôt dans le ciel. Katara et Song restèrent à l'intérieur, tandis que Zuko attendait sur le pas de la porte. Song avait ri de sa pudeur, en signalant avec amertume que la moitié d'Huwon connaissait ses cuisses pas cœur. Katara avait ouvert les parois en papier pour que la lumière argentée parvienne jusqu'à elles, si bien que le jeune homme ne savait plus où se mettre. Et il la vit, la main rouge imprimée, cuite, dans la peau blanche et tendre. Il retint un hoquet de rage et de dégout- qui.. pouvait volontairement bannir une jeune fille de sa communauté en la marquant ainsi. La question lui parut ridicule… et le constat accablant : il y avait plus d'un homme comme son père.

- Qui t'a fait ça ? lança-t-il, faisant trembler Katara.

- Un soldat du feu.

- Tu connais son nom ?

- Je ne suis pas sure, le autres soldat l'appelaient… Zhio, ou …

- Zhao ?

évidemment...

- C'est ça… ce monstre savait ce qu'il faisait, et il y prenait plaisir. Les ordures comme lui devraient être brulées vives.

- Zhao est mort, dit-il. Ce fumier a été anéanti par l'Avatar.

Song sourit étrangement. Katara tendit vers Zuko la bassine d'eau qu'elle venait de dégeler, et il y plongea la main pour la réchauffer un peu.

- Je ne promets rien… commença Katara.

- Je sais, répondit Song.

Et la maitre de l'eau ferma les yeux et posa ses mains gantées de l'élément de vie sur la marque. La seule pièce de la minuscule maison fut baignée de la lumière bleue intense, qui semblait se confondre avec l'éclat de la lune.

Zuko se tut pour ne surtout pas déconcentrer la jeune femme et tout gâcher. Il l'admirait silencieusement. Elle avait un petit pli de concentration entre les sourcils, et les lèvres blanches d'être pincées, et brillait dans tout ce bleu. Elle semblait une apparition du monde des esprits qu'elle invoquait.

- Ô Yue, ne m'abandonne pas deux fois…

Katara d'un mouvement gracieux, presque distrait, amena un peu plus d'eau sur la zone à soigner. Elle appelait toutes ses forces, toute sa volonté et la puissance de La à elle. Les minutes passaient sans que rien de remarquable ne se produise.

Soudain, la marque devint brillante, et la forme de main d'homme sembla devenir une main d'enfant, puis une emprunte de chat, jusqu'à s'atténuer presque complètement.

Katara relâcha la tension et s'effondra presque, rattrapée par Zuko. Il regardait la cuisse blanche de Song, et la brulure rosée qui remontait de sa cheville à son genou, puis se dissipait en volutes informes.

- Je suis désolée, souffla Katara. Je ne pense pas pouvoir faire mieux.

Song passa ses doigts sur la peux encore légèrement rugueuse de sa cuisse. Mais qu'importait si elle n'avait pas sa douceur de pêche, la marque avait disparu !

- C'est parfait… souffla-t-elle, pleurant de joie.

La jeune femme se jeta au cou de la maitre de l'eau et l'embrassa. Elle leur offrit de fêter l'évènement, ouvrit une bouteille de liqueur de rose qu'elle fabriquait elle-même. Katara était si contente d'avoir pu aider Song qu'elle en oublia Zuko, et il put se joindre à leur conversation sans voir sa liqueur geler instantanément.

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Bien après minuit, la maisonnette avait retrouvé le silence. Song s'était endormie. Katara se retournait sans cesse dans son sac de couchage. La pleine lune ne l'épargnait pas : impossible de trouver le sommeil. Et Zuko marchait dans le noir, autour de la maison.

Il avait vu disparaître la cicatrice de Song de ses propres yeux, et il avait du mal à y croire. Katara n'avait même pas eu recours à une eau magique des esprits ou quoi que ce soit. Elle était incroyable. Il leva la main jusqu'à sa joue, à sa cicatrice. Il s'y était fait… et pourtant, il aurait tout donné pour qu'elle ne soit plus là, pour qu'il n'ait plus à éviter les miroir et à se mettre de profil sur les portraits. Pour ne plus se trouver laid et défiguré.

- Je ne te l'enlèverais pas, même si c'était en mon pouvoir, dit Katara en sortant de la maison.

Elle le connaissait trop bien. Elle savait ce qui le traversait lorsqu'elle faisait disparaître cette marque sur la jambe de Song.

- Mais… pourquoi ?

- Song était torturée et sa vie était gâchée par cette marque. Elle la catégorisait, l'excluait. Mais toi… tu n'as pas à avoir honte de ta cicatrice. Elle fait partie de toi, elle te rappelle qui tu es. Et ce pourquoi tu te bats. …Ceux qui t'aiment ne la voient plus.

Il s'apprêtait à s'avancer vers elle, à lui demander si elle lui en voulait toujours, si elle le pardonnait. Il voulait lui dire qu'il ne supportait pas qu'elle l'ignore, qu'il n'y avait rien de pire que d'avoir l'impression de ne pas exister. Qu'elle l'attaque, qu'elle l'insulte… tout. Mais pas l'indifférence, il l'avait trop longtemps rencontrée dans le regard de son père, il ne supportait pas de la lire dans l'attitude de Katara, dans ses grands yeux d'Azur et d'orage. Mais il sentit son mouvement entraver, son corps pétrifié.

- Mais qu'est-ce que… ? grogna-t-il.

Comment pouvait-elle utiliser cette maitrise terrible contre lui !?

- Zuko !?

Elle chercha des yeux autour de la clairière, et il comprit que ce n'était pas elle qui le commandait. Il sentit son corps partir, propulsé vers l'arbre le plus proche.

- Non ! hurla Katara, retenant de sa maitrise le Seigneur du Feu devenu pantin.

Il se sentait écarteler, comme si on tentait d'arracher sa chair de ses os. Il grognait de douleur. Soudain, l'une des pressions se dissipa. Un homme sortit de l'ombre. Il était plus jeune qu'eux, et portait l'uniforme du Dai-Li blasonné de ce qu'Iroh avait identifié comme la marque de Mend. La main qui tenait le monde.

- Une maitre de l'eau ? s'étonna-t-il en voyant Katara, supposant que c'était-elle qui avait arrêté son attaque.

- Un agent du Dai-Li ? répliquèrent Katara et Zuko, en chœur.

- Yep.

- Qu'est ce que vous voulez ? lança Zuko.

- Ta tête, mon seigneur. Vous n'avez pas été faciles à suivre, mais j'ai… persisté. Et vous voilà. Maintenant, je vais vous broyer.

- Ça m'étonnerait, cracha la maitre de l'eau, en prenant position.

- Vous savez, je n'aime pas en arriver là. Mais je dois être… efficace.

« Yo et San non plus… pourtant c'est tellement efficace. »

- Vous êtes San ? lança Katara, presque surprise par sa propre déduction.

- Hé, je vois que les présentation sont faites. Vous avez eu Neiro à ce qu'il parait… c'était un empoté arrogant. Mais me battre ne sera pas une promenade de santé.

Comme il disait cs mots, il changeait de position, et concentrait son pouvoir sur Katara, qui sentit son corps lui échapper. Mais quand Hama l'avait contrôlée, elle avait senti que ses muscles ne lui obéissaient plus. Là, ils restaient tendus, et tentaient d'obéir… mais n'y parvenaient pas.

- Comment !? s'exclama la maitre de l'eau.

- Nos corps ne sont fait que de cendre et de terre. Le crachat des dieux nous donne la vie, mais nous restons de la boue en mouvement. Des sac d'os.

- Bonesbending…

- Exactement ma jolie. Assez parlé.

Il prit position et s'apprêta manifestement à briser la jeune femme en deux. Mais elle résista, et faisant appel à toutes ses forces, parvint à tendre le bras et à prendre le contrôle du corps de son adversaire. Ils se fixèrent ainsi, lui tentant de lui rompre les os, elle parvenant tant bien que mal à l'en empêcher. Alors il changea de cible, et reprit contrôle du corps de Zuko, qui ne pouvait pas résister, au risque de se déchirer les chairs.

- Lâche –le ! cria Katara.

- Pose les deux mains à terre et je le libère… répliqua San

- Non ! lança Zuko. Il nous tuerait tous les deux !

- Silence ! aboya le maitre de la terre en faisant s'aplatir au sol le Seigneur du feu qui cria comme un chat.

Personne, personne ne blessait les siens sans en subir les conséquences ! Et Zuko, malgré toute la colère qu'elle ressentait à son encontre, faisait partie de ceux pour qui elle s'inquiétait, sur qui elle voulait veiller, auxquels elle tenait. Et elle ne laisserait personne lui faire de mal. Jamais !

Elle s'était redressée et avait tendu le bras. Elle ne tenait pas tout le corps du Dai-Li, seulement un point : la carotide. Une pression accentuée sur le vaisseau sanguin coupait l'accès du sang- et donc de l'oxygène au cerveau. Il mourrait en quelques secondes si elle maintenait sa poigne et, si elle décidait de l'épargner, il garderait de lourd séquelles.

L'agent, toussant et gémissant, avait libéré de son emprise le maitre du feu.

- Si je te lâche, tu nous attaqueras encore ?

- Ma mission, parvint à articuler San.

- Mauvaise réponse.

Et Katara serra le poing, un instant, le regard terrible, la prise mortelle sur la gorge de l'agent plus ferme que jamais. Puis elle croisa le regard noir et vide, effrayé de l'homme et relâcha un San à la respiration saccadée et sifflante.

- Je ne peux pas…

Déjà l'agent se redressait et, éclatant d'un rire sardonique, malade, se prépara à attaquer Katara qui ne se défendit pas, elle hurla de douleur quand il la projeta à terre et l'écartela.

- Moi si, lança Zuko, qui s'était avancé assez près pour décocher un poing de feu précis et létal en plein dans la poitrine de l'agent.

San s'effondra, mort, sa carcasse puant la chair brulée. Zuko resta un instant figé, saisis par sa propre action. Il regarda sa main blanche…

Katara se relevait lentement. Il lui offrit son coude et elle s'y agrippa. Ils contemplèrent la petite clairière et la masse sombre étalée en son milieu. Zuko serrait les poings mais ne parvenait pas à détourner les yeux.

- Je… je suis un monstre, souffla-t-il. Il avait à peine vingt ans.

- Et il nous aurait tué tous les deux, répondit Katara. Tu… as fait ce qu'il fallait. Il faut parfois porter des coups décisifs.

Ils tournèrent le dos à la scène et avancèrent lentement vers la maisonnette de Song dont l'habitante les regardait timidement à travers les trous du papier de riz.

- Je n'aurais pas survécu une minute si tu n'avais pas été là… admit-il. Je… pensais vraiment agir pour le mieux en te laissant à Kyoshi. Je me trompais.

- Je sais. Mais tu m'as menti. Et ça… je ne le digère pas.

Elle lui lança un regard sévère, dur. Il plongea ses yeux dans les siens et y trouva un peu de réconfort : Katara tenait à lui, et le regardait sans dégout, sans crainte. Il ne voulait pas chercher plus loin, pour l'heure, le souci et la confiance lui suffisaient. Peut-être, plus tard, chercherait-il plus dans ces yeux-là… quand ses rêves ne seraient plus hantés par un certain regard d'hématite.

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Katara s'était allongée, et fixait un nœud dans la planche en bois face à elle. Son bébé lui manquait. Elle se sentait froide, vide au-dedans. Ses bras lui semblaient engourdis, et sa poitrine était douloureuse. Les nuits de pleine lune étaient horribles, ces derniers temps… quelques semaines plus tôt, elle était tranquillement en train de regarder un bosquet de lunalys dans les jardin royaux de la Nation du Feu, avec le Seigneur du feu en personne. Et il lui posait cette question si ambigüe…

Zuko…

Elle sursauta en sentant un mouvement derrière elle. Elle se figea dans son sac de couchage, le temps de reconnaître l'auteur de cette turbulance dans sa nuit blanche. Elle sentit une main sur son ventre.

- Qu'est-ce que tu fais ? souffla-t-elle sans se retourner, sans le repousser.

- J'arrive pas à dormir, grogna-t-il avec un ton de petit garçon. Je peux rester-là ?

Elle posa sa main sombre sur la sienne, sentit l'anneau glacé contrastant avec la peau si chaude du maitre du feu qui s'était allongé contre son dos, l'entourant. Elle se sentit… bien.

- Oui.

Et rapidement, elle entendit la respiration lente et profonde du jeune homme, apaisante, et sentit son souffle dans sa nuque ; et leurs deux mains entrelacées, leurs doigts confondus, s'accommodant de la présence morbide de l'Alliance Morte.


AN: C'est le plus long chapitre que j'aie écrit! Mais il fallait développer les émotions des personnages et l'action... j'espère que ça vous a plu!?

Retours atteint 1500 hits! Je fais la fête toute seule.

Et je remercie ceux qui ont commenté le chapitre précédent et m'ont rassurée gentiment sur sa valeur: Mayura-8, Folleriku (toujours au rendez-vous :-D) et Prenses556. Vous méritez une grosse lèche d'Appa .

Pour répondre à une question qui revient: je ne pense pas dépasser les trente chapitres. Je visualise en gros la fin de l'histoire et les délimitations des chapitres...

Une autre question récurrente à laquelle je réponds volontiers: Oui, Toph et Jee reviennent. Le prochain chapitre est d'ores et déjà écrit... mais je vais vous laisser le temps de digérer ce (looooong) chapitre avant de l'envoyer.

Ah... et vais-je tuer Aang? ... Je devrais organiser un vote aussi, juste pour voir. Pour ou contre la mort de Aang? Ma décision est prise, mais j'attends votre avis ;-).