AN à la fin du chapitre.

Vous désirez? Un peu d'action? ça tombe bien, c'est le plat du jour! :-p


Chapitre 24

« Voilà, ça y est, c'est la fin du voyage. »

Cette pensée traversait l'esprit du jeune Seigneur du Feu tandis qu'il attachait sa monture mythique à l'abri des curieux. Il échangea un bref regard avec la femme qui l'accompagnait, si bref qu'il n' eut pas le temps d'y lire toutes les émotions qui s'y mélangeaient, et fluctuaient selon que les grands yeux se posaient sur lui, sur les montagnes qu'ils avaient traversées au galop, ou sur les monts d'Omashu, imposants, presque impérieux, intensément ocres dans la lumière du couchant.

« Bientôt tout rentrera dans l'ordre. »

Elle se répétait cette phrase d'espoir comme un mantra, et gardait la conviction qu'elle avait une part de vérité. La maitre de l'eau était prête à affronter les ennemis, quels qu'ils soient, et à les vaincre, quoi qu'il en coûte. La Cité aux Toboggans se dressait sous le ciel ardent, indifférent au danger qui pesait sur la terre.

Elle regretta un instant que tous les efforts qu'ils avaient fait pour éviter au Seigneur du feu de venir se jeter dans les filets du Dai-Li et de leur chef aient été ridiculement vains : il était là, plus décidé que jamais, et ne craignait pas leurs menaces.

Ils étaient côte à côte, fixes, attendant la nuit pour se lancer. Ils crevaient d'appréhension – non, pas de peur, il n'y avait pas de place pour la peur dans leur esprit. Ils n'avaient que peu de connaissances sur l'adversaire, mais étaient prêts à l'affronter, et à en venir à bout. Pour Aang, pour la paix, et pour le petit ange qui les attendait sur Kyoshi.

Le jeune homme gardait le silence, savourant comme un thé rare la chaleur du soleil et le calme candide. L'univers semblait inconscient de la tempête qui approchait.

Katara soupira, comme de résignation.

- Nous y voilà.

- On ne vient pas de loin, mais la route aura été longue, dit-il, lui tendant un maigre sourire qu'il voulait rassurant.

- Sûr, fit-elle, feignant elle aussi un air confiant.

Zuko resta encore silencieux un instant, craignant de dire quelque-chose de maladroit, de stupide. S'ils restaient là encore une minute de plus, il ne jurerait plus de rien. Il… il foncerait tête baissée, ou ferait demi-tour, ou supplierait Katara de ne pas se mettre en danger. Il devait rester rationnel, posé, et brave.

- Allons-y, souffla-t-il en posant la main sur l'épaule de Katara qui frissonna, alors il ajouta (bêtement) : N'aie pas peur.

- Je n'ai pas peur, pesta-t-elle, sèche.

- C'est normal d'avoir peur, avança-t-il, pensant à ce qu'Iroh dirait en pareille situation. Iroh dirait quelque-chose du genre. Il n'y a que les déments qui ne redoutent rien.

Elle détourna les yeux vers l'ouest, vers le chemin parcouru, et dit, incertaine :

- J'ai… peur d'avoir peur… au mauvais moment. Qu- Qu'arrivera-t-il si je ne peux pas frapper lorsque ce sera nécessaire ?

Qu'arriverait-il si elle lâchait prise à l'instant décisif , comme lors de leur affrontement avec San. Contrairement à Aang et sa maitrise des esprits, elle ne pouvait pas reculer et prendre une voie alternative- si elle faisait face à la brutalité, à la pure violence, elle n'avait que la force de ses bras et sa détermination pour y répondre. Et si sa vie était menacée par plus fort qu'elle, elle serait condamnée à donner la mort avant de la recevoir.

- Je serai là, souffla-t-il.

Elle l'attira contre elle et il se laissa faire. Elle le serra comme pour absorber un peu de sa force, et lui donner un peu de la sienne, avec ardeur, avec abandon.

Et il sut qu'il avait bien fait de se taire, de ne pas lui dire à quel point l'idée de la perdre le pétrifiait, et combien l'option « retour-maison (et vite !) » lui semblait séduisante à cet instant précis.

Puis l'instant s'envola, et il ravala ses mots. Katara recula, détourna tout son corps pour être face à l'est, là où ils devaient aller, là où se jouerait l'affrontement ; elle lança son regard bleu sur les dents ocres et souffla

- Je suis là, Aang, j'arrive.

--

Omashu sans la nuit noire ne semblait pas simplement endormie, elle semblait morte. Les rues sombres se succédaient et aucun son ne se faufilait hors des foyers pour rompre le silence morne, aucune lumière ne perçait à travers les volets clos des demeures, aucun chat gris ne courait sur les toit à la recherche d'un partenaire. Seule deux ombres se mouvaient, rapide, discrète, glissant d'une embrasure à un porche, sautant d'un toit à l'un des toboggans et montant toujours vers le sommet du mont, où se dressait le château du roi Bumi.

Plus ils approchaient leur objectif, plus ils faisaient de rencontres indésirables. Le Dai-Li infestait toute la partie supérieure de la ville, à l'affut, muets, comme les créatures mi-homme mi-dragon sculptées sur les corniches de certains anciens temples d'Agni, toujours inclinées vers le vide pour prendre leur envol, le regard perçant et pourtant en y regardant de plus près, les visages de pierre n'avaient pas de pupilles.

Zuko était habitué à ces incursions nocturnes, et courait sur les faîtes des toits avec agilité, ses Dao solidement attachés à son dos. Ce voyage dans le Royaume de la terre et ces personnes ressurgies de son passé avaient réveillé en lui ce goût pour l'aventure. Une image surtout, celle d'un jeune homme masqué prenant une brute en filature, sortant l'Avatar d'une forteresse. Comme ceux de l'Esprit bleu, qui n'avait jamais cessé de faire partie de lui, ses pieds effleuraient le sol avec douceur, ne laissant aucune marque s'imprimer dans la poussière, ni aucun bruit s'échapper. Le moindre choc produirait un écho qui se répandrait, colossal, sans les rues étroites.

Katara le suivait, appliquée, concentrée, mimant les gestes du jeune homme, se faisant plus légère encore.

Mais le Dai-Li était partout. Souvent, il devait la retenir par le coude ou l'épaule pour qu'elle ne précipite pas sous une arcade ou dans une ruelle qui ne soit pas absolument vide d'agent. Il avait repéré deux trois troupes qui faisaient des rondes et il scrutait le moindre coin obscur, sûr que si guetteurs il y avait, ils se cachaient là.

Ils arrivèrent, à force de détours et de manœuvres d'évitement, sur le faîte d'un toit de tuiles. Zuko entendit le pas cadencé des agents du Dai-Li et le cliquetis mécanique de leurs chaines. La petite troupe de trois hommes s'arrêta au pied de l'immeuble sur lequel Zuko et Katara étaient perchés.

L'un d'eux, probablement plus haut gradé, désigna une direction à aux autres, et ils se séparèrent, le chef et l'un des agents continuant leur ronde, le troisième restant planté là comme une laitue. Zuko et Katara s'abaissèrent jusqu'à être allongés sur les tuiles. Ils ne pouvaient faire le moindre mouvement sans que tout le Dai-Li en soit aussitôt alerté. Sitôt que l'homme-plante bougerait, ils pourraient sauter du toit à la rampe d'accès au toboggan. Mais ils devaient attendre.

Et les minutes s'écoulèrent avec une lenteur appliquée, comme forcée. Elles durèrent, et l'attente devenait insoutenable pour les deux maitres dont les muscles se refroidissaient, et dont le temps était compté.

- Roh, dégage ! grogna Zuko, dans un murmure que seule Katara put entendre.

- Non, il a l'air d'avoir adopté ce point précis. Il n'en bougera pas, tu sais comment ils sont, soupira Katara en réponse.

- On va y passer la nuit, grinça-t-il, et elle haussa les épaules.

Elle réfléchit le plus vite qu'elle put à une solution.

- On pourrait lui faire tomber une tuile sur la tête… vu la hauteur…

- J'y ai déjà pensé, répondit Zuko, toujours chuchotant. Mais il ferait « ouch ! » comme un idiot et tout le Dai-Li serait à nos trousses en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

Elle retourna à ses pensées. Il devait y avoir un moyen pour que l'homme se déplace ne serait-ce que de quelques mètres, pour que le toît et la rampe qu'ils devaient atteindre soient hors de son champ de vision.

- J'en peux plus d'attendre là !

- Si il pleut, tu crois qu'il ira se mettre à l'abri ?

Il la regarda avec étonnement puis sembla étudier la question.

- Aucune idée. Un maitre du feu filerait se mettre à couvert, mais un maitre de la terre – surtout avec un casque comme le sien !- je ne sais pas.

Elle semblait déjà sur le point de se redresser et de se se préparer à maitriser, mais il la prévint :

- Courir sur des toits humides risque d'être dangereux…

Vraiment, il commençait à l'ennuyer avec ses objections !

- On peut essayer de l'attirer ailleurs, en lançant quelque-chose.

Il n'avait pas fini sa phrase qu'elle avait formé trois dagues de glace. Elle observa un instant les alentours et repéra des pots en terre-cuite sur un appui de fenêtre. Katara, avec un léger mouvement de l'épaule et du bassin, lança les armes et, ses mains s'incurvant, guida à distance, directement dans les poteries qui explosèrent avec fracas.

L'agent sursauta, et fila dans la direction d'où provenait le bruit, et n'y trouva que des bris humides.

Mais déjà Zuko et Katara avaient bondi et atteint la rampe. Le toboggan n'était plus qu'à quelques mètres, et il les mènerait pratiquement à la porte du château de Bumi.

--

Le palais, comme le reste de la ville, était silencieux et sombre, comme abandonné de toute vie depuis plusieurs jours.

Zuko et Katara restaient prudents, continuaient leur avancée furtive. Il ne croisèrent personne, ni allié ni ennemi, pendant près d'une demi-heure. Ils commençaient à douter qu'ils trouveraient qui que ce soit dans le château, et tous leurs efforts pour l'atteindre aurait été vain.

Soudain, trois silhouettes apparurent, deux étaient facilement identifiable à cause de leurs casque en forme de soucoupe. La troisième, placée entre les deux, restait plus mystérieuse.

Ils venaient dans leur direction ! Katara agrippa le coude de Zuko et lui lança un regard inquiet : « qu'est-ce qu'on fait ? ». Il posa son doigt sur ses lèvres, lui indiqua de rester là, prête à se battre. D'un bond, il atteignit une colonne et se hissa jusqu'à son chapiteau sculpté. Elle servirait d'appas aux deux agents, et ils aviseraient selon l'identité de la troisième personne.

Comme prévu, ils l'appréhendèrent

- Ne bougez pas ! ordonna l'un d'eux.

A cette distance, Katara reconnut la jeune femme que les agents entouraient. Pourtant, elle avait beaucoup changé depuis leur dernière rencontre, peu après la fin de la guerre. Elle avait toujours le teint mat et les cheveux épais, mais semblait avoir trouvé un style de coiffure qui lui allait, et mettait son visage aux traits affinés en valeur. Elle était aussi beaucoup plus grande qu'alors. Pourtant, aucun doute n'était possible.

- Meng ?

Celle-ci parut stupéfaite, fronça les sourcils.

- Vous la connaissez ? fit un des agents.

- Non, fit Meng, jamais vue.

- On dirait l'épouse de l'Avatar, grogna l'autre.

A ce moment, les deux Dai-Li firent précisément la choses stupide que Zuko attendait qu'ils fissent : ils s'avancèrent vers Katara et prirent leurs positions de combat. La maitre de l'eau faisait mine de reculer ; ils avancèrent encore. Et celui qui avait été l'Esprit Bleu leur tomba dessus dans un léger « Vrouf » suivit d'un « Ouch ! » qui parut très mélodieux aux oreilles du jeune homme. Avec le pommeau des ses sabres, il frappa les agents à la nuque.

- Et voilà, fit-il, en jetant un regard au deux corps assomés avant de se relever.

- Seigneur du Feu Zuko ? demanda Meng, surprise

- Lui-même, répondit Zuko.

- Vous n'auriez pas dû venir, souffla l'héritière, tracassée, en jetant des coups d'œil paniqués autour d'elle. Vite, suivez-moi.

Elle les entraina dans le dédale de couloirs jusqu'à une pièce qui s'avéra être une salle de bain.

- Ici nous pouvons discuter sans qu'ils entrent, expliqua-t-elle, puis, adressant un regard hautain à Katara, demanda : Qu'est-ce qu'elle fait là ?

- Elle est l'épouse de l'Avatar, on est là pour le libérer.

La jeune femme au cheveux noirs toisa la maitre de l'eau, puis siffla

- Je ne lui ferais pas confiance, si j'étais vous. Elle a déjà entrainé la Championne de Jet de Pierre et l'élève de Piandao dans les griffes du Dai-Li.

Zuko et Katara comprirent que Meng ignorait que Maneka et Katara étaient deux personnes différentes. La plus jeune semblait garder une rancune tenace à son ainée, et la considérait avec mépris, et elle n'écouterait pas un mot qui sortirait des lèvres de la maitre de l'eau.

- Ce n'était pas Katara, c'était Maneka, expliqua Zuko. Il se trouve qu'elles se ressemblent beaucoup.

- Mouais, grincha Meng, semblant croire ce que le Seigneur du feu lui disait. Et pourquoi tu n'es pas venue toi-même ?

Katara était blessée par le ton de l'héritière, et pas ses accusations.

- Je ne pouvais pas faire ce voyage, j'étais enceinte, avança Katara en soupirant, puis ajouta : de Aang.

Meng accusa le coup puis reporta son attention sur Zuko.

- Vous ne pouvez pas rester ici.

- Nous n'en avions pas l'intention. Meng, Pourquoi la ville est inhabitée ?

- Bumi a fait évacuer la cité. Les habitants sont dissimulés dans un ancien village dans les montagnes. Il m'a demandé de rester pour vous attendre. Et ma tante Whu m'a écrit pour me dire que c'était mon destin, qu'en restant là je sauverais Aang. Alors je suis là.

- Où est-il ? demanda Katara, n'obtenant qu'un hoquet dédaigneux de Meng.

- Où est Aang ? répéta Zuko.

- Je l'ignore. Mais il n'est pas dans la ville- ils l'ont pris avec eux quand l'autre courge est venue. Il ne reste plus que moi et le Dai-Li. Il faut que vous partiez, Seigneur Zuko.

Il acquiesça. Ils devaient quitter la cité le plus vite possible, et deviner où pouvaient se trouver Aang et les autres. Et surtout, ne pas se faire prendre.

Il leva les yeux et trouva ceux de Katara qui semblait attendre qu'il décide, qu'il lui envoie un signe. Un dialogue muet se joua entre les iris d'or et ceux d'océan. Après un instant, Meng toussota de manière ostentatoire, pour leur rappeler qu'elle était toujours là.

- On y va, répondit Katara entre ses dents.

Et Zuko sourit de la voir si déterminée.

- Le Dai-Li est partout, les avertit Meng. Soyez prudent.

Là encore, elle ne s'adressa pas à Katara.

- Merci Meng.

L'héritière sortit la première de la petite salle de bain et se mit à chanter, signe que la voie était libre. Ils la suivirent un instant puis s'éloignèrent vers la terrasse par laquelle ils avaient pénétré dans le palais.

Ils se dissimulèrent sans une enclave pour éviter de croise une patrouille qui grinçait et cliquetait de partout. Ils attendirent encore quelques secondes pour s'assurer que la voie était libre.

- Pourquoi elle te déteste ? chuchota Zuko, se tordant le cou pour observer le couloir, Katara pressée contre lui.

Elle sembla hésiter une seconde avant de dire, souriant d'embarras

- Je crois qu'elle est jalouse…

- De… ?

La modestie de Katara se révoltait contre l'idée, mais elle devait achever sa phrase, ne fut-ce que pour remettre à sa place son cœur déstabilisé et oscillant.

- De moi. A cause de Aang. Parce qu'il m'aime.

Aang l'aimait. Il le montrait mal, de temps à autres, mais il était sincère. Elle s'en voulut d'être parfois assez égoïste pour vouloir garder l'Avatar pour elle seule ; elle ne pouvait pas lui reprocher de suivre la voie tracée pour lui par le Destin.

Zuko afficha un air compréhensif, puis s'écarta : ils avaient encore du chemin à faire.

--

Ils sortirent du palais sans encombre, mais dès qu'ils posèrent un pied sur la rampe de pierre qui les mènerait au niveau inférieur, ils entendirent des cris et des ordres lancés derrière eux.

- Ils ont trouvé les gardes du corps de Meng, souffla Zuko.

Katara jura (pourtant, ce n'était pas dans ses habitudes). Déjà les rues en contrebas semblaient fourmiller d'agents. Elle repéra plus loin un des wagons à marchandises. Elle eut la vague réminiscence d'un roi fou aux yeux globuleux et d'un petit garçon tatoué qui lui chantaient « Garde l'esprit ouvert. ». Les wagons étaient conçus pour descendre et remonter, à l'aide de maitres de la terre, le long des toboggans si typiques d'Omashu.

Zuko reconnut immédiatement le sourire en coin qui marqua le visage de Katara.

- Mh, je rêve ou tu as une idée… ?

- Tu ne rêve pas, mais quand je te dirai ce que j'ai en tête, tu pleureras pour que ça ait été le cas.

--

Et il dut effectivement se mordre le poing pour ne pas crier. Il était en plein cauchemar, accroupis au fond d'un wagon de pierre, filant à toute vitesse vers le bas de la ville. Katara était complètement crispée, mais elle souriait.

Le wagon heurta avec fracas la barrière de sécurité qui marquait la fin du toboggan, et éclata sous le choc. Katara se redressa et lui tendit la main.

- Filons !

Extraits des débris, ils coururent aussi vite et discrètement que possible dans les rues abandonnées. Le bruit ayant attiré les agents, Zuko et Katara durent être plus prudent et plus silencieux encore.

Mais malgré leurs efforts, ils furent rapidement rattrapés et entouré par une troupe d'une vingtaine d'agents, dont le nombre croîtrait rapidement.

Le maitre du feu et la maitre de l'eau prirent leurs position de défense, dos à dos. Et ils attendirent que le Dai-Li attaque.

Ce qu'il fit (c'est bien le problème avec le Dai-Li, c'est qu'ils finissent toujours par attaquer…)

Cinq paires de poings de pierre volèrent dans leur direction, et Katara forma et bouclier pour les arrêter. Une deuxième rafale suivit, et la maitre de l'eau fut plus rapide à nouveau. Zuko décida qu'il était temps de prendre l'offensive, et forma un large anneau de flamme autour de Katara et lui, faisant reculer les agents. Bondissant au devant de la déflagration, il attaqua les agents placées au premier rang qui formèrent un mur pour se protéger. Mais mur a-t-il jamais arrêté l'Esprit Bleu ? Profitant de son élan, il eut tôt fait d'atteindre le sommet de la barrière et de bombarder de poings de feu les agents dissimulés derrière.

Katara ne fut pas en reste, puisque le maitres de la terres, se sentant menacés, se montrèrent directement plus agressifs. Elle figea trois hommes dans la glace, et se prépara à accueillir aussi « chaleureusement » la deuxième vague d'opposants.

Les agents, grâce à quelques motions de Hun-gar, firent s'écrouler le mur sur lequel Zuko se dressait, il bondit pour échapper à leur jets de pierres et à leurs chaines sournoises, et d'un mouvement de rein, pivota sur lui-même en envoyant un long jet des flammes avec ses pieds, provoquant la débandade chez les agents, et le propulsant sur un toit proche.

Katara formait à la chaine les pieux de glaces qu'elle lançait avec d'autant plus d'efficacité qu'elle suivait les conseils avisés de Mai. Elle cloua ainsi nombre d'assaillants aux murs ou au sol.

Zuko, sautant de toit en toit, tentait de se rapprocher de Katara. Il se gardait hors de portée des tirs du Dai-Li. Il ne vit pas l'agent qui l'avait suivi, et ne le vit pas adopter une position de maitrise. Mais Katara si, elle se détourna de son propre combat quand elle remarqua l'homme en vert et ses intentions : il allait maitriser les tuiles et faire s'effondrer le toit sous le poids du maitre du feu. Déjà, elles tremblaient légèrement, produisant un bruit de roulement, comme quelqu'un qui claquerait des dents. Et Zuko avançait, se concentrait sur les ennemis au sol, se pensant en sécurité.

Quand l'homme écarta les jambes et leva les bras, Katara réagit d'instinct : elle lança trois dagues de glaces, et toucha juste, comme la Fire Lady lui avait enseigné : le ventre, le cœur et le front. Elle n'avait pas eu peur, cette fois.

Zuko en entendant hoqueter l'agent se retourna, pour le voir tomber comme un sac de farine sur le pavé de la ruelle.

Il chercha Katara du regard ; elle était un peu plus bas, entourée d'agents, et criait

- Continue d'avancer, j'arrive !

Il hésita.

- Vas-y ! cria-t-elle encore. C'est la nuit, je ne crains rien !

Il ne sut pas pourquoi il décida de lui obéir cette fois. Il se débarrassa des quelques agents qui le suivaient, et courut vers les portes de la ville, laissant Katara derrière lui.

--

Aussitôt qu'il réalisa qu'il l'avait laissée seule au milieu d'une dizaine d'agents du Dai-Li, il fut prit de dégout pour lui-même. Comment avait-il pu partir !? Elle le lui avait demandé… Depuis quand faisait-il ce qu'elle lui disait de faire ? Il l'avait lâchement abandonnée à une mort certaine – quel imbécile ! Tout ça parce qu'il savait que la fierté de la maitre de l'eau en prendrait un coup s'il jouait les valeureux défenseurs. Ils formaient une équipe, elle lui avait assez reproché de l'avoir laissée en plan à Kyoshi.

Il grogna de frustration et revint sur ses pas.

La scène qu'il avait laissée- quoi ?- cinq minutes plus tôt était méconnaissable : la rue et les maisons étaient entièrement recouvertes d'une épaisse couche de glace à travers laquelle on pouvait voir une galerie d'agents, figés, les yeux écarquillés de surprise, qui lui envoyaient des prières muettes pour qu'il les libère.

Zuko sourit en coin. Voilà pourquoi il avait si facilement renoncé à protéger Katara : elle n'avait pas besoin d'être protégée.

Il reprit son chemin, toujours discret au cas où, descendant les rues d'Omashu, cherchant Katara. Elle n'était nulle part. Il avait déjà parcouru une belle distance, et il doutait qu'elle pût déjà être arrivée si loin. Mais si comme lui, elle se dissimulait, il pourrait encore la chercher jusqu'à l'aube sans jamais la trouver.

Soudain, il sentit une poigne déterminée lui agripper le col, l'attirer dans une ruelle sombre et le plaquer au mur. Même dans le noir complet, il ne douta pas une seconde de l'identité de son « agresseur »

- Katara ! souffla-t-il, soulagé. Je te cherchais.

- Et je t'attendais, fit-elle.

- Comment tu savais que je- ?

- Que tu passerais ici alors que tu devrais déjà être hors de la cité ? acheva-t-elle. Je savais que tu ferais demi-tour.

Elle était très près de lui et souriait. Sa victoire sur les agents lui avait redonné confiance.

- Merci de m'avoir – encore- sauvé la mise, dit-il.

- Oh, pour ce coup-là, on peut dire que c'est Mai qui t'a sauvé, répondit-elle.

Et l'évocation du nom de Mai ne l'emplit pas de douleur, il n'eut pas envie de tout bruler autour de lui et de réduire Omashu en cendre. Non, sa femme, sa défunte femme, ne le faisait plus souffrir- ou plus trop. Il se sentit emplir par une douce chaleur, comme si le souvenir d'elle alimentait sa flamme intérieure. Il soupira d'aise, et considéra d'un autre œil la bague d'onyx.

- Comment va-t-on sortir de cette ville ? demanda-t-il. Les portes doivent être sérieusement gardées maintenant.

- J'aurais bien une proposition, mais elle va encore moins te plaire que la précédente.

Il la considéra quelques secondes, méfiant. Katara connaissait bien la ville et ses accès, elle l'avait souvent visitée parce que Aang et Bumi étaient amis. Qu'est-ce qui pouvait être pire que la descente de ces toboggans improbables dans un ces wagons infernaux ?

- Dis toujours.

--

Zuko grognait, râlait, pestait – tout ce que Zuko avait un don entretenu pour faire quand il était en colère. Ils étaient sortis d'Omashu, que voulait-il de plus ?

Il était encore en train de frotter la boue qui maculait ses vêtements et son visage. Il n'arrivait pas à croire qu'elle venait de l'entrainer dans les égouts de la cité. Il était écœuré, dégouté, et humilié. Sa fierté déjà entamée dut définitivement anéantie quand il sentit quelque-chose de mou sur sa joue.

- Aah ! Qu'est-ce que c'est !? s'exclama-t-il, sortant Katara de ses pensées.

Elle rit en s'approchant, et chatouilla délicatement l'animal rose et gluant agrippé à sa joue.

- C'est rien, c'est un poulpe violet. Tu ne vas pas attraper la poulpatose, elle n'existe pas !

Le courageux Fire Lord ne sembla pas rassuré.

- Tu es sure ? C'est pas… une vraie maladie ?

Katara rit de plus belle, évacuant le stress de cette nuit d'infiltration. Il la laissa enlever la boue et la vase couvrant ses habits grâce à sa maitrise. Il avait envie de râler pour avoir été si ridicule. Comme il grimaçait, elle riait. Alors il sourit.

L'aube pointait à l'horizon. Ils avaient regagné leur point d'observation où Ivory les attendait. Il sentait l'épuisement prendre le meilleur de lui, et il ne pourrait pas affronter un agent de plus s'il ne se reposait pas un peu. Katara semblait déjà prête à prendre la route -pour aller où ? ils ignoraient où étaient retenus leurs amis-

- Katara, je crois qu'on devrait essayer de dormir un peu, on aura les idées plus claires après quelques heures de sommeil. Si on part maintenant, on va errer inutilement dans ces montagnes.

Elle sembla sur le point de riposter mais alors qu'elle ouvrait la bouche pour répondre, c'est un long bâillement qui lui échappa. Elle rougit et hocha la tête.

Zuko dressa le camp, déplia une toile pour les protéger du soleil, déroula les sacs de couchage. Katara le regarda s'allonger puis s'installa à ses cotés sous la toile pare-soleil - qui n'était pas très grande. Elle remua un peu pour être bien installée, pour trouver une position confortable. Elle s'arrêta quand, allongée sur le côté, tournant le dos au maitre du feu, elle sentit la chaleur de son corps tout contre elle. Elle était bien, là. Mais avant de laisser le sommeil l'emporter, sa conscience lui chuchota à l'oreille :

- Tu joues avec le feu.

--

Zuko se réveilla quelques heures plus tard- le soleil n'avait pas encore atteint son zénith. Il réveilla gentiment Katara.

Ils étaient revenus à la case départ. Ils surplombaient Omashu qui semblait les narguer. Katara bailla puis, se reprenant, dit, presque à regret :

- On a fait tout ça pour rien. Aang n'était pas à Omashu et Meng ne savait rien de plus.

Zuko baissa la tête. En effet, ils avaient remporté une forme de victoire en parvenant à quitter la ville vivants, mais ils étaient dans une voie sans issue.

- Reprenons depuis le début, commença-t-il, pragmatique. on doit bein pouvoir deviner où ils se cachent. Ils se sont toujours servit de Meng comme moyen de communication, et ils voulaient que je les retrouve. Ils ne peuvent pas être bien loin.

Katara acquiesça. Le Dai-Li les attendait à Omashu, ils y avaient piégé Aang et Maneka. Ils devaient entourer la ville, et se dissimuler dans ses environs.

- On doit plus penser comme des maitres de la terre, fit Zuko après un instant. Si j'étais un maitre de la terre –heuu- où est-ce que je me cacherais ?

Il se tut, longtemps. Katara le regardait et se laissait lentement envahir par une vague de désespoir. Elle porta machinalement la main à sa gorge, là où aurait dû se trouver son collier de fiançailles. Il la regarda faire ce geste qu'elle faisait si souvent, si naturellement, sans comprendre immédiatement pourquoi ça l'avait interpellé cette fois.

- Ton médaillon ! fit-il.

- Lequel ? demanda Katara

- Celui que Aang a fait, celui qui brille dans le noir, tu as dit que la pierre venait…

Alors elle saisit, et elle acheva pour lui :

- De la grotte des Amoureux.


AN: Je vais juste répondre à l'une ou l'autre question posée dans les review (dont je remercie les auteurs, que leurs noms apparaissent ci-après ou non).

folleriku - La vidéo dont je parlais en tête du chapitre précédent (et que j'ai vue entre-temps) peut se trouver sur Youtube (recherche "Avatar forbidden love"). C'est un petit montage de fanart qui tourne les fanfic et le phénomène du "shipping" en dérision. Comme je l'ai dit, je trouve ça un peu facile de se moquer après voir tout fait pour accroître le phénomène, mais bon, la vidéo reste marrante.

Fanatii'k-Kawai - En effet, Le Dai-Li pensait attirer Zuko à Omashu (sur les ordres de qui? la fic le révèlera plus tard mais tu peux déjà former quelques suppositions). Katara était supposée l'envoyer là-bas au départ, sous prétexte de sauver Aang (qui est vraiment retenu puisqu'ils l'utilisent pour la faire chanter), mais dès le chap. 2, elle lui avoue la vérité.

Maintenant, si ce qui t'intrigues c'est la raison pour laquelle on voudrait se débarrasser du Seigneur du Feu, j'en ai deux ou trois à te proposer:
- Il possède la plus puissante armée au monde (même à moitié démantelée, il garde une force de frappe importante)
- Il rend justice sur son territoire comme bon lui semble
- Il a plein pouvoir dans son Etat.
- Il possède sans doutes d'immenses richesses (et une garde-robe des plus élégantes xD).
Mais la vraie question c'est plutôt: pourquoi vouloir se débarrasser de Zuko?

N'hésitez pas à me donner votre avis- positif ou négatif- sur ce chapitres et les précédents.