Vous savez à qui appartient Avatar, the last airbender.

Merci à tous ceux qui ont suivit et partagé cette aventure.

Bonne lecture.


Chapitre 30

Aang

Aang observait sa femme et sa fille train de jouer sur la terrasse du temple. Katara souriait, tout son visage dégageait une infinie tendresse et ses yeux brillaient. La petite fille courait maladroitement autour de sa mère et essayait d'attraper le ruban d'eau claire que la maitre de l'eau faisait danser autour d'elle. Elle n'avait rien à envier à l'Esprit de le Grâce (que le jeune homme avait rencontré lors de l'un de ses périples dans le monde spirituel). C'était une féérie bleue.

Une pointe se forma dans l'estomac de l'Avatar. Il y avait longtemps qu'elle ne lui avait pas souri ainsi. La dernière fois c'était... quand ils fêtaient le premier anniversaire de Maia, près de quatre mois plus tôt. Ils avaient accueilli Zuko et Iroh au temple. Les maitres du feu avaient offert un pendule merveilleux, cadeau traditionnel selon le vieil homme. Les pendants étaient en verre colorés ou en petits émaux éclatants. Aang n'avait pas cru le vieux général quand il avait assuré que même Zuko avait participé à la fabrication du présent, et avait démontré ses dires en prenant une poignée de sable dans sa main qui, après qu'il ait soufflé une flamme intense dans son poing serré, s'était transformée en un petit pendant de verre blanc. La petite fille pouvait regarder le pendule pendant des heures, comme pour absorber toutes ces couleurs dans ses grands yeux gris.

Depuis, Katara semblait absente, perdue. Seule.

Aang avait repris la même vie qu'avant son enlèvement, mais essayait de rester plus souvent au temple, ou de déposer Katara sur Kyoshi quand il pensait partir plusieurs semaines. Mais quelque-chose manquait à sa femme, il le sentait. Et il avait l'étrange sentiment de ne rien pouvoir y faire.

Il comprit qu'elle allait vraiment mal quand elle arrêta de prétendre le contraire.

Katara avait toujours ménagé sa sensibilité, toujours montré qu'elle était forte, qu'elle tenait bon. Mais lorsqu'un soir il la trouva assise à une fenêtre, le regard perdu dans les brumes des montagnes, le visage triste mais sec, il s'approcha timidement.

- Katara ?

- Oui, Aang ?

- Tu... tu vas bien ?

- Ou-... pas vraiment.

Il dut se retenir de tomber se surprise au constat platement formulé par la maitre de l'eau qu'il aimait tant.

- Tu... tu as besoin de quelque-chose ?

Elle tenta un vague sourire en serrant dans son poing son médaillon à l'éclat vert.

- Non, je suis juste un peu... nostalgique.

- Ah ?

- Ne t'en fais pas.

Et il était resté planté droit dans ses bottes comme un idiot tandis qu'elle le serrait contre elle doucement avant de s'enfoncer dans le couloir qui menait à sa chambre.

Il ne la rendait plus heureuse. Même s'il lui était douloureux de l'admettre, il reconnaissait les indices de l'ennui, de la peine dans l'attitude de Katara. S'il n'y avait eu Maia, la maitre de l'eau aurait probablement lâché prise depuis longtemps.

Alors quoi ?

Il ne pouvait pas la retenir.

C'était l'une des premières leçons apprises auprès de Maitre Gyatso. Le moine avait attrapé un papillon-paon dans une balle d'air en disant qu'il était aisé de retenir une créature aussi faible contre son gré, et qu'il était gai de regarder scintiller les ailes multicolores. Mais la créature, prisonnière, s'essoufflait vite, ses ailes ne battaient plus. Elle se mourrait.

Le sage acceptait de la laisser libre d'aller et venir, et remerciait la Nature de lui permettre de capter la furtive étincelle de beauté, mais ne la forçait pas dans son étreinte, de peur de la voir dépérir.

C'était ce que le gurû Pathik l'avait sommé de faire pour débloquer son septième chakra. La laisser aller. Il avait mis du temps à apprendre la leçon.

Mais comment ? Comment la libérer sans qu'elle se sente rejetée ? Il ne voulait pas qu'elle sache qu'il souffrait, parce qu'elle ne prendrait pas son envol si elle craignait de le blesser.

Il aurait aimé faire appel à ses précédentes incarnations pour pouvoir bénéficier de leurs conseils, mais à part Roku qui avait vécu de longues et heureuse années auprès de Ta-Min (et laissé Sozin envahir le royaume de la terre et détruire les nomades de l'air), le dernier cycle de l'Avatar n'avait pas été le plus heureux en amour. Kuruk avait perdu sa femme dans l'entre de Khô, Kyoshi avait été une célibataire endurcie et castratrice... et Yang Shen était une nomade de l'air.
Même s'il était inutile de faire appel à eux, il pourrait tirer un enseignement profitable de leurs expériences.

Il retrouva Katara dans la petite chambre de Maia, donnant de légères pichenettes au pendule pour le faire bouger et refléter ses éclats sur les murs de pierre.

- Katara, je peux te parler une minute ?

Elle sembla surprise de son ton sérieux et l'accompagna jusqu'à l'une des larges terrasses qui surplombaient le temple. Il hésita.

- Qu'y a-t-il, Aang ? Encore une vision ? Est-ce que- ?

- Non, rien de grave. J'ai... reçu en rêve la visite du moine Gyatso. Il dit que je risque de faillir à ma mission d'Avatar si je ne me libère pas de mes attaches terrestres...

C'était plus ou moins un mensonge, ou une vérité maquillée. Il n'eut pu dire si sa femme était dupe ou pas quand elle dit :

- Je ne comprends pas.

- Je suis avant tout un nomade de l'air, et je suis aussi l'Avatar. Je devrais mener une vie beaucoup plus détachée, plus en accord avec ma culture et la recherche d'ascension spirituelle. Mon âme est appelée à se consacrer au monde, je ne peux pas privilégier deux personnes.

Ses deux parts de lui s'accordaient bien entre elle (sauf quand l'une lui imposait d'ôter une vie... mais cette situation ne se produisait heureusement pas toutes les lunes), mais la troisième, la part humaine en lui, celle qui le faisait aimer Katara plus que lui-même, celle qui le rendait fier de voir trotter leur fille, cette part à laquelle au fond il tenait tant ne se mêlait pas aux autres.

- Tu m'as déjà expliqué tout ça quand nous nous sommes mariés, Aang.

- Je sais, mais entre temps, on a utilisé ces attaches pour nuire. Je ne peux pas mettre le monde en danger par pure égoïsme.

- Nous sommes mariés, Aang, du moins aux yeux de ma tribu.

Il avala sa salive, lentement, difficilement, avant de répondre à cette dernière objection.

- Et c'est aux yeux de ta tribu que j'entends ... dissoudre... notre alliance.

Quand elle sera libre...


Iroh

Iroh souffrait des humeurs de son neveu. Depuis la mort de Mai... non, depuis son retour de Kyoshi, il ne se passait pas un jour sans que le Seigneur du Feu ne laisse son tempérament vif s'enflammer. Il avait renvoyé plusieurs membres du concile, avait mis plusieurs fois le feu à sa chambre, s'était disputé avec sa mère, avait effrayé aux larmes l'une des femmes de chambre (s'attirant les foudres de Mukr), avait brisé un nombre incalculable de tasses...

Ces mouvements colériques et violents étaient suivis de périodes de semi apathie qui le rendaient méconnaissable.

Il s'était désintéressé de affaires courantes, était resté indifférent lorsque le jury avait voté la sentence d'Azula, et n'avait pas réalisé qu'il ne portait plus l'Alliance Morte depuis près de six mois- la bague en onyx avait du se briser sans qu'il le remarque.

Azula avait été condamnée à être à nouveau enfermée dans la Tour de Schiste, et Ursa, pour complicité d'évasion, avait été condamnée à ne pas pouvoir aller lui rendre visite. La mère avait alors prié le jury de reconsidérer son verdict, et d'envisager l'exécution capitale de sa fille. Ursa savait qu'elle épargnerait la souffrance d'une vie de solitude à sa fille, une vie à laisser la folie ronger petit à petit son cerveau et la rendre moins qu'humaine, moins qu'animale. Azula ne deviendrait pas la plante qu'Ozai avait été avant de mourir.

L'oncle prit son courage à deux mains et décida qu'une petite conversation était de mise.

- Mon neveu, je peux vous interrompre une minute ? demanda-t-il formellement en pénétrant dans l'office (l'une des rares pièces du palais que Zuko n'avait pas incendiée) les bras chargé d'un habituel service à thé.

- Bien sur, mon oncle, qu'y a-t-il ?

Iroh s'étonna de ce ton charmant. Zuko serait-il - par une quelconque et miraculeuse intervention des esprits- de bonne humeur ?

- Je voulais savoir comment tu te portais en ce beau matin ?

- Bien, mon oncle, répondit poliment le jeune homme en acceptant la tasse fumante que son ainé lui offrait.

Le général retraité se sentait comme un caillou dans la théière. Il voulait engager la conversation.

- Oh, il me semble que tu ne portes plus l'Alliance ! s'exclama-t-il avec de faux airs surpris.

- Non, en effet... constata Zuko.

Il regarda sa main avec curiosité un instant, puis demanda

- Il y a longtemps qu'elle est brisée ?

Iroh avait toujours fait semblant d'en savoir moins que les autres alors que rien ne lui échappait. Zuko ne se fatiguait même plus à lui reprocher d'user de ces subterfuges.

- Je dirais plusieurs mois. Tu ne l'avais pas senti ?

- Je... non, pas vraiment, admit le seigneur du feu, confus.

- Mh, étrange. Je me souviens avoir entendu la mienne craquer- il faut dire que je la portais depuis une dizaine d'année ! Tu devais avoir l'esprit ailleurs.

- Je suis très occupé. Vous savez, la politique, les grands travaux, la paix, le protocole...

- ... Katara...

Zuko avala son thé de travers et leva la tête pour scruter le visage de son oncle. Iroh avait ces petits plis aux coins des yeux, ce sourire du regard, et en même temps il fronçait les sourcils parce qu'il savait qu'il abordait un sujet... compliqué.

- Katara vit avec Aang, mon oncle. Je... je ne sais pas si elle est heureuse mais c'est sa vie et son choix. Et Maia a besoin de son père.

- Je t'avouerai que je m'étonne de t'entendre raisonner comme ça... même si j'admire cette capacité que tu as acquise- seul !- de mettre tes désirs de côtés pour le bien d'autrui...

- C'est là que viens le « mais... », soupira le jeune homme.

- Mais ça me fait mal de te voir malheureux.

- Je ne suis pas malheureux mon oncle. Mère et vous êtes présents, le pays est prospère, le monde est en paix... Azula sera exécutée dans quelques semaines.

Iroh tenta un sourire, il aurait voulu poser sa main sur l'épaule de son neveu, lui dire qu'il n'y avait aucun mal à admettre qu'une personne vous manquait. Lui-même, dans ses jeunes années, s'était allé à ces excès de romantismes et...

- Mon oncle, je ne veux pas entendre cette anecdote !

- Je n'ai rien dit !

- Inutile, je vous connais !

Et le vieil homme partit d'un bon rire.

Un garde vint avertir le seigneur du feu de l'arrivée de l'Avatar.

Zuko et Iroh accueillirent Aang avec chaleur, faisant fi du protocole.

- C'est toujours un plaisir de vous recevoir, dit le vieux général.

- Merci Iroh.

Après quelques échanges « la route a été bonne » « combien de temps restes-tu » etc., les trois hommes quittèrent le hall imposant pour se diriger vers l'office. Tandis qu'ils marchaient sous les arcades, Aang semblait chercher quelque-chose, il se tordait le cou pour voir derrière les colonnes, scrutait les couloirs qu'ils croisaient.

- Tu as perdu quelque-chose ? s'étonna Zuko, un peu dérangé par cette attitude étrange.

- Nous n'avons pas revu votre crapule de lémurien depuis votre dernière visite, si c'est lui que vous cherchez, assura Iroh avec humour.

- Non, c'est pas Momo, c'est... fit l'Avatar, évasif avant de se camper sur ses pieds et de demander : Est-ce que Katara est là ?

Zuko et son oncle échangèrent un regard surpris, et le seigneur du feu se tourna vers son ami, le sourcil froncé

- Non, pas que je sache. Elle n'est pas avec toi ?

- Oh non. C'est bizarre, j'aurais juré qu'elle viendrait ici directement.

Le comportement du maitre de l'air laissait ses interlocuteurs perplexes.

- Je ne comprends rien à ce que tu dis, pourquoi Katara serait ici plutôt qu'au temple de l'Air avec toi, grogna Zuko

Aang se remit un peu de sa surprise et expliqua avec un demi-sourire forcé :

- On ne vit plus ensemble, je l'ai répudiée.

Et qu'il sera guéri...


Zuko

- Tu l'as quoi ?

- Répudiée. C'est comme ça que les couples se séparent dans la tribu de l'eau.

- Mais... pourquoi tu voudrais te séparer d'elle ?!

Si Zuko avait eu la chance d'avoir Katara auprès de lui, pour lui, il ne l'aurait certainement pas laissée filer ! Le moine de l'air ne lui avait jamais paru plus stupide et plus étrange.

- Elle était malheureuse avec moi. Enfin, pas vraiment avec moi, mais à cause de moi. Parce que je n'ai pas été... présent.

- Tu es l'Avatar, dit Zuko, comme si ça englobait tout ce que Aang venait de dire.

- Je sais. Et j'ai été égoïste de croire que je pouvais la garder pour moi alors que je n'avais pas le droit de me consacrer à elle. C'est pour ça que je l'ai laissé partir.

C'était logique. Zuko revint sur sa première impression : Aang avait dû être très courageux pour accepter de laisser Katara.

- J'aurais vraiment cru qu'elle viendrait ici, ajouta encore Aang. Tu sais, Maia t'aime beaucoup et Katara...

Zuko partit dans ses pensées. Il n'entendit pas Aang parler de la mort imminente de Bumi et du couronnement de Meng, il n'entendit pas Iroh l'informer des travaux du Temple de l'Avatar et de la sentence d'Azula, il n'entendit pas le moine protester contre la mise à mort et le vieil homme proposer d'en discuter calmement autour d'une tasse de thé.

Katara avait été répudiée- autant dire libérée- par son mari. Elle ne pouvait être qu'à un seul endroit.

- Mon oncle, je peux vous confier les rennes une petite semaine ? fit-il, saisissant l'Avatar et le Dragon de l'Ouest.

- Sans problème, mon neveu, assura Iroh. Tu as besoin de vacances ?

- Une urgence... Je serai à Kyoshi. Et heu... PAS de tournoi interrégional des préparateurs de thés, cette fois.

- Même pas un tout petit tout modeste tournoi de Pai-Sho ? demanda le vieil homme d'un ton suppliant à fendre l'âme.

- Rah ! Si ça vous amuse ! grogna le seigneur du feu

- Faites bon voyage, mon neveu.

- A bientôt Zuko ! lança Aang

--

Il arriva quatre jours plus tard à Kyoshi.

Il fut accueilli par tout le village et conduit à la maison de Sokka. Il croisa Tai-Lee est fut soulagé de voir que l'attaque d'Azula n'avait pas laissé une trop grande marque.

Le guerrier des tribus vint à sa rencontre, le regard sévère.

- C'est gentil de passer, fit-il. Tu aurais pu te faire annoncer...

- Sokka ! râla Suki de l'intérieur. Laisse-le enfin, il est le bienvenu, même à l'improviste...

Elle apparut sur le pas de la porte avec un tout jeune bébé dans les bras.

- Oh, heu, félicitations, baragouina Zuko en découvrant pour la première fois le quatrième enfant de Sokka.

Le guerrier se radoucit. Il caressa la minuscule tête déjà bien chevelue du bébé. Le maitre du feu se demanda une seconde s'il s'agissait encore d'un garçon. Suki tendit le petit emmailloté en s'excusant de ne pas avoir le temps de discuter. Comme le père prenait dans ses bras son enfant, il le tourna vers Zuko pour le laisser voir le petit visage basané et les grands yeux violets.

- L'Etincelle, je te présente Yue. Yue, l'Etincelle.

Une fille donc.

- Enchanté, répondit Zuko.

Sokka ramena sa fille contre sa poitrine.

- J'imagine que tu ne débarques pas ici juste pour le plaisir de me faire une surprise.

Les yeux bleus comme l'Arctique étaient sévères, inquisiteurs. Zuko hésita, puis répondit :

- Non, pas vraiment.

Il était déjà impensable qu'il « s'amuse » à faire des surprises, alors à Sokka en plus... Autant en venir au vif du sujet.

- Tu vas me demander où est ma sœur.

- Où est ta sœur ?

- J'devrais pas t'répondre.

- Ah ?

- Parce que si elle t'a pas prévenu, c'est peut-être qu'elle ne voulait pas que tu sois au courant.

Oui, il avait envisagé cette possibilité mais il l'avait chassée avec humeur. Il avait eu quatre jour (et quatre jours à bord de la Sirène, c'est long) pour réfléchir à ce qu'il dirait, à ce que Katara pourrait penser. Et quand il avait posé le pied sur les quais de Kyoshi, sa confiance en lui s'était envolée.

- Tu le sais surement pas parce que c'est typique de ma tribu, poursuivit Sokka, mais il n'y a que trois raisons qui peuvent justifier qu'un homme répudie sa femme : qu'elle ait attenté à la vie de ses enfants, qu'elle ait été trouvée dans le lit d'un autre ou qu'elle ait dit du mal de la famille de son époux.

Zuko dut faire une grimace parce que Sokka reprit

- Ça peut te paraître archaïque ou un brin misogyne mais c'est comme ça qu'on vit chez nous. En théorie, elle n'aurait pas pu garder Maia. En théorie, Katara est déshonorée.

Le maitre du feu enregistra ce que le guerrier lui apprit, mais ne voyait pas en quoi ces vieilles traditions devaient le retenir.

- Tu peux me dire où elle est, maintenant ?

Sokka soupira, mais fit un geste vague en direction de la forêt.

- Quelque-part là-bas à jouer avec son eau.

Zuko le remercia et s'apprêta à suivre le chemin indiqué mais le guerrier le rappela

- Oh, heu, quand tu la vois, tu peux lui demander de rapporter du poisson !?

Le seigneur du feu retint un soupir et acquiesça.

--

Il trouva Katara comme Sokka lui avait dit, en train de s'entrainer à la maitrise de l'eau au bord d'une petite rivière qui traversait l'île. Elle avait l'air en forme, et la masse de ses cheveux rebondissait sur ses épaules quand elle bougeait. Il remarqua sa gorge nue.

- Paah, fit Maia quand il s'approcha.

La petite fille était assise au pied d'un arbre et jouait avec une poupée de chiffon. Il la prit dans ses bras et embrassa les deux joues roses. Elle avait déjà beaucoup grandi, et ses grands yeux étaient rieurs et vifs. Ses cheveux étaient ramenés en deux petits macarons sur ses oreilles. Katara sursauta, renvoya l'eau dans le lit et s'approcha du maitre du feu.

- Bonjour, Zuko, dit-elle avec un sourire joyeux. Quelle surprise, je ne savais pas que tu devais venir...

- Ça s'est décidé... en dernière minute, répondit-il, vague.

Un silence gêné arriva au galop et s'étala entre eux.

- Paah ! répéta Maia avec enthousiasme.

- Oui, mon ange, tu as bien reconnu ton parrain.

- Paah est gronchon, remarqua l'enfant.

- Mais pas du tout ! protesta Zuko, sur un ton qui confirmait l'intuition de l'enfant.

Katara rit.

- Alors, que nous vaut le plaisir ? demanda-t-elle

Il hésita, ne sachant trop comment introduire le sujet.

- Aang est au palais.

- Oh, soupira Katara, comprenant où la conversation risquait de mener.

- Paap est chez toi ? demanda Maia. On peut aller aussi, mman, dis ?

- Bientôt, promis, répondit doucement la jeune femme.

La petite devint remuante et Zuko la redéposa sur la pelouse. Elle se mit à courir autour de la clairière en chantonnant. Les deux adultes la regardèrent jouer un instant, puis leurs yeux se rencontrèrent.

- Katara, je... Est-ce que... rah ! Pourquoi tu n'es pas venue ?

Elle détourna la tête, fronça les sourcils avant de répondre très bas.

- Aang t'a surement expliqué comment il a « procédé »...

- Sokka m'a fait le point, répondit-il lentement, se retenant d'émettre les milles objections qui lui trottaient sur la langue.

- En me répudiant, Aang m'a peut-être marquée aux yeux de ma tribu comme une « mauvaise épouse », mais ce n'est pas comme ça que je le vois. Il m'a rendu ma liberté. J'ai plus voyagé ces trois derniers mois que sur près de dix ans. J'ai rendu visites à nos anciens amis, j'ai découvert des contrées que nous n'avions pas eu le temps d'explorer pendnat notre périple... J'ai vécu.

Il resta silencieux : il savait que Katara avait détesté son isolement et cette vie sédentaire (un comble quand on épouse un nomade...), il savait qu'elle rêvait de voyage, de fendre les vagues, de parcourir les paysages... Et qu'elle avait été longtemps privée de cette partie d'elle-même, frustrée.

Mais voulait-elle de lui ?

- Je suis libre, maintenant. J'ai pensé à venir, à t'écrire... mais j'ai trop peur d'être piégée à nouveau. Je ne veux pas quitter une cage dorée pour une autre.

Il encassa le coup, baissa les yeux vers ses mains blanches et sèches. Elles tremblaient. Il serra les poings pour reprendre le contrôle. Il aurait aimé ne pas comprendre les mots de Katara, pour avoir une bonne raison de s'énerver ; il aurait préféré qu'elle dise seulement qu'elle ne voulait pas entendre parler de vivre avec lui, pour pouvoir lui en vouloir, la détester. Mais elle se protégeait de manière si légitime en s'installant en femme célibataire et indépendante sur Kyoshi, c'était tellement elle qu'il ne pouvait pas lui faire le moindre reproche.

Alors, tu capitulerais sans te battre, Zuzu ?

Non, il devait au moins lui dire pourquoi il avait fait quatre jours de route, pourquoi son cœur s'était soulevé en apprenant qu'Aang avait annulé leur mariage, pourquoi il avait mal de la voir si bien... sans lui.

Il posa ses mains sur les épaules de la jeune femme, et les laissa glisser un peu le long de ses bras, puis il se força à la regarder bien en face. Le soleil et la mer se retrouvaient, et ce serait soit une aurore... soit un crépuscule.

- Katara, je... il y a des choses que je dois te dire, parce que je ne peux pas partir sans les avoir dites, et que je le regretterai toutes ma vie si je les garde pour moi maintenant.

Agni que ma voix sonne plat... Pourquoi elle me parait toujours plus crédible quand je parle politique, pourquoi elle semble plus sure ?!

- Je n'arrive pas à croire qu'on en est là, tous les deux, tu sais. On a été, quoi, amis pendant ces années -après avoir été ennemis... Enfin, c'est pas le sujet !

Rah ! Imbécile ! La ferme ! Comment on peut rater à ce point sa déclaration !?

Il se dit que la vie était contre lui, vraiment.

Katara ne détournait pas ses grands yeux bleus. Il y avait toujours eu quelque chose dans son regard, il n'avait pas de mot pour le définir, mais il savait qu'il devait parler de ses yeux.

- Tout ce temps, même quand on s'était un peu perdu, même quand on ne pouvait pas se sentir, si j'essayais de prendre mes distances par rapport à ce que je faisais, que je voulais me juger objectrivement, je pensais à tes yeux, parce qu'ils m'ont toujours renvoyé une image tellement claire et sincère... sévère mais juste. Du coup, tes yeux m'ont hanté pendant longtemps.

Les yeux en question s'écarquillèrent puis se radoucirent.

- Et puis tu es réapparue, il y a un an... et c'était plus pareil.

Il avait redécouvert la maitre de l'eau, et- sans manquer de respect à Mai, parce qu'il avait aimé sa femme autant qu'il s'en pensait capable - Katara avait lentement envahi ses pensées. Pourtant, elles étaient si différentes - ou peut-être parce qu'elles n'étaient en rien semblables- il n'avait pas reconnu immédiatement l'émotion, il ne l'avait pas nommée. Le regard qu'il posait sur ces deux femmes n'était- et ne saurait être le même.

- Zuko, tu ne-

Il s'étonnait qu'elle n'ait pas cherché à l'interrompre plus tôt, mais il devait finir. Il n'eut pas besoin de faire un geste pour qu'elle se taise.

- ... j'en reviens pas qu'on en soit là, et je n'arrive pas encore à me faire à l'idée que je vais dire ce que je vais dire.

Il inspira et expira lentement, les yeux clos, avant de chuchoter pour la jeune femme qui lui faisait face et pour elle seule.

- Etre avec toi, ça ressemble à ce qu'on dit du bonheur. Et chaque seconde en ta présence m'est plus précieuse que milles trônes. Je sais pas si c'est ça l'amour... si c'est juste de t'admirer pour ton esprit, de te faire confiance pour ton jugement et te désirer pour ton corps... alors ...

Je t'aime Katara.

La jeune femme resta longtemps à le regarder, muette, le visage insondable. Puis elle se dégagea lentement de la poigne de Zuko, plaça une distance prudente entre eux. Et il la laissa faire, blessé, un peu humilié. Il avait cru pourtant, quand ils étaient dans la grotte d'Oma et Shu, qu'il y avait cette place pour lui dans son cœur.

Il s'était trompé.

- Je- désolé, j'aurais dû savoir que tu ne partage-

- Ce n'est pas la question, coupa Katara.

Gère ton tempérament ! Ne réduit pas Kyoshi en cendre ! Respire- respire- respire !

- Je... ne suis pas prête, encore. Je suis un peu confuse. Touchée, mais copnfuse. C'est encore très...

- Compliqué ? acheva-t-il, cinglant.

Elle lui lança un regard suppliant. Mais de quoi le suppliait-elle ? De ne pas l'aimer, de comprendre ses raisons, d'accepter de se faire rejeter avec le sourire ?

Il expira lentement.

- J'ai compris. On est adulte, on peut... se faire mal... sans se garder rancune, non ?

- Oh Zuko-

Il renifla brusquement, avec ce dédain royal qui disait « Je ne veux pas de ta pitié ». Elle atteignait les limites de ce qu'il pouvait supporter.

- J'avais quelque-chose pour toi.

Avec des gestes précautionneux, il sortit une petite pochette écarlate de sa tunique et la déposa dans la paume délicate que la jeune femme lui tendait, l'air intrigué.

- Tu l'avais égaré, il y a longtemps. Et comme tu avais celui d'Aang, j'ai pensé que je pouvais le garder. Il m'a souvent rappelé qui j'étais et surtout qui je ne voulais plus être.

Il souffla encore.

- Et pour ça... je te remercie, Katara.

Ces mots à peine échappés d'entre ses lèvres, il quitta la clairière aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Il quitterait Kyoshi dès que possible. Il prenait la fuite.

Elle pourra venir le rejoindre...


Katara

Elle déplia la pochette, sachant déjà ce qu'elle y trouverait. Le collier de sa mère brillait, intact, au creu de sa main. Elle le regarda longtemps, caressant la surface lisse et les vagues douces gravées dans sa surface. Maia regarda le bijou avec emmerveillement. Et Katara repensa à Kana, sa grand-mère, pour qui le médaillon avait été fabriqué par Pakku, longtemps avant sa naissance. Mais la jeune femme qu'était Gran-gran se révoltait contre les traditions machistes de sa tribu, et décida de fuguer, de migrer pour le pôle sud où se trouvait la tribu sœur et où elle fut immédiatement accueillie.

Et quand, cinquante ans plus tard, Maitre Pakku avait lui aussi traversé l'hémisphère, toujours amoureux, il avait pu reconquérir Kana, et ils avaient encore vécu huit années heureuses.

La jeune maitre de l'eau avait toujours trouvé cette histoire touchante, et se sentait pleine de nostalgie en y pensant.

Mais c'est seulement là qu'elle comprit ce que Kana avait perdu en s'enfuyant.

Et Katara pleura en serrant contre elle le petit corps de sa fille qui restait sage, ennuyée par l'état de sa mère.

--

Katara raconta à Suki la conversation qu'elle avait eue avec le seigneur du feu, et l'impression d'étouffement qu'elle en gardait. Suki sourit

- Parfois ton frère dit ou fait des choses que je n'hésiterai pas à qualifier de ridicules, il a un estomac plus profond que les océans, et d'autres appétîts tout aussi insatiables. Il est maladroit, têtu, et a tendance à croire que j'ai été élevée au pôle sud. Mais je l'aime. Inutile de me demander pourquoi, c'est comme ça, c'est aussi sur que la nuit succède au jour et que le jour s'éteind pour laisser place à la nuit.

Katara sourit aux déclarations de sa belle-sœur. Elle savait que Sokka et elles s'étaient trouvés et elle ne parvenait pas à les imaginés séparés.

- Alors même si ça te parait étrange, déplacé, bancal... tout ce que tu dois faire, c'est accepter que tu l'aimes. Et tu sauras comment agir.

- Merci Suki... Sokka va te détester quand il saura.

- Qu'il essaie seulement !

- Que j'essaie quoi? demanda le guerrier en entrant dans la pièce?

- De passer une jornée entière sans faire une mauvaise blague, le charria Katara.

Il leva un doigt menaçant et grogna "Je peux!" puis se calma et marmonna:

- J'imagine qu'il a oublié de te dire pour le poisson...?

--

Zuko, en arrivant au palais, se précipita vers la salle d'arme, bouillant littéralement de rage. Il ignora son oncle et plusieurs servantes qui semblaient vouloir l'arrêter, le calmer- il s'en fichait. Il se fichait de tout. Il entra dans la salle d'arme, les bras déjà irradiants, prêt à se lancer dans un déchainement de puissance contre les murs ignifugés.

Mais la salle était déjà occupée.

- Katara ?!

- Bonjour, Zuko.

Il avait l'air fatigué, tiraillé. Son regard était fuyant, ses yeux rougis. Elle ne s'était pas rendue compte du mal qu'elle lui avait fait. Il laissa s'estomper les flammes qui brulaient dans ses mains.

- Comment- ? interroga-t-il.

- Maitre de l'eau, tu te souviens ? répondit Katara en se désignant.

Elle avait « emprunté » l'esquif de Sokka et avait traversé l'océan en un temps record. Elle était même arrivée avant la Sirène.

- Que me vaut l'honneur ? lança-t-il, immitant le ton de Katara lorsqu'elle l'avait accueilli sur Kyoshi, trois jours plus tôt.

- Je... disons que j'ai balayé quelques « complications » et que je suis venue à bout de ma confusion.

Enfin il la regarda, ses mots sans trop de sens l'ayant interpellé. Elle vit une lueur d'espoir passer dans les yeux d'ambre, et elle en aima l'éclat. Il y avait aussi quelque-chose avec ses yeux d'ambre, leur lumière, leur force...

- Maia aime beaucoup le bijou que tu as apporté... dit-elle, détachée. J'ai été obligée de le lui laisser. Alors, j'en ai... trouvé un autre.

Elle écarta sa cascade de cheveux bruns et baissa son col. Là, sur sa gorge, brillait une lentille de verre turquoize. C'était l'une de celles qu'il avait faites pour le pendule de Maia. Il resta stupéfait, puis comprit la signification de ce geste pour Katara. Le médaillon gravé ou fabriqué par le jeune homme et offert à l'élue de son coeur marquait les fiançailles. C'était le genre d'actes symbolliques qui épargnaient beaucoup de mots, et qui touchaient plus profond et plus juste. Katara n'était pas une femme de mots- depuis longtemps elle avait compris que le geste devait être joint à la parole pour lui donner sens.

- Alors tu- ? commença-t-il, manifestement destabilisé par l'intensité des émotions qui le traversaient.

Mais elle ne le laissa pas achever, elle s'avança vers lui d'un pas décidé et s'arrêta net à quelques centimètres de lui.

- Je suis désolée de ne pas avoir compris plus tôt, chuchota-t-elle en croisant ses mains dans la nuque du jeune homme.

Alors elle offrit timidement ses lèvres au maitre du feu qui les prit avec imaptience. Elle se redressa, un peu surprise, puis, en se disant qu'il faudrait qu'elle s'habitue à cette audace qui n'avait rien de monacale, s'abandonna dans l'étreinte.

- Excuses acceptées, chuchota Zuko lorsqu'ils se détachèrent.

Il souriait, d'un vrai sourire charmant. Katara ne regretta pas le voyage, ne craignit pas pour sa liberté perdue. Zuko était là, et aussi infiniment surprenant que ça puisse paraitre, il l'aimait. Et elle l'aimait en retour, avec une force et une ardeur qui la saisissait et l'effrayaient et l'excitaient, tout à la fois.

- Je sais que tu as du mal à y croire, murmura-t-elle, mais on en est là, tous les deux. Tu sais, on s'embrasse, on aime ça... et on va surement remettre ça bientôt.

Il s'apprêtait à obtempérer mais elle posa deux doigts sur ses lèvres et, illuminant la salle de son sourire généreux, elle ajouta :

- Mais avant... je voudrais que tu saches que je t'admire, et te soutiens, et te désire. En un mot...

Je t'aime.

Et lorsqu'il resserra ses bras autour d'elle, Katara se laissa faire comme elle en avait eu l'envie depuis des mois, sans se l'avouer, elle admit une émotion qui balayait tout argument raisonnable, elle obéissait aux battements acharnés de son cœur, et c'était aussi naturel que de maitriser l'eau, aussi intense que de combattre, et aussi doux que de se laisser vaincre. Mais en mieux.

Ils se retrouveront toujours.


AN: A SUIVRE: l'épilogue.

J'espère que ce dernier chapitre vous a plu. N'hésitez pas à me donnez votre avis!

Merci à vous tous qui avez lu Retours.

Merci à Zutara-Chan, Kestrel Faeran (je n'ai utilisé que 4 fois le verbe "exaucer"... je savais même pas que j'avais un vocabulaire aussi varié ), Prenses556 et Fanatii'k-Kawaii